Visite en Irlande du Président Sarkozy

VISITE EN IRLANDE CONFERENCE DE PRESSE CONJOINTE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, M. NICOLAS SARKOZY, ET DU PREMIER MINISTRE D’IRLANDE, M. BRIAN COWEN - PROPOS DE M. SARKOZY - - EXTRAITS -

(Dublin, 21 juillet 2008)

(…)

Monsieur le Premier Ministre, Cher Brian, je voudrais dire combien j’ai été heureux d’effectuer mon premier déplacement en tant que président du Conseil européen en Irlande, pour avoir une longue réunion de travail avec le Premier ministre irlandais. Je lui ai dit combien l’Europe avait besoin de l’Irlande et combien nous lui faisions confiance pour expliquer les raisons du non et trouver les voies et les moyens avec le peuple irlandais de sortir de la situation ou nous nous trouvons.

J’ai été très heureux des multiples contacts que j’ai pu avoir en compagnie de Bernard Kouchner avec les représentants de tous les partis politiques qu’ils aient voté oui ou non, avec les représentants des syndicats, du patronat, des associations de jeunesse, de la société civile. J’ai perçu un très grand attachement à l’Europe de la part des Irlandais. J’ai expliqué que je me battrai pour que nous avancions à 27, sans laisser personne de côté, pour trouver une solution à 27 ensemble. Chacun m’a présenté son analyse des difficultés. Le Premier ministre d’Irlande présentera au Conseil européen, au mois d’octobre, un rapport sur la situation et sa vision de la situation de l’Irlande par rapport à l’Europe. D’ici là, nous allons multiplier les réunions de travail. J’aurai le plaisir de recevoir le Premier ministre Cowen à Paris au mois de septembre. Nos ministres vont travailler ensemble, nos collaborateurs également. Nous n’avons pas la solution miracle et surtout nous ne voulons pas l’imposer. Nous voulons que le peuple irlandais se sente respecté dans son choix mais nous devons également tenir compte du fait qu’avec l’Italie, bientôt, c’est 24 pays qui auront ratifié le Traité de Lisbonne.

Je suis convaincu qu’avec un peu de temps, et l’Irlande a besoin de temps, nous trouverons la solution pour donner aux Européens les institutions démocratiques dont ils ont besoin. J’ai perçu cela chez tous mes interlocuteurs et notamment chez le Premier ministre, la volonté d’une Europe qui apporte des résultats. J’ai été très heureux de rencontrer les agriculteurs irlandais qui m’ont dit combien ils étaient préoccupés des négociations sur l’OMC et combien ils comptaient sur nous pour les aider. Cette Europe tournée vers la vie quotidienne des gens qui donne des résultats doit être maintenant notre priorité.

En résumé, il y a une passion sur l’Europe ici et non pas un rejet de l’Europe. Il y a une volonté de trouver des solutions. Pour cela, il faut du temps. Et puis, il y a une volonté de la France qui assure la Présidence d’amener les 27 dans l’unité pour construire une Europe qui garantisse des résultats.

En résumé, je ne regrette pas mon voyage ici et je veux redire à Brian mon amitié, ma confiance et mon soutien pour sortir de la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Q - Monsieur Sarkozy, persistez-vous à apporter un veto à l’élargissement de l’Union européenne, jusqu’à ce qu’on ait une résolution du Traité de Lisbonne ? Parce qu’on ne peut pas faire avancer des amendements, des modifications de ce Traité, étant donné, comme on vous l’a dit aujourd’hui, que c’est un problème à long terme. Non seulement pour la Présidence française ou même suédoise, dans 18 mois on n’aura peut-être pas résolu ce problème.

R - Monsieur, d’abord, ce n’est pas mon opinion. Comme votre Premier ministre, je suis tenu par les Traités. Le Traité de Nice prévoit une Europe à 27. Ce n’est pas moi, c’est le Traité de Nice. Pour qu’il y ait un futur élargissement, il faut que l’on soit passé à Lisbonne. Or, en l’état actuel des choses, c’est soit Nice, soit Lisbonne, car une immense majorité des états membres ne sont pas prêts à une nouvelle conférence institutionnelle. Mais tout ceci nous donne du temps car la Présidence française continuera à ouvrir les chapitres et j’espère tous les chapitres de la discussion avec la Croatie et dans le meilleur des cas, l’adhésion de la Croatie ne serait prévue qu’à la fin 2010, début 2011. J’espère tout de même que dans trois ans, on aura trouvé la solution pour sortir de l’impasse institutionnelle où nous nous trouvons. Donc il n’y a pas d’opposition entre cette position-là, sur Lisbonne et sur Nice et le besoin d’élargissement futur.

(…)

Q - Monsieur Sarkozy, maintenez-vous vos commentaires énoncés la semaine dernière, que l’Irlande doit mener un deuxième référendum ? Après votre journée d’aujourd’hui, comprenez-vous la colère que ces paroles ont provoquée ?

R - Je n’ai jamais dit que l’Irlande devait convoquer un nouveau référendum ! J’ai dit qu’à un moment ou à un autre, il fallait bien que les Irlandais donnent leur avis. Je n’ai pas parlé de référendum, je n’ai pas décrit la question et je ne me suis pas immiscé dans le débat politique irlandais. Personne ne peut être en colère quand on dit à un peuple : "un jour ou l’autre, sur une question à déterminer, selon un calendrier à négocier, on vous demandera votre avis". En démocratie, c’est le moins que l’on puisse faire. Alors, si cela vous met en colère, c’est qu’il y a une atmosphère vraiment tendue. Mais il ne peut pas y avoir d’atmosphère tendue entre l’Irlande et la France. D’abord parce que nous sommes amis, parce que nous avons des intérêts en commun et parce que s’il y a quelqu’un qui peut comprendre un pays qui dit "non", c’est peut-être le Président d’un autre pays qui a dit "non". Donc, il n’y a pas de malentendu, il n’y a pas de problème. Le Premier ministre me l’a dit, comme chacun des représentants que j’ai rencontrés, il vous faut du temps. Il vous faut donner ce temps-là et, en même temps, j’ai expliqué au Premier ministre, comme aux autres partenaires, que nous avions des élections européennes en juin 2009 et qu’il fallait bien que l’on sache à ce moment-là quelques mois avant, si on les organisait sur la base du Traité de Nice ou du Traité de Lisbonne.

Chacun ses lignes rouges, chacun ses difficultés, mais croyez-bien qu’il y a une volonté entre la Présidence de l’Union et le gouvernement irlandais de travailler main dans la main pour trouver une solution.

Je voudrais vous dire que j’ai été passionné par tous les entretiens que j’ai eus. C’était extrêmement enrichissant et nous allons poursuivre nos travaux. Dès septembre, nous allons préparer la réunion du Conseil européen d’octobre.

Mais qu’attendait-on du président de l’Union ? Que je laisse faire ? Que l’on ne s’en occupe pas ? Qu’on laisse les Irlandais sur leur île ? Les Irlandais ont posé des questions : "est-ce que l’on va pouvoir rester neutres ? Est-ce que l’on va pouvoir garder notre fiscalité ? Est-ce que l’on va pouvoir garder notre législation sur l’avortement ?". Mais ces questions-là, si le président du Conseil en exercice ne vient pas pour débattre, pour entendre, pour écouter, pour apporter les réponses, alors comment va-ton faire progresser le débat européen en Irlande ?

J’ai parfaitement conscience que ce sont les Irlandais qui doivent décider. Mais, en tant que président du Conseil en exercice, je dois aussi tenir compte de la vie des 26 autres. Nous faisons l’Europe, à 27 et non tout seul. J’ai bien connu cette situation d’isolement avec la France et avec la Hollande. C’est la raison pour laquelle nous sommes venus, Bernard Kouchner et moi, voir nos amis irlandais avec beaucoup d’amitié, beaucoup de compréhension, sans volonté de nous immiscer, mais une volonté d’aider. Cela fait trop longtemps qu’en Europe, on laisse faire les choses et les difficultés. Ce n’est pas comme cela que l’on trouve des solutions.

Vraiment, je ne regrette pas ce déplacement, je l’ai dit à Brian Cowen. Il y a tout un tas de gens qui m’ont dit : "mais il ne faut pas y aller, laisse du temps, c’est trop compliqué". Evidemment, comme toujours en politique, quand c’est trop compliqué on prend la porte et puis l’on s’en va. Je pense que le rôle d’un homme d’Etat, c’est de regarder la situation en face, d’aider le Premier ministre et le gouvernement à trouver des solutions. Je crois en l’Europe et il y a beaucoup de citoyens irlandais qui croient en l’Europe. Qu’attendent-ils de nous ? De Brian comme de moi ? C’est que l’on discute pour trouver une solution. Comment peut-on trouver une solution si l’on ne discute pas, si l’on ne vient pas ? Alors, venir en Irlande ce serait faire de l’ingérence et ne pas venir ce serait de l’indifférence. Alors qu’est-ce que vous préférez, vous la presse irlandaise, ingérence ou indifférence ? Moi, je crois que venir c’est être un ami et pour la difficulté, peut-être que je peux aider Brian puisque cette difficulté, je l’ai connue dans mon pays. Voilà très exactement ce que j’ai fait. Je ne prétends pas avoir raison, mais je suis venu en ami voir un pays ami avec qui nous partageons des convictions et des intérêts communs et l’on va trouver des solutions. On a besoin d’un peu de temps, mais l’on s’en occupe. Je préférais cette démarche plutôt qu’attendre le Conseil d’octobre, que Brian vienne avec son rapport sans que l’on s’en soit parlé. Ce n’est pas cela l’Europe. L’Europe, c’est s’entraider, pas se compliquer la tâche, sans tenir compte de la couleur politique des gouvernements.

Je travaille avec le Premier ministre irlandais, que les Irlandais ont choisi. Je pense qu’il travaille avec moi dans le même état d’esprit.

Q - Monsieur le Président, vous avez bousculé, à l’évidence les Irlandais, est-ce qu’ils ne vous ont pas malmené en retour ? Est-ce que cette visite a été utile, productive ? Pouvez-vous en tirer une leçon ?

R - Vous avez vu le gabarit du Premier ministre irlandais ? Ce n’est pas un homme que l’on bouscule. Regardez-moi, est-ce que j’ai été brutalisé ? D’abord, vous savez, je veux le dire à Brian, c’est un homme courageux et j’étais très heureux de son invitation. Je ne me suis pas invité en Irlande, ce n’est pas mon genre. Je suis venu parce que j’étais invité par le Premier ministre. J’étais très heureux que tous les responsables politiques, syndicaux et associatifs soient présents à l’ambassade de France à la réunion avec Bernard Kouchner. Croyez-vous vraiment que s’ils étaient blessés ou s’ils avaient la volonté d’être désagréables avec nous ils seraient tous venus pour participer à une réunion d’une heure et demie ? L’Irlande est un grand pays hospitalier qui sait parfaitement quand on veut l’aider. Donc vraiment, je termine ce voyage avec beaucoup d’optimisme. Si, en plus, j’ai une bonne nouvelle qui vient de France, je vais dire ce que ce sont les Irlandais qui portent chance.

Q - Monsieur le Président, je veux vérifier quelque chose avec vous. Si j’ai bien compris ce que vous dites, l’Irlande a eu des clarifications sur la date butoir à laquelle doit être terminé ce processus ?

R - Je veux dire à la presse irlandaise comme au peuple d’Irlande que nous n’avons pas une solution clef en main à un problème complexe comme celui-ci. La psychologie, cela compte. Nous sommes en train de recenser avec le Premier ministre irlandais toutes les questions qui ont fait débat et qui ont fait problème et déjà c’est un vrai travail. Nous sommes en train de les hiérarchiser sur la proposition du Premier ministre irlandais. Après, nous essaierons de voir comment on peut apporter des réponses à toutes ces questions mais ce ne sont pas simplement des questions politiques, il y a aussi des questions juridiques. Il faut que nos meilleurs spécialistes puissent y travailler, cela demande du temps. Il n’y a pas de date butoir, il y a simplement un rendez-vous qui est juin 2009. Il faudra qu’à un moment donné, les 27, dont l’Irlande prennent la décision de savoir si on organise ces élections sur la base du Traité de Nice ou du Traité de Lisbonne et puis on va travailler d’arrache-pied pour essayer de trouver une solution, une méthode. Voilà très exactement où nous en sommes. (…)./.


VISITE EN IRLANDE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, M. NICOLAS SARKOZY COMMUNIQUE DE LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE

(Paris, 21 juillet 2008)

A l’occasion de la visite en Irlande du président Nicolas Sarkozy, ce dernier et le Premier ministre Cowen ont procédé à un échange de vues sur plusieurs sujets. Le président de la République a souligné qu’il avait souhaité que sa première visite en Europe en qualité de président en exercice du Conseil européen soit consacrée à l’Irlande, ce dont le Taoiseach s’est félicité.

Ils ont abordé la question du Traité de Lisbonne et du référendum récent en Irlande. Le Premier ministre a indiqué que le gouvernement irlandais se donnait pour but de mieux comprendre les préoccupations qui avaient influé sur l’issue de ce référendum, étape indispensable avant de décider comment y apporter la meilleure réponse. Il a ajouté que des consultations approfondies auraient lieu, tant sur le plan interne qu’avec les partenaires de l’Union européenne, dans la perspective de la réunion du Conseil européen qui aura lieu au mois d’octobre. Le président de la République a confirmé qu’il respectait le résultat du référendum irlandais mais s’est félicité de constater que le processus de ratification se poursuivait dans les autres États membres et a exprimé son attachement au traité de Lisbonne. Les deux hommes se sont engagés à agir en étroite concertation afin de trouver le moyen de faire progresser l’Union.

Ils ont réaffirmé que l’Union devait continuer à apporter aux citoyens européens des résultats concrets dans des domaines essentiels dont beaucoup constituent des priorités de la Présidence française. Ils ont évoqué la situation actuelle des prix des denrées alimentaires et du pétrole, l’importance que revêt la politique agricole commune, l’état d’avancement des négociations en cours à l’OMC ainsi que la nécessité pour l’Union de jouer un rôle de premier plan face aux problèmes des changements climatiques et de la sécurité énergétique.

Les deux hommes ont abordé la question de la situation au Soudan et au Tchad et évoqué la contribution importante apportée par la mission EUFOR au Tchad et en République centrafricaine, placée sous le commandement opérationnel du général de corps d’armée Pat Nash et à laquelle la France et l’Irlande sont les deux États qui contribuent le plus. La coopération franco-irlandaise occupe une place essentielle dans la conduite de cette mission qui reflète pleinement le rôle et la compétence accrus de l’Union européenne dans la mise en œuvre d’opérations humanitaires.

Le président de la République et le Premier ministre irlandais ont également abordé plusieurs autres questions internationales, notamment les inquiétudes croissantes de la communauté internationale en ce qui concerne l’Iran et son programme nucléaire, sujet sur lequel ils ont réaffirmé leur soutien total aux efforts menés par l’Union européenne afin de parvenir à une solution diplomatique./.