SEMAINE DU 8 AU 14 FEVRIER
Les services de renseignement britanniques (MI5) ont été de nouveau mis en cause pour complicité dans l’usage de la torture L’annonce d’une offensive cruciale en Afghanistan et le regain des tensions avec l’Iran ont dominé les affaires internationales. Ce sont cependant l’Union européenne et les difficultés de la Grèce qui ont donné lieu à la plus grande couverture médiatique.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
Mise en cause des services de renseignement
Le Foreign Office et les services de renseignement (MI5) complices dans l’usage de la torture lors de l’interrogatoire de personnes soupçonnées de terrorisme ? C’est en tous cas la conclusion du premier président de la Cour d’Appel qui a ordonné la publication d’un document concernant le traitement réservé à Binyam Mohamed, né en Ethiopie mais résident au Royaume-Uni, qui affirme avoir été torturé par les Américains et interrogé par les services de renseignement britanniques (MI5). Incarcéré à Guantanamo, il a été relâché l’année dernière. La presse approuve le plus souvent cette décision.
« Elle encouragera la transparence sur les techniques employées par les services de sécurité. Elle met en lumière le dilemme des sociétés démocratiques face aux forces du nihilisme et du totalitarisme » écrit le TIMES selon lequel « la torture ne servira jamais la sécurité nationale ». Le président Obama a reconnu les erreurs commises par les Etats-Unis en matière de politique criminelle après les attentats du 11 septembre. M. Miliband a voulu distinguer le gouvernement britannique. « Il l’a fait au nom de valeurs supérieures, mais au service d’une politique indigne ». Le FINANCIAL TIMES donne raison à la demande des juges et estime que « les actions des agents britanniques doivent être soumises à la transparence ».
Comme le GUARDIAN, particulièrement sévère pour David Miliband et sa communication « digne de Tony Blair », l’INDEPENDENT n’accepte pas comme plausibles les explications de M. Miliband (il s’était opposé initialement à la publication du document en question, mais cherche à présent à plaider de sa bonne foi). Le journal se félicite de la décision de justice, « une victoire pour la transparence ».
Le DAILY TELEGRAPH se démarque de ses confrères en déplorant que la cour d’Appel semble accorder davantage d’importance aux droits de l’Homme de potentiels terroristes qu’à la sécurité nationale : si cette tendance se confirme, « nous finirons par le payer cher ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. L’offensive de l’OTAN en Afghanistan
L’annonce – à grands renforts de publicité – d’une importante offensive dans la province d’Helmand a donné lieu à une vaste couverture de presse. Les commentateurs y sont le plus souvent favorables.
Pour le TIMES, même si elle est risquée, cette offensive est nécessaire. Le journal rappelle que quelque 4000 soldats britanniques (près de la moitié de la force totale en Afghanistan) vont y participer, que l’objectif est de mettre les Talibans en échec et d’apporter la sécurité aux civils qui subissent la répression depuis des années. Les Talibans et leurs alliés ne doivent pas trouver refuge en Afghanistan car ils déstabiliseraient la région et pourraient provoquer l’arrivée d’un régime islamiste au Pakistan. Le TIMES assure que la stratégie de l’OTAN est viable et qu’il est possible de parvenir à la suprématie militaire. La réconciliation politique en dépend. Il ne faut pas envisager trop tôt la réconciliation avec les Talibans. La négociation pourra donner des résultats avec ceux des pachtounes qui acceptent un règlement constitutionnel et respectent le droit des femmes. Mais les autres doivent d’abord être mis en échec militairement. « La défense de la liberté des Afghans et la sécurité du Royaume-Uni sont désormais indivisibles ».
Le SUNDAY TELEGRAPH rappelle que l’objectif de cette offensive doit être de « gagner les habitants de la province d’Helmand, non de tuer les Talibans (…) Même si les soldats de l’OTAN peuvent mettre en échec les Talibans, seuls les Afghans pourront les empêcher de revenir ».
Même conclusion pour l’INDEPENDENT ON SUNDAY qui espère que cette opération sera la dernière et qu’elle permettra de « promouvoir le dialogue politique et la reconstruction économique ».
2. Le durcissement de l’Iran
Une fois de plus la presse s’interroge sur les réactions de la communauté internationale face aux agissements de Téhéran. Pour la plupart, les commentateurs estiment qu’il faut rester prudent avec les sanctions.
Sous le titre : « A manier avec soin », l’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH prend acte des provocations de Téhéran ainsi que du consensus de plus en plus important en faveur d’une action contre la République islamique : les Russes semblent avoir perdu patience face à la duplicité de Téhéran, et les Chinois pourraient choisir de s’abstenir lors d’un vote au Conseil de Sécurité plutôt que d’opposer leur veto à des sanctions. Selon le journal, le président iranien n’est pas stupide : il met à profit ses ambitions nucléaires, car il sait que même ses adversaires politiques n’accepteront pas de se faire dicter la loi sur cette question par des étrangers. « C’est pourquoi toutes sanctions contre l’Iran doivent éviter de toucher la population. Elles doivent être élaborées et appliquées avec le plus grand soin afin de ne pas gêner l’action de l’opposition interne ».
Le GUARDIAN en arrive à la même conclusion après avoir démontré que la menace nucléaire n’est pas la plus importante : le président Ahmadinejad joue habilement avec la question de l’enrichissement, prêt au compromis un jour et haussant le ton le lendemain. En réalité, les centrifugeuses iraniennes ne fonctionnent pas efficacement, et l’Iran ne semble pas encore prêt à se servir de l’uranium à des fins militaires. Le conflit avec les pays occidentaux a des avantages pour M. Ahmadinejad qui peut dénoncer l’action des puissances extérieures. Sur le front intérieur, la situation est plus pressante : l’Ayatollah Khamenei a perdu sa légitimité, et il est en plein dilemme. A moins de faire des compromis avec l’opposition, tout le système est menacé. Mais s’il opte pour cette solution, il risque de se heurter aux protestations des partisans de la ligne dure dans son propre camp. « Le président Obama doit se montrer prudent à propos des sanctions, car elles pourraient finir par renforcer ceux-là mêmes qu’il souhaite affaiblir ».
L’INDEPENDENT s’interroge sur l’attitude du régime iranien : s’agit-il d’une tactique pour semer la confusion à l’étranger ou est-ce le reflet des divisions internes en Iran ? Il faut très certainement faire preuve de fermeté à propos du programme nucléaire mais il faut aussi rester prudent. Selon le journal, la menace d’une intervention extérieure donnerait aux partisans de la ligne dure une excuse pour accroître la répression contre les dissidents. Des sanctions qui affecteraient la population renforceraient également les réactionnaires. Les négociations ne sont certes pas concluantes, « mais il est trop tôt pour conclure que la diplomatie a échoué ».
III. AFFAIRES EUROPEENNES
Les difficultés de la Grèce et le sommet de Bruxelles
La crise de l’euro et les difficultés de la Grèce ont dominé l’actualité : les commentateurs se sont interrogés tout au long de la semaine sur les possibilités d’action de l’Union européenne, soulignant le rôle essentiel de Paris et de Berlin pour « le salut d’Athènes ». L’accueil réservé aux décisions du Conseil de Bruxelles reflète les clivages habituels.
La presse eurosceptique proteste. Le DAILY TELEGRAPH accuse Berlin de faire la loi : la Grèce va être soutenue par ses partenaires de la zone euro, au prix d’un vrai programme d’austérité. Cette intervention relève de « l’impérialisme économique » et va renforcer la cause fédéraliste. Pour le journal, les Britanniques ne doivent cependant pas tomber dans la suffisance : ils devront sans doute payer une partie de la facture et surtout ils souffriront inévitablement des difficultés de la zone euro qui est leur principal partenaire commercial. « Il est néanmoins rassurant de ne pas faire partie de ce club spécial », conclut le DT.
C’est aussi l’avis du TIMES, qui se félicite de ce que les électeurs britanniques aient conservé le pouvoir de punir les responsables de leurs difficultés économiques. « Rejoindre l’euro signifie perdre ce droit démocratique. C’est un choix erroné et irréversible ». « L’euro devait mal tourner tôt ou tard. Dieu merci nous avons toujours notre livre, et nous devons la garder », renchérit le SUN. Un point que reprend le DAILY MAIL en ajoutant : « le Royaume-Uni a au moins sa liberté de manœuvre pour ce qui s’annonce comme des temps économiques difficiles ».
Si Martin Wolf du FINANCIAL TIMES considère lui aussi qu’une entrée du Royaume-Uni dans l’euro n’aurait pas été une décision « saine », l’éditorial du journal évalue les répercussions qu’aurait un sauvetage de la Grèce pour l’Union : ce serait, selon le FT, une erreur que de se lancer dans une intégration plus profonde. « L’Europe souffre déjà d’un manque de légitimité populaire, et la façon dont a été adoptée le Traité de Lisbonne n’a pas été édifiante ». Bruxelles ne doit pas acquérir de nouveaux pouvoirs. Mieux vaut faire intervenir le FMI. Même si c’est embarrassant pour l’Union, cela vaut mieux qu’un bouleversement constitutionnel.
Le GUARDIAN, pour sa part, voit des « signes prometteurs » dans les décisions de Bruxelles : les dirigeants européens ont montré qu’ils sont encore capables de s’unir face à l’adversité. Confrontés aux difficultés de la Grèce, ils n’ont proposé que le plus basique des remèdes, mais ils ont au moins reconnu que la zone euro ne doit faire qu’un. Cela n’a pas suffi pour calmer les marchés, car la volonté d’agir n’est pas la même chose que l’action. Dans le monde actuel, il est difficile de prendre rapidement des décisions transnationales même en cas d’urgence : l’impasse des négociations commerciales et le sommet de Copenhague en apportent la preuve. Par comparaison, « le Conseil informel de Bruxelles a donné un résultat positif : il est encore possible que l’Europe soit à même de se protéger elle-même plutôt que d’attendre passivement l’arrivée du FMI ».
Pour L’INDEPENDENT, l’aide à la Grèce est nécessaire, mais elle ne résoudra pas la crise : « il faut maintenant une nouvelle version du Pacte de Stabilité, avec cette fois des sanctions crédibles pour les gouvernements qui ne prennent pas leurs responsabilités ». Le journal appelle à une intégration en matière de politique budgétaire. /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028