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Semaine du 6 au 12 août

SEMAINE DU 6 AU 12 AOUT

Les commentateurs ont généralement approuvé la manière dont Gordon Brown a géré la nouvelle épidémie de fièvre aphteuse. En revanche, ils ont été plus nuancés sur la demande formelle adressée par son gouvernement à Washington pour la libération des cinq britanniques détenus à Guantanamo. Deux dossiers ont dominé les affaires internationales : la crise au Pakistan et la question israélo-palestinienne. Au chapitre européen, la presse eurosceptique est revenue à la charge en appelant à un référendum sur le nouveau Traité.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. L’épidémie de fièvre aphteuse

« On a évité le pire, mais la crise n’est pas réglée » : les journaux se félicitent, à l’instar de l’INDEPENDENT, de la réaction énergique du gouvernement « qui a tiré les leçons de l’épidémie de fièvre aphteuse de 2001 ». Ils s’interrogent toutefois sur les problèmes de bio-sécurité et surtout expriment leurs inquiétudes pour l’avenir de l’agriculture.

Gordon Brown obtient un satisfecit quasi unanime pour avoir évité « les retards, la confusion et le manque d’information qui avaient terni la réputation du gouvernement et l’image du Royaume-Uni à l’étranger » lors de la précédente épidémie. Mais les commentateurs, comme les éditorialistes du TIMES et du GUARDIAN, lancent une mise en garde contre toute « autosatisfaction prématurée » : il faut voir quelles seront l’intensité et la durée de la crise. Le gouvernement ne doit surtout pas se tromper de stratégie. En l’occurrence, le FINANCIAL TIMES estime que « mieux vaut l’abattage des bêtes affectées » que la vaccination des animaux, encore que la solution d’une vaccination limitée ne doit pas être exclue si l’épidémie s’étend.

L’INDEPENDENT se penche sur les problèmes de bio-sécurité que révèle cette crise : il est inquiétant de penser qu’une maladie contagieuse peut aisément être transmise à partir d’un laboratoire. Le gouvernement doit agir en conséquence et assurer les investissements nécessaires pour augmenter le niveau de sécurité.

L’interdiction annoncée par Bruxelles des exportations de viande britannique est évoquée par les journaux qui en acceptent le plus souvent le caractère inévitable, tout en regrettant le tort porté aux agriculteurs du Royaume-Uni. Le DAILY TELEGRAPH saisit cette occasion pour accuser une nouvelle fois l’Europe : « on peut craindre que certains Etats membres n’hésiteront pas à maintenir en place des embargos illégaux, comme l’a fait la France pour le bœuf britannique même lorsqu’il était garanti ». Pour le journal conservateur eurosceptique, « il est urgent d’agir pour sauver nos campagnes : un retrait de la PAC désastreuse et l’adoption d’une politique agricole britannique taillée à nos besoins seraient un bon début ».

2. Gordon Brown et Guantanamo

La demande formelle adressée par le Royaume-Uni à Washington pour une libération de cinq résidents britanniques détenus à Guantanamo a été diversement accueillie par la presse.

Tous les journaux relèvent qu’il s’agit de la part de Gordon Brown d’un changement de politique par rapport à Tony Blair. Le FINANCIAL TIMES parle de « durcissement de ton » vis-à-vis de George Bush. L’INDEPENDENT s’en félicite, estimant que son approche vis-à-vis de Guantanamo à été « un des épisodes les plus déshonorants et les plus lâches » du gouvernement précédent. Il ajoute toutefois que « si cette démarche est bienvenue, elle ne peut faire oublier l’injustice de toute l’affaire ». « Ce camp, comme les vols secrets de la CIA, laisse une tache durable sur la réputation des Etats-Unis et tourne en dérision les valeurs pour lesquelles ce pays prétend se battre dans la guerre contre le terrorisme. Il a en fait servi la propagande des ennemis de Washington. C’est également une tache sur la réputation du Royaume-Uni qui a laissé faire pendant trop longtemps et qui aujourd’hui, malgré son initiative, ne fait preuve d’aucune noblesse ».

Le TIMES assure qu’il « n’est que normal » pour le Royaume-Uni d’assumer sa part de responsabilité à l’égard des détenus du camp de Guantanamo si celui-ci doit fermer. Mais le journal estime, comme le DAILY TELEGRAPH, que les cinq individus, qui ne sont pas des citoyens britanniques, doivent être soumis aux rigueurs de la loi, jugés et, si nécessaire, expulsés dans leur pays d’origine.

Le DAILY TELEGRAPH lance par ailleurs une mise en garde au Premier Ministre car il s’inquiète du « changement de ton entre Londres et Washington » : « l’alliance entre nos deux pays reste en effet la pierre angulaire de notre politique étrangère. Elle a servi les intérêts du Royaume-Uni. Or, ce type de relations est chose fragile, et elles peuvent être mises en péril par les petits jeux politiques. M. Brown doit prendre garde ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Le conflit israélo-palestinien

Après la rencontre entre le président palestinien Mahmoud Abbas et le Premier ministre israélien, Ehoud Olmert, la presse continue de pointer du doigt Israël.

Le GUARDIAN accuse le gouvernement de M. Olmert de « diviser pour régner » et de proposer au président Abbas une solution qu’il ne saurait accepter : « un Etat palestinien sans frontières, sans souveraineté et sans économie viable ». Il n’en faut pas davantage, selon le journal, pour douter de la sincérité des intentions israéliennes.

Gideon Rachman s’interroge lui aussi dans le FINANCIAL TIMES sur la stratégie des Israéliens : ils ne veulent pas prendre de risques avec la sécurité. La vaste barrière qu’ils ont construite leur a permis de se protéger des attentats-suicide, mais elle a rendu impossible la vie quotidienne des Palestiniens. L’économie palestinienne s’affaiblit, le risque de radicalisation augmente. « Si les dirigeants israéliens avaient de l’audace, ils chercheraient à tirer parti de la force relative de leur Etat en ce moment pour conclure un accord avant qu’il ne soit trop tard : il leur faudrait pour cela faire des concessions généreuses et difficiles sur Jérusalem, les colonies et les frontières ».

Les ambitions pour le moment ne peuvent qu’être « modestes », assure à son tout THE ECONOMIST : aucun accord de paix ne peut être conclu sans le consentement du Hamas, mais aucun accord ne peut être non plus négocié avec le Hamas tant que celui-ci rejette le principe même de paix avec Israël. Mais pour l’hebdomadaire, il faut aider le président Abbas à gagner le Hamas à sa cause : pour cela la communauté internationale doit renoncer à la tentation de « punir par des sanctions économiques » les Palestiniens de Gaza, tandis que les Etats-Unis, Israël et les Etats arabes doivent soutenir un ensemble de principes détaillés sur les frontières, le statut des réfugiés et Jérusalem qui montrera aux Palestiniens qu’ils peuvent espérer « un Etat indépendant digne de ce nom ».

2. La crise au Pakistan

La situation de plus en plus fragile au Pakistan a été évoquée par la presse qui rend le président Musharraf responsable de la crise, mais propose des solutions contrastées.

Pour le DAILY TELEGRAPH, le président pakistanais est « considérablement affaibli », et son objectif doit être de préparer l’arrivée d’un nouveau dirigeant. C’est en élargissant la base politique de la coalition au pouvoir que l’on créera la stabilité. Il faut espérer qu’un nouveau chef de l’armée et un nouveau Premier Ministre civil pourront travailler en tandem pour neutraliser les partis islamistes et, en coopération avec le président afghan Hamid Karzai, mettre le terrorisme en échec. « Préparer un tel partenariat constituerait un digne héritage de la part du général. Mais il doit commencer par reconnaître qu’il n’est plus le seul à pouvoir protéger le pays de la catastrophe ».

Le TIMES est plus nuancé : le problème majeur selon lui vient de l’insistance du président pakistanais à se représenter tout en restant à la tête de l’armée. Le Pakistan a besoin d’investissements, d’éducation et d’une société civile. « M. Musharraf devrait démissionner de l’armée, faire appel aux classes moyennes, rechercher le compromis politique et faire campagne sur l’action souvent louable qu’il a menée. En l’absence d’adversaire crédible, il a encore des chances de gagner ». Pour le GUARDIAN également, l’abandon de son uniforme militaire est sa seule chance de « survie politique ». Dans la même ligne, le FINANCIAL TIMES reproche à M. Musharraf d’avoir « déstabilisé le pays » en voulant garder le contrôle de l’armée : la « sagesse » consisterait pour lui à comprendre le besoin d’un bloc démocratique pour lutter contre le terrorisme et dons à tenir des élections équitables et ouvertes à tous.

III. AFFAIRES EUROPEENNES

Le débat sur le nouveau Traité

La presse eurosceptique est revenue à la charge en appelant à un référendum sur le nouveau Traité européen.

Le TIMES a publié une tribune de William Hague, Foreign Secretary au Cabinet fantôme, et qui assure que le Traité n’est autre que l’ancienne constitution rejetée par la France et les Pays-Bas, sans le nom. Le Labour s’étant engagé à tenir un référendum sur la constitution, Gordon Brown ne peut se permettre de faire adopter par le parlement un document qui en représente 98%, souligne M. Hague.

« On doit nous accorder le référendum promis », clame l’éditorial du SUN. Dans le même journal, Trevor Kavanagh accuse M. Brown de « mettre en pièces une promesse électorale, alors qu’il n’a aucunement le droit d’abandonner des pouvoirs essentiels à Bruxelles sans le consentement des électeurs ».

Christopher Booker renchérit dans le DAILY MAIL : « si Gordon Brown nous contraint à adopter ce Traité, nous pouvons dire adieu à la démocratie ».

Face à la vague eurosceptique, THE OBSERVER explique la position du gouvernement qui « a deux raisons de ne pas vouloir de référendum » : tout d’abord, il ne s’agit pas d’une constitution, mais d’une série d’amendements aux traités existants, ce qui par le passé n’a jamais été soumis au vote du public. Ensuite, le gouvernement sait qu’il perdrait ce vote. Le journal reproche à M. Brown de n’avoir, comme ses prédécesseurs depuis 30 ans, « ni la conviction, ni le courage suffisants » pour faire admettre la « réalité politique » : à savoir que l’Union européenne nécessite des compromis sur la souveraineté mais qu’elle sert néanmoins les intérêts britanniques »./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028