Semaine du 7 au 13 avril

SEMAINE DU 7 AU 13 AVRIL

Plusieurs dossiers se sont disputés la une des journaux sur la scène britannique : les difficultés de Gordon Brown, sur fond de récession, la relance de l’affaire des ventes d’armes de BAE Systems à l’Arabie Saoudite, et la clôture de l’enquête sur la mort de la princesse Diana. Au chapitre international trois sujets ont dominé les commentaires : le parcours de la flamme olympique, le rapport du général Petraeus sur l’Irak et le Zimbabwe.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Les difficultés de Gordon Brown

Au plus bas dans les sondages, et attaqué sur tous les fronts pour son projet de hausse du taux de l’impôt sur les plus bas revenus, Gordon Brown semble devoir aller de crise en crise. La chute de l’immobilier et les craintes de récession aggravent le tableau. La presse assure que le plus dur reste à venir, et annonce même un printemps chaud (spring of « discontent »).

Peter Riddell du TIMES reconnaît que les travaillistes ont de bonnes raisons d’être inquiets. Non seulement le Labour a baissé fortement dans les sondages (28% des intentions de vote contre 44% pour les Tories selon un sondage YouGov pour le Sunday Times), mais les Britanniques sont pessimistes sur l’état de l’économie et n’accordent plus le bénéfice du doute au gouvernement. Et une fois que le public s’est fait une opinion négative d’un dirigeant, il en change difficilement.

L’éditorialiste du FINANCIAL TIMES évoque la « rébellion » suscitée par la suppression de la tranche la plus basse de l’impôt sur le revenu et estime qu’elle est le « signal du retournement de fortune de M. Brown » : en d’autres temps, si le Labour était en tête dans les sondages, si le Premier Ministre était en harmonie avec l’opinion, et si l’économie se portait mieux, elle serait passée presque inaperçue. Mais aujourd’hui, les ministres sont en droit d’être nerveux. Le Premier Ministre semble leur apporter la malchance et risque d’attirer toutes les expressions de mécontentement. « Le gouvernement n’a encore rien vu ».

Le DAILY TELEGRAPH s’interroge sur l’optimisme excessif du Premier Ministre : la crise financière qui a commencé l’année dernière aux Etats-Unis peut encore nous réserver de vilaines surprises ainsi que l’indique le dernier rapport du FMI. Le pari de M. Brown est d’autant plus risqué que l’opinion lui reproche ses récentes erreurs de jugement. Il est temps, selon le journal, de coordonner l’action au niveau international.

Le GUARDIAN va plus loin que ses confrères dans la critique : « le gouvernement n’a pas d’identité, ni de but ». Il adopte l’attitude qui a valu leur échec aux Tories. M. Brown a peur de la presse Murdoch et du Daily Mail, alors qu’il devrait passer à l’offensive. Il a les yeux fixés sur le long terme, mais s’il ne montre pas qu’il est au pouvoir maintenant c’est David Cameron qui changera le pays. Martin Kettle, dans le même journal, se demande si « la meilleure solution pour le Labour ne serait pas de se débarrasser du Premier Ministre ».

2. L’affaire BAE Systems

Une fois de plus l’affaire des ventes d’armes de BAE Systems à l’Arabie Saoudite sur fond de corruption a fait la une des journaux : la Haute Cour a en effet estimé que l’arrêt de l’enquête du Serious Fraud Office décidé à la fin de 2006, sous la pression du gouvernement dirigé alors par Tony Blair, était contraire à la loi. La presse, qui s’était généralement opposée à cette décision, campe sur ses positions.

Seuls deux journaux défendent l’ancien Premier Ministre. « C’est pour des raisons de sécurité nationale, ainsi que pour préserver un contrat de vente d’armes juteux, que l’enquête a été abandonnée en 2006, et Tony Blair avait été parfaitement clair sur la question », écrit le DAILY TELEGRAPH, ajoutant : Il arrive que la primauté du droit soit en conflit avec la réalité politique et commerciale. Mais, dans une démocratie parlementaire, le Premier Ministre élu doit avoir, dans des circonstances exceptionnelles, le droit de prendre des décisions difficiles au nom de l’intérêt national. Le SUN va droit au but : « Tony Blair a eu raison ». Il a sauvé un contrat colossal ainsi que des milliers d’emplois, et agi au nom de la sécurité nationale. « Les juges ont beau jeu de défendre les principes, mais ce ne sont pas eux qui ramasseront les morceaux » (en cas de perte d’emplois ou d’attentats terroristes).

Le GUARDIAN, le premier à dénoncer l’affaire, se félicite en revanche du « triomphe du droit » et engage Gordon Brown, s’il veut « vraiment montrer qu’il entend tourner la page sur les années Blair », à aller plus avant dans les réformes constitutionnelles promises. Le Premier Ministre doit montrer avant tout qu’il prend au sérieux la règle de droit : la première chose à faire serait de rouvrir l’enquête BAE, et ensuite de changer la loi de manière à empêcher qu’une affaire semblable ne se reproduise à l’avenir.

Le TIMES demande à son tour une réouverture de l’enquête et estime que Gordon Brown « doit défendre la justice là où son prédécesseur l’a mise en péril ». Le journal invite également BAE à « réformer sa culture » et ajoute : « quelles que soient les implications de ce jugement sur les relations avec l’Arabie saoudite, la santé de notre système de justice passe avant tout, car il est le fondement de notre civilisation et de notre prospérité ». Le FINANCIAL TIMES est tout aussi sévère, assurant que les arguments du gouvernement sur la sécurité ont « toujours été spécieux ». Selon le journal, le Royaume-Uni « a agi en contradiction avec la réglementation internationale sur la corruption et ne peut plus guère se permettre de faire la leçon aux autres pays sur la bonne gouvernance ».

3. L’enquête sur la mort de Diana

Homicide par imprudence dû à la grave négligence du chauffeur de la Mercedes, Henri Paul : les conclusions des jurés sur la mort de la princesse Diana et de Dodi Al Fayed devraient enfin, selon la presse, permettre de tourner la page.

Après six mois de procès, 250 témoignages et des frais considérables pour le contribuable, il est difficile de ne pas exprimer son soulagement, écrit l’INDEPENDENT, soulignant toutefois que cette enquête publique a été nécessaire.

Pour le TIMES, « cette enquête a servi son propos », mais elle a aussi ridiculisé parfois la justice. Tout le monde, M. Al Fayed inclus, doit en accepter les conclusions et « laisser les victimes de cette tragédie reposer en paix ». Un point que reprend le DAILY TELEGRAPH, déplorant la perte de temps et le coût de toute cette affaire, avant de déclarer « tentant » de faire payer la note au propriétaire d’Harrods.

Le GUARDIAN pointe également le doigt sur M. Al Fayed et espère que « nous n’aurons plus jamais à subir ce genre d’exercice imposé par la vanité – et la richesse – d’un seul homme. Ce dernier s’était engagé à respecter le verdict des jurés. Il faut le contraindre à tenir sa promesse ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Le parcours de la flamme olympique

« Le parcours de la flamme olympique tourne à la farce » (DAILY TELEGRAPH), « Humiliation pour la Chine » (INDEPENDENT) : après les protestations de Londres, celles de Paris ont donné lieu à une importante couverture de presse. Les commentateurs appellent les dirigeants chinois à tirer les leçons de ces débordements.

Pour le DAILY TELEGRAPH, « le gouvernement chinois est prisonnier de son propre discours » : il dénonce la conduite intolérable des manifestants sans reconnaître que son soutien pour les dictatures du Soudan et de Birmanie, la colonisation du Tibet et l’emprisonnement de Hu Jia sont tout aussi intolérables pour le monde extérieur. Son aveuglement l’a empêché de prévoir ce qui allait se passer. « On est bien loin du triomphe qui a accueilli la sélection de Pékin en 2001 ».

« Pékin doit regretter sa décision » d’organiser un parcours aussi long pour la flamme olympique, note à son tour l’INDEPENDENT, assurant qu’il ne peut y avoir aucun vainqueur dans cet « événement grotesque ». Selon le journal toutefois, les Jeux peuvent encore être un succès, à condition toutefois que l’organisation en soit améliorée.

Plusieurs journaux ont raillé le fait que la flamme ait dû être éteinte quatre fois à Paris, ce qui amène le SUN à parler de « farce française » : « la flamme éternelle est supposée être le symbole international de l’idéal sportif ». « Les Français auraient dû s’en occuper convenablement, ou ne pas s’en occuper du tout ».

Gordon Brown n’échappe pas non plus à la critique : se montre-t-il « indécis ou sournois » ? s’interroge en effet l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES, après que le Premier Ministre ait annoncé qu’il n’assisterait pas à la cérémonie d’ouverture des Jeux de Pékin, tout en insistant qu’il ne s’agit pas de boycott.

2. Le rapport du général Petraeus sur l’Irak

Les Etats-Unis ont besoin d’une période de « consolidation et d’évaluation » avant de poursuivre le retrait des troupes d’Irak : les conclusions du général Petraeus devant le Sénat, largement reprises par la presse, sont diversement accueillies.

Le DAILY TELEGRAPH se félicite de l’absence de triomphalisme dans les propos du général américain et estime que « ses propositions sont sensées », car elles reconnaissent que le gouvernement irakien n’est pas encore prêt à assurer la sécurité du pays : « dans ces circonstances, un retrait rapide ne serait pas réaliste ». Le journal rappelle toutefois que d’autres forces sont en jeu : les candidats aux présidentielles ont des positions différentes. Les démocrates promettent un retrait rapide, les républicains sont décidés à rester autant qu’il le faudra. « Au bout du compte, c’est le peuple américain qui décidera du sort de l’Irak ». Une conclusion que reprend lui aussi l’éditorial de l’INDEPENDENT.

Le GUARDIAN voit dans les déclarations du général Petraeus confirmation que la durée de l’occupation de l’Irak est aujourd’hui indéfinie mais aussi que la nouvelle stratégie américaine (le « surge ») n’a pas donné les résultats que l’on prétend. Selon le journal, les forces britanniques n’ont plus rien à faire sur le terrain et devraient être retirées au plus tôt. Quant aux Américains ils devraient sérieusement se poser la question : combien de temps sont-ils prêts à tolérer une stratégie qui fait du tort à tout le monde et dont on ne voit pas la fin ? Le FINANCIAL TIMES est tout aussi critique : il est « ridicule » de prétendre que le « surge » peut être bénéfique à long terme : il n’a permis aucun des compromis politiques nécessaires pour permettre aux Irakiens de vivre en harmonie. Il a en fait plutôt encouragé le sectarisme. « Même si un retrait subit n’est pas la solution, une politique qui donne de plus en plus de pouvoirs aux seigneurs de la guerre n’en est pas une non plus ».

Gerard Baker du TIMES est frappé par le « manque de réalisme du débat actuel : les républicains semblent suggérer que la stratégie américaine est à ce point efficace que les Etats-Unis devraient rester indéfiniment en Irak. Quant aux démocrates, il est peu probable qu’aucun de leur candidat ne soit en mesure d’assurer comme promis un retrait immédiat des soldats américains. « En fait, le vainqueur des présidentielles devra s’asseoir face au général Petraeus et, loin des caméras de télévision, chercher avec lui une solution pragmatique à un problème compliqué qui dure depuis trop longtemps ».

3. La situation au Zimbabwe

L’annonce d’un sommet d’urgence à Lusaka a peu contribué à calmer les inquiétudes de la presse qui relève la campagne d’intimidation et de violence lancée par les troupes de choc du président Mugabe en perspective d’un deuxième tour d’élections.

L’ensemble des commentateurs déplorent, comme le DAILY TELEGRAPH, les réactions « scandaleusement faibles » de la communauté extérieure, en particulier de l’Afrique. Un point que reprend le DAILY MAIL, en évoquant « le silence assourdissant » de l’Afrique noire : seul Jacob Zuma, dirigeant de l’ANC, a demandé la publication des résultats alors que le président sud-africain lui-même n’a pas du tout protesté contre « cet affront à la démocratie ».

Le TIMES continue dans un éditorial de faire pression sur le gouvernement britannique : « Il est du devoir de Gordon Brown » de mener le mouvement de protestation, d’autant que le président sud-africain s’obstine à ne rien faire. « Si M. Mugabe s’accroche au pouvoir, le monde entier sera à blâmer »./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028