Semaine du 9 au 13 juillet

SEMAINE DU 9 AU 13 JUILLET

La presse a salué les innovations apportées par le nouveau Premier Ministre Gordon Brown : l’annonce anticipée du programme législatif et la fin de la manipulation des média. Elle a pris note également des dernières propositions des conservateurs en matière de politique sociale. L’Iraq a dominé les affaires internationales (nouvelle approche des Britanniques, mais persistance de George Bush). Les journaux ont accueilli avec soulagement la fin du siège de la Mosquée Rouge au Pakistan.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Le programme de Gordon Brown

Grande première au Royaume-Uni : Gordon Brown vient de présenter son programme législatif lequel est traditionnellement annoncé à la rentrée parlementaire lors du discours du Trône. Si la presse se félicite de cette innovation dans la forme, elle est en revanche moins impressionnée par le contenu des propositions.

Le FINANCIAL TIMES approuve un « changement bienvenu » qui va permettre, en anticipation du discours du Trône, le débat et la concertation autour du programme du Premier Ministre. L’INDEPENDENT parle même de « rupture avec le Blairisme ».

En revanche, sur le fond du programme, les commentateurs assurent qu’il n’y a pas de réelle nouveauté. « C’est un menu familier », écrit le FINANCIAL TIMES, tandis que pour Peter Riddell du TIMES, M. Brown a fait « un petit pas dans la même direction ». Le GUARDIAN approuve le « bon sens » du programme mais n’y voit pas de « surprises » : le Premier Ministre a des priorités différentes de celles de Tony Blair qui mettait l’accent sur le terrorisme et la lutte contre la criminalité, mais ce n’est pas un changement de direction.

Pour le DAILY TELEGRAPH, M. Brown ressert « le même vieux vin dans de nouvelles bouteilles » : il s’agit d’un « recyclage sur une grande échelle ». L’annonce de la construction de nouveaux logements relève davantage du vœu pieux que d’une réelle politique. Et seule la décision de renoncer à la construction d’un super-casino, projet cher à Tony Blair, représente une « divergence avec l’ancien régime ».

Quelques commentateurs, à l’instar de James Blitz du FINANCIAL TIMES, voient dans l’initiative du Premier Ministre l’œuvre d’un bon tacticien qui cherche à désarçonner son rival conservateur : tout d’abord, il a voulu montrer qu’il a déjà un programme solide alors que David Cameron en est encore au stade des hésitations. Ensuite, il met délibérément l’accent sur des questions qui unissent le Labour mais divisent les conservateurs (par exemple logements sociaux). Enfin, il veut apporter la preuve que les travaillistes cherchent à satisfaire les demandes de tous alors que les conservateurs se concentrent sur les besoins d’un petit groupe. Mais c’est de « la politique politicienne plutôt que de la politique pure », conclut le journaliste.

2. La fin de la manipulation des média

Autre innovation : l’arrivée de Gordon Brown à Downing Street semble avoir clos définitivement un chapitre dans la culture politique britannique, celui de la manipulation des média, et les commentateurs s’en félicitent. Le contraste avec l’époque de Tony Blair a été mis en évidence par la publication du journal d’Alastair Campbell, artisan du système des « spin doctors » dans les premières années du nouveau Labour.

Sans indulgence pour M. Campbell (responsable d’avoir « gonflé » le dossier justifiant la guerre en Iraq), l’INDEPENDENT appelle M. Brown à tenir ses promesses de transparence : « pour un gouvernement nouveau et différent, il faut reconstruire le mur protégeant la fonction publique de toute interférence politique et mettre fin à la culture politique qui voit dans l’expression publique d’un désaccord sur la ligne officielle un acte de trahison et d’hérésie ».

Tim Hames du TIMES applaudit le changement : les députés vont être désormais traités avec davantage de déférence que les journalistes. La classe politique ne doit plus se laisser intimider par la presse, la radio et la télévision. Ce sont les hommes politiques qui, en leur fournissant les nouvelles, leur permettent de survivre, et non l’inverse.

3. Les conservateurs et la rupture sociale

Un rapport publié par les conservateurs sur la « rupture sociale » a suscité un vif débat. Les journaux ont largement concentré leurs commentaires sur l’octroi d’avantages fiscaux aux couples mariés, mais ils sont fort divisés sur le sujet.

Pour la presse travailliste, à l’instar du GUARDIAN, mettre l’accent sur la primauté du mariage relève du « paternalisme », constitue « un retour vers le passé » et risque de pénaliser les enfants élevés par un parent unique. « David Cameron est bien l’héritier de Margaret Thatcher et de John Major. Avec de telles idées, les Tories perdront les élections, et ils le mériteront bien », renchérit le DAILY MIRROR.

A l’inverse, les journaux conservateurs assurent, comme le DAILY TELEGRAPH, que David Cameron, en déclarant son soutien au mariage, a un solide dossier et que ce pourrait « être la clé de son succès ». Même ligne dans le SUN : « pour la première fois, les Tories font des propositions qui pourraient leur permettre de battre le Labour ».

Peter Riddell du TIMES porte le débat à un autre niveau : c’est le programme politique le plus important que le parti ait présenté jusqu’à présent et qui traite des questions fondamentales au cœur même de ce que David Cameron entend par responsabilité sociale.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. L’Iraq

La crise iraquienne a fait de nouveau les grands titres de la presse qui relève, d’un côté, que le Président américain persiste et signe dans sa stratégie malgré une opposition croissante, et, de l’autre, une différence d’approche de la part du gouvernement britannique.

Tandis que Gordon Brown a mis l’accent, dans une interview à la BBC, sur le développement économique de l’Iraq, Douglas Alexander, Ministre du commerce et du développement, a fait à Washington l’éloge du « soft power » et du multilatéralisme. Pour la presse c’est une preuve de plus que M. Brown cherche à prendre ses distances vis-à-vis de Tony Blair, même s’il n’y a pas pour le moment de changement de ligne officiel.

Concernant George Bush, les commentaires restent tranchés. La presse travailliste déplore, comme le GUARDIAN, le « refus du Président de voir les choses en face » alors qu’il n’est plus du tout « convaincant » et perd tout soutien. Pour l’INDEPENDENT, « l’échec de la présidence Bush crève désormais les yeux », et le chef de la Maison Blanche risque 18 mois « d’humiliation » jusqu’à la fin de ses fonctions.

Le FINANCIAL TIMES appelle à la préparation, dès à présent, d’un retrait : l’Iraq est déjà en pleine guerre civile. L’occupation américaine « a infantilisé la politique iraquienne, encourageant les dirigeants à cultiver le sectarisme ».

Bronwen Maddox du TIMES assure elle aussi que la stratégie de M. Bush n’a permis aucun progrès et que le gouvernement iraquien à majorité chiite n’a rien fait pour protéger les sunnites. Toutefois, selon la journaliste, les Américains « ne peuvent se permettre d’abandonner complètement l’Iraq à ses voisins et à Al Qaïda ». Une « solution tentante pourrait être de réduire les troupes et de se concentrer sur Al Qaïda et la protection des frontières ». « Mais ce serait aussi admettre que les Etats-Unis sont incapables d’apporter la paix à Bagdad ».

Le DAILY TELEGRAPH s’en prend pour sa part aux Républicains qui semblent sur le point de retirer leur soutien au Président, largement pour des raisons électorales. Pour le journal, s’il est facile de comprendre que les hommes politiques cherchent à prendre leurs distances vis-à-vis d’une « guerre impopulaire », il faut aussi laisser à la nouvelle stratégie de M. Bush le temps de donner des résultats : le déploiement des troupes supplémentaires doit en effet se poursuivre jusqu’à la mi-août. Dans la même ligne, le SUN assure que M. Bush « a raison » et que l’on ne peut se permettre de perdre la guerre.

2. La fin du siège de la Mosquée Rouge

La presse a accueilli avec soulagement la fin du siège de la Mosquée Rouge, mais elle s’interroge sur l’action du Président Musharraf.

Bronwen Maddox du TIMES assure que la conclusion de l’affaire « donne davantage d’espoir qu’aucun autre événement de ces derniers années sur le désir de stabilité du Pakistan ». La journaliste félicite le général Musharraf pour son « action décisive ». Elle estime que les islamistes ont fait du tort à leur cause et que si le Président tient les élections prévues il peut même espérer le soutien du parti de Benazir Bhutto.

Le FINANCIAL TIMES est davantage critique à l’égard de « l’ambiguïté tactique » de M. Musharraf « qui consiste à coopter les islamistes tout en apaisant ses alliés américains et n’a jusqu’à présent fait qu’encourager le Djihad et aliéner Washington ». Mais il considère aussi que l’épisode de la Mosquée Rouge lui offre « une chance ». Mais il doit ouvrir le processus politique aux partis dirigés par Benazir Bhutto et Nawaz Sharif et dont le Pakistan a besoin pour former un bloc démocratique face à l’extrémisme islamiste. Le gouvernement doit enfin contrôler les madrassa et chercher à résoudre les inégalités sociales qui incitent tant de jeunes Pakistanais à rejoindre ces écoles de préparation au fanatisme.

Le GUARDIAN en revanche estime « déplacé » le soutien de la communauté occidentale au Président pakistanais : ce pays « devrait être dirigé par un gouvernement démocratique, et non un général qui va de crise en crise ». /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028