SEMAINE DU 8 AU 14 OCTOBRE
Un Premier Ministre à la réputation ternie et un Chancelier de l’Echiquier contraint d’emprunter, pour son budget, les idées de ses adversaires conservateurs : le Labour, si l’on en croit les journaux, est dans une mauvaise passe. Et pour tout aggraver, la pression continue de monter sur Gordon Brown à propos du nouveau Traité européen et de la question du référendum. Au chapitre de la France, deux thèmes ont retenu l’attention des rédactions : nos projets concernant l’OTAN et le nouveau style de notre diplomatie.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
1. La contre-offensive de Gordon Brown
Gordon Brown ne pouvait espérer « regagner son autorité en un jour » : après avoir renoncé aux élections anticipées, le Premier Ministre travailliste a expliqué sa position lors d’une conférence de presse. Mais à cette occasion, tout comme dans son intervention aux Communes sur l’Irak, il n’a pas, de l’avis des commentateurs, effacé la mauvaise impression des jours précédents.
« Dans les deux cas, il n’a pas été brillant, et ses déclarations ont été accueillies avec le plus grand scepticisme », écrit l’INDEPENDENT. Le journal reconnaît que David Cameron, « sentant qu’il avait l’avantage, a été impitoyable ». Pourtant, ajoute-t-il, la stratégie sur l’Irak aurait pu, en d’autres circonstances, « être saluée pour ce qu’elle est probablement : un changement radical par rapport à la politique de Tony Blair ».
Pour le DAILY TELEGRAPH, la réputation de M. Brown, « fondée sur un jugement politique solide et une intégrité irréprochable » a été définitivement ternie, et l’étiquette « d’indécis » qui lui a été apposée sera difficile à effacer. Le journal estime que d’autres « épreuves » plus sérieuses attendent le Premier Ministre - le nouveau Traité européen, l’Iran – qui demanderont un réel leadership.
La tâche sera donc rude pour le Premier Ministre, mais elle n’est pas insurmontable, soulignent aussi les commentateurs. Peter Riddell du TIMES considère que M. Brown a dix-huit mois pour reconstruire son leadership et répondre à cinq principaux défis : économie, Europe, Irak, réforme des services publics et réforme constitutionnelle. Il a certes « perdu les points qu’il avait acquis durant l’été », mais les conservateurs ne doivent pas « céder à l’euphorie ».
L’éditorialiste de THE ECONOMIST partage cet avis : M. Brown a fait perdre le temps de tout le monde avec le fiasco des élections, mais il est trop tôt pour « faire une croix » sur lui. « Il peut s’en sortir s’il gouverne bien, mais il doit montrer au public ses véritables couleurs politiques, à condition naturellement qu’il en ait ».
C’est le point que relève précisément Philip Stephens du FINANCIAL TIMES : « le danger pour Gordon Brown, c’est d’être à court d’idées », comme ce fut le cas en 1979 pour James Callaghan, qui avait alors cédé les clés de Downing Street à Margaret Thatcher. Le Premier Ministre ne semble plus avoir d’énergie intellectuelle, alors que pendant dix années il avait défendu sa propre vision de la sociale-démocratie face à M. Blair. On a l’impression aujourd’hui qu’il n’a plus rien à dire. « Certes, 2007 n’est pas 1979 : le Royaume-Uni était alors l’homme malade de l’Europe. Le pays et le parti de M. Callaghan semblaient ingouvernables. La situation d’aujourd’hui n’est en rien comparable. Il n’en reste pas moins qu’après 100 jours au pouvoir, le gouvernement de M. Brown semble bien las. Et des gouvernements sans idées ne sont rien ».
2. Les prévisions budgétaires
Alistair Darling ou « la pie voleuse » : le nouveau Chancelier de l’Echiquier n’a pas échappé à la comparaison alors qu’il a emprunté trois propositions à ses adversaires conservateurs lors de la présentation de ses prévisions budgétaires (baisse de l’impôt sur les successions, imposition des étrangers fortunés et taxe sur les avions). Dans l’ensemble, les commentateurs lui reprochent son manque de vision.
Le FINANCIAL TIMES admet que M. Darling « avait peu de marge de manœuvre » et qu’il lui fallait réagir aux propositions faites par les Tories. Il regrette aussi que le Labour ait donné l’impression de laisser ses adversaires lui dicter la direction à prendre : « ce n’est pas un programme convaincant et enthousiasmant pour le gouvernement Brown des deux prochaines années ».
L’INDEPENDENT se déclare lui aussi déçu par un exercice « davantage politique qu’économique » dont un des buts était de « neutraliser les initiatives des conservateurs ». Le journal assure que même si M. Darling a fait preuve de confiance et de compétence, il n’a pas levé le mystère sur le financement de ses projets : « politiquement, il a fait gagner du temps au gouvernement. Mais, sur le plan économique, ses chiffres ne collent pas ».
Pour le TIMES, le budget de M. Darling se remarque par ses carences : le Chancelier de l’Echiquier a laissé passer l’occasion d’annoncer une baisse des impôts et une réduction des dépenses publiques. Or, il est indispensable, qu’au cours des deux années à venir, le Labour mette fin au gaspillage et augmente la productivité et l’efficacité des services publics s’il veut conserver ses électeurs.
Le DAILY TELEGRAPH se félicite de voir les travaillistes emprunter les idées des conservateurs, mais estime aussi qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle vision palpitante de la part de l’équipe de Brown. Le Labour est décidément « sur la défensive » : ce sont les Tories qui mènent le jeu et ils doivent continuer sur cette lancée. Le SUN fait aussi une comparaison à l’avantage des conservateurs : Darling s’inspire des initiatives de l’opposition mais il les rend plus complexes et plus difficiles à comprendre.
II. AFFAIRES EUROPEENNES
Le débat sur le nouveau Traité
A quelques jours du sommet de Lisbonne, et après le rapport d’une commission parlementaire sur le Traité, la presse est revenue à la charge sur la question du référendum. Gordon Brown, de nouveau sous pression, a promis de sauvegarder les « lignes rouges » britanniques.
Pour la presse eurosceptique, la cause est entendue : le Premier Ministre doit organiser ce référendum. Les électeurs le demandent, une commission du parlement admet que les arguments du gouvernement ne tiennent pas, plus de 100 députés travaillistes et les syndicats sont de cet avis, écrit le DAILY TELEGRAPH, rappelant que M. Brown a promis la transparence et doit donc s’exécuter. Le SUN estime que le sommet de Lisbonne offre au Premier Ministre l’occasion de racheter les erreurs qu’il a commises dernièrement : « il doit honorer ses promesses et accepter un référendum…ou bien renoncer au Traité et claquer la porte ».
Si la presse pro-européenne accepte pour le moment la position du gouvernement, Timothy Garton Ash, du GUARDIAN en arrive lui aussi à la conclusion qu’il faut un référendum mais au détour d’une analyse plus subtile : il y a certes de bonnes raisons de rejeter cette demande (le Traité n’est pas constitution, le Royaume-Uni a obtenu des garanties…etc). Mais il y aussi une très mauvaise excuse : à savoir qu’en cas de référendum, le gouvernement est assuré de perdre. Ce Traité est une bonne chose pour le Royaume-Uni, pour l’Europe et le monde entier, car il permettra un meilleur fonctionnement de l’Union. Or, les Britanniques se retrouvent dans une situation stupide de rejet, non pas parce que les adversaires du projet ont les meilleurs arguments, mais parce que des gouvernements successifs n’ont pas su défendre les leurs et informer les électeurs pour leur permettre de juger par eux-mêmes. Il est temps de passer à la lutte ouverte. « Sonnons les trompettes, passons à l’action et sortons de ce bourbier ».
Pour Peter Riddell du TIMES, le report des élections aura au moins l’avantage de faire retomber la pression et de faciliter la ratification du Traité par le parlement dans les dix-huit mois qui viennent. Il y aura des protestations, mais les électeurs britanniques, dans l’ensemble, se soucient peu de l’Europe. Il faut résoudre la question pour permettre à l’Europe d’avancer. « On a la chance de pouvoir le faire et par la même occasion de faire jouer au Royaume-Uni un rôle plus positif dans l’Union ».
III. AFFAIRES FRANCAISES
1. La France et l’OTAN
Les intentions de la France de rejoindre les structures militaires de l’OTAN suscitent l’intérêt de la presse qui y voit, à l’instar de l’INDEPENDENT, « un revirement important par rapport à l’approche de M. Chirac et de ses prédécesseurs ».
Dans un éditorial, l’INDEPENDENT, décrit le « nouveau parfum atlantiste » de la politique étrangère de la France. Il estime toutefois que les motivations de M. Sarkozy sont « sûrement plus complexes » que le simple désir de faire sortir son pays de l’isolement. Le nouveau Président de la République souhaite placer la France au cœur des affaires militaires mondiales. Si cette dernière rejoint le haut commandement de l’OTAN, elle renforcera l’influence de l’Europe au sein de l’organisation, ce qui donnerait davantage de poids à une Force de défense européenne, laquelle pourrait un jour devenir plus importante que l’OTAN en Europe. Est-ce souhaitable ? Il faut de toute évidence réexaminer l’intérêt d’une organisation dont la montée de l’extrémisme dans le monde a montré le manque d’unité. « Quant au développement de la coopération européenne en matière de défense, il est certainement désirable en théorie, mais il reste à voir si les Etats membres de l’Union coopéreraient avec davantage d’efficacité sous le parapluie d’une Force de défense européenne que sous celui de l’OTAN ».
2. La diplomatie française
Ayant interviewé le Ministre des Affaires étrangères, THE ECONCOMIST assure que Bernard Kouchner n’est pas un diplomate comme les autres et que son arrivée au Quai d’Orsay a apporté une bouffée d’air frais.
Pour l’hebdomadaire, « M. Kouchner a contribué à l’adoption d’une nouvelle approche, non seulement dans la forme mais aussi dans le fond » : il est toujours sur le terrain et il a son franc-parler. C’est également un pragmatique qui sait écouter pour trouver ce qui fonctionne. M. Kouchner veut créer des liens avec les puissances émergentes, et cela signifie une coopération avec les Américains, mais non un alignement. Il souhaite aussi, en médecin du monde, mettre en application la théorie du droit d’ingérence sur des bases humanitaires. La France a des atouts : elle a notamment de bonnes relations avec des pays que les Américains boudent. Elle a de la crédibilité dans le monde arabe, grâce à son opposition lors de la guerre en Irak, et pourrait servir de médiateur dans ce pays. Cette approche diplomatique a toutefois ses limites : conflits inévitables entre intérêts commerciaux et idéaux humanitaires, dangers du franc-parler, et frictions possibles avec l’Elysée (Turquie, Russie). « Il reste à voir en effet si M. Sarkozy préférera toujours l’idéalisme de M. Kouchner aux intérêts de la France ». /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028