Un projet du 7ème PCRD pour développer de nouveaux antibiotiques

Un projet financé par l’Union Européenne dans le cadre du 7ème PCRD vient de se voir attribuer 4,6 millions d’euros pour développer de nouveaux antibiotiques pour contrer les bactéries résistantes, qui continuent de se propager au sein des hôpitaux. Ce projet, nommé AEROPATH, implique des scientifiques britanniques, suédois et allemands, et sera dirigé par l’Université de Dundee en Ecosse.

Les infections bactériennes résistantes aux antibiotiques actuels posent un risque de plus en plus élevé de santé publique, en particulier pour ceux atteints de mucoviscidose ou brûlés à haut degré, ou un contingent de la population ayant un système immunitaire affaibli par un traitement de chimiothérapie ou le SIDA.

Projet AEROPATH

Le projet regroupe des équipes de scientifiques situées dans les Universités de Dundee (leader du projet) et de St Andrews au Royaume-Uni, au Karolinska Institutet en Suède et 2 companies de biotechnologies — Lionex et MFD Diagnostics — en Allemagne.
L’allocation reçue par l’Union Européenne permet le financement de huit nouveaux postes de post-doctorants répartis sur l’ensemble des partenaires
En amont de ce succès, le Scottish Funding Council avait soutenu la collaboration entre Dundee et St Andrews et la creation du Scottish Structural Proteomics Facility, qui, selon les scientifiques de Dundee, a permis une collaboration étendue avec l’excellent groupe du Karolinska Institutet.

Les chercheurs vont travailler principalement sur la bactérie Pseudomonas aeroginosa, très connue pour ses capacités à exploiter au mieux les faiblesses de son hôte. Elle n’infecte que rarement les tissus sains et préfère s’attaquer aux tissus affaiblis. Elle peut causer, entre autre, des infections du système urinaire ou respiratoire, gastro-intestinales ou systémiques. Elle est capable de croître et se propager dans des environnements variés et spartiates : eau distillée, températures ou salinité extrêmes, antibiotiques peu forts, etc. Certains autres antibiotiques sont actifs contre cette bactérie, comme par exemple les fluoroquinolones, la gentamicin ou l’imipenem, mais sur des souches très spécifiques. Cela pose un risque élevé pour des patients atteints de mucoviscidose par exemple, qu’il vaut mieux ne pas traiter à l’aide d’un antibiotique car le résultat peut être une infection par P. Aeroginosa, sans traitement disponible à l’heure actuelle.

Pseudomonas aeruginosa
Crédits : Creative Common 2.0 Generic - Denn, Share Alike

L’objectif principal du projet lauréat est donc de développer de nouveaux antibiotiques ou composés capables de tuer P. Aeroginosa, et de faire autant que faire se peut d’une pierre deux coups : que les composés développés soient capables de tuer d’autres souches bactériennes. Les scientifiques vont donc tenter d’identifier de nouveaux composés chimiques pour combattre ces bactéries « super-résistantes ». Pour ce faire, les partenaires vont étudier le génome de P. aeroginosa ainsi que ceux de deux autres espèces de bactéries également résistantes aux antibiotiques courants (Stenotrophomonas et Acinetobacter). L’usage de modélisation informatique et de techniques d’imagerie avancées devraient leur permettre de construire des modèles 3D des protéines essentielles à la survie de la bactérie. Une fois le modèle établi, il est alors possible d’identifier le type de composé chimique capable de venir se lier à la protéine en question, venant par là-même déranger la structure et ultimement tuer la bactérie.

P. aeroginosa appartient à une classe de bactéries appelée « Gram-négative » en raison de caractéristiques membranaires de sa paroi. Son habitat naturel est le sol, et de ce fait est relativement bien adaptée aux antibiotiques naturels. Sa membrane externe la rend relativement imperméable, et elle colonise ses hôtes tel un biofilm, ce qui la rend encore plus résistante aux antibiotiques. Une autre caractéristique d’importance provient du fait que P. aeroginosa peut transférer son matériel génétique responsable de la résistance aux antibiotiques à d’autres souches bactériennes de la même famille. Selon le professeur Gunter Schneider, du Karolinska Institutet, elle pourrait transférer ce matériel génétique à d’autres espèces.

Ce projet permet donc à une collaboration multi-disciplinaire de se mettre en place, regroupant des disciplines aussi variées que la chimie appliquée, la biologie, la biophysique et la modélisation informatique.


Sources : CORDIS, 17/11/08, http://cordis.europa.eu/search/index.cfm?fuseaction=news.document&N_RCN=30104 ; University of Dundee, 11/11/08, Press releases, www.dundee.ac.uk ;


Dr Claire Mouchot

publié le 02/07/2009

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