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Semaine du 7 au 13 décembre

SEMAINE DU 7 AU 13 DECEMBRE

Vivement attendu, le pré-budget présenté par Alistair Darling n’a satisfait personne. Le sommet de Copenhague s’est ouvert sur une note d’espoir, bien que les commentateurs ne comptent pas sur un accord ferme avant l’année prochaine. Les relations franco-britanniques ont une nouvelle fois fait les grands titres de la presse : si « l’entente fiscale » entre M. Sarkozy et M. Brown semble mettre fin aux frictions causées par la nomination de M. Barnier, les journaux rappellent les divergences à propos de la PAC. Le débat sur l’identité nationale en France a donné lieu à plusieurs articles et commentaires.

I.AFFAIRES BRITANNIQUES

Le pré-budget

« Darling serre la vis » (FINANCIAL TIMES), « Les classes moyennes touchées durement » (DAILY TELEGRAPH), « Darling fait payer les riches et le reste d’entre nous » (GUARDIAN), « Un budget qui laisse aux autres le soin de régler les problèmes » (DAILY MAIL) : A en croire George Parker dans le FINANCIAL TIMES, le Chancelier de l’Echiquier a réussi à mécontenter tout le monde.

L’éditorial du FINANCIAL TIMES se plaint d’une approche qui maintient l’électorat « dans le brouillard » : Alistair Darling a cherché à reporter les mauvaises nouvelles. Il est particulièrement inquiétant qu’il n’ait pas annoncé de décision sur la réduction des dépenses publiques en vue de rééquilibrer les finances de l’Etat. Les partis politiques doivent clarifier leurs choix dans cette perspective, et le gouvernement devrait faire le premier pas. Or, il a choisi de n’en rien faire. C’est une position qui est difficile à accepter. « Les électeurs et les détenteurs d’obligations sont en droit d’attendre des réponses plus claires ».

La majeure partie des journaux déplore le manque d’action de M. Darling en vue de réduire la dette. « Il a laissé passer l’occasion de présenter un plan sérieux pour redresser les finances publiques qui aurait opté pour une diminution des dépenses plutôt que des hausses d’impôts », souligne l’éditorial du TIMES. Celui du SUN renchérit sur le même thème : « Darling a tout faux ». Il a laissé passer sa dernière chance de réduire la dette publique au risque de porter atteinte à la réputation du Royaume-Uni en matière de finances. « M. Darling pratique la politique de l’autruche » . Le Royaume-Uni était déjà au bord du gouffre, celui-ci s’est encore creusé davantage après le budget, conclut le tabloïd.

Déception aussi pour l’INDEPENDENT : « jamais un budget s’annonçant aussi prometteur n’a offert si peu ». Les investisseurs internationaux ont besoin d’un plan crédible et les Britanniques d’indications claires sur les services publics qui seront affectés dans un sens ou dans un autre. Aucun des principaux partis ne donne de réponse satisfaisante et les électeurs devront se prononcer sans disposer des éléments nécessaires pour faire leur choix.

La presse ultraconservatrice fait tomber le couperet. Pour le DAILY TELEGRAPH, « le Labour a montré que, pour sauver sa peau, il est prêt à faire passer ses intérêts avant ceux du pays. Il ne prétend plus défendre les classes moyennes, comme l’a fait Tony Blair, ce qui lui avait valu trois victoires électorales. Le Labour s’est retiré du centre. Il revient aux Tories de montrer qu’ils peuvent prendre la place ». « Seul un changement de gouvernement pourra sauver le Royaume-Uni de la faillite », ajoute le DAILY EXPRESS.

Le GUARDIAN admet à la décharge du Chancelier de l’Echiquier qu’une réduction du déficit budgétaire, aussi nécessaire soit-elle, ne doit pas être brutale, car elle risquerait d’affecter la reprise. Mais s’il est plus indulgent que ses confrères, le journal reproche au budget de n’avoir pas de thème : M. Darling n’a fait que de petites manœuvres. Il aurait dû être plus audacieux sur les impôts (sur le capital et l’environnement). Il a préféré viser le court-terme pour ne pas avoir de trop mauvais titres dans la presse.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

Le sommet de Copenhague

L’espoir dominait à l’ouverture du sommet de Copenhague, même si par la suite les journaux se sont montrés moins optimistes et ont fait état de dissensions entre pays riches et pays pauvres. Dans l’ensemble, la ligne directrice des éditoriaux est la même : cette rencontre doit permettre de faire progresser les choses et préparer la voie à un accord l’année prochaine.

C’est le thème que développe le FINANCIAL TIMES, sous le titre : « Nous ne pouvons risquer un échec à Copenhague ». Selon le journal, « les réalités politiques ne permettront pas de conclure un traité » maintenant, mais les négociateurs doivent mettre en place les mécanismes qui permettront la conclusion d’un accord contraignant l’année prochaine. La conférence doit viser de réels progrès sur un grand nombre de questions complexes. Il ne faut pas que le négativisme et le scepticisme l’emportent à si nous voulons limiter la menace qui pèse sur l’avenir de la planète et de notre économie.

L’éditorial du GUARDIAN, commun à 56 journaux de 45 pays, espère lui aussi la mise en place d’éléments qui permettront de déboucher sur un traité lors du sommet de l’ONU sur l’environnement à Bonn en juin prochain. Pour le journal, les pays riches doivent reconnaître leur responsabilité dans l’étendue des émissions de carbone et donner l’exemple aux autres pays. Les pays en développement doivent à leur tour prendre des engagements quantifiables.

« Même si Copenhague est qualifié de succès, ce ne sera que le commencement d’un parcours difficile », note de son côté le TIMES. Un point repris par l’INDEPENDENT : « il ne s’agit pas de 12 jours pour changer le monde ». Ce qui compte, c’est ce que nous faisons après Copenhague. Toutes les promesses ne serviront pas à grand-chose s’il n’y a pas un accord financier. Quel genre de compensation les pays industrialisés, et en particulier l’Union européenne, sont-ils prêts à verser aux pays en développement qui réclament des centaines de milliards de dollars ?

III. AFFAIRES EUROPEENNES

1. Accord entre M. Brown et M. Sarkozy sur les bonus

Les principaux journaux font état du soutien apporté par le Président de la République à l’impôt exceptionnel sur les bonus annoncé par Gordon Brown. L’INDEPENDENT titre sur « la trêve » des deux dirigeants « pour faire la guerre aux banquiers ». Le FINANCIAL TIMES et le GUARDIAN annoncent la nouvelle en une. Le GUARDIAN, qui relève également l’intérêt porté par Mme Merkel à l’initiative britannique, parle de « victoire » pour le Premier ministre travailliste.

Sous le titre « Entente fiscale », le FINANCIAL TIMES se félicite, dans son éditorial, d’un « pas en avant vers une plus importante coordination » : les banquiers sont toujours dans « une bulle ». Les hommes politiques ne veulent plus fermer les yeux. Après l’annonce par M. Brown d’un impôt sur les bonus, M. Sarkozy se déclare prêt à suivre le mouvement. D’un point de vue politique, les deux dirigeants ont beaucoup à y gagner. Mais il y a aussi de bonnes raisons politiques à appliquer une taxe exceptionnelle sur des bénéfices résultant davantage de l’aide du gouvernement que d’une bonne performance. Une telle taxe est évidemment plus équitable et plus efficace si elle est appliquée à l’échelon international. Si M. Sarkozy est sincère, il envoie un signal bienvenu à propos de la coopération au sein du G20. Plus importante encore que l’impôt sur les bonus est en effet une approche globale commune sur les régimes financiers. Tandis que M. Sarkozy et M. Brown s’efforcent de rallier à leur idée non seulement les autres pays de l’Union européenne, mais aussi les Etats-Unis et la Suisse, ils ne doivent pas en faire un substitut à un accord sur les questions plus importantes. C’est en effet la condition pour qu’à l’avenir il ne soit plus nécessaire de venir au secours des banquiers.

L’éditorial du GUARDIAN s’interroge sur « Sarko et la City » : lorsque le président de la République a claironné sa victoire à propos de la nomination de M. Barnier, il a « bêtement » porté atteinte aux relations franco-britanniques et au démarrage de l’après-Lisbonne. C’est une démarche qui rappelle trop ce qui se passait avant le Traité : les nouveaux accords institutionnels n’ont pas changé les vieilles habitudes. Alors qu’ils cherchent une forme de rapprochement, M. Sarkozy et M. Brown appellent à une réforme du secteur financier, et la France envisage même une taxe exceptionnelle sur les bonus comme au Royaume-Uni. Le prochain gouvernement britannique devra prendre garde à ce que les nouvelles régulations européennes, notamment sur les hedge funds, ne sapent pas le marché britannique. Si ces régulations devaient servir de couverture à la France et à l’Allemagne pour changer le paysage des services financiers européens et faire de la City un souffre-douleur, les trois pays y perdraient.

« Après l’entente fiscale, l’entente sur l’environnement » : le GUARDIAN et l’INDEPENDENT du week-end ont relevé « l’offensive de charme de M. Brown et de M. Sarkozy » pour amener les banquiers à payer pour le réchauffement de la planète.

2. Divergences à propos de la PAC

Les « Nouveaux risques d’affrontement » entre Paris et Londres avaient été évoqués par quelques journaux après l’invitation du Ministre de l’agriculture français à 21 de ses homologues européens à participer à une conférence sur la PAC, dont le Royaume-Uni était exclu.

La France et le Royaume-Uni « sont depuis longtemps en désaccord sur les subventions agricoles », rappelait le FINANCIAL TIMES. Londres souhaite une réforme « radicale », tout comme la Suède, le Danemark, les Pays-Bas et Malte, soulignait le journal tout en relevant que la décision française de « marginaliser » les Britanniques intervient à moment délicat dans les relations entre les deux pays.

Le GUARDIAN et le TIMES ont également évoqué la réunion des Ministres de l’agriculture européens à Paris – auxquelles les Britanniques ne sont pas conviés – en vue de tracer un plan de bataille pour défendre la PAC. Selon le TIMES, les agriculteurs français sont les principaux bénéficiaires des subventions agricoles et les cinq pays qui n’ont pas été invités à la réunion d’aujourd’hui sont ceux qui souhaitent une réforme radicale de la politique agricole commune.

IV. AFFAIRES FRANCAISES

Le débat sur l’identité nationale

Evoquant la tribune publiée par le président de la République dans le journal « Le Monde », le GUARDIAN et le DAILY TELEGRAPH ont titré sur le « soutien » de M. Sarkozy à la Suisse à propos de l’interdiction de la construction de nouveaux minarets. Le GUARDIAN cite l’appel du président de la République aux groupes religieux d’éviter « ostentation » et « provocation » et relève que M. Sarkozy est le premier dirigeant européen à avoir exprimé son opinion sur le vote des Suisses. Il souligne que ces déclarations entrent dans le cadre du débat sur l’identité nationale lancé le mois dernier par le gouvernement français.

Pour Peggy Hollinger du FINANCIAL TIMES, ce débat « a eu l’effet inverse » de ce qui était prévu : les adversaires de M. Sarkozy estiment qu’il s’agit d’un complot pour détourner l’attention des régionales. D’autres pensent que ce débat cherche à justifier de manière déguisée une sévère politique d’immigration. Les députés craignent aussi qu’il ne relance l’extrême-droite. Ce débat sur l’identité nationale ne serait-il pas plutôt un référendum sur les 10% de la population musulmane française ? Selon Peggy Hollinger, M. Sarkozy a peut-être raison de dire que rien n’est pire que le « déni » qui « ne résoudra pas les difficultés de la France à s’adapter aux réalités d’une population multiculturelle ». Mais un débat dont la véritable motivation reste suspecte ne résoudra rien non plus, conclut la journaliste.

Matthew Campbell relève dans le SUNDAY TIMES « la nature explosive » du débat sur l’identité nationale après les incidents de Troyes : « il n’est pas étonnant que M. Sarkozy ait été accusé de jouer avec le feu. Si de telles scènes peuvent se produire dans la Champagne tranquille, le gouvernement peut se demander ce qui risque de se passer dans les banlieues »./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028