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Semaine du 5 au 15 janvier 2012

SEMAINE DU 9 AU 15 JANVIER

La vie politique a bien repris ses droits après la trêve de Noël : David Cameron a marqué un grand coup en proposant au plus vite un référendum sur l’indépendance de l’Ecosse et forçant ainsi la main d’Alex Salmond, dirigeant du SNP (parti national écossais), qui est déterminé à prendre son temps. Cette décision « audacieuse » du Premier ministre est jugée cependant risquée. Pour sa part, Ed Miliband a tenté de relancer sa popularité par un discours qui n’a convaincu presque personne. Deux dossiers dominent les affaires internationales : l’escalade des tensions avec l’Iran, et l’échec de la mission de la Ligue arabe en Syrie. Après avoir été plutôt calme, la presse ayant peu couvert la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel à Berlin, la scène européenne a de nouveau connu une grande agitation durant le week-end avec l’annonce de la perte du triple A de la France et la baisse de la note de plus de plusieurs pays de la zone euro. Le sujet a cependant été vite éclipsé par le naufrage du Costa Concordia. Peu d’articles ont été consacrés à la négociation du projet de traité, les journaux se révélant en revanche plus alarmistes sur la situation de la Grèce et les négociations avec le secteur privé. Concernant les affaires françaises, l’INDEPENDENT a évoqué la situation des candidats – officiels ou non – à 100 jours des présidentielles.

I. ROYAUME-UNI

1. Le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse

David Cameron a relancé le débat sur la question écossaise en plaidant pour l’organisation au plus vite d’un référendum centré sur la seule question « oui ou non » pour l’indépendance, et ce dans un délai de 18 mois. Il force ainsi la main d’Alex Salmond qui proposait plutôt un référendum en 2014, en y ajoutant l’option d’une dévolution maximale. Si plusieurs journaux approuvent la démarche du Premier ministre, d’autres la trouvent « risquée ».

Le DAILY TELEGRAPH estime justifiée « l’ingérence » de M. Cameron dans les affaires écossaises : le Premier ministre agit de plein droit et fixe des conditions claires, tandis que M. Salmond fait de la manipulation. Le journal reconnaît qu’il s’agit en l’occurrence davantage de « politique que de droit ». « Pour une fois, quelqu’un a osé dire à M. Salmond qu’il ne peut pas faire ce qu’il veut ». Il a pris les mesures nécessaires pour défendre l’Union. Que ceux qui partagent sa vision « se rallient à ses côtés ». L’éditorialiste de THE ECONOMIST est favorable à un référendum sur l’indépendance centré sur la seule question : oui ou non ?, ce qui permettra de clarifier la situation

Pour le TIMES, l’initiative de M. Cameron « est audacieuse mais risquée » : le dirigeant conservateur a coupé l’herbe sous le pied d’Alex Salmond qui « jusqu’à présent avançait à son rythme ». En demandant des clarifications sur le calendrier et les questions posées, le Premier ministre « met des bâtons dans les roues de la machine ». Il doit cependant prendre garde à ce que ce référendum ne soit pas présenté « comme une bataille entre le SNP et Westminster ». Un unionisme défendu par Londres ferait le jeu de M. Salmond. Il revient aux unionistes d’Ecosse de défendre leurs arguments.

« Ce sont des arguments honnêtes, non des mouvements de judo et des complots politiques » qui sauveront l’union, renchérit le FINANCIAL TIMES, un résultat auquel le journal se déclare favorable.

L’INDEPENDENT s’inquiète à son tour d’un « pari risqué » : le référendum que souhaite M. Cameron exclurait la « dévolution maximale » envisagée par M. Salmond mais « l’ingérence » du Premier ministre britannique risque aussi d’encourager les Ecossais hésitants à se ranger aux arguments séparatistes. Le journal assure que la décision de M. Cameron vise avant tout à attirer l’attention des médias : elle est en cela comparable à son veto opposé à Bruxelles et, dans les deux cas, le Premier ministre n’a pas su prendre en compte toutes les répercussions.

2. Le discours d’Ed Miliband

Le discours d’Ed Miliband, prononcé le 10 janvier 2012 et censé « relancer » un leader travailliste à la performance souvent jugée peu convaincante, n’a pas eu les effets désirés.

La presse conservatrice est sans pitié. L’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH reproche à M. Miliband de ne pas reconnaître les erreurs passées du Labour (et sa contribution au déficit actuel) et de ne pas être à la hauteur de ses prétentions : « tant que le parti travailliste ne résoudra pas les contradictions de sa politique économique, il ne pourra pas convaincre le public de sa capacité à prendre le pouvoir ». « Si Ed Miliband pense vraiment qu’il sera Premier ministre un jour, il est sûrement le seul », ironise pour sa part le SUN.

Le TIMES met au crédit de M. Miliband d’avoir posé « quelques sérieuses questions » : le capitalisme britannique a besoin de réformes et les faiblesses structurelles de l’économie doivent être rectifiées. Le gouvernement doit également faire davantage pour la croissance. Toutefois, le dirigeant travailliste ne propose pas de réponse. Il doit préciser son « diagnostic » et surtout répondre à la question importante qui se pose maintenant : « en l’absence d’argent, que propose le Labour » ?

Sous le titre « A la recherche de cohérence », l’éditorialiste du GUARDIAN lui-même reproche à M. Miliband de ne « pas traduire sa vision en politique claire », notamment sur la question de la réduction des dépenses. Pour avoir de la crédibilité, le Labour doit faire la différence entre le court terme (il faut ralentir le rythme de réduction des dépenses pour encourager la croissance et l’investissement) et l’horizon plus lointain de la reprise, où il faudra alors faire des choix difficiles. Pour l’INDEPENDENT, « l’approche d’Ed Miliband reste trop vague en termes de politique et elle a besoin de toute urgence d’une définition… Le dirigeant travailliste ne pourra être convaincant que lorsqu’il aura décidé ce qu’il veut dire ».

II. INTERNATIONAL

1. Les tensions avec l’Iran

L’escalade des tensions avec Téhéran, illustrée par le dernier assassinat d’un expert scientifique iranien, suscite les plus vives inquiétudes.

Nul doute qu’une « guerre secrète » est en cours pour empêcher l’Iran d’acquérir la bombe, écrit l’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH, rappelant que Mostafa Ahmdi-Roshan est le cinquième universitaire à avoir été assassiné de la sorte et que plusieurs explosions ont endommagé des bases militaires iraniennes : tout laisse à penser que les services occidentaux ou israéliens sont à l’origine de ces attaques. Pour le journal, « quelles que soient les considérations morales, il ne fait aucun doute que mettre un terme aux ambitions nucléaires de l’Iran est une priorité…Des mesures désespérées sont peut-être nécessaires si les pays occidentaux veulent éviter la confrontation militaire directe. Tant que l’Iran n’obéira pas à l’ONU et n’arrêtera pas l’enrichissement de l’uranium, il faut s’attendre à de nouvelles actions de ce genre ».

Simon Tisdall s’inquiète dans le GUARDIAN des « sérieux risques » que fait peser cette « guerre secrète », d’autant que le niveau des tensions va encore s’accentuer avec le nouvel embargo pétrolier que l’Union européenne pourrait faire entrer en vigueur dans un délai de six mois. « Dans une situation aussi volatile », l’assassinat d’un autre expert iranien a le potentiel de provoquer une explosion avec des conséquences catastrophiques pour la région.

« La guerre secrète risque de se transformer en vraie guerre », renchérit Richard Beeston dans le TIMES, rappelant que les Iraniens ont pour habitude de réagir à l’intimidation par les bruits de sabre. « Durant la guerre froide, les crises se résolvaient grâce aux contacts réguliers entre superpuissances et aux règles observées par la CIA, le KGB et le MI6. Or, il n’y a pas de telles règles avec l’Iran ».

Pour James Blitz du FINANCIAL TIMES, la situation n’a jamais été aussi tendue depuis 2002, mais les inquiétudes sont peut-être excessives et les grands moments de décision n’interviendront pas de toute façon avant au moins un an. Selon le commentateur, deux raisons excluent une attaque imminente : tout d’abord, Israël et les Etats-Unis continuent de craindre qu’une attaque suscite de sérieuses représailles de l’Iran sans pour autant mettre fin à son programme. Ensuite, même si l’Iran commence à avoir d’importantes capacités nucléaires, ses dirigeants n’ont pas encore pris la grande décision de construire la bombe.

2. La situation en Syrie

Les deux apparitions publiques d’Assad, dont une en présence de sa famille, sont pour la presse le signe de la défiance du dictateur et de l’inefficacité de la Ligue Arabe.

Pour l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES, la Ligue Arabe a fait preuve d’une extraordinaire naïveté. Si elle a pu parvenir à un résultat en Libye, elle ne fait pas le poids en Syrie. De toute évidence, Assad a accepté son plan pour « gagner du temps ». Les Etats arabes doivent renoncer à « un exercice mal conçu qui est incapable d’offrir une solution à la crise syrienne ».

L’INDEPENDENT appelle à l’arrêt immédiat de la mission de la Ligue arabe : déjà ses chances de succès paraissaient bien faibles au début ; maintenant Assad a confirmé qu’il n’entend pas faire de compromis. Désormais, par leur seule présence, les moniteurs de la Ligue arabe « confèrent de la légitimité à un régime totalement illégitime ».

III. EUROPE

1. La perte du triple A de la France

« La France privée de son triple A » (DAILY TELEGRAPH), « Vendredi noir pour la zone euro » (INDEPENDENT), « La crise de la dette dans la zone euro revient plus que jamais à l’ordre du jour » (FINANCIAL TIMES) : si plus de la moitié des pays de la zone euro sont touchés par la décision de Standard and Poor’s, c’est la baisse de la note de la France qui a attiré l’attention samedi. Tous les journaux estiment que ce développement est de mauvais augure pour l’ensemble de l’Europe alors que les, difficultés s’accumulent pour le sauvetage de la Grèce. Selon plusieurs titres, la note du Royaume-Uni pourrait aussi être en danger, en raison de l’impacte de la crise de la zone euro. Beaucoup de commentateurs estiment toutefois qu’en dépit de fondamentaux économiques plus faibles le Royaume-Uni est protégé par sa non participation à la zone euro et à l’autonomie de sa politique monétaire.

Dans un éditorial, le FINANCIAL TIMES cherche cependant à relativiser les choses : « il s’agit d’une égratignure sur le vernis de l’euro. Mais la baisse de la note de la France n’est pas la fin du monde ». Selon le journal, les répercussions économiques pourraient être limitées. Même si le FESF perdait son triple A, ce ne serait pas forcément une mauvaise chose. L’essentiel est de hâter la mise en place des instruments sur lesquels il y a eu accord pour enrayer la crise de la dette. Les gouvernements de la zone euro doivent cesser de « se chicaner » et M. Sarkozy a encore un rôle à jouer pour faire le lien entre les pays qui sont au cœur et à la périphérie de l’Europe.

Le FINANCIAL TIMES relève aussi dans un article séparé les « répercussions politiques » pour M. Sarkozy « qui ne pourra pas échapper au stigmatisme (de la décision de Standard and Poor’s) compte tenu de l’importance qu’il attachait au triple A. « L’opposition ne manquer pas d’y voir la condamnation des politiques menées depuis 2007 ».

« Ce coup porté au saint Graal augmente les difficultés de M. Sarkozy », écrit le GUARDIAN qui y voit également « des munitions pour l’opposition ». Selon le TIMES, le revers pour M. Sarkozy est d’autant plus grave que l’Allemagne et trois autres pays de la zone euro conservent leur triple A.

Les journaux de ce lundi relaient largement les déclarations du président de la République, du Premier ministre, de M. Baroin et de M. Hollande.

2. La rencontre Merkel/Sarkozy

La rencontre d’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy à Berlin lundi 9 janvier n’a finalement pas donné lieu à une grande couverture de presse, mais les journaux restent toujours hostiles à la taxe sur les transactions financières et au projet de traité.

Dans un éditorial très critique, le DAILY TELEGRAPH dénonce ces « sommets constants » qui n’aboutissent à rien et qui finissent par susciter « une vive frustration » : le couple Merkozy n’est toujours pas disposé à accepter la réalité et à prendre les mesures nécessaires pour sauver l’euro. Selon le journal, le problème ultime reste le même et il a été identifié par David Cameron : les pays du sud de l’Europe bloqués par les taux de change de l’euro ne pourront jamais faire concurrence à l’Allemagne. Au lieu de se pencher sur la question, Mme Merkel et M. Sarkozy préfèrent se concentrer sur la mise en place d’une taxe sur les transactions financières pour « punir les spéculateurs ». Ce sera peut-être « gratifiant » sur le plan électoral pour la France et l’Allemagne mais, « d’un point de vue économique, cela ne fait aucun sens ». Une telle taxe serait catastrophique pour les services financiers européens et ne rapporterait qu’une fraction du montant nécessaire au sauvetage de l’euro. « Ce dont l’Europe a besoin, c’est de moins de sommets et de davantage de réflexion ».

IV. FRANCE

Les présidentielles

Le correspondant de l’INDEPENDENT à Paris, John Lichfield, fait le point sur la situation cent jours avant les présidentielles et relève « l’indécision » des Français.

L’écart se resserre entre François Hollande « qui se veut une réincarnation de François Mitterrand, sans l’éloquence et sans programme clair », et Nicolas Sarkozy qui n’est pas encore officiellement candidat, mais lance quotidiennement de nouvelles propositions, souligne le journal. Selon M. Lichfield qui relève la bonne place de Marine Le Pen, « beaucoup dépend de Bruxelles et des marchés financiers dans les semaines qui viennent. Si l’euro et les économies européenne et française s’effondrent, tous les paris seront ouverts ».

Le DAILY TELEGRAPH relève que M. Sarkozy n’a toujours pas annoncé sa candidature, car « il attend la dernière minute » : il souhaiterait faire comme François Mitterrand avant le premier tour de 1988, « rester au-dessus de la mêlée ». Sa menace immédiate reste, selon le DT, la montée de Marine le Pen./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028