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Semaine du 8 au 14 juin

SEMAINE DU 8 AU 14 JUIN

La presse a accueilli sans conviction les propositions de réforme annoncées par un Premier Ministre travailliste qu’elle estime en sursis, après un double désastre électoral qui a encore affaibli son pouvoir. Les élections en Iran et au Liban ont dominé les affaires internationales. Des élections européennes, les journaux retiennent surtout la défaite de la gauche et la bonne tenue du centre-droit.

I.AFFAIRES BRITANNIQUES

La survie de Gordon Brown

Gordon Brown a échappé à la rébellion mais, de l’avis des commentateurs, il a perdu beaucoup de son pouvoir. Même s’il entend renouveler son image et lancer des propositions de réforme, ce sont des Ministres comme Alistair Darling et surtout Peter Mandelson qui font désormais pencher la balance. Selon le dernier sondage YouGov paru dans le SUNDAY TIMES, plus de la moitié des électeurs pensent que Gordon Brown fait du tort au Royaume-Uni.

Les propositions présentées par le Premier Ministre en milieu de semaine n’ont certainement pas convaincu la presse. Il ne s’agit pas d’un « temps fort », assure l’éditorial du TIMES prêt à reconnaître qu’il y a quelques bonnes idées, mais peu de détails : les propositions immédiates sur la question des dépenses des députés et le meilleur fonctionnement du parlement sont bienvenues. Les projets de réforme de la Chambre des Lords, du système électoral et l’instauration d’une constitution écrite ne sont cependant que des aspirations à long terme, controversées. Pour le moment, « la priorité doit être de revigorer la démocratie ».

Pour le GUARDIAN, Gordon Brown a fait des propositions « inoffensives ». Même si sa démarche est « encourageante », la plupart de ses idées étaient déjà « dans l’air ». Sur les réformes plus ambitieuses comme celle de la constitution, la Chambre des Lords, il faudra un long débat et quelqu’un pour le mener, et il n’y aura jamais de consensus. « Pour améliorer la démocratie et regagner la confiance de l’opinion, il faudra un réel changement. Malheureusement, il n’est toujours pas annoncé », conclut le GUARDIAN.

« Une déclaration d’intention maladroite sur de vagues projets de réforme constitutionnelle ne va pas restaurer la confiance des électeurs » : Adrian Hamilton de l’INDEPENDENT est sans pitié et dénonce « la pauvreté des aspirations et la réflexion nébuleuse » de M. Brown. Le commentateur dénonce même « l’hypocrisie » d’un Premier Ministre qui renforce le pouvoir de certains Lords (Mandelson, Adonis). Ce qu’il faut, « ce sont de vrais changements pratiques : des mandats fixes, un système électoral plus équitable, un choix authentique de représentants locaux ».

Le FINANCIAL TIMES met l’accent sur la faiblesse de Gordon Brown « toujours Premier Ministre, mais prisonnier de son gouvernement ». Le journal relève qu’Alistair Darling est en revanche devenu intouchable. Le Chancelier de l’Echiquier, perçu autrefois comme le pantin de M. Brown, a aujourd’hui le contrôle de la politique économique. Il doit saisir l’occasion pour se pencher sur le problème du déficit budgétaire en préparant dès maintenant un nouveau budget : il doit expliquer en détail comment le gouvernement entend restaurer les finances publiques s’il remporte les élections. En faisant cela, M. Darling pourrait du même coup rassurer les investisseurs et donner un choix réel aux électeurs. La présentation de prévisions budgétaires contraindrait les autres partis à donner leurs propres recettes pour l’équilibre des comptes. Tant que le gouvernement reste vague, l’opposition en fait autant. « Le moment est venu pour le Chancelier de l’Echiquier d’user de son pouvoir nouvellement acquis ».

Sur la question des finances publiques, la presse dénonce de manière unanime le manque de franchise de M. Brown : le Premier Ministre accuse les conservateurs de vouloir réduire les dépenses publiques, mais un gouvernement travailliste sera, selon les commentateurs, bien obligé d’en arriver là lui aussi, et même d’augmenter les impôts pour redresser la situation économique. Du TIMES au GUARDIAN, en passant par THE ECONOMIST, la conclusion est la même : le gouvernement aurait tout à gagner à « expliquer clairement comment il cherchera à réduire les dépenses tout en protégeant autant que possible les services dont dépendent particulièrement les plus vulnérables ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Les élections en Iran

« Le tremblement de terre politique » annoncé par David Blair du DAILY TELEGRAPH n’a pas eu lieu. Au contraire, la presse déplore « la victoire douteuse » (SUNDAY TELEGRAPH), « le vote frauduleux » (OBSERVER) qui permettent au président Ahmadinejad de garder le pouvoir.

« Cette victoire est un désastre pour l’Iran et le monde entier », écrit le SUNDAY TELEGRAPH qui relève la violence des manifestations et l’ampleur de la « frustration populaire ». « L’Iran est condamné à être dirigé pendant encore quatre ans par un président ignorant de l’économie et de la diplomatie, mais partisan de la répression », conclut le journal, pessimiste sur les tentatives d’ouverture de M. Obama.

Pour le SUNDAY TIMES, cette élection vient rappeler que « le Moyen Orient est complexe, imprévisible et souvent le tombeau des ambitions américaines ». Le journal n’exclut pas que la démarche de M. Obama fasse bouger les choses mais, « après ses discours encourageants, il devra montrer qu’il a une main de fer dans un gant de velours ».

L’INDEPENDENT ON SUNDAY, pessimiste sur les chances de M. Moussavi de contester l’élection, se félicite cependant que l’élection ait montré la volonté de changement. Les jeunes ont exprimé leur enthousiasme pour la démocratie et n’ont aucune hostilité pour les valeurs occidentales. Avec l’aide de l’administration Obama, une solution est envisageable en Iran.

« Le génie de la démocratie ne va pas rentrer dans sa bouteille », note de son côté Peter Beaumont dans l’OBSERVER : « les réformistes ont fait connaître leurs idées. Le président Ahmadinejad a remporté un autre mandat, mais son « populisme » et ses « déclarations messianiques » risquent de ne pas suffire pour masquer le mécontentement grandissant au sein d’une population qui a trouvé les moyens de s’exprimer.

2. Les élections au Liban

« Le Liban réaffirme sa foi dans la démocratie » : à l’instar de l’INDEPENDENT, les journaux britanniques se félicitent de la victoire de Saad Hariri. Ils estiment cependant que le pays n’est pas sorti de l’impasse pour autant.

Simon Tisdall du GUARDIAN voit dans ce résultat « le premier signe de « l’effet Obama » au Proche Orient : « c’est un revers pour l’Iran qui avait cherché à étendre l’influence du Hezbollah, et c’est un encouragement pour les régimes arabes pro-occidentaux », comme l’Egypte et l’Arabie Saoudite, qui ont empêché le Liban de tomber dans l’abîme après l’assassinat de Rafik Hariri. Selon le commentateur, il reste de nombreux problèmes à régler, mais Saad Hariri a un puissant allié à Washington. Après tout, les Iraniens s’inspireront peut-être de cet exemple et opteront pour la réforme tandis que le Premier Ministre israélien fera des concessions.

Le TIMES met en avant trois éléments positifs : l’influence du Hezbollah et de ses partisans iraniens est en baisse ; les électeurs ont refusé de se laisser intimider, et le discours de M. Obama semble avoir suscité une réponse positive. Pour le journal, les Libanais n’avaient de toute évidence pas envie d’un retour à la guerre civile, mais la stabilité n’est pas garantie : le nouveau gouvernement ne souhaitera pas nécessairement maintenir l’accord de Qatar qui accordait une forme de pouvoir au Hezbollah et à ses alliés, ce qui pourrait entraîner de nouvelles tensions.

C’est ce que craint également le FINANCIAL TIMES qui, tout en saluant la « victoire considérable » de M. Hariri appelle les gouvernements occidentaux et arabes à ne pas oublier que « l’impasse demeure » et que le Liban reste toujours inflammable.

III. AFFAIRES EUROPEENNES

Le résultat des élections au parlement européen

La presse estime que la gauche européenne est responsable de son propre échec. Elle lui reproche d’avoir, par son manque de leadership, encouragé les partis extrémistes. Plusieurs journaux pro-européens s’inquiètent des risques de l’arrivée éventuelle de David Cameron au pouvoir.

Les élections européennes auraient dû, selon le TIMES, « être le grand moment du centre-gauche ». Or dans bien des pays, notamment en France, le score des partis sociaux-démocrates a été « à peine moins désastreux qu’au Royaume-Uni ». La principale raison tient vraisemblablement au manque de leadership : en France, par exemple, le président Sarkozy a beau être controversé, il a bénéficié de la division des socialistes. Pour le journal, l’échec d’une gauche européenne démocratique n’est en soi pas très grave, puisqu’une droite démocratique prend sa place. Mais ce changement s’accompagne d’un développement plus sinistre : « le score de l’extrême-droite ne peut être accueilli avec la même sérénité par ceux qui ont lu les livres d’histoire ».

« La gauche européenne est éclipsée », titre le DAILY TELEGRAPH, soulignant qu’elle n’a pas pu tirer parti de la crise financière en présentant des arguments cohérents. Pour le journal, le grand échec des principaux partis, surtout ceux gauche, a été d’ignorer les désirs de l’électorat et d’avoir ainsi « encouragé l’émergence des partis racistes et xénophobes que nous aurons bien des raisons de regretter ».

Le FINANCIAL TIMES en conclut que « les partis sociaux-démocrates ont perdu la volonté de gouverner ». Le journal n’exprime aucun regret : « la crise a bénéficié à la frange de la droite qui n’a jamais été contre la réglementation du marché et qui se présente comme la gardienne la plus sûre d’un capitalisme à l’européenne ».

Le GUARDIAN rappelle, pour sa part, le faible taux de participation au scrutin. Il reproche au centre-gauche de ne guère montrer d’intérêt pour l’Europe, comme en Espagne, ou de se « laisser consumer » comme en France. Le journal souligne au passage qu’une bonne façon pour les socialistes français de se regrouper serait de s’allier ave la formation de M. Cohn-Bendit.

Le GUARDIAN, comme certains de ses confrères, s’inquiète du risque « d’isolement » du Royaume-Uni si M. Cameron devient Premier Ministre alors qu’il a choisi de quitter le PPE et de s’allier avec des petits partis eurosceptiques. « Une fois de plus, les Britanniques prendront la direction opposée de celle de leurs partenaires ».

Philip Stephens du FINANCIAL TIMES est convaincu que David Cameron « veut faire dérailler le processus d’intégration ». Sa décision de quitter le PPE est un pas dans cette direction et, par son alliance avec les petits partis d’extrême-droite, il relâche les liens de son parti avec les cousins allemands et français. Marginaliser le Royaume-Uni est une chose, faire sauter l’accord de Lisbonne en est une autre. Pour Philip Stephens, détruire le Traité du même nom reviendrait à une déclaration de guerre. La crise dans les relations du Royaume-Uni avec ses partenaires serait telle qu’elle remettrait en cause son adhésion à l’Union. /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028