SEMAINE DU 7 AU 11 MAI
Trois temps forts auront ponctué l’actualité de cette semaine : sur la scène britannique, l’annonce par Tony Blair de la date de son départ (27 juin), et la constitution d’un gouvernement « historique » en Irlande du nord avec un Premier Ministre unioniste et un représentant du Sinn Fein comme vice-Premier Ministre ; au chapitre de la France, la victoire de M. Sarkozy à l’élection présidentielle.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
1. L’annonce du départ de Tony Blair
« J’ai été Premier Ministre pendant dix ans. Cela suffit pour moi et pour le pays » : l’annonce de son départ ne constituait pas une surprise, mais Tony Blair a précisé jeudi qu’il quitterait ses fonctions le 27 juin. La presse passe au bilan : si elle estime généralement que le Premier Ministre a été un homme politique habile, elle est plus divisée sur ses réalisations, souvent à cause de l’Iraq.
La presse travailliste, à l’instar du GUARDIAN, assure que le bilan de ces dix années « reste impressionnant » : M. Blair a mis son parti au pouvoir et il l’y laisse en partant. Aucun autre dirigeant travailliste n’a réussi une telle performance auparavant. « M. Blair était un gagnant. Ce n’est pas une moindre qualité ».
Pour les journaux du groupe Murdoch (TIMES et SUN) qui ont toujours soutenu Tony Blair, le Premier Ministre a toutes les raisons d’être « fier » de ce qu’il a fait : c’était un homme avec une « mission ». Il a su imposer le blairisme, moderniser le Labour et transformer le pays.
Le FINANCIAL TIMES est plus mesuré, à cause de l’Iraq : Tony Blair a été incontestablement l’homme politique le plus remarquable de sa génération. Avec Gordon Brown, il a fait du Labour un parti naturel de gouvernement et assuré la prospérité du pays. Il a eu pour défaut « un style présidentiel » se souciant peu des ministres et des députés, et c’est dans cette logique qu’il a pris sa décision sur l’Iraq. Cette « erreur de jugement catastrophique » a en outre asservi le gouvernement britannique à l’administration américaine la plus incompétente et éloigné le Royaume-Uni de l’Union européenne.
Si l’INDEPENDENT fait lui aussi tomber le couperet en raison de l’Iraq, « la plus grave erreur de l’après-guerre en matière de politique étrangère dont les répercussions se feront sentir pendant bien des années encore », THE ECONOMIST est prêt à l’indulgence. Pour l’hebdomadaire, qui rappelle les réussites du gouvernement, en matière d’économie, d’ouverture et de mondialisation, et surtout en Irlande du nord, il ne faut pas oublier que M. Blair « était convaincu d’avoir raison » : « ce n’était pas une si mauvaise idée que de vouloir débarrasser le monde de Saddam Hussein ». La mauvaise gestion de l’après-guerre est davantage la responsabilité de M. Bush qui n’a pas voulu écouter un allié qui comprenait mieux que lui le monde arabe et le terrorisme. « Si Mme Thatcher en son temps a su donner au pays ce qu’il lui fallait, M. Blair lui a donné plus ou moins ce qu’il voulait. Il n’a peut-être pas été le grand Premier Ministre qu’il aurait pu être. Mais il est presque certain que l’histoire le jugera moins durement qu’on le fait aujourd’hui ».
La presse conservatrice juge sévèrement, comme le DAILY TELEGRAPH, celui qui avait « le don de la performance politique », mais s’est avéré un « homme d’état très moyen » : le journal accuse M. Blair de ne pas avoir utilisé la forte majorité dont il avait hérité en 1997 pour entreprendre les réformes ambitieuses nécessaires et d’avoir concentré son énergie à garder le pouvoir. « Il avait du génie politique », mais on se souviendra de lui pour ses échecs, la corruption, un climat de méfiance et surtout une guerre catastrophique, renchérit le DAILY MAIL.
2. Le partage du pouvoir en Irlande du nord
La presse, dans sa quasi totalité, a accueilli avec beaucoup d’espoir ce que l’INDEPENDENT appelle le « miracle de Belfast » : la constitution d’un gouvernement partagé entre un First Minister unioniste, Ian Paisley, et un vice-Premier Ministre représentant le Sinn Fein, Martin McGuinness. Tous les commentateurs soulignent qu’un tel développement paraissait encore inimaginable il y a quelques semaines.
« C’est l’heure de la paix. Le processus politique commence », annonce le GUARDIAN, rendant hommage à Tony Blair, aux différents Ministres responsables de l’Irlande du nord et surtout aux dirigeants du Sinn Fein et du parti unioniste. Le journal reconnaît que l’Irlande du nord est confrontée à de sérieux problèmes économiques : elle dépend trop largement de l’Etat et des subventions de Londres. Mais elle connaît aussi un grand moment d’espoir. Ses dirigeants doivent saisir cette chance.
Le FINANCIAL TIMES se félicite de ce « grand pas en avant », mais ajoute aussi qu’il faut maintenant « se concentrer sur les questions pratiques, et notamment l’état de l’économie ». L’Irlande dépend beaucoup trop du secteur public. Son secteur privé est trop limité, et 27,7% de la population en âge de travailler est économiquement inactive. Une telle situation met au défi les nouveaux dirigeants de la province : plutôt que de chercher à obtenir davantage de subventions, ils devraient adopter des politiques visant à encourager les entreprises.
Pour le TIMES, le partage du pouvoir était « la seule solution ». Il confère à la province des perspectives politiques et économiques « plus brillantes que jamais ». Les fonds vont affluer de partout (Londres, Union européenne, Etats-Unis et secteur privé). Mais cela ne doit pas être le seul objectif : l’Irlande du nord doit faire tomber ses frontières internes, et ses deux communautés apprendre à vivre ensemble et à partager leurs activités. Il faut que dans dix ans les termes « unionistes » et « nationalistes » aient moins de signification qu’aujourd’hui.
Seul le DAILY TELEGRAPH exprime une certaine réticence face au « spectacle d’anciens champions de l’extrémisme partageant des plaisanteries et faisant cause commune » alors que le conflit qu’ils ont aidé à attiser a coûté plus de 3000 vies. Le journal admet que le processus de paix lancé il y a 13 ans par John Major a permis de trouver une solution durable, mais estime que le prix en a été élevé et que M. Blair a fait beaucoup trop de concessions au Sinn Fein et à l’IRA. Il appelle les nouveaux dirigeants à « résister à la tentation de revenir au nihilisme du passé et fournir au peuple irlandais le bon gouvernement auquel il aspire », et conclut : « Espérons qu’il ne sera pas déçu ».
II. AFFAIRES FRANCAISES
L’élection présidentielle
Les médias britanniques ont accueilli de façon positive la victoire de M. Sarkozy à l’élection présidentielle, tout en relevant l’ampleur du défi à relever.
Le résultat est perçu comme incontestable et traduisant une forte volonté de changement. Pour beaucoup d’analystes, le niveau élevé de participation est le signe d’un réengagement politique des Français et une victoire de la démocratie.
Pour le GUARDIAN, l’audience sans précédent des débats et le nombre record d’électeurs « confère une légitimité à M. Sarkozy et à son programme, d’autant plus qu’il a été clair sur ce qu’il ferait ».
Des changements positifs sont attendus dans le domaine économique, puisque le Président élu « a promis de stimuler la croissance et l’emploi en réduisant la fiscalité et en assouplissant le droit du travail ». Pour le TIMES, « la France doit libérer les marchés, insister sur l’entreprise, réduire les dépenses publiques et saisir les chances offertes par la mondialisation » pour que la France « redevienne une puissance occidentale forte, confiante et coopérative ».
Les médias soulignent aussi l’ampleur du défi à relever : « il est difficile de savoir jusqu’à quel point la France est psychologiquement prête pour le changement », écrit notamment l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES. Les journaux consacrent des articles à l’opposition syndicale aux réformes et aux risques de grèves à l’automne.
Sur l’action extérieure, économique comme diplomatique, les commentaires sont mitigés. Plusieurs chroniqueurs estiment que « M. Sarkozy défendra avant tout les intérêts de la France ». Le FINANCIAL TIMES voit dans le nouveau Président « un libéral à la française » et rappelle son intervention à propos de Danone et Alstom.
A propos de l’Union européenne, de nombreux titres portent sur la « chance à saisir », notamment pour une amélioration des institutions. /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028