SEMAINE DU 8 AU 14 MARS
A l’annonce du budget pour le 24 mars, qui semble confirmer la tenue des élections le 6 mai, la presse appelle Gordon Brown à présenter un plan crédible pour la réduction du déficit budgétaire. Au chapitre international, la presse condamne la dernière « rebuffade » d’Israël à Washington, mais se félicite du courage des électeurs irakiens. Le projet d’un fonds monétaire européen ne suscite guère d’enthousiasme. La visite de M. Sarkozy à Londres donne lieu à une couverture plutôt positive, même si les tabloïds se sont les jours précédents lancés dans des spéculations sur l’état du mariage présidentiel.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
L’annonce du budget
En annonçant la date du prochain budget (24 mars), Gordon Brown a, de l’avis de la presse, donné le coup d’envoi à la campagne électorale pour un scrutin qui devrait se tenir probablement le 6 mai. Les derniers sondages confirment que la lutte sera serrée : dans un sondage YouGov paru dans le SUNDAY TIMES, les conservateurs obtiennent 37% des intentions de vote contre 33% pour le Labour, tandis qu’un sondage ICM dans le SUNDAY TELEGRAPH leur donne respectivement 38% et 31% des voix.
« C’est la dernière chance pour le Labour de convaincre les électeurs et les marchés qu’il a un plan crédible pour la réduction du déficit », écrit George Parker dans le FINANCIAL TIMES. Larry Elliott du GUARDIAN n’y croit guère : si tous les budgets sont politiques, celui-ci le sera plus que les autres. M. Darling n’aura guère de moyens à sa disposition, et le Labour cherchera surtout à lancer des mises en garde contre l’austérité prônée par les conservateurs. Ce sera « un budget factice », et les dures décisions devront attendre.
Si le TIMES accorde au Premier ministre le crédit d’avoir agi de manière décisive lors de la crise bancaire, il lui reproche d’avoir admis un peu tard la nécessite de réduire les dépenses publiques : le budget lui donne une nouvelle chance de clarifier le rôle de l’Etat qui lui semble compatible avec ses objectifs de réduction de la dette.
Le DAILY TELEGRAPH estime qu’il est trop tard : Le Premier ministre ne manque ni de courage ni de détermination, mais il a le grand défaut de ne pas admettre ses responsabilités. Il blâme les événements mondiaux pour les difficultés économiques du Royaume-Uni, mais il aurait dû pendant ses années au Trésor mettre de l’argent de côté en prévision d’une période plus difficile. Il aurait dû aussi reconnaître depuis plusieurs mois la nécessité d’une réduction des dépenses publiques. M. Brown s’obstine également à ne pas admettre que l’armée a été privée d’équipement adéquat en Afghanistan. « Après 13 années au pouvoir, le Labour n’a plus le droit de dire que les choses ne peuvent que s’améliorer. Les électeurs doivent certes étudier attentivement le programme des principaux partis, mais ils sont aussi en droit de se demander si le Labour, qui a mené le pays au bord de la faillite, mérite une autre chance ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. La rebuffade d’Israël à Washington
Toute la presse condamne l’annonce par Israël de la création de 1600 logements à Jérusalem-Est au moment même de la visite de Joe Biden. Elle y voit une insulte aux efforts de paix des Américains.
« Il est parfois difficile même pour les plus ardents défenseurs d’Israël de ne pas être irrités par les actions de son gouvernement », écrit l’éditorial du DAILY TELEGRAPH qui estime que la communauté internationale n’a pas besoin de ce genre de « provocation » alors qu’elle investit du temps, de l’argent, et de sérieux efforts pour apporter la paix à la région .
L’INDEPENDENT pointe Israël du doigt : cet épisode en dit long sur ce que pense l’Etat hébreu qui ne veut rien céder sur Jérusalem-Est et préfère concentrer les attentions sur la menace iranienne. Selon le journal, les dirigeants israéliens comptent sur le fait qu’aucun président américain, même Barack Obama, n’osera protester sérieusement. « Et qui va dire que ce calcul est faux » ? conclut-il.
Simon Tisdall du GUARDIAN appelle en tous cas le président Obama à hausser le ton : il est temps qu’il commence à se battre et à défendre ses idées avec passion. La visite de M. Biden en Israël pourrait annoncer une nouvelle approche, car il n’a pas mâché ses mots après l’insulte qui lui a été infligée. L’Etat hébreu ne s’en rend peut-être pas compte, mais il ne peut pas se permettre de traiter ainsi ses amis. Que ce soit en violant le droit international, comme à Gaza, en insultant ses voisins, comme la Turquie, ou en volant des passeports pour faire assassiner ses ennemis, comme à Dubaï, Israël va trop loin. M. Nétanyahou vient de susciter la colère du plus grand et du plus puissant allié de son pays. « Il doit prendre garde ».
A son tour l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES engage M. Obama « à montrer davantage de fermeté » : M. Nétanyahou semble croire que Washington le laissera faire à sa guise. Si le président américain lui faisait savoir qu’il ne peut plus compter sur un soutien inconditionnel, le Premier ministre israélien ne serait plus en même position de force sur son propre territoire.
2. Les élections en Irak
La presse salue le courage des Irakiens qui ont bravé la violence pour se rendre aux urnes, et assure que c’est le signal d’un avenir meilleur pour le pays.
Le DAILY TELEGRAPH appelle les dirigeants politiques à « se montrer dignes du nouveau mandat que leur a confié un électorat courageux » et à former un gouvernement regroupant Sunnites, Chiites et Kurdes afin de mener le pays à la prospérité promise par des réserves de gaz et de pétrole importantes.
Le TIMES se félicite des progrès de la démocratie « qui commence à produire de réels leaders » : il reste cependant un long chemin à parcourir. Le nouveau gouvernement doit améliorer ses relations avec la Syrie et l’Arabie saoudite. Les perspectives économiques sont prometteuses, mais la sécurité reste le problème central, souligne le journal.
Le GUARDIAN évoque les points positifs et les deux différences majeures séparant les élections du week-end dernier en Irak de celles de 2005 : les forces américaines se préparent au retrait, et les Sunnites ont décidé cette fois-ci qu’il était davantage dans leur intérêt de voter que de recourir au boycott. Pour le journal cependant, d’importantes questions se posent pour l’avenir du pays. La constitution d’un gouvernement de coalition ne va pas se faire sans discussions et sans marchandages : cela va prendre du temps et de nouveaux remous sont possibles. Le nouveau gouvernement sera confronté à de sérieuses difficultés : institutions inefficaces, corruption. La réconciliation est un mirage, et Kirkurk constitue potentiellement une crise qui ne demande qu’à éclater. Washington est impatient de sortir du bourbier créé par George Bush. Le vice-président Joe Biden se plait à annoncer la naissance du processus politique en Irak, mais dans ce pays politique et violence vont de pair. Un optimisme relatif est peut-être de mise, mais il n’est nullement certain que le processus politique prendra le dessus et préparera ce pays divisé à la stabilité qu’il mérite.
Le FINANCIAL TIMES reprend certains de ces thèmes et estime que « les courageux Irakiens ayant bravé les terroristes pour aller voter, méritent des institutions efficaces, un gouvernement national authentique et une opposition qui lui demandera des comptes ». Pour le journal, « beaucoup dépend de la majorité chiite » qui devra accepter un système représentatif des autres minorités, en particulier des Sunnites.
III. AFFAIRES EUROPEENNES
1. Projet de Fonds monétaire européen
Le FINANCIAL TIMES a consacré plusieurs jours de suite des articles au projet évoqué par Wolfgang Schäuble, ministre des Finances allemand, d’un Fonds monétaire européen pour renforcer la surveillance et la coopération économique au sein des pays de la zone euro. Le journal précise, comme ses confrères, que Mme Merkel approuve cette initiative. La presse est réservée, voire plutôt hostile dans les quotidiens conservateurs.
Pour Quentin Peel du FINANCIAL TIMES, l’idée lancée par Wolfgang Schäuble constitue une arme à double tranchant : elle donnerait à un Fonds monétaire européen les mêmes outils d’intervention dans les politiques budgétaires des gouvernements que le FMI. Elle envisage aussi d’autres mesures pour accroître la coordination de la politique économique dans les pays de la zone euro. Selon M. Peel, cette initiative aurait dû en toute logique venir de Paris plutôt que de Berlin. La France a toujours argué du principe que les ministres des finances de l’Ecofin et de l’Eurogroupe devaient avoir davantage de pouvoirs en matière de coordination économique, l’Allemagne y voyant une menace pour l’indépendance de la BCE. La question est désormais de savoir comment les deux pays vont pouvoir trouver un terrain d’entente autour d’un projet visant à répondre à la crise grecque. Mme Merkel a fait beaucoup de concessions à la France sur la question d’une forme de « gouvernement économique » pour la zone euro, mais il ne fait aucun doute que les Allemands insisteront lourdement sur la discipline budgétaire. M. Schäuble semble avoir mis les Français au pied du mur, mais ses propositions ne sont pas réalisables sans un nouveau Traité, ce que personne ne souhaite après les difficultés suscitées par celui de Lisbonne. « La solution retenue devra donc pouvoir être mise en œuvre sans changement constitutionnel et avec l’accord de Paris et de Berlin. Cela prendra du temps », conclut le commentateur.
« Il faudra des mois pour mettre sur pied un fonds monétaire européen et la crise de l’euro sera alors résolue d’une manière ou d’une autre », renchérit Sean O’Grady de l’INDEPENDENT qui estime qu’à l’avenir « le FME pourrait évoluer vers une sorte de gouvernement économique européen ainsi que ne cesse de le demander M. Sarkozy ».
L’éditorial du GUARDIAN se félicite de ce que l’Union européenne reconnaisse la nécessité de nouvelles institutions pour éviter de recommencer ses erreurs des dernières années. Un FME serait idéal s’il défendait réellement l’euro et intervenait en cas de difficultés. Il risque malheureusement de se limiter à taper sur les doigts des gouvernements fautifs, ce qui ne fera rien pour « ressouder une zone euro qui commence peu à peu à se désagréger. Si un groupe de 16 pays veut progresser, il lui faut des institutions et des régulateurs sérieux et ses Etats membres doivent reconnaître qu’ils ont tous partie liée ».
La presse conservatrice eurosceptique se méfie d’une nouvelle initiative européenne. Le DAILY TELEGRAPH se fait l’écho des inquiétudes des Tories et souligne que toute initiative visant à la création d’un FME pourrait faire l’objet d’un référendum au Royaume-Uni. Le DAILY EXPRESS dénonce une fois de plus « l’élite européenne qui cherche à prendre de nouveaux pouvoirs aux Etats souverains de l’Union ».
IV. AFFAIRES FRANCAISES
La visite de M. Sarkozy à Londres
Des relations vraiment « cordiales », un partenariat à « grande vitesse » : pour la presse britannique, la visite du président de la République à Londres a confirmé sa bonne entente avec Gordon Brown, les deux dirigeants n’ayant pas tari d’éloges l’un envers l’autre. Les journaux évoquent également la rencontre de M. Sarkozy avec M. Cameron, soulignant qu’il s’agissait de la première en deux ans, une illustration selon eux du « malaise » de l’Elysée envers un leader conservateur qui a retiré son parti du groupe PPE au parlement européen.
Le FINANCIAL TIMES et l’INDEPENDENT mettent l’accent sur le rapprochement de vues entre M. Sarkozy et M. Brown dans leur critique du protectionnisme américain à propos de l’affaire des avions ravitailleurs. Ils estiment qu’un compromis est possible sur les « hedge funds ».
Pour l’éditorial de l’INDEPENDENT, la relation franco-britannique entre dans une nouvelle phase : nos deux pays reconnaissent qu’ils ont davantage de points d’accord que de désaccord, et ce indépendamment du gouvernement en place. Concernant la critique du protectionnisme américain, c’est M. Sarkozy qui a pris l’initiative, et son approche est peut-être le signe qu’il profitera de ses bonnes relations avec Washington pour exprimer clairement sa pensée. S’il le fait, ce ne sera pas seulement dans l’intérêt de la France, mais aussi dans celui de l’Europe. Alors que la nouvelle coalition allemande ne s’illustre pas sur la scène internationale et le Royaume-Uni est affaibli par la crise financière, M. Sarkozy doit saisir l’occasion qui se présente et montrer ses capacités de leader dans la région, conclut le journal.
L’éditorial du FINANCIAL TIMES s’interroge sur la relation de M. Cameron avec l’Europe : le dirigeant conservateur est peut-être « pragmatique » sur le sujet, mais il doit compter avec son aile dure eurosceptique. Alors qu’une coopération dans le domaine de la défense serait dans l’intérêt de la France et du Royaume-Uni, il ne doit pas « polluer » ses relations avec l’Europe en promettant un référendum à chaque nouveau changement constitutionnel. Il va devoir faire « la discipline » au sein de son propre parti./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028