SEMAINE DU 7 AU 11 JUILLET
Le sommet du G8 a occupé une grande place dans les médias tout au long de la semaine, mais ses conclusions n’ont pas pour autant recueilli le satisfecit des commentateurs. Les menaces iraniennes ont également continué de faire les titres des journaux après les derniers tirs de missiles. Au chapitre européen, la presse a relevé le discours de M. Sarkozy à Strasbourg et largement commenté le projet d’Union pour la Méditerranée.
I. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. Le sommet du G8
Les sommets du G8 sont rarement salués dans la presse comme de grands succès, et celui de Toyako n’a pas échappé à la tradition. Les principaux commentaires ont tourné autour du réchauffement climatique, des relations avec la Russie et de la mise en garde au régime du Zimbabwe.
L’accord sur le réchauffement climatique a fait les grands titres des journaux, d’autant que, comme le souligne le FINANCIAL TIMES , « George Bush a accepté pour la première fois que soit fixé un objectif à long terme pour la réduction des émissions ». Le GUARDIAN parle « d’avancée importante », mais relève immédiatement « la réaction brutale » des pays en développement, dont la Chine et l’Inde, qui ont critiqué l’insuffisance des engagements pris.
L’INDEPENDENT, dans un éditorial, estime justifiées ces critiques : « le communiqué du G8 sur le réchauffement climatique relève des vœux pieux ». Les participants ne donnent aucun détail, ne fixent aucun objectif à moyen terme et ne s’engagent pas sur la nécessité de trouver un successeur au protocole de Kyoto. L’Inde et la Chine ont raison de demander aux principaux responsables de l’effet de serre de prendre les devants. Les gouvernements des pays développés doivent réduire leurs émissions grâce à l’impôt et aux échanges de droits d’émission. Les nouvelles techniques qui seront mises au point, notamment en matière d’énergie renouvelable, pourront être transférées en Inde et en Chine. « Tant que ceux qui sont les mieux placés pour commencer le travail difficile refuseront de jouer leur rôle, une catastrophe climatique sera inévitable. Une fois de plus, les dirigeants du G8 ont abdiqué leur leadership ».
« La seule façon de lutter contre le réchauffement climatique est de faire payer ceux qui sont responsables des émissions et d’accorder des compensations à ceux qui les réduisent », note de son côté le FINANCIAL TIMES, qui appelle à la suppression des subventions pour les bio-carburants (« leur mérite au niveau de l’environnement est incertain mais ils sont définitivement nocifs pour les plus pauvres du monde »). Le GUARDIAN s’interroge : « comment discuter efficacement du prix du pétrole sans la présence de l’Arabie saoudite ou de l’effet de serre sans la Chine » ?
Le journal assure néanmoins que le G8 a son utilité : il ne faut pas l’abandonner, mais le réformer. Il peut servir de forum pour mettre en avant les problèmes et amener la communauté mondiale à les prendre en compte. Le FT reprend la même ligne : « la réforme vaut mieux que l’abolition », mais le club doit être élargi pour inclure au moins le Brésil, l’Inde et la Chine. Seul le DAILY TELEGRAPH demande la suppression d’un club « devenu un anachronisme ridicule ».
De nombreux commentaires ont été consacrés au président Medvedev et à l’état des relations entre la Russie et le Royaume-Uni. Le réchauffement annoncé et espéré n’a pas eu lieu. Le nouveau dirigeant du Kremlin a répondu « non » à toutes les demandes de M. Brown, y compris à propos de l’avenir des opérations de BP en Russie. Le DAILY TELEGRAPH assure que « Moscou a de plus en plus tendance à céder à la politique du gangstérisme et de la corruption au détriment de la démocratie et de l’Etat de droit ». « Il faut mettre fin à ces tactiques d’intimidation, mais le Royaume-Uni n’y parviendra pas seul. C’est un travail qui demande l’unité des pays occidentaux. Ces derniers pourraient commencer par expulser la Russie de leur club du G8, tant qu’elle ne renonce pas à ses mauvaises manières ».
Le FINANCIAL TIMES pense lui aussi que l’unité face au Kremlin est préférable : les autres Etats de l’Union européenne pourraient chercher à tirer parti des relations difficiles entre les Russes et les Britanniques pour traiter avec la Russie. Mais ce serait au détriment de la règle de droit et de relations est-ouest satisfaisantes. Et rien n’empêcherait Moscou de se choisir par la suite un autre bouc-émissaire.
Le problème pour Simon Tisdall, du GUARDIAN, c’est la position de faiblesse de M. Brown : M. Medvedev s’est montré « plus combatif que conciliant ». Il voulait affirmer sa fermeté et il était aussi sans doute irrité par les multiples accusations de Londres. Il est certain que les inquiétudes britanniques à l’égard de la politique du Kremlin sont largement partagées par les Etats-Unis et leurs partenaires européens, et non sans raison. « Mais les Russes lisent les journaux comme tout le monde. Ils n’ont pas besoin de légions d’espions pour comprendre que les médias britanniques sont de plus en plus obsédés par la chute de Gordon Brown. C’est cruel, injuste, mais c’est la politique ».
2. L’Iran
L’envoi de missiles iraniens et les déclarations menaçantes de Téhéran ont donné lieu à une grosse couverture de presse, mais les commentateurs dénoncent avant tout la « provocation » de M. Ahmadinejad et estiment que la poursuite des négociations reste la seule solution.
« M. Ahmadinejad fait de la provocation, et ses raisons sont transparentes », écrit le TIMES : le président iranien est isolé et impopulaire. L’économie de son pays est en plein chaos, le chômage est élevé, surtout chez les jeunes et, malgré les richesses en pétrole, il faut rationner l’essence. Comme beaucoup de dirigeants impopulaires avant lui, il cherche à détourner l’attention en provoquant une crise internationale et en alimentant le nationalisme. Le refus des pays occidentaux à prendre ses menaces au sérieux doit être particulièrement exaspérant. Cette attitude est d’autant plus efficace qu’elle est accompagnée de pressions économiques : après le gel des comptes bancaires annoncé le mois dernier par le Royaume-Uni, la compagnie française Total vient de geler ses projets d’investissements gaziers. « Cette initiative représente un sérieux revers pour les ambitions iraniennes et donne du poids aux sanctions de l’ONU ». Il ne s’agit pas de prendre à la légère les menaces de l’Iran. Les discours risquent toujours de devenir réalité, et Israël a raison d’y être particulièrement sensible. Mais la meilleure réponse pour les pays occidentaux consiste à se montrer fermes tout en insistant sur la poursuite des négociations.
Le GUARDIAN soupçonne l’Iran de « bluffer » du moins partiellement, et estime que la décision de Total, probablement sous la pression du gouvernement de M. Sarkozy, peut faire gagner du temps à la diplomatie : si la vis économique se resserre, le régime iranien risque de se poser des questions sur « le coût réel de sa folie ». Le DAILY TELEGRAPH dénonce le « jeu dangereux » de l’Iran et met Téhéran en garde : il ne ferait pas le poids face à une intervention américano-israélienne, et son économie est vulnérable. Le retrait des investisseurs étrangers en apporte l’illustration. « Ces considérations devraient donc inciter le dirigeants iraniens à opter pour le compromis sur leur programme nucléaire », conclut le journal.
« Il ne faut pas faire le jeu des partisans de la ligne dure », renchérit l’éditorial de l’INDEPENDENT qui estime un accord possible « si les pays occidentaux savent se servir de la diplomatie ». Le journal rappelle que M. Ahmadinejad n’est pas assuré d’une réélection et que M. Larijani est un remplaçant plausible. Or, si l’ancien négociateur sur les questions nucléaires n’est pas un libéral, il est cependant partisan « d’une approche plus pragmatique » sur la question de l’enrichissement de l’uranium.
Le FINANCIAL TIMES assure que le moment est « critique » pour les négociations et que Téhéran doit accepter l’offre « généreuse » qui lui est présentée. Le journal engage les Etats-Unis à faire des ouvertures aux Iraniens et à étendre leurs garanties en matière de sécurité. Il espère avant tout qu’Israël renoncera à toute attaque qui serait « désastreuse » pour la région et le monde entier, et qui ne ferait que retarder, sans l’arrêter, le programme d’enrichissement iranien.
II. AFFAIRES EUROPEENNES
La PFUE
Le discours de M. Sarkozy devant le Parlement européen a donné lieu à plusieurs articles factuels, mais la presse a surtout commenté, et généralement de façon positive, le projet d’Union pour la Méditerranée.
Pour THE ECONOMIST, il s’agit d’une « excellente idée » et le sommet de Paris constitue un grand pas en avant. Le succès de l’opération impose des conditions : la question est de savoir si M. Sarkozy entend faire de ce « club Med » une union prospère, qui ne serve pas seulement les intérêts de la France. Il faudra pour cela en faire une zone de libre-échange et ouvrir l’Union européenne aux biens et services du Sud, y compris les produits agricoles. Il faudra aussi que l’Europe se serve de son patronage pour investir dans les infrastructures, promouvoir le commerce dans la région et faire le nettoyage dans la politique. L’ancien et le jeune peuvent constituer un mélange puissant. « La création de l’Union pour la Méditerranée n’est pas la renaissance de la Rome impériale, mais c’est peut-être le début d’une entreprise excitante ».
Simon Tisdall du GUARDIAN estime que « le projet a ses défauts, mais pourrait néanmoins marcher » : même si cette nouvelle organisation doit être seulement réduite à un forum de discussions, ce ne sera pas une mauvaise chose. La rencontre inaugurale va fournir l’occasion aux dirigeants d’Israël et de Syrie de se rencontrer en face-à- face. « Ce serait une grande première symbolique et M. Sarkozy ne manquerait pas de s’en faire gloire ».
« Le président Sarkozy mérite d’être félicité pour avoir encouragé ses partenaires à prêter attention à une partie oubliée de l’Europe », note de son côté le FINANCIAL TIMES. Mais, pour le journal, « si sa stratégie est bonne, il a utilisé une mauvaise tactique, en donnant l’impression que son projet est surtout destiné à servir les intérêts politiques et commerciaux de la France ». Les Français souhaitent une coopération qui tourne autour de l’énergie nucléaire, du transport et de l’approvisionnement en eau, comme par hasard les points forts de la France. Mais ce qui aiderait vraiment l’Afrique du nord, ce sont des investissements dans la formation professionnelle et le libre-échange pour l’agriculture. « L’Union pour la Méditerranée sera peut-être le point fort de la présidence française de l’Union. Mais ce dont cette région a besoin c’est d’un engagement durable de toute l’Europe ».
Le FINANCIAL TIMES s’était également interrogé en début de semaine sur les « attaques injustifiées » de M. Sarkozy contre la Commission européenne et la BCE. En disant ce qu’il pense, le président de la République estime redonner du poids politique à un système européen paralysé par ses bureaucrates. Mais quels que soient ses arguments, ce n’est pas la tâche du président du Conseil européen de jouer les perturbateurs. « M. Sarkozy mérite d’être applaudi pour vouloir normaliser la place de la France en Europe, en abandonnant les illusions de grandeur gaulliennes et en évitant la rhétorique fédéraliste. Il fait preuve de pragmatisme en voulant faire de nouveau avancer l’Europe. Mais ses grandes tirades sont inutiles », concluait le FT. /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028