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Un « tapis volant » pour les arts de l’islam au musée du Louvre

Un "tapis volant" digne des Mille et Une Nuits va bientôt s’étendre au-dessus de la collection d’art islamique du musée du Louvre, l’une des plus riches du monde mais actuellement très à l’étroit dans un espace restreint d’exposition. C’est la spectaculaire nouveauté que prévoit le projet d’aménagement du département des Arts de l’Islam, choisi par la France à la suite d’un concours international d’architecture et rendu possible grâce au généreux mécénat d’un prince arabe

Annoncé par la présidence de la République et présenté ensuite au public, le projet lauréat est celui de l’architecte italien Mario Bellini et du Français Rudy Ricciotti (déjà chargé de l’édification du futur musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée à Marseille). Tous deux ont imaginé de faire planer au-dessus de la cour Visconti du Louvre, lieu choisi pour le déploiement de ce département, un "nuage flottant irisé" laissant visibles les façades du 17e et du 19e siècles de la cour. Un parti architectural inédit affirmé avec force : la cour ne sera pas couverte, elle demeurera visible et sera ainsi la seule partie du musée ayant un accès à l’air libre. Les trésors de l’Islam répartis sur deux niveaux seront couverts par "un voile lumineux discrètement diffusant, flottant délicatement sur la muséographie". Pour permettre la réalisation de cet ambitieux projet, le prince Al Walid Bin Talal Bin Abdulaziz Al Saud, petit-fils du fondateur de l’Arabie saoudite, a fait une donation "exceptionnelle" de 17 millions d’euros à la France. Ce don - l’une des contributions les plus élevées de l’histoire du mécénat individuel en France et sans précédent dans l’histoire du Louvre - représente presque le tiers du coût global du projet : 56 millions d’euros dont 26 millions seront financés par l’Etat, quatre par le groupe pétrolier Total et le reste par d’autres entreprises mécènes françaises. La décision de créer au Louvre un huitième département consacré aux Arts de l’Islam avait été annoncée au début de l’année 2003 par le président Jacques Chirac pour, avait-il précisé, "conforter la vocation universelle de cette prestigieuse institution" et "rappeler aux Français et au monde l’apport essentiel des civilisations de l’Islam à notre culture". Cette décision d’une portée culturelle, artistique et politique considérable devait s’accompagner d’un projet de redéploiement de l’exceptionnelle collection d’art islamique du musée en lui donnant "les espaces d’exposition qu’elle mérite". Le département fut créé par décret le 1er août 2003 et un concours international d’architectes lancé en juillet 2004. Sept équipes avaient été retenues en février 2005 sur les 52 candidatures reçues. Le choix de la cour Visconti, 2.050 m² au sol, située en plein air et inoccupée au cœur de l’aile sud du palais, permettra de quadrupler la surface consacrée aux Arts de l’Islam et d’y accueillir les 10.000 oeuvres de la collection du Louvre, dont 1.300 seulement sont actuellement présentées sur 1.100 m². Les points forts de cette collection sont les mondes iranien et arabe médiévaux et l’empire ottoman, avec un important fonds archéologique et des archives sur papyrus des premiers siècles de l’Islam. S’y ajouteront dans les nouveaux espaces quelque 3.000 pièces, parmi lesquelles l’une des plus prestigieuses collections de tapis au monde, appartenant au musée des Arts décoratifs (en cours de réaménagement dans l’aile de Marsan du Louvre) et qui n’ont pas été exposées depuis une vingtaine d’années. Le rapprochement des collections des deux musées, constituées au même moment (essentiellement entre 1880 et 1940) et dont parfois certains éléments comme des miniatures ou des reliures proviennent des mêmes manuscrits ou albums, permettra de présenter avec éclat l’ensemble du champ culturel de la civilisation islamique, répartie sur 13 siècles (du VIIe à la fin du XIXe) et trois continents, de l’Espagne à l’Inde. Ce qui fera de cette collection "la plus belle au monde avec celle du Metropolitan Museum de New-York", selon le président du Louvre Henri Loyrette.

Refusant de fermer l’espace de la cour Visconti par un plafond vitré au niveau du toit, les deux architectes lauréats ont conçu "un projet qui regarde plus le ciel que les façades". La présentation des collections se déploiera sur 3.500 m² répartis en deux niveaux, l’un en rez-de-cour, l’autre en sous-sol (niveau "parterre"), recouverts par un voile lumineux ondulé constitué de petites pastilles de verre réfractant la lumière et susceptibles de changer de couleur selon la lumière, "une peau de verre", explique Mario Bellini. "Un toit qui flotte comme un tapis volant" à 6 mètres au-dessus du sol pour son point le plus haut, précise l’architecte français Rudy Ricciotti, "un nuage flottant irisé" selon la formule de Bellini, qui parle d’une "expérience artistique, esthétique et scientifique" et évoque pour le cheminement des visiteurs "une promenade poétique ». La salle du rez-de-cour, où seront exposées les pièces qui ont besoin de lumière comme les céramiques ou les objets d’or ou de métal, "ne touchera même pas les murs et sera close par des baies vitrées laissant voir la pierre et laissant entrer la lumière du jour". Le sous-sol abritera les oeuvres les plus fragiles comme la précieuse collection de tapis ou les miniatures. "Comme dans un aquarium, il n’y aura pas de cloisons, juste des murets et des vitrines" et dans les vitrines les objets eux-mêmes sembleront "en lévitation". Le voile irisé sera visible à l’extérieur depuis les étages supérieurs du musée - une vision qui promet d’être particulièrement spectaculaire la nuit lorsqu’il sera illuminé - et en sous-sol en levant la tête vers les ouvertures ménagées aux limites de la cour. Pour la présentation des collections un parcours chronologique est prévu, avec des "échappées thématiques" (l’écriture, la géométrie et la science des nombres, l’art du livre, le contexte urbain) et un "cabinet des clefs", espace d’approfondissement informatique et didactique où 7 figures littéraires fourniront aux visiteurs qui le souhaiteront 7 clefs pour ouvrir 7 portes....

Claudine Canetti