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Semaine du 5 au 11 septembre

SEMAINE DU 5 AU 11 SEPTEMBRE

Une fois de plus, c’est l’économie qui semble devoir dominer la rentrée politique. Mais le rôle de la diplomatie et la conduite de certains soldats britanniques durant la guerre en Irak ont aussi donné lieu à une importante couverture de presse. Concernant la Libye, les journaux ont surtout retenu la mise en cause des services secrets britanniques s’agissant de la coopération avec le régime Kadhafi après les révélations du dirigeant des forces militaires victorieuses à Tripoli, M. Belhadj. Deux dossiers ont dominé les affaires européennes : la décision de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe et les risques d’une nouvelle guerre des changes, avec la décision de la Banque centrale suisse. Au chapitre de la France, THE ECONOMIST s’interroge sur les chances de réélection de Nicolas Sarkozy, tandis que le FINANCIAL TIMES estime inconcevable un retour à la vie publique de Dominique Strauss-Kahn.

I. ROYAUME-UNI

1. La rentrée politique et l’économie

Avec les marchés en berne, les craintes d’une nouvelle crise bancaire et d’une nouvelle récession, la rentrée politique s’annonce difficile. Pour la presse, la priorité reste l’économie et c’est elle qui déterminera le sort des dirigeants politiques. George Osborne continue de défendre son programme d’austérité.

L’éditorialiste du TIMES ne cache pas que les perspectives économiques au Royaume-Uni sont inquiétantes. Il souligne aussi que la crise de l’euro semble donner raison à la politique de réduction du déficit adoptée par la coalition, mais que le Chancelier de l’Echiquier ne peut toutefois pas se permettre l’attentisme : une réduction du déficit est nécessaire mais elle n’est pas suffisante. Il faut un plan pour la croissance, et la priorité pour le gouvernement est de mettre au point une politique industrielle crédible. C’est un objectif que les libéraux-démocrates devraient soutenir au lieu de chercher à prendre leurs distances vis-à-vis des conservateurs.

S’il estime que la réduction du déficit est juste (« c’est notre seul espoir d’éviter le sort de la Grèce et du Portugal »), le SUN engage le Chancelier de l’échiquier et le Premier ministre à passer à l’action et à présenter « un plan pour la croissance ».

La presse pro-travailliste revient à l’instar du GUARDIAN sur l’approche systématique de George Osborne pour qui « le seul démon est la dette » : le Chancelier de l’échiquier devrait au contraire mettre au point « un plan B » qui reflèterait davantage « une réalité à laquelle il fait souvent référence, à savoir que tout le monde est dans le même bain ». Il faut une coordination des politiques mondiales et des réductions de déficit progressives de manière à ne pas étouffer la reprise, souligne le journal. « Tous les gouvernements commettent des erreurs, mais celui-ci échoue misérablement » sur les grandes questions comme l’économie, renchérit le DAILY MIRROR.

Pour encourager la croissance, le DAILY TELEGRAPH assure qu’il est essentiel d’abaisser les impôts pour les créateurs de richesse. Le journal se prononce ainsi pour la suppression de la tranche d’imposition à 50%, qui fait actuellement l’objet de fortes controverses. Selon le FINANCIAL TIMES, George Osborne sait que ce taux supérieur d’imposition ne fera pas rentrer beaucoup d’argent dans les caisses de l’Etat, mais qu’il est important au plan politique en termes de symbole. Les considérations économiques doivent-elles l’emporter sur le politique ? Bien des commentateurs le pensent et plaident pour la suppression de cette mesure qui nuit selon eux à la compétitivité économique du Royaume-Uni.

2. Irak : agissements de l’armée britannique et condamnation de 19 soldats

L’ensemble de la presse a accordé une large place à l’enquête publique qui a conclu que la violence « grave et gratuite » exercée par des soldats britanniques a causé la mort d’un civil irakien à Bassora en septembre 2003. Pour la plupart, les journaux ne remettent néanmoins pas en cause l’attitude de l’armée en général.

Sous le titre « Une tâche » sur l’armée, l’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH reconnaît la gravité de l’accusation, mais souligne que le traitement brutal des prisonniers n’est pas « institutionnalisé dans l’armée » : il y a eu des procès et les leçons ont été apprises. Il n’est pas nécessaire d’aller plus loin. Nous devons résister à notre habitude nationale de nous châtier outre mesure. Il s’agit certes d’une « événement honteux », mais c’est « heureusement rare », conclut le DT. « Nous ne devons pas laisser une poignée de mauvais éléments ternir la réputation de toute l’armée », renchérit le SUN.

L’INDEPENDENT dénonce en revanche le manque de transparence et la « culture du silence » dans l’armée : il est déplorable qu’il ait fallu attendre 8 années pour faire la lumière. L’establishment militaire semble avoir fait tout son possible pour ne pas divulguer ce qui s’est produit à Bassora. « L’armée ne peut pas demander à la fois le soutien et le respect de l’opinion tout en adoptant une culture qui fait passer au second rang la justice et le droit ».

La presse du week-end souligne enfin que des révélations additionnelles pourraient survenir.

3. Discours de William Hague : la relance de la diplomatie

Critiquant l’action de ses prédécesseurs travaillistes, William Hague a déclaré vouloir restaurer le rôle du Foreign Office et redonner sa place à la diplomatie. Une démarche qui laisse les commentateurs un peu sceptiques.

Le FINANCIAL TIMES se félicite de voir le Ministre des Affaires étrangères abandonner ses « discours mercantilistes » : un retour aux valeurs traditionnelles de la diplomatie permettra au Royaume-Uni d’exercer davantage son influence que les accords commerciaux. Pour le journal cependant , il existe un danger à vouloir se concentrer sur l’établissement de relations bilatérales fortes avec les puissances émergentes au détriment des relations avec les alliés traditionnels : l’Europe et les Etats-Unis conservent une importance cruciale.

« Le Royaume-Uni ne doit pas oublier l’Europe, les Etats-Unis et les organisations internationales comme l’ONU », renchérit le GUARDIAN qui s’interroge : « Que pense M. Hague de l’interventionnisme ? Il n’a peut-être pas nié l’importance du multilatéralisme, mais il est évident que cela ne l’intéresse pas beaucoup ».

II. INTERNATIONAL

- Libye : les accusations portées contre le Royaume-Uni

Tous les journaux ont fait état des révélations du dirigeant des forces militaires victorieuses à Tripoli Abdul Hakim Belhadj, selon lequel les responsables des services britanniques savaient qu’il était torturé en Libye. D’autres révélations ont été faites à propos de la coopération des services britanniques avec le régime Kadhafi, au titre notamment de la lutte contre l’islamisme et le terrorisme.

La presse relève la décision de David Cameron annoncée au Parlement de demander à l’enquête Gibson, chargée depuis un an d’examiner le rôle du Royaume-Uni dans les vols de la torture, de faire le jour sur l’affaire. Les éditoriaux des principaux journaux se félicitent de cette enquête sans toutefois vraiment remettre en cause le travail des services de renseignement. Le TIMES assure que la décision de Tony Blair de faire rentrer la Libye dans la communauté des nations n’était pas une erreur et que les services de renseignement britanniques avaient de bonnes raisons de croire que des Libyens étaient impliqués dans des activités terroristes. « Une coopération avec le régime de Tripoli était donc nécessaire pour la sécurité ». Pour le journal cependant, si l’interventionnisme libéral est une bonne chose, il doit appliquer les propres valeurs dont il se fait le défenseur.

« Oui notre sécurité doit être assurée, mais ceux qui en ont la charge doivent pouvoir rendre des comptes », renchérit l’INDEPENDENT qui s’interroge sur les méthodes de la soi-disant politique étrangère éthique.

III. EUROPE

1. Euro : le feu vert de la cour constitutionnelle de Karlsruhe

Toute la presse a titré sur le « soulagement » des marchés et de Berlin après la décision de la cour constitutionnelle de Karlsruhe sur le plan de sauvetage de la Grèce et des autres pays en difficulté de la zone euro. Le FT a repris les propos d’Angela Merkel soulignant sa détermination à défendre la monnaie unique.

L’éditorial du journal considère que les conclusions de la cour de Karlsruhe représentent une étape importante, qu’elles enlèvent à court terme une source d’incertitude, mais que les conditions qu’elle fixe pour l’avenir créent cependant d’autres problèmes. Si le FT parle de « compromis sensé », il ne manque pas de souligner que « le jour où les marchés contraindront de nouveau la zone euro à rattraper son retard, Mme Merkel devra se préparer à de nouvelles batailles juridiques ».

« Le cataclysme a été évité. L’euro est sauf pour le moment, mais les marchés risquent de ne pas tolérer d’autres retards », écrit Ben Chu dans l’INDEPENDENT. Pour le commentateur, la décision de la cour de Karlsruhe qui demande l’approbation par le parlement allemand de tous les futurs plans de sauvetage comporte des dangers. Si les parlements des autres pays de la zone euro en font autant, le mécanisme de sauvetage se sclérosera et sera inutile. Pour Charles Bremner du TIMES, « c’est l’unité sans enthousiasme » autour du projet européen : M. Sarkozy a des doutes sur la poursuite du fédéralisme. L’Allemagne et les Pays-Bas avancent mais avec le « cœur gros ». Tant qu’Angela Merkel n’aura pas expliqué clairement ce qui se passerait en cas d’effondrement de l’euro, il est difficile d’imaginer que l’Allemagne soutiendra ce qu’elle perçoit comme une « union de transfert » pour le bénéfice de ces « flemmards » d’Espagnols et de Grecs.

A noter que la crise de l’euro a servi de point d’accroche aux eurosceptiques britanniques qui demandent l’organisation d’un référendum sur l’Union européenne et un transfert des compétences de l’Union vers le Royaume-Uni, point que défend William Hague dans une interview au TIMES de ce week-end. A l’issue de la réunion du G7 à Marseille, George Osborne a néanmoins indiqué qu’il ne s’opposerait pas à un changement de traité pour régler la question de l’euro, à condition que cela n’affecte pas les relations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni et la répartition des compétences. Cette approche plus modérée semble partagée par le Premier Ministre britannique qui a récusé l’organisation de tout référendum.

2. Les risques d’une nouvelle guerre des changes

La menace d’une « nouvelle guerre des changes » a été brandie par la presse après la décision de la Banque Nationale Suisse de fixer un plafond au taux de conversion entre le franc et l’euro. Les commentateurs craignent une contagion.

« La Suisse joue sa dernière carte…Elle n’avait guère d’autre choix qu’une action décisive et radicale », écrit l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES qui n’est toutefois pas certain que l’option choisie soit « une bonne idée ». Le journal craint surtout les répercussions mondiales : contrairement à la Chine, la Suisse est trop petite pour provoquer de grands déséquilibres macroéconomiques. Mais son initiative pourrait inciter d’autres pays à suivre la même voie.

Pour Damian Reece du DAILY TELEGRAPH, « la Suisse joue un jeu dangereux », agissant comme le Japon et le Brésil, pour défendre sa monnaie. C’est une tactique qui peut marcher à court terme mais, « sur le terrain hostile des marchés financiers internationaux, elle court le risque de l’échec ce qui porterait inévitablement atteinte à la crédibilité et à l’économie de la Suisse ».

IV. FRANCE

1. La Libye de M. Sarkozy

Selon THE ECONOMIST, le Président de la République a eu « une bonne guerre » en Libye. Il a beaucoup misé sur cette intervention et obtenu le soutien de l’opinion française. Il devrait donc en bénéficier. Pourtant, les sondages lui restent peu favorables et laissent entrevoir sa défaite électorale.

Rien n’est cependant joué assure l’hebdomadaire dans son éditorial : M. Sarkozy n’est guère populaire, mais c’est vrai aussi pour Barack Obama et Angela Merkel. Le Président de la République a certes commis des erreurs et la situation économique de la France et l’état de ses finances publiques ne sont guère encourageants. Le succès de la mission en Libye pourrait toutefois rehausser l’image du président, d’autant qu’il a l’avantage de ne pas avoir de rival sérieux dans l’opposition. Pour retrouver ses chances, M. Sarkozy doit se différencier de la gauche. En 2007, il avait promis la concurrence, la mondialisation et la libéralisation. Il n’a guère tenu ses promesses et, face à la crise de l’euro, il a pris plutôt la direction opposée. Il a à peine commencé la réforme du service public. M. Sarkozy doit de nouveau montrer son zèle libéral. S’il se contente de proposer une version allégée du socialisme, les électeurs français préféreront voter pour la version authentique. En 2007, le candidat à la Présidence de la République avait convaincu la France de voter pour le changement. Il doit regagner aujourd’hui ces voix car le besoin de réforme est encore plus grand.

2. Le retour de Dominique Strauss-Kahn

L’éditorialiste du FINANCIAL TIMES estime qu’il n’est plus « concevable » que l’ancien directeur-général du FMI puisse jouer à l’avenir un rôle public en France ou en Europe. Des doutes demeurent sur ce qui s’est réellement passé à New-York : « la meilleure option pour M. Strauss-Kahn est de donner maintenant sa version des faits, puis de se mettre en retrait. S’il veut être utile à son parti, à la France ou à l’Europe, il doit le faire en privé. Influencer la politique à partir des coulisses serait non seulement plus efficace, mais aussi moins humiliant pour M. Strauss-Kahn lui-même »./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028