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Semaine du 9 au 15 août

SEMAINE DU 9 AU 15 AOUT

Les journaux sont divisés sur la stratégie économique du gouvernement après la révision à la baisse des prévisions de la Banque d’Angleterre pour la croissance en 2011. THE ECONOMIST soutient pour sa part l’approche « radicale et audacieuse » de David Cameron. L’annonce de l’ouverture d’une nouvelle centrale nucléaire dès 2018 a relancé le débat sur cette forme d’énergie. Deux dossiers ont dominé les affaires internationales : le retrait américain en Irak et les élections au Rwanda. La fusion GDF/International Power est accueillie avec une satisfaction « prudente ».

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. David Cameron, le « radical »

Sous le titre, en page de couverture, « Royaume-Uni radical », THE ECONOMIST consacre tout un dossier au « gouvernement le plus audacieux du monde occidental ». L’hebdomadaire analyse « les mesures de resserrement budgétaire et de décentralisation les plus drastiques » annoncées par la coalition et estime que les enjeux, tout comme les risques, sont élevés.

Dans un éditorial, THE ECONOMIST apporte son total soutien au Premier ministre conservateur : « de tous les dirigeants politiques élus ces dernières années, David Cameron semblait le moins révolutionnaire. Pourtant, après cent jours au pouvoir, le gouvernement de coalition se révèle une force radicale. Pour la première fois depuis Margaret Thatcher, le Royaume-Uni fait de nouveau preuve d’audace, comme en témoignent le budget présenté par George Osborne ainsi que les projets de réforme des écoles, du système de santé, de la police et de l’Etat-providence ». Pourquoi ce soudain changement ? L’idéologie y est pour quelque chose. Mais c’est avant tout la nécessité qui amène le gouvernement à agir : les Tories ont hérité d’un tel déficit qu’ils n’ont rien à gagner à retarder la douleur. Evidemment, comme dans tous les paris, les choses pourraient mal tourner : le resserrement budgétaire peut affecter la reprise et M. Cameron risque d’avoir besoin d’un plan B moins énergique. Il n’en reste pas moins que pour THE ECONOMIST il s’agit de la bonne approche : partout dans les pays riches, la part de l’Etat est trop importante. D’autres, comme l’Espagne et la Grèce, devront sûrement suivre l’exemple du Royaume-Uni. Cela inclut aussi les Etats-Unis. Pour le moment, contrairement aux années 80, il n’y a pas d’écho reaganien de l’autre côté de l’Atlantique : les Républicains pas plus que l’équipe de M. Obama ne proposent de plan crédible à moyen terme pour rééquilibrer le budget américain. Pourtant, comme en Europe, il faudra bien que quelqu’un en présente un assez vite, et le Royaume-Uni, pour le meilleur ou pour le pire, leur donnera vraisemblablement des idées.

2. L’économie britannique selon la Banque d’Angleterre

Le dernier rapport trimestriel de la Banque d’Angleterre, qui révise à la baisse les prévisions de croissance pour 2011 (2,7% au lieu de 3,4%), occupe une place importante dans la presse, qui relève notamment la mauvaise réaction des marchés et les craintes d’une nouvelle récession. Les journaux sont cependant divisés sur les conclusions à en tirer.

La presse conservatrice appelle le gouvernement à maintenir sa stratégie. Ainsi du DAILY TELEGRAPH qui estime limité le risque d’un retour à la récession : l’inflation, même si elle est un peu élevée, n’est en rien menaçante et il y a de bonnes raisons de se réjouir. La production industrielle atteint un niveau record, les exportations sont à leur plus haut niveau depuis 30 ans et le nombre des chômeurs diminue. Il faut ignorer les appels « prévisibles » de l’opposition à un ralentissement de la consolidation : la réduction des dépenses doit être mise en place comme prévu. « Restaurer les finances publiques après les années de gaspillage du Labour est fondamental pour la reprise.

Le TIMES rappelle lui aussi son soutien à l’approche du gouvernement : des réductions importantes des dépenses publiques doivent être appliquées de toute urgence pour réduire un déficit qui risquerait autrement de s’amplifier, ce qui rendrait plus difficile encore sa correction à l’avenir. Le journal souligne le rôle important du Comité de Politique Monétaire de la Banque d’Angleterre qui doit, selon lui, prendre « la bonne décision » de maintenir les taux d’intérêt à leur bas niveau actuel. Les relever maintenant en vue de ralentir l’inflation risquerait de plonger l’économie dans une nouvelle récession. « Il n’y a aucune raison de céder à la panique », renchérit le commentateur du SUN.

Le FINANCIAL TIMES estime qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre les prévisions de la Banque d’Angleterre qui sont loin d’être toujours justes. Les décisions de la Banque Centrale comptent évidemment, ses prévisions aussi, mais indirectement en ce sens qu’elles aident les marchés à comprendre sa stratégie. Le rapport trimestriel est avant tout un rituel, ajoute le journal qui estime cependant que, dans ce domaine, « le rituel est de loin préférable au drame ».

Le GUARDIAN qui, comme plusieurs de ses confrères de centre-gauche, craint que des réductions de dépenses trop massives et trop rapides ne précipitent une nouvelle récession, se montre très critique envers Mervyn King, gouvernement de la Banque Centrale, qui selon le journal n’est pas apte à diriger la politique économique du pays : non seulement il se trompe dans ses prévisions, mais il ne maîtrise pas l’inflation. Il a trop de pouvoirs de sorte que le Chancelier de l’Echiquier, George Osborne, doit se battre avec la crise « en ayant un bras lié ». Dans le même journal, Seumas Milne n’exclut pas que David Cameron soit obligé d’opérer un « revirement » si le pays plonge de nouveau dans la récession. Une idée évoquée également par l’éditorialiste de l’INDEPENDENT : « les signaux sont contradictoires sans pour autant annoncer un désastre ». Mais l’économie reste fragile : « la santé du patient est extrêmement délicate et Messieurs Cameron, Clegg et Osborne devront adapter le traitement en fonction des besoins ».

3. Le débat sur l’énergie nucléaire

L’annonce par Chris Huhne, ministre de l’Environnement libéral-démocrate, de l’ouverture d’une nouvelle centrale nucléaire dès 2018 a été accueillie avec un soulagement perceptible dans une bonne partie de la presse. Certains journaux craignaient en effet que M. Huhne ne réitère son opposition passée pour une forme d’énergie qu’il jugeait alors « irresponsable pour l’environnement et économiquement stupide ».

« Le fait que M. Huhne admette la nécessité de la construction de nouvelles centrales nucléaires revient à reconnaître qu’il n’est pas possible de compter sur les nouvelles sources d’énergie, comme les éoliennes », souligne le DAILY TELEGRAPH. Pour l’éditorial du SUN, « nous n’avons pas d’autre choix. Nos capacités de production faiblissent et nous sommes de plus en plus à la merci de la Russie. L’ouverture d’une nouvelle centrale nucléaire en 2018 représente un début, mais il en faudra d’autres. Cette forme d’énergie est sûre, économique et vitale pour notre prospérité ». Dans un éditorial, le DAILY MIRROR (travailliste) estime lui aussi que l’avenir reste dans l’énergie nucléaire, du moins tant que les énergies renouvelables sont insuffisantes.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Les conséquences du retrait américain d’Irak

Le GUARDIAN a fait sa une sur « les craintes d’un retour en force d’Al Qaïda en Irak » : selon des déclarations faites au journal, les dirigeants du groupe terroriste exploitent la perspective du départ imminent des troupes américaines pour recruter de nouveaux membres parmi les sunnites. L’instabilité politique du pays, qui n’a pas encore pu mettre sur pied un nouveau gouvernement depuis les élections, joue également en leur faveur. La presse relève que le chef des forces armées irakiennes estime le retrait américain prématuré.

Con Coughlin du DAILY TELEGRAPH reproche à M. Obama de vouloir « retirer ses troupes pour les mauvaises raisons ». Selon le commentateur, le président américain oublie une considération vitale : les Irakiens ne souhaitent pas ce départ car ils ne sont pas prêts. Les partis politiques ne pouvant se mettre d’accord sur la formation d’un gouvernement, la violence a repris de plus belle : 535 morts le mois dernier. Pour M. Obama, la priorité est de regagner de la popularité dans la perspective des prochaines élections de mi-mandat, mais le retour d’Al Qaïda en Irak pose un formidable défi aux forces de sécurité. Pour s’assurer que le mouvement terroriste reste minoritaire, il serait sensé que Washington ne commence le retrait de ses troupes qu’une fois la mise en place d’un nouveau gouvernement à Bagdad, capable de protéger la nation. L’Irak pourrait enfin se concentrer sur l’exploitation de ses ressources pétrolières. Mais M. Obama est trop obsédé par son agenda politique à court terme pour envisager une telle approche.

Pour l’éditorialiste du GUARDIAN, M. Obama a parlé de succès trop vite : « contrairement à ce qu’il prétend l’Irak demeure pour lui un problème majeur et il est de sa responsabilité. Quel que soit le nom qu’il donne à la mission, l’occupation n’est pas terminée ». Il restera des dizaines de milliers de soldats américains en Irak dans les années à venir. Plutôt que de jouer sur les mots comme M. Bush, en rebaptisant opérations de stabilisation les opérations de combat, M. Obama ferait mieux de consacrer davantage de temps à la mise sur pied d’un gouvernement stable et démocratique à Bagdad. C’est une action diplomatique qui est nécessaire désormais. « Les Etats-Unis ont déclenché une guerre civile en jouant la carte du sectarisme, mais ils se sont montrés incapables de reconstruire la nation qu’ils ont détruite. L’Irak n’est pas une démocratie, mais une coquille fine et fragile d’un Etat encore susceptible de se briser à cause de divisions sectaires ».

2. Les élections au Rwanda

La presse attendait la victoire du président Kagame : s’ils considèrent que ce dernier a obtenu de réels succès sur le plan économique, les journaux appellent le dirigeant rwandais à faire de même sur le plan politique, en particulier sur les libertés. Pour les commentateurs, la communauté internationale, en particulier le Royaume-Uni, a la possibilité d’exercer son influence.

« Le Rwanda est aujourd’hui en apparence un pays stable, bien gouverné, sans corruption avec un taux de croissance impressionnant », écrit l’éditorialiste du TIMES qui estime d’autant plus étonnant que l’architecte de cet exploit ait agi avec un « autoritarisme » qui a conduit au meurtre de ses opposants politiques et au harcèlement de ses critiques. Selon le journal, une telle conduite a de quoi inquiéter un pays comme le Royaume-Uni, « le plus gros donateur du Rwanda ».

C’est précisément pour cette raison que l’éditorialiste de l’INDEPENDENT appelle le gouvernement britannique à exercer son influence : en exigeant par exemple une enquête internationale sur les récents meurtres de dissidents, ce qui montrerait au parti au pouvoir qu’il n’est pas question, après sa victoire électorale, de reprendre ses vieilles habitudes. « Il est faux de prétendre qu’il faut choisir entre la liberté et le développement ».

Pour l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES, la communauté internationale a de réels moyens de pression : M. Kagame est désormais davantage sensible à la critique et les pays donateurs s’agitent. Ses partenaires internationaux doivent pousser le président rwandais à la réforme et le contraindre à tenir ses promesses : accepter que ses opposants politiques participent librement aux élections législatives de 2013. « Le Rwanda a besoin non seulement de développement économique mais aussi de liberté politique », souligne encore le journal.

III. AFFAIRES FRANCAISES

International Power/GDF

« International Power succombe aux avance de GDF » : à l’instar du FINANCIAL TIMES, la majeure partie des journaux a annoncé également l’accord de fusion entre les deux groupes. Selon le FT, la « patience » de M. Mestrallet « a payé » et l’accord conclu permettra à GDF d’étendre sa présence dans des marchés comme l’Amérique Latine et le Proche Orient. Toujours dans le même journal, Andrew Hill estime qu’il faut accueillir cet accord avec une « satisfaction prudente », car le détail n’en est pas encore connu. Pour les actionnaires, c’est cependant « le meilleur compromis possible ».

Richard Fletcher du DAILY TELEGRAPH estime pour sa part que l’attente valait la peine : elle a permis au PDG d’International Power de concocter un « bon petit accord » avec GDF : les deux groupes créent aujourd’hui une entreprise plus importante, moins risquée, qui pourra négocier à l’échelon mondial et prospérer. Le commentateur relève la bonne réaction de la City à l’annonce de la fusion, mais ajoute néanmoins : « les actionnaires devront attendre la publication du détail des propositions avant de se prononcer sur la qualité de l’accord…Ils devront aussi décider s’ils peuvent faire confiance aux Français »./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028