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Vers la création d’embryons chimères humain-lapine ?

Deux chercheurs britanniques, Ian Wilmut de l’Université d’Edimbourg et Chris Shaw, de King’s College London ont annoncé leur souhait de soumettre à la HFEA (haute autorité britannique en charge de la régulation des activités d’assistance médicale à la procréation et à la recherche en embryologie) une demande de licence leur permettant de créer des embryons chimères à partir de cellules somatiques humaines et d’ovules de lapine. Selon Ian Wilmut, « père » de la première brebis clonée Dolly en 1996, cette technique permettrait d’accélérer la recherche et d’accroître les connaissances relatives aux causes de maladies héréditaires telles que les maladies neuro-dégénératives ou la maladie de Parkinson.

Cette demande fait suite à des recherches similaires menées à bien par deux groupes chinois, dont les résultats suggèrent que les embryons obtenus pourraient être utilisés pour étudier des maladies humaines. En théorie, bien que se développant au sein d’un ovule de lapine, les embryons formés sont contrôlés par du matériel génétique humain. Ces embryons sont créés à l’aide d’une technique connue sous le nom de Cell Nuclear Replacement (CNR, remplacement de noyau cellulaire ou clonage thérapeutique). Le procédé consiste à extraire le noyau d’une cellule somatique quelconque de l’organisme d’un individu et d’insérer ce noyau cellulaire dans un ovule de lapine préalablement énucléé. Un choc chimique ou électrique permet de déclencher le développement embryonnaire sans fécondation. Pour les chercheurs, cette technique aurait le double avantage de pouvoir faire avancer la connaissance relative aux mécanismes de développement de certaines maladies humaines graves sans rencontrer ni les problèmes liés à l’utilisation d’ovule féminins ni à leur nombre insuffisant. Ian Wilmut souhaite toutefois que les embryons ainsi formés soient considérés comme des embryons humains et que la recherche menée soit soumise à la même réglementation.

Bien que, selon la législation actuelle, les embryons obtenus doivent être détruits au plus tard 14 jours après « fécondation » et ne peuvent être implantés chez une femme, des critiques plus ou moins fortes se sont élevées contre de telles pratiques, même dans les rangs des chercheurs. Alison Murdoch, première scientifique britannique à avoir créé un embryon humain cloné au Royaume-Uni, souligne que la soumission d’une telle demande révèle des « insuffisances » dans la législation actuelle qui ne considère pas les embryons chimères. Le Dr Chris O’Toole, directeur de la réglementation pour la recherche à la HFEA, répond à cela que cette question a été non seulement abordée mais attentivement étudiée au sein de la HFEA en septembre 2005 et qu’un consensus est apparu : la création d’embryons chimères nécessite une autorisation préalable de la HFEA pour être menée au Royaume-Uni, au même titre que le clonage thérapeutique « classique ».

Cette demande intervient alors que les résultats encourageants publiés dans le journal Science en mai 2005 par le coréen Hwang Woo-suk se sont avérés être frauduleusement créés de toute pièce. Le chercheur, qui aurait eu à disposition plus de 2000 ovules de femmes, n’a pas réussi à créer une seule lignée de cellules souches clonée, contrairement à ce qui avait été annoncé. Le Royaume-Uni, très à la pointe dans ce domaine de la recherche sur l’embryon et les cellules souches, estime qu’il faudrait environ 10 ans pour avoir accès à ce nombre important d’ovules. Les scientifiques souhaiteraient donc pouvoir élargir le champ possible d’obtention des ovules à disposition afin de pouvoir faire avancer la recherche et de mieux comprendre l’origine de maladies graves.


Auteur : Dr Claire Mouchot

Source : The Scotsman, 13/01/06, www.scotsman.com