london_paris_panoramic Français English

» Actualités » Revues de presse » Revue de presse hebdomadaire » Semaine du 9 au 15 juin

Semaine du 9 au 15 juin

SEMAINE DU 9 AU 15 JUIN

Si le vote sur les 42 jours de garde à vue a initialement affaibli Gordon Brown, la démission surprise d’un membre du cabinet fantôme conservateur, au nom de la lutte pour les libertés, représente de l’avis de la presse un coup de chance inespéré pour le Labour. Au chapitre international, les commentateurs ont concentré leur attention sur l’Afghanistan à l’occasion de la conférence de Paris. Concernant l’Europe, la victoire du « non » en Irlande est accueillie avec satisfaction par les journaux eurosceptiques, tandis qu’un échec de l’offre de rachat de British Energy par EDF n’est pas considéré comme une option attrayante.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Le vote sur les 42 jours de garde à vue

« Une victoire à la Pyrrhus » : Gordon Brown a remporté, de justesse, le vote sur les 42 jours de garde à vue pour les personnes soupçonnées de terrorisme. Mais pour la majeure partie de la presse, le Premier Ministre n’en ressort par grandi, même si l’opinion publique soutient sa position ( 69% des électeurs selon un sondage YouGov paru dans pour le DAILY TELEGRAPH).

La presse travailliste se montre généralement la plus sévère. Le GUARDIAN estime que cette victoire « fait honte » à M. Brown : il a fait perdre son temps aux Communes et sapé sa réputation d’homme de principe pour une loi qui n’est pas nécessaire et qui ne sera probablement jamais mise en application. Il a gagné grâce à des marchandages, sans convaincre les Communes. Il a voulu montrer qu’il n’est pas l’homme à toujours céder. Mais « un acte de défi pour une mauvaise cause ne fait qu’empoisonner la politique ». « M. Brown a eu gain de cause mais au détriment des idéaux progressistes qu’il semblait représenter lorsqu’il a pris le pouvoir l’an dernier ».

Pour l’INDEPENDENT, cette victoire « ne fait que ressortir les faiblesses et le manque d’autorité du Premier Ministre ». Le journal salue la bataille menée, quoique perdue par les défenseurs des libertés, et place tous ses espoirs dans la résistance de la Chambre des Lords. Peter Riddell du TIMES relève lui aussi le rôle important de cette deuxième Chambre qui va se sentir plus libre de s’opposer à la loi du fait de la justesse du vote (9 voix de majorité grâce à l’appui des Unionistes d’Irlande du nord).

L’éditorialiste du TIMES assure que « le parlement a été humilié » : M. Brown a misé sa réputation sur cette loi. Voulant montrer sa fermeté, il apparaît affaibli. N’ayant pu convaincre par ses arguments, il a eu recours aux concessions et aux promesses. « Cette vaine victoire lui fera gagner du temps mais au détriment du prestige des Communes ».

L’expression de « vaine victoire » est reprise également par l’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH qui accuse M. Brown d’avoir « fait de la politique politicienne » pour aboutir à une législation qui ne ressemble à rien et ne rehausse en rien son autorité. Pour le journal, la menace terroriste est « trop importante pour être traitée comme une partie de football politique ».

Seul le SUN se félicite de la victoire de Gordon Brown : le Premier Ministre a défendu sans céder ses positions malgré une hostilité massive, y compris dans son propre parti. La loi sur les 42 jours est approuvée par la police et les services de sécurité, ainsi que par les électeurs (7 personnes sur 10). Il est regrettable que les conservateurs, qui souhaitent revenir un jour au pouvoir, n’en aient pas compris l’intérêt. Gordon Brown a raison de souligner qu’il faut agir maintenant, en période de calme et non à l’occasion d’une catastrophe nationale. Il aurait été irresponsable d’attendre. Le vote des Communes est une grande victoire pour le Premier Ministre après six mois difficiles. Il a gagné un répit précieux et a désormais l’occasion de montrer au pays qu’il a la vision et l’énergie d’un Premier Ministre.

2. Démission de David Davis

Coup de théâtre dans le camp conservateur qui semblait pourtant devoir profiter de la déconfiture du Labour à propos du vote sur les 42 jours : David Davis, responsable des Affaires intérieures au cabinet fantôme, a annoncé sa démission pour se battre contre l’érosion des libertés fondamentales, ce qui entraînera une élection partielle dans sa circonscription.

Si la presse reconnaît le « courage » de M. Davis, elle estime qu’il a commis une grave erreur politique en faisant du tort à David Cameron et en ramenant le sourire aux lèvres des travaillistes.

Le DAILY TELEGRAPH parle de la « faute courageuse » de M. Davis : sa démarche est « louable », mais c’est son parti qui se retrouve dans l’embarras et David Cameron perd un de « ses collaborateurs les plus efficaces ». Le TIMES ne doute pas des « convictions sincères » de M. Davis, mais ajoute qu’il leur fait du tort – et fait du tort à son parti – par son « ego désastreux » : il montre son mépris pour la solidarité « sans laquelle un parti n’est pas apte à gouverner ». Dans le même journal, Rachel Sylvester assure que « ce qui était une tragédie pour le Labour tourne à la farce pour les conservateurs ».

Le FINANCIAL TIMES s’interroge à son tour sur la capacité des conservateurs à « revenir au pouvoir », tout en reconnaissant la justesse des arguments de M. Davis sur les 42 jours, les cartes d’identité et l’excès de surveillance. C’est aussi l’avis de l’INDEPENDENT, toujours en première ligne pour la défense des libertés. Le journal dénonce toutefois lui aussi « l’égotisme imprudent » de M. Davis qui porte un coup sévère à son parti et « tout en faisant la fortune de Gordon Brown ».

« Il a du courage et des principes, mais risque de passer surtout pour un excentrique sans réelle crédibilité », renchérit le GUARDIAN.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

L’Afghanistan et la conférence de Paris

Contrairement à l’intervention en Irak, la mission britannique en Afghanistan, n’a jamais suscité de sérieuse polémique. Mais, à l’occasion de la conférence de Paris, les journaux commencent à s’interroger sur cet engagement : sans le remettre en cause, ils appellent le gouvernement Brown à clarifier ses objectifs et estiment qu’il faut faire pression sur le président Karzai.

« Une guerre onéreuse et des bénéfices douteux » : l’éditorialiste de l’INDEPENDENT ne cache pas son inquiétude face à une mission qui visait à l’origine au maintien de la paix et à la reconstruction avec le soutien de la communauté internationale, et qui risque de devenir une opération de combat à long terme. Selon le journal, il ne s’agit pas pour le Royaume-Uni de se retirer d’Afghanistan mais de « faire le point sur ce qui a été réalisé et ce qui peut être fait durant les mois à venir ». Il est, ajoute l’INDEPENDENT, « difficile de partager la confiance du gouvernement ».

C’est également l’avis du GUARDIAN : au lieu de grands discours, il serait plus utile de présenter des objectifs modestes et d’évoquer clairement la possibilité d’un échec. Il s’est passé beaucoup de choses depuis 2001 : les Taliban sont passés de la confrontation directe à la guérilla mais ce n’est pas exactement un succès. En réalité, l’insécurité s’aggrave et la démocratie est menacée. Le journal s’en prend au président Karzai qui, en dépit de l’aide reçue, n’a pas encouragé les travaux de développement ou un gouvernement efficace : le moment est venu de le mettre au pied du mur, en lui laissant entrevoir la possibilité d’un échec et en lui demandant d’agir avant que les Taliban ne détruisent ce qui a été gagné depuis 8 ans.

Le TIMES dirige ses critiques plus directement vers le président afghan qui « ferme les yeux sur la corruption » et qui « en s’opposant à la nomination d’un coordinateur (Paddy Ashdown) a fortement limité les capacités de la communauté internationale à aider son pays ». « Le Royaume-Uni doit maintenir le cap, mais la mission militaire sera inutile sans progrès politique. Il revient à M. Karzai et à son gouvernement de montrer qu’ils sont dignes du sang versé par leurs alliés », conclut le journal.

Le FINANCIAL TIMES reprend des arguments similaires : les pays occidentaux ne doivent pas abandonner l’Afghanistan comme ils l’ont fait dans les années 90. Mais il y a une limite à l’aide qu’ils peuvent apporter ne fait pas de son côté ce que l’on attend de lui. Le journal insiste sur la lutte contre la corruption, la présentation de projets crédibles, et le développement d’un pays qui a un potentiel considérable.

Tous les journaux ont annoncé, dans des articles factuels, l’octroi d’une aide de 20 milliards de dollars au gouvernement afghan : « c’est loin des 50 milliards dollars demandés par M. Karzai », souligne le GUARDIAN, précisant que les pays donateurs ont clairement fait savoir au président afghan qu’il doit faire davantage en matière de lutte contre la corruption.

III. AFFAIRES EUROPEENNES

1. Le référendum irlandais

« L’Europe en crise » (FINANCIAL TIMES), « Non, c’est non » (TIMES, DAILY TELEGRAPH) : si les eurosceptiques acclament les Irlandais qui ont eu le « courage » d’exprimer une opinion partagée par beaucoup d’autres, les journaux pro-européens s’interrogent sur l’avenir du Traité de Lisbonne, et appellent Bruxelles à tirer les leçons de son échec. Plusieurs quotidiens soulignent que ce vote constitue un revers pour M. Sarkozy à la veille de la présidence française de l’Union. Pour la presse eurosceptique, la cause est entendue. « Les Irlandais ont rejeté le Traité. Nous devons en faire autant », écrit le TIMES qui estime que « ce serait faire insulte à tous les Européens » que de ne pas tenir compte de ce vote. « M. Brown doit saisir la chance de mener un mouvement sceptique constructif, en donnant au Royaume-Uni le référendum qu’il mérite » et en ne soutenant pas M. Sarkozy comme il l’a promis ». Un point que reprend le Sunday TIMES en précisant qu’une action contraire ne montrerait que « mépris pour la démocratie ». Le DAILY TELEGRAPH renchérit : « l’intégration ne peut être poursuivie indéfiniment en dépit de l’opinion publique. Voici l’occasion d’une meilleure Europe. Non veut vraiment dire non ». Le FINANCIAL TIMES, comme toujours, reste mesuré : « il serait stupide d’agir dans la précipitation et de déclarer la mort du Traité de Lisbonne. En revanche, il serait sensé de garder ce Traité en attente pendant quelques années et d’essayer d’en sauver des parties importantes, mais qui ne nécessiteraient pas d’amendement Le « non » des Irlandais ne doit pas devenir une crise de confiance pour l’Europe. La priorité doit être de faire mieux fonctionner l’Europe et de se concentrer sur des politiques pratiques, comme la sécurité de l’énergie et le réchauffement climatique. Le Traité de Nice n’est pas idéal, mais perdre Lisbonne ne doit pas être la fin du monde.

Le GUARDIAN est déçu : les perspectives ne sont pas encourageantes pour ceux qui souhaitent créer une Europe forte et lui donner un leadership distinct. C’est pourquoi l’OBSERVER engage les dirigeants européens à « se battre pour leur projet et faire triompher leurs arguments » : montrer à quel point les sceptiques se sont trompés, que ce soit sur l’euro dont ils avaient prédit l’effondrement, l’élargissement qui a apporté la prospérité à des millions d’européens, la souveraineté qui reste la prérogative des parlements ou l’identité nationale. L’Irlande n’est pas moins irlandaise parce qu’elle appartient à l’Union.

L’INDEPENDENT refuse d’accepter la défaite : l’Europe a besoin du Traité de Lisbonne pour fonctionner plus efficacement. 14 Etats l’ont ratifié et le « non » des Irlandais ne doit pas le remettre en cause. Bruxelles doit trouver un moyen (quelques modifications) pour le faire accepter finalement pas Dublin, comme le Traité de Nice en 2001.

2. L’offre d’EDF sur British Energy

La « rebuffade » infligée à EDF par British Energy est suivie attentivement par la presse qui espère un compromis.

« Les enjeux sont élevés », écrit Paul Betts du FINANCIAL TIMES, tout en soulignant que le groupe français paraît le seul acheteur possible. Pour le commentateur, une chose est sûre : si l’accord ne se fait pas, tout le monde y perdra. Pour EDF, ce sera un fiasco de plus dans ses projets d’expansion internationaux. Pour le gouvernement britannique, qui détient 35% de British Energy, un échec risque de porter atteinte à ses projets de renouveau de l’énergie nucléaire au Royaume-Uni. Pour les investisseurs, ce sera une occasion manquée. « Dans les circonstances actuelles, il semble qu’un compromis entre les deux parties soit ce qu’il y ait de mieux à espérer ».

Le TIMES admet qu’EDF semble le « seul acheteur sérieux » pour British Energy et que le gouvernement britannique « se retrouverait à la case départ » si un accord n’est pas conclu : les projets de développement de l’énergie nucléaires seraient plus difficiles à mettre en œuvre, alors qu’EDF est un des meilleurs opérateurs dans ce domaine. En outre, la vente de British Energy rapporterait plus 3 milliards de livres à un gouvernement qui en a le plus grand besoin./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028