A NE PAS MANQUER AUJOURD’HUI DANS LA PRESSE BRITANNIQUE
5 MAI 2006
- Iran - "L’Ouest a besoin d’une stratégie pour cajoler mais aussi pour contraindre l’Iran", Philip Stephens, Financial Times.
Les Occidentaux peuvent imposer des coûts, inciter, retarder le programme mais, en fin de compte, la décision d’acquérir ou non la bombe sera prise à Téhéran. Contrairement à ce que le débat actuel laisse entendre les sanctions ou la force militaire d’un côté, un régime dangereux équipé pour le terrorisme nucléaire de l’autre ne sont pas forcément les deux branches d’une alternative : des frappes pourraient renforcer la volonté nucléaire iranienne.
Cela ne doit pas nous amener à être indifférent aux ambitions iraniennes. La menace dépasse les harangues de Mahmoud Ahmadi-Nejad, qui font frissonner. Le régime veut prendre la tête du fondamentalisme au Moyen-Orient. Son acquisition de l’arme nucléaire finirait de détruire le Traité de non-prolifération.
Les enjeux sont élevés. La réponse doit donc être fondée sur les réalités politiques et stratégiques : l’Iran ne renoncera pas à son droit à la technologie nucléaire civile, y compris l’enrichissement faible permis par le TNP. L’objectif d’une politique occidentale rationnelle doit être de persuader les Iraniens, que même si leur souveraineté est totale, leur intérêt est de s’abstenir de fabriquer la bombe. Les responsables européens considèrent que l’Iran pourrait tolérer pendant plusieurs années des sanctions même sévères. De telles sanctions renforceraient d’ailleurs les fondamentalistes. Des frappes militaires pourraient au mieux retarder le programme militaire. La fixation de dates limites artificielles perturbe le débat car il y a en fait plusieurs étapes dans le chemin vers la bombe et Téhéran pourrait s’arrêter à tout moment.
La communauté internationale a besoin de temps. La réunion de Paris a montré la difficulté de trouver un consensus. Les calculs stratégiques et les intérêts économiques ont jusqu’à présent amené la Russie et la Chine à rejeter les sanctions. L’idée que Pékin suivra Moscou n’est peut-être plus vraie aujourd’hui. Certes, Pékin est traditionnellement réservée au principe d’ingérence mais elle apprécie son nouveau statut de membre des grandes puissances et commence à comprendre que cela amène à prendre des responsabilités pour faire respecter les règles du système international. Mais la suspicion face aux Etats-Unis constitue un autre paramètre. Certains Européens aussi s’interrogent sur les intentions réelles de Washington, qui pourraient être le changement de régime.
Au total, la contrainte n’est pas suffisante. Les Iraniens doivent percevoir les bénéfices à tirer d’une réintégration dans la Communauté internationale qui découlerait d’une modération nucléaire. Les Etats-Unis ont la clé. Washington doit admettre la légitimité des préoccupations de sécurité de l’Iran et reconnaître que rétablir la stabilité dans le Grand Moyen-Orient dépend en définitive de la normalisation avec ce pays. Peut-être qu’il sera impossible de convaincre l’Iran de changer d’approche, il faudra alors sans doute revoir la doctrine de dissuasion. En tout cas, nous avons besoin aujourd’hui de franchise et d’imagination ; d’une main autant que d’un poing.
- OTAN - "Le danger afghan continue", Editorial, The Guardian.
La mission afghane est une épreuve de force pour l’Alliance Atlantique, en pleine quête de légitimité. Si l’OTAN a été édifiée au cœur de la Guerre froide, la difficulté de la mission afghane sous commandement britannique, rend compte des changements du contexte international, entre le chute du communisme et les attentats du 11 Septembre. Distraite par les divisions sur l’Irak, mais aidée par l’incapacité de l’UE à proposer une autre option, l’Alliance Atlantique a risqué d’incarner la vieille plaisanterie de « Now Almost Totally Obsolete » et a fait d’énormes efforts pour réaffirmer sa crédibilité.Malgré le fait que l’Otan ait augmenté à un chiffre record le nombre de ses forces, elle doit faire face à des nouveaux types d’attaques, - attentats suicides et engins explosifs improvisés. Et alors que les Etats Unis laissent flotter son drapeau sur les capitales des provinces, perdues dans un complet chaos législatif et dominées par les barons de l’opium, la réalité de la situation sécuritaire est beaucoup plus alarmante. On murmure en effet des comparaisons avec le Vietnam, y compris au sein des Ministères britanniques. Le rôle de l’Otan est d’aider les Afghans qui sont dans une situation précaire dans un pays ravagé par le guerre. La mission bénéficie d’un fort soutien au Royaume Uni, à l’inverse d la mission en Irak. Mais ce soutien pourrait disparaître en cas de pertes. Il faut en avoir conscience.
- Royaume-Uni/Elections - "Secoué et en reconstruction" - Edito du Guardian.
L’une des plus grandes défaites électorales du Labour pourrait être minimisée aujourd’hui par un remaniement ministériel instantané visant à réaffirmer le contrôle du Premier Ministre sur un gouvernement à la dérive depuis plusieurs semaines. Cependant, si John Prescott (vice Premier Ministre) et Charles Clarke (Ministre de l’Intérieur) apparaissent comme les boucs émissaires, ils ne sauraient être les causes profondes de cet échec électoral. Bien que le Labour soit le grand perdant de ces élections locales, personne ne semble en revanche en sortir vainqueur. En effet, si David Cameron peut se déclarer être arrivé en tête, sa situation n’est en rien différente de celle de Michael Howard qui, après un succès électoral en 2004 face au Labour, n’avait pu empêcher la ré-élection de celui-ci aux élections nationales de 2005. Les élections de cette année sont en revanche marquées par l’émergence des petits partis. Le British National Party (BNP) a vu son nombre de sièges augmenter dans la zone est de Londres et les Verts, négligés durant toute la campagne, ont également reçu un plus large support cette année. Le Labour doit répondre avec vigueur à cette défaite et un remaniement ministériel, aussi drastique qu’il soit, ne saurait être suffisant.
- France - "A la recherche d’un leader pour sortir la France d’une crise qui n’en finit pas", Editorial de l’Independent.
La première tête à tomber des suites de l’affaire Clearstream pourrait bien venir de haut. Déjà très bas dans les sondages après le CPE, la démission du premier ministre Dominique de Villepin est annoncée imminente. Tout cela joue bien sur en faveur de son rival NicolasSarkozy, victime des faux listings. L’ascendant de M. Sarkozy sur la vie politique française n’est pas nécessairement une mauvaise chose pour la France : Il semble avoir des idées claires sur les réformes économiques à mener en France. Mais deux doutes subsistent : il est incertain que le contexte politique lui permette de mener à bien ces réformes, et M. Sarkozy inquiète par la fermeté de ses vues sur l’immigration. L’implosion de M. de Villepin clarifie en tout cas la bataille présidentielle de 2007. Le président de l’UMP devra probablement affronter Ségolène Royal dont les chances sont encore floues. Le non a constitué une gifle pour l’élite politique ; les violences des banlieues ont remis en question le modèle social. Ce retrait du CPE a révélé un gouvernement à la merci de la rue. La France a vraiment besoin de personnalités politiques qui sachent sortir des querelles au profit de l’intérêt général et briser la bulle qui entoure l’élite politique. Hélas, tous semblent être « business as usual » en France.