SEMAINE DU 7 AU 13 JUIN
L’austérité annoncée par David Cameron aux Britanniques a été largement relayée par les médias. Les commentateurs se sont également inquiétés des vives critiques du président Obama à l’encontre de BP, dont la baisse des cours risque d’affecter les fonds de pension au Royaume-Uni. Le vote du Conseil de sécurité pour de nouvelles sanctions contre l’Iran a dominé les affaires internationales, tandis qu’au chapitre européen quelques journaux s’interrogent sur la relation franco-allemande.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
1. David Cameron et l’austérité
Il faut une action d’urgence pour réduire la dette laissée par le Labour, et les Britanniques doivent s’attendre à une période difficile : David Cameron n’a pas mâché ses mots à l’occasion d’un discours sur l’état de l’économie. La presse conservatrice renchérit sur les responsabilités du précédent gouvernement travailliste. La majeure partie des journaux acceptent la nécessité de restrictions.
Le DAILY TELEGRAPH se félicite de la franchise « presque brutale » de David Cameron qui prévient les Britanniques de « la douleur à venir ». Selon le journal, c’est le prix qu’ils devront payer pour « la manière irresponsable avec laquelle le Labour a géré les finances publiques ». Le DAILY EXPRESS assure lui aussi que M. Cameron a raison de pointer le doigt sur le gouvernement travailliste, mais estime qu’il ne faut pas qu’une fois de plus ce soient les classes moyennes qui fassent les sacrifices.
Le couperet doit tomber, renchérit le TIMES : la réduction du déficit est nécessaire, et l’absence d’action en ce sens aurait des conséquences désastreuses. Ce sera difficile : si les budgets de la santé et de la défense sont préservés, il faudra réduire d’un quart celui de plusieurs ministères. Le journal rappelle le pari de la nouvelle coalition : en invitant les libéraux-démocrates à participer au gouvernement, le dirigeant conservateur a voulu cimenter la modernisation de son parti. En acceptant cette proposition, M. Clegg a pris le risque de porter atteinte à sa réputation de progressiste. Selon le TIMES, les deux dirigeants politiques peuvent cependant être récompensés s’ils réussissent à démontrer que le rôle croissant de l’Etat n’est pas la seule voie pour parvenir à la prospérité
Pour le FINANCIAL TIMES, le déficit budgétaire et les dépenses publiques sont insoutenables, et le Royaume-Uni doit avoir un plan crédible pour y remédier, mais de fortes réductions porteront inévitablement atteinte à des services de première importance. Selon le journal, la meilleure solution n’est pas de toucher à tous les budgets mais de supprimer l’intervention de l’Etat dans certains domaines. Durant la campagne, le rôle de l’Etat n’a été abordé que brièvement. Or, les électeurs devraient être consultés sur le sujet... Le Royaume-Uni a besoin de stratégies pour répondre à un monde dont la croissance économique est quasi inexistante. L’Europe constitue son principal marché à l’exportation et il est vulnérable. Le gouvernement devrait chercher à rassurer les investisseurs en évoquant la possibilité d’une stimulation budgétaire en cas de stagnation. « La mise en place de restrictions exige aujourd’hui de bonnes qualités de vendeur et demain la détermination de Churchill. A vous de jouer M. Cameron », conclut le FT.
Le reste de la presse, à l’instar de l’INDEPENDENT, prend acte de « l’offensive » lancée par M. Cameron pour « préparer le terrain » à d’importantes réductions des dépenses publiques. Le journal estime qu’il est mal venu de faire des comparaisons avec l’expérience de la Suède, de la Finlande et du Canada dans les années 90, car l’économie mondiale était alors en pleine croissance. Or, aujourd’hui la crise de l’euro pourrait entrainer une nouvelle récession. « Il ne faut pas ignorer les dangers d’une réduction trop rapide des dépenses publique », conclut le journal.
Le GUARDIAN est en décalage avec ses confrères. Il reproche à M. Cameron de non seulement mener une mauvaise opération de relations publiques (en faisant des prévisions alarmistes sur la base de chiffres déjà connus), mais aussi de céder à l’idéologie (en prônant une réduction de la part de l’Etat). Selon le journal, les électeurs n’ont pas voté pour des réductions aussi importantes des dépenses. Il serait plus crédible d’y ajouter des mesures pour soutenir l’éctivité ainsi que des hausses d’impôts.
2. David Cameron et BP
Une bonne partie de la presse multiplie les appels à David Cameron pour qu’il défende plus fermement BP après les attaques jugées trop « agressives » du président américain : les actions du groupe pétrolier continuent de baisser, ce qui risque d’avoir des répercussions catastrophiques sur les fonds de pension britanniques.
Le DAILY EXPRESS barre sa une d’un « Obama tue nos retraites », tandis que l’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH engage M. Cameron à se monter plus ferme envers le président américain : le « chauvinisme agressif » de M. Obama « sabote » le groupe britannique. Même si le Premier ministre conservateur a raison d’éviter une querelle diplomatique, il a le devoir de défendre les intérêts nationaux. Le président américain donne l’impression d’être hostile aux entreprises et au pétrole, ce qui ne sert ni son pays, ni le nôtre, souligne le journal.
L’éditorialiste du TIMES estime lui aussi que M. Obama se fait du tort par son langage excessif : la campagne du président américain contre BP, même si elle s’explique par les difficultés auxquelles il se heurte à l’échelon national, est complètement destructrice. M. Cameron doit clairement faire comprendre au chef de la Maison Blanche qu’il ne laissera pas la législation américaine affecter le groupe pétrolier britannique au profit des producteurs russes, chinois ou américains. Selon le journal, BP doit payer le prix fort et n’a droit à aucun favoritisme, mais l’entreprise ne doit pas non plus être victime du « populisme anti-business de M. Obama ». Les éditoriaux du DAILY MAIL et du DAILY EXPRESS reprennent également le thème de la défense des intérêts britanniques.
Dans un autre registre, Philip Stephens du FINANCIAL TIMES assure qu’il ne défend pas particulièrement BP (le groupe a fait des erreurs et doit en subir les conséquences), mais pointe le président américain du doigt : au lieu de « diffamer » Tony Hayward, M. Obama ferait mieux de reconnaître le lien indissociable entre les risques de marée noire et l’appétit insatiable des Américains pour le pétrole. La plate-forme de forage de Deepwater existe parce que les Etats-Unis consomment un quart du pétrole mondial, pour une population d’un vingtième de celle de la planète. Ces deux statistiques expliquent aussi largement le réchauffement climatique. S’ils doivent donner l’exemple, les Américains pourraient commencer par réduire leur consommation pétrolière.
L’INDEPENDENT ON SUNDAY met lui aussi en cause les Etats-Unis : « plus les Américains auront recours aux énergies renouvelables et aux options à faible taux de carbone, moins ils auront besoin de prendre des risques avec l’écosystème mondial ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
Les nouvelles sanctions contre l’Iran
L’ensemble de la presse a annoncé la décision du Conseil de Sécurité de l’ONU concernant le renforcement du régime de sanctions contre l’Iran. Elle relève aussi l’opposition de la Turquie à cette initiative, ainsi que le refus de Téhéran de « s’incliner ». Les commentateurs sont divisés sur le vote.
Pour l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES, les pays occidentaux n’avaient pas d’autre choix, compte tenu des circonstances, que de voter pour de nouvelles sanctions. Ces dernières visent les Gardiens de la Révolution qui mènent le programme nucléaire et qui contrôlent virtuellement le pays depuis les élections contestées de l’année dernière. Le journal estime cependant que les sanctions ne vont pas faire changer d’avis le régime. Il faut pour cela trouver une autre solution : s’inspirer de la proposition franco-russe de 2009 ou bien de celle plus récente de la Turquie et du Brésil, qui se présentent en médiateurs honnêtes. « Téhéran doit sentir que la négociation est la seule voie possible : à cette fin, la Chine doit durcir sa position et les Etats-Unis multiplier les encouragements ». Sans cela, un consensus est toujours possible, mais l’attente est déstabilisante pour la communauté internationale quand les enjeux sont si élevés, conclut le FT.
« Il est encourageant que le président Obama ait réussi à faire voter le Conseil de Sécurité » sur de nouvelles sanctions qui montrent à Téhéran que son programme nucléaire est jugé inacceptable par un grand nombre de pays, écrit Bronwen Maddox dans le TIMES. La journaliste relève toutefois que ces mesures risquent de ne pas toucher fortement les Iraniens qui ont su se faire des « alliés influents » et chercheront à contourner les obstacles : l’opposition de la Turquie au vote du Conseil de sécurité montre à quel point Téhéran a su exploiter les ambitions de ce pays et le ressentiment qu’il éprouve envers les Etats-Unis. Le DAILY TELEGRAPH reprend les mêmes arguments : pour la première fois, on se rapproche d’un consensus international sur la question de l’Iran. C’est à mettre au crédit de M. Obama qui a su convaincre la Russie et la Chine. Le journal s’inquiète néanmoins de l’opposition de la Turquie qui, par sa proximité avec l’Iran, pourrait faire dérailler le nouvel accord en permettant le passage des produits interdits par ses frontières. « Dans ce cas, la pression montera pour des mesures plus drastiques », conclut le journal.
Pour THE ECONOMIST, ces sanctions « sont loin d’être parfaites, mais sont nettement préférables aux autres possibilités » : elles n’empêcheront pas l’Iran d’acquérir la bombe. La meilleure dissuasion reste cependant d’en augmenter le prix et d’accentuer la disgrâce du pays. Et c’est précisément ce à quoi vise la nouvelle Résolution du Conseil de sécurité.
L’éditorialiste du GUARDIAN condamne sans appel les sanctions, « un cadeau au régime iranien » : la proposition turque et brésilienne est aujourd’hui dépassée, et c’est une erreur que M. Obama risque de regretter un jour ou l’autre. Ces sanctions sont censées viser M. Ahmadinejad et les Gardiens de la Révolution. Or l’opposition est également favorable à l’enrichissement de l’uranium et elle est contre les sanctions. Quant au président iranien lui-même, ce nouveau tour de vis va lui donner une fois de plus l’occasion de « mettre le monde au défi et de gagner ».
III. AFFAIRES EUROPEENNES
Les relations franco-allemandes
Quel est l’état des relations franco-allemandes ? La presse s’interroge après l’annulation d’une rencontre entre le président Sarkozy et Mme Merkel.
L’INDEPENDENT parle de « refroidissement » : le correspondant du journal à Paris souligne que « le partenariat franco-allemand a du mal à survivre à une des plus graves crises dans l’histoire de l’Union européenne ». « Les relations personnelles entre Mme Merkel et M. Sarkozy sont si tendues que le président du nouveau Conseil européen joue souvent le rôle de conciliateur ou de messager », relève John Lichfield qui ajoute : la France accuse les Allemands d’adopter une approche étroite et nationale, ce qui aurait selon elle contribué à aggraver la crise. L’Allemagne accuse la France de conspiration avec le gouverneur de la BCE, un Français, et le directeur général du FMI, un Français lui aussi. Et de conclure que les chances d’un accord, la semaine prochaine, sur des réformes à long terme des rouages politiques de l’euro sont faibles.
Le FINANCIAL TIMES et le GUARDIAN font en revanche état de la lettre commune adressée par Mme Merkel et M. Sarkozy au président de la Commission européenne demandant l’interdiction des ventes à découvert nues dans l’Union européenne. Le FT souligne « l’unité » de la France et de l’Allemagne « qui cherchent à faire cause commune en matière de régulation financière en prévision des sommets de ce mois-ci et après des semaines de tension à propos de la Grèce et de la stabilisation de la zone euro ».
IV. AFFAIRES FRANCAISES
L’ouverture du procès de Jérôme Kérviel
La presse couvre abondamment le procès de Jérôme Kerviel, « le trader qui a perdu 4 milliards de livres » selon le titre du GUARDIAN. Paul Betts du FINANCIAL TIMES s’interroge : « Qui se retrouve réellement au banc des accusés » ? Selon le commentateur, indéniablement M. Kerviel, mais aussi la Société Générale pour avoir choisi une stratégie risquée. « Quant au système bancaire dans son ensemble, le jury populaire l’a déjà déclaré coupable il y a longtemps »./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028