Semaine du 7 au 13 janvier

SEMAINE DU 7 AU 13 JANVIER

Même s’il était attendu, le feu vert du gouvernement à la construction de nouvelles centrales nucléaires a suscité une importante couverture de presse. Les journaux ont également commenté les propositions de Gordon Brown sur les salaires du secteur public. Trois dossiers ont dominé les affaires internationales : la tournée de George Bush au Proche Orient, les primaires du New Hampshire et l’élection présidentielle en Georgie. Les médias ont largement couvert la conférence de presse du Président de la République.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Feu vert à la construction de nouvelles centrales nucléaires

Le feu vert donné par le gouvernement à la construction d’une nouvelle génération de centrales nucléaires a suscité des commentaires prévisibles, allant du soutien enthousiaste aux critiques les plus vives. C’est le très conservateur DAILY TELEGRAPH qui se félicite le plus de cette décision « bienvenue et devenue inévitable pour des raisons de sécurité énergétique et d’environnement ». Le journal regrette que le gouvernement ait attendu aussi longtemps alors que les réacteurs britanniques arrivent en fin de course. Il rappelle que la France a beaucoup investi dans la génération nucléaire « de sorte que l’empreinte carbone d’un Français représente à peu près la moitié de celle d’un Britannique ». Il souligne aussi que la nouvelle génération de centrales sera vraisemblablement fournie par la France. Le DAILY TELEGRAPH se réjouit enfin de voir que le gouvernement demande au secteur privé de se charger du nouveau programme : cela réduira la charge du contribuable. « Le marché sera mieux à même d’assurer notre avenir nucléaire que les ministres ». Pour le TIMES également, c’est le nucléaire qui apporte la meilleure réponse au problème de l’environnement : même s’il est souhaitable de développer les énergies renouvelables, elles ne seront jamais suffisantes. Toutefois, si le gouvernement a pris la bonne décision, il doit maintenant gagner l’opinion publique et apporter des assurances aux investisseurs. Le FINANCIAL TIMES reprend certains de ces arguments : le nucléaire est « attrayant » car sans cette source d’énergie, le Royaume-Uni ne pourra pas atteindre ses objectifs en matière de réduction des émissions de carbone. Mais l’approche du gouvernement fait peser des risques sur les investisseurs. Et, pour obtenir le soutien de l’opinion, les défenseurs du nucléaire doivent « montrer davantage de conviction ». A l’opposé, les journaux pro-travaillistes font la grimace. Le GUARDIAN voit dans la décision du gouvernement britannique « l’expression d’un échec » : le Royaume-Uni n’a pas réagi à temps à la baisse des réserves nationales ; il ne s’est pas intéressé suffisamment aux énergies renouvelables et a fait preuve d’un manque de réflexion créative. Le gouvernement a opté pour cette solution, qui coûte cher et pose le problème de l’élimination des déchets, car il n’avait pas d’autre choix : il fallait garantir, et dans des délais rapides, un approvisionnement sûr et à faible émission de carbone. Mais la construction de nouvelles centrales ne doit pas empêcher la mise au point d’une politique énergétique intelligente et moins centralisée, dont le nucléaire ne serait qu’un volet. L’INDEPENDENT est plus virulent, dénonçant une « technologie dangereuse » et reprochant au gouvernement de faire de fausses promesses : il sera impossible de ne pas faire appel aux fonds publics pour l’élimination des déchets. Le journal estime en outre que l’argument sur la réduction des émissions de carbone « ne tient pas » : elle ne sera que minime. « Cette ruée sur le nucléaire n’est pas le signe d’un gouvernement qui a une politique énergétique solide et qui est prêt à affronter le défi du réchauffement climatique ».

2. La politique salariale dans le secteur public

Lors de sa première conférence de presse mensuelle de 2008, Gordon Brown a proposé la révision tous les trois ans – au lieu de chaque année - des salaires du secteur public, une mesure selon lui destinée à lutter contre l’inflation et garantir la stabilité économique. Si la presse est souvent favorable à cette initiative, les syndicats y sont opposés. Le TIMES rappelle que « c’est le contribuable qui finance les emplois du secteur public » : quelque 700.000 nouveaux emplois ont été créés dans ce secteur depuis 1999. Il faut de la « discipline financière », et les fonctionnaires devraient avoir « la sagesse » d’accepter les propositions qui leur sont faites, car « la fête est finie ». Dans la même ligne, le SUN assure que le secteur public reste favorisé par rapport au secteur privé, notamment sur la question des retraites, et doit être prêt à faire des sacrifices face aux risques de récession. « Il est dans l’intérêt de tous de lutter conte l’inflation », renchérit l’INDEPENDENT qui rappelle le spectre des années 70 qui avait conduit au « winter of discontent » et à la chute du gouvernement Callaghan. Le journal estime que le secteur public a des avantages et qu’il doit les reconnaître. Le GUARDIAN en est moins sûr : la situation aujourd’hui n’est selon lui pas comparable à celle de 1978 : l’inflation n’atteint pas 21%, mais 2,1%. Et elle n’est pas menacée par des hausses de salaires qui représentent une moyenne générale de 4%. Le journal considère que, dans ces conditions, il est surprenant que le Premier Ministre cherche une bataille avec 5,5 millions de salariés du secteur public qui ont peut-être vu leurs salaires augmenter davantage que les autres durant le deuxième mandat travailliste, mais qui ne bénéficient plus des mêmes avantages depuis les dernières élections. M. Brown veut montrer qu’il vise le long terme. « Mais l’avantage politique qu’il peut en tirer est négligeable face aux risques d’une confrontation qu’il pourrait perdre ». Le risque d’une confrontation avec les syndicats avant les élections locales de mai est également mis en avant par le FINANCIAL TIMES.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. La tournée de George Bush au Proche Orient

Même s’il est déterminé à amener Israël et la Palestine à un accord, le président Bush n’a que des chances de succès limitées, estime la presse qui se félicite toutefois du « changement d’approche » de Washington.

Ainsi de l’INDEPENDENT qui relève un ton « plus positif » et « plus réaliste » de la part de M. Bush à l’égard du Proche Orient. Le journal relève néanmoins qu’il est difficile de « partager la confiance » du président américain sur les chances d’un accord : M. Olmert reste dans une position de faiblesse. Les Palestiniens sont divisés, et un accord qui n’inclurait que la Cisjordanie n’aurait aucune chance de tenir.

Le FINANCIAL TIMES parle de « dernière chance » pour George Bush : le président américain n’a peut-être guère d’atouts dans son jeu, mais il devrait, compte tenu de sa position, « être en mesure de faire bouger les choses dans la région ». Pour cela, il doit exiger qu’Israël mette fin à l’occupation des territoires que les Palestiniens revendiquent pour leur futur état. Il doit le faire avec la même insistance qu’il manifeste à l’égard des milices islamistes de Gaza pour qu’elles cessent leurs tirs de rockets. En faisant cela, le président américain pourrait s’apercevoir qu’il a le soutien de la majorité des Israéliens et des Palestiniens.

THE ECONOMIST reprend le thème de la « dernière chance » : M. Bush ne peut espérer faire une « percée » spectaculaire en intervenant aussi tard dans son mandat. Mais s’il s’engage de façon sérieuse et exerce suffisamment de pression sur Israël, il peut « ranimer l’espoir » et, comme Moïse, annoncer la Terre Promise « même s’il laisse son successeur finir le travail ».

Le TIMES souligne l’importance « cruciale » de la tournée de M. Bush et assure que « même si cette visite ne permet pas de progrès spectaculaire, elle montre une détermination nouvelle et bienvenue de Washington ».

2. Les primaires du New Hampshire

La victoire surprise d’Hillary Clinton a été bien accueillie par la presse qui se félicite de la vigueur de la démocratie américaine et estime que la suite de la campagne va être intéressante.

« La campagne entre dans une nouvelle phase. Une saine bataille peut commencer », écrit le FINANCIAL TIMES qui se réjouit de ce que le New Hampshire n’ait pas opté pour un « couronnement de M. Obama », « ce qui n’aurait pas été une bonne chose pour la démocratie ». Rien n’est joué pour l’élection présidentielle, et c’est une bonne chose, souligne par ailleurs le GUARDIAN.

Pour l’INDEPENDENT, le résultat inattendu des primaires a redonné de l’intérêt à une campagne qui menaçait de « s’installer trop vite dans la formalité » : il est bon que les Américains aient le temps de se faire une opinion sur les divers candidats. « Cela promet un festival dont la démocratie américaine ne peut que s’enorgueillir ».

Le DAILY TELEGRAPH et le TIMES assurent eux aussi que la course à la Maison Blanche va être « palpitante » pour les Américains et pour le monde entier : toutes les grandes questions, réchauffement climatique, commerce mondial, croissance économique, stabilité nucléaire et sécurité régionale, seront affectées par le choix du futur président.

3. L’élection présidentielle en Georgie

La presse a exprimé des réserves sur la victoire de Mikhail Saakachvili aux présidentielles, et émis des doutes sur le processus démocratique. « On est loin de la Révolution de la Rose de 2003. Après avoir mené alors les protestations populaires, Mikhail Saakachvili en vient à les réprimer quatre ans plus tard », écrit le TIMES, qui souligne que si le président s’est fait réélire, « il a perdu près de la moitié de ses partisans ». Certes, reconnaît le journal, « aucune accusation de fraude n’a pu être prouvée jusqu’à présent, et l’Union européenne a donc eu raison d’accepter le résultat du scrutin. Mais M. Saakashvili doit accepter une enquête sur les soupçons d’irrégularités. Il doit également se montrer patient envers l’opposition et s’assurer que les élections législatives d’avril prochain soient un modèle de transparence. A 40 ans, il est encore jeune et charismatique, mais le pouvoir lui a ôté son aura d’idéalisme et d’intégrité. Il ne peut considérer pour acquis le soutien des gouvernements occidentaux ».

Le FINANCIAL TIMES s’inquiète également des « tendances autoritaires » de M. Saakachvili et estime que ce dernier ne doit pas se prendre pour « le seul garant de la démocratie », les dirigeants de l’opposition ayant aussi un rôle à jouer.

III. AFFAIRES FRANCAISES

La conférence de presse de M. Sarkozy

Les journaux ont consacré une importante couverture à la conférence de presse du Président de la République, mais en insistant avant tout sur le volet « vie privée ». Seul le FINANCIAL TIMES a échappé à cette tentation, évoquant l’ensemble de la conférence, et titrant en première page sur le projet de réforme de la télévision sur le modèle de la BBC. Le journal a rapporté également les critiques de l’opposition sur « le manque de substance » de la politique de M. Sarkozy. Le correspondant du journal à Paris, John Thornhill, analyse la « nouvelle philosophie politique » du Président de la République « qui met l’accent sur les valeurs humaines, la qualité de la vie, l’environnement, les grands thèmes développés par Ségolène Royal durant sa campagne électorale ». Mais pour le journaliste, s’il a changé le ton de son discours, M. Sarkozy n’a pas pour autant abandonné ses projets de libéralisation du marché du travail.

Dans un éditorial plutôt critique, le GUARDIAN se montre plus sceptique sur les promesses de réforme faites par le Président de la République lors de son « arrivée triomphale à l’Elysée » : il n’est peut-être pas surprenant que les bienfaits du changement ne se fassent pas encore sentir, mais M. Sarkozy aurait dû déjà commencer à expliquer ce qui changera, comment et quand. « Au lieu de quoi, les Français voient leur dirigeant se divertir au bras d’une femme attrayante dans des destinations exotiques, qui sont hors de leur portée car ils ont déjà du mal à payer leurs factures. M. Sarkozy ferait mieux de se concentrer sur le gouvernement » /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028