SEMAINES DU 22 DECEMBRE AU 6 JANVIER
Le message du nouvel an de Gordon Brown, qui s’est voulu rassurant face à un contexte économique peu favorable, n’a pas convaincu la presse. Les affaires internationales ont été particulièrement animées : les commentateurs ont accueilli avec satisfaction le désir de changement exprimé par les Américains lors de primaires de l’Iowa. Le Pakistan après l’assassinat de Benazir Bhutto, et les violences au Kenya au lendemain de l’élection présidentielle ont occupé une large place dans les médias tout au long de ces semaines.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
Le message du nouvel an de Gordon Brown
2008 sera difficile, car l’économie britannique subira le contrecoup de la crise financière : si l’avertissement qu’il lance est direct, le Premier Ministre promet aussi de ne pas prendre de risques et de maintenir la stabilité du pays. M. Brown a réitéré ces promesses dans une interview publiée par le dernier numéro de THE OBSERVER. Mais sa confiance affichée ne parvient pas à convaincre les commentateurs. M. Brown « est davantage à la merci des événements qu’il ne le pense », écrit le GUARDIAN : pendant dix ans, il a bénéficié d’un système ( réglementations limitées) qui a permis de faire du Royaume-Uni un des centres les plus dynamiques. Mais il risque de devoir réviser certains des grands principes du nouveau Labour. « Le succès des prochaines élections dépend de l’économie ». C’est également l’avis du DAILY TELEGRAPH : « La manière dont M. Brown réagira à la crise économique – et une chose est sûre, notre croissance sans précédent touche à sa fin - déterminera presque certainement le résultat des législatives ». L’INDEPENDENT craint que l’étiquette de « Premier Ministre indécis et même incompétent » ne commence à s’imposer : si M. Brown veut s’en débarrasser, il doit réagir au plus vite et avec maîtrise. « Il est temps pour lui de cesser de parler de sa vision et de passer à l’action ». « Il faut que 2008 soit véritablement l’année des changements ». Le gouvernement doit montrer « un sens de la direction » et cesser de faire de la politique politicienne, note pour sa part le FINANCIAL TIMES, tandis que le Sunday TELEGRAPH se déclare peu confiant : « M. Brown réitère ses promesses familières. Malheureusement il ne donne guère de détails sur la réforme des services publics, et ses assurances concernant l’économie risquent vite de ne plus rien dire ». Le DAILY EXPRESS s’inscrit dans la même ligne : « M. Brown a fondé sa réputation sur sa bonne gestion de l’économie pendant dix ans. Cette réputation est en ruine et il n’a plus grand chose à proposer à l’électorat ». Publiant une interview de M. Brown, qui déclare avoir la maîtrise de la situation et être prêt à prendre « les dures décisions » qui s’imposent, l’OBSERVER ne cache pas son scepticisme : « Le Premier Ministre a des ambitions nobles, mais il risque de ne pas convaincre les électeurs si l’économie se retourne contre lui ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. Les primaires de l’Iowa
Même s’ils reconnaissent que rien n’est joué encore, les commentateurs estiment que les primaires de l’Iowa ont envoyé un puissant signal et exprimé un désir de changement de la part des Américains. Les commentaires se concentrent surtout sur M. Obama. « La victoire de M. Obama pourrait représenter un tournant décisif dans la vie politique américaine », écrit le FINANCIAL TIMES, qui poursuit : « c’est une bouffée d’air frais ». Pour le DAILY TELEGRAPH, « la victoire de M. Obama est aussi le triomphe de la démocratie américaine ». Le journal compare le candidat démocrate à John F. Kennedy, pour « son idéalisme, sa jeunesse et l’enthousiasme qu’il suscite ». Le GUARDIAN se félicite que les primaires de l’Iowa « aient révélé l’Amérique dont le monde a besoin : un pays qui cherche à se démarquer des années Bush, même de celles de Clinton ». Le TIMES reconnaît que le verdict des électeurs de l’Iowa est un revers pour George Bush, mais il engage le président américain à ne « pas rentrer dans sa coquille », et à se manifester plutôt sur la scène internationale, notamment au Proche Orient. Tout reste encore à jouer, notent évidemment les commentateurs. Le GUARDIAN rappelle que les résultats de l’Iowa n’ont pas toujours déterminé la victoire ou la défaite d’un candidat. M. Clinton avait été vaincu dans cet état. « Il ne faut donc pas tirer de conclusions hâtives ».
2. L’assassinat de Benazir Bhutto
« Un coup meurtrier » (FINANCIAL TIMES) : l’assassinat de Benazir Bhutto constitue, de l’avis de la presse, une « catastrophe » non seulement pour le Pakistan, mais aussi pour le reste du monde. Plusieurs journaux espèrent néanmoins que les prochaines élections permettront de préserver la démocratie. Pour le GUARDIAN, cette « mort à Rawalpindi » est un désastre : « Si quelqu’un était en mesure d’unir son pays après des années de mauvais régime militaire, c’était Benazir Bhutto. Aucun autre dirigeant pakistanais ne pourra prendre sa place ». C’est aussi l’avis de l’INDEPENDENT : l’ancien Premier Ministre n’avait peut-être que peu de chances de sauver son pays, mais ces chances ont aujourd’hui totalement disparu. Le journal estime en outre que cet assassinat aura des répercussions bien au-delà du Pakistan : Mme Bhutto aurait exercé une influence modératrice et pro-occidentale dans une région où l’extrémisme n’est jamais loin. Elle aurait pu contribuer à la stabilité, alors que désormais la « volatilité nouvelle » n’est dans l’intérêt de personne. « La mort de Benazir Bhutto accroît la volatilité » du pays, renchérit le DAILY TELEGRAPH, qui conclut : « le Pakistan est devenu encore plus dangereux qu’il n’était ». Une idée que reprend l’éditorial de THE ECONOMIST, sous le titre : « le pays le plus dangereux du monde ». Plusieurs commentateurs assurent que la démocratie peut être sauvée. Il faut pour cela des élections au plus tôt, écrit le TIMES. Et s’il peut présenter un candidat crédible, le parti de Mme Bhutto peut même espérer l’emporter largement grâce à « l’effet de martyr ». « Le combat de la courageuse Benazir », doit continuer, poursuit le SUN.
« Un report des élections serait regrettable et, en tout état de cause, il doit être aussi bref que possible », note à son tour le DAILY TELEGRAPH. Pour le journal, « le processus démocratique doit suivre son cours » face à la violence terroriste, sinon ce sont les djihadistes qui en tireront avantage. L’INDEPENDENT renchérit sur le même thème : « c’est dans les circonstances les plus menaçantes que la démocratie doit être mise à l’épreuve. Repousser la date des élections donnerait l’impression que les démocrates pakistanais ont pris peur et inciterait les terroristes à poursuivre leur campagne de violence ».
L’important, pour le FINANCIAL TIMES, c’est que le régime de M. Musharraf, le parti de Mme Bhutto et celui de Nawaz Sharif mettent de côté leurs intérêts personnels et affrontent la situation d’urgence. « Ils doivent se regrouper autour d’un accord national dans le but de mettre l’extrémisme en échec et de restaurer la légitimité du gouvernement ainsi que la crédibilité des institutions. Ce doit être là l’objet des élections, même si elles sont repoussées ».
Dans une tribune publiée par THE INDEPENDENT ON Sunday, Asif Ali Zardari, l’époux de Benazir Bhutto, devenu leader du PPP, évoque la possibilité de demander aux Nations Unies de rechercher et de juger les assassins de son épouse, sur le modèle de ce qui se passe au Liban dans l’enquête sur l’assassinat de Rafik Hariri.
3. Les violences au Kenya
La presse condamne unanimement des élections « truquées » qui ont permis le maintien au pouvoir du président Kibaki. Elle appelle la communauté internationale à réagir.
Le GUARDIAN regrette l’issue d’un scrutin qui paraissait pourtant si prometteur : le rejet pour la première fois d’un président kenyan en fonctions. « Cela aurait été, au meilleur sens du terme, une révolution. Au lieu de quoi, le Kenya a fait une marche arrière considérable ». C’est aussi l’avis du TIMES : « En l’espace d’une semaine, le Kenya est honteusement passé du stade de la démocratie prospère à celui d’un champ de bataille tribale ». Le président Kibaki s’est fait réélire en truquant les urnes. Son rival, Raila Odinga, a peut-être la supériorité sur le plan moral, mais il ne montre guère l’attitude d’un homme d’état en refusant de négocier. M. Kibaki doit reconnaître qu’il n’a aucune légitimité et M. Odinga qu’il ne mène pas une révolution pacifique. Tous deux doivent accepter qu’ils ont davantage à gagner par le dialogue que par l’intransigeance. L’Europe doit être prête à montrer sa détermination si l’Union africaine n’obtient aucun résultat. M. Kibaki et M. Odinga affirment vouloir sauver le Kenya. La communauté internationale attend de les voir à l’action : pour le premier, cela signifie reconnaître qu’il n’a pas le mandat pour poursuivre ses fonctions de président ; pour l’autre, accepter de s’asseoir à la table de négociation.
« Il faut se préparer au pire », titre le FINANCIAL TIMES, soulignant la gravité d’une désintégration du Kenya. « Nous n’en sommes pas là, mais le danger existe ». M. Kibaki ne méritait pas de gagner. Son gouvernement « est illégitime », et les élections doivent être annulées. Si M. Kibaki refuse de l’admettre, « les pays occidentaux doivent menacer de suspendre leur programme d’aide ». Les visas doivent être refusés au président et à son entourage. Et si M. Odinga, son rival, encourage la violence, il doit être soumis aux mêmes sanctions. « Il faut se préparer au pire tout en espérant que les deux parties rivales finissent par entendre raison » .
Dans la même ligne, l’INDEPENDENT appelle la communauté internationale à réagir avec davantage de fermeté à cette « subversion grossière de la démocratie ». Le journal regrette la toute première réaction de Washington qui a été de « féliciter le vainqueur. « La pression ne peut être efficace que si les grandes puissances sont unies ». Le précédent président du Kenya, Daniel Arap Moi, a finalement accepté de se retirer du pouvoir en 2002 lorsque les principaux donateurs ont menacé de retirer leur aide financière. Il faudrait faire la même chose avec M. Kibaki. Le peuple kenyan doit pouvoir exprimer son choix librement.
Pour le DAILY TELEGRAPH également, seule une « action multilatérale et concertée » peut permettre de résoudre le problème. Mais en l’occurrence c’est le Commonwealth qui est le mieux placé : les dirigeants de l’organisation devraient exclure le Kenya de leurs rangs et retenir l’option de nouvelles sanctions tant que de nouvelles élections ne seront pas tenues. /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028