SEMAINE DU 5 AU 11 OCTOBRE
Le congrès du parti conservateur aura été le grand événement de la semaine sur la scène britannique : pour la presse, David Cameron a réussi son épreuve, mais son approche, en particulier, à l’égard de l’Europe soulève encore bien des interrogations. Les affaires internationales ont été dominées par l’Afghanistan, un casse-tête pour Gordon Brown comme pour Barack Obama, selon les commentateurs. L’octroi du prix Nobel de la paix au président Obama a suscité beaucoup de critiques. L’INDEPENDENT s’est interrogé sur l’avenir du dollar comme monnaie de réserve internationale.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
1. Le congrès conservateur
Le congrès des conservateurs a été un succès : les commentateurs ne font pas tous preuve du même enthousiasme, mais ils estiment généralement que David Cameron a montré ses qualités de leader. Il a su notamment éviter que les divisions sur l’Europe ne viennent perturber le rendez-vous de Manchester. L’annonce du choix du général Dannatt comme conseiller de M. Cameron et possible ministre en cas de victoire électorale des conservateurs a cependant été controversée. De nombreux commentateurs (FINANCIAL TIMES, TIMES, SUNDAY TIMES) estiment que le dirigeant conservateur a fait une erreur de jugement.
La presse conservatrice est néanmoins presque euphorique. Dans un éditorial, dont le titre en dit long (« Yes he Cam »), le SUN confirme son soutien : « Il n’est plus possible de douter de la capacité de David Cameron à gouverner le pays ». « Le dirigeant conservateur a les qualités requises » pour prendre la tête d’un gouvernement, renchérit le DAILY TELEGRAPH, qui ajoute : il comprend les problèmes, il a la vision nécessaire pour y apporter des remèdes, il sait ce que veut dire leadership.
Le DAILY EXPRESS se félicite d’un « retour aux valeurs qui ont fait la grandeur du Royaume-Uni », tandis que le DAILY MAIL considère que M. Cameron prend une direction « crédible » pour faire sortir le pays de ses difficultés, avant de conclure : « c’est un grand moment pour tous les vrais conservateurs ».
Le TIMES partage cette vision, mais émet une petite réserve : David Cameron a fait le discours d’un Premier ministre élu déjà installé à Downing Street. Il ne doit pas oublier les électeurs et il faut qu’il se prépare à la bataille, car rien n’est joué. Peter Riddell, dans le même journal, estime que si les conservateurs ont des chances de l’emporter, ils ne sont pas assurés d’avoir une majorité claire à la Chambre des Communes.
Le FINANCIAL TIMES relève lui aussi la nervosité des conservateurs qui savent devoir leur avance à l’impopularité du Labour : ce n’est pas qu’ils manquent de politiques, mais ils n’ont pas de thème central. Le journal assure néanmoins que le congrès a été « un succès », car les délégués ont respecté la consigne et maintenu l’unité sur l’Europe, malgré un dérapage initial. Ils ont défendu courageusement une réduction des dépenses publiques en vue de réduire la dette.
Sur cette question, la presse a plutôt été impressionnée par le « courage » des propositions présentées en début de semaine par George Osborne, Chancelier de l’Echiquier du cabinet fantôme. « Il prend un risque certain, mais il a raison car une grande partie de l’électorat accepte la nécessité de sacrifices dans la situation actuelle », selon le FINANCIAL TIMES. Le TIMES assure que par son « honnêteté », M. Osborne a fait preuve de « maturité » et montré qu’il est à la hauteur de la tâche. Pour le DAILY TELEGRAPH, le « réalisme » de M. Osborne est « bienvenu » : les électeurs ne peuvent plus se faire d’illusions sur les sacrifices qui les attendent, mais c’est préférable aux « propositions fantasques » des travaillistes.
La presse proche des travaillistes est beaucoup plus réticente. Le GUARDIAN reproche à David Cameron de mettre en cause systématiquement le rôle du gouvernement et de ne chercher à réduire le déficit que par des coupes dans les dépenses publiques : « est-ce que quelqu’un pense réellement dans le monde développé que la crise financière a été la faute du gouvernement ou que la reprise, lorsqu’elle se produira, n’aura rien à voir avec les mesures prises par les ministres ? En fait c’est la reprise de l’économie qui réduira les déficits, non les coupes budgétaires. Le prochain gouvernement doit faire preuve de patience et attendre que les revenus commencent à affluer. La vision de MM. Cameron et Osborne n’est pas seulement doctrinaire, elle est dangereuse aussi », souligne Martin Kettle.
2. M. Cameron et l’Europe
Même si David Cameron a su éviter le pire à Manchester, les commentateurs ont mis l’accent sur les divisions que suscite à nouveau l’Europe au sein du parti après le oui irlandais au Traité de Lisbonne.
La presse conservatrice s’interroge sur la pertinence d’un référendum. Dans un éditorial, le TIMES estime que M. Cameron doit renoncer à ce projet : rouvrir le processus reviendrait à refuser de coopérer au fonctionnement de l’Union européenne. L’intérêt d’un gouvernement, qui cherche à faire avancer des politiques vitales pour l’Europe en matière de régulation et d’environnement, diffère nettement de ceux d’un parti d’opposition et de ses militants. « L’essence de la pensée conservatrice est sa capacité à s’adapter à la réalité nouvelle. David Cameron doit accepter que la bataille est perdue ».
Le très eurosceptique DAILY TELEGRAPH considère que, dans les circonstances actuelles, il vaut mieux que M. Cameron joue la carte de l’attentisme (wait and see). Il pointe une fois de plus le doigt sur le Labour qui a « trahi » les Britanniques en ne leur accordant pas le référendum promis.
C’est plutôt une mise en garde que Philip Stephens du FINANCIAL TIMES lance à David Cameron sur le thème que le Royaume-Uni ne compte pour Washington que s’il a de l’influence en Europe : M. Obama a montré qu’il ne fait pas de sentimentalité avec les alliances. Il attend de l’Europe qu’elle soit un partenaire plus cohérent. Son administration n’a pas le temps de faire du favoritisme à l’égard des Britanniques. Pour le président américain, aucune relation spéciale ne pourrait survivre à une rupture du Royaume-Uni avec l’Europe.
Quant à l’INDEPENDENT, il s’interroge sur les chances de succès de M. Cameron en matière de réchauffement climatique ou de lutte contre le terrorisme : ces défis communs exigent en effet une coopération enthousiaste au sein de l’Union européenne.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. Le casse-tête de l’Afghanistan
Pour Gordon Brown, comme pour Barack Obama, l’Afghanistan devient un problème pressant. L’ancien chef des armées britanniques, le général Dannatt, accuse le gouvernement de n’avoir pas fourni à l’armée les moyens nécessaires et d’avoir mis ainsi la vie des soldats en danger. Le président américain fait pour sa part face aux pressions du général McChrystal qui demande d’importants renforts alors que les partisans d’une limitation de la mission sont de plus en plus nombreux.
Le SUN n’hésite pas à parler de « trahison » de la part du gouvernement britannique. Quelques journaux annoncent que M. Brown se prépare à annoncer l’envoi de renforts (de 500 à 1000) alors que l’armée en demande 2000.
Tous les commentateurs reconnaissent que Barack Obama est confronté à un « réel dilemme ». Selon le FINANCIAL TIMES, le général McChrystal a présenté un plan cohérent de contre-insurrection, mais l’Alliance menée par les Etats-Unis ne va probablement pas accepter d’engager les forces qui seraient nécessaires pour mener à bien cette ambition. Cela ne signifie pas que l’Alliance doive renoncer à sa mission, mais elle doit concentrer toute son énergie – et le temps qui lui reste – à aider l’Afghanistan à mettre sur pied son armée, sa police et son administration. Cette recherche de solutions afghanes doit viser à un moment donné à une rupture entre les nationalistes islamistes et les djihadistes dans le but de constituer une nouvelle coalition légitime. Le président Obama devra engager des forces. Il a, après tout, fait de l’Afghanistan une priorité. Mais c’est clairement sa dernière chance.
Le DAILY TELEGRAPH estime lui aussi qu’il faut recalibrer la mission : le gouvernement américain ne peut accéder à la requête du général McChrystal sans tenir compte de ses alliés de l’OTAN et sans fixer des objectifs réalistes (il est chimérique d’envisager la mise sur pied d’un Etat démocratique). Une fois ces objectifs atteints, il faudra préparer une « sortie honorable ».
Pour l’INDEPENDENT, les solutions ne sont pas faciles : M. Obama doit choisir entre une concentration sur le Pakistan et la lutte contre Al Qaïda et les Talibans qui s’y sont réfugiés, ce qui permettrait de réduire l’engagement en Afghanistan, ou la vaste contre-insurrection que souhaite le général McChrystal avec l’envoi de 40.000 renforts. Le journal est favorable à la deuxième solution, mais assure que les leçons de l’histoire ne sont pas encourageantes : les enjeux sont énormes pour le président Obama. Son leadership est en cause. S’il hésite, ses alliés se rueront vers la sortie. En homme rationnel, il pourrait être tenté par une solution médiane, mais ce serait risqué : envoyer des renforts mais en nombre insuffisant pour faire des progrès militaires, ce qui ne ferait qu’accroître l’opposition à un conflit déjà jugé futile. « M. Obama a raison de ne pas vouloir se précipiter, mais tôt ou tard il devra faire un choix ».
2. Barack Obama et le prix Nobel de la paix
La surprise, voire la désapprobation, ont accueilli l’octroi du prix Nobel de la paix au président Obama.
« C’est une décision qui n’est pas seulement bizarre, elle est nuisible », écrit le FINANCIAL TIMES qui lui reproche de ne récompenser que des vœux pieux, non des résultats tangibles, ce qui « dévalue ce prix ».
« La cause de la paix mérite mieux que cela », renchérit le DAILY TELEGRAPH, tandis que le TIMES assure que la décision du comité Nobel « abaisse le prix qu’il décerne pour la paix, donne l’impression d’être politiquement partisan et devrait embarrasser la Maison Blanche ». « Elle fait apparaître M. Obama comme un homme vain, stupide et dangereusement perdu dans sa propre mystique », ajoute Bronwen Maddox dans le même journal.
Pour le GUARDIAN, cette décision « prématurée » devrait être un appel à l’action pour M. Obama. Quant à l’INDEPENDENT, plus indulgent que ses confrères, l’important n’est pas de savoir si cette récompense vient un peu vite. M. Obama représente en fait une inspiration. « Rarement un seul individu n’a donné à ce point à l’humanité l’espoir d’un monde meilleur ».
3. L’affaiblissement du dollar
L’INDEPENDENT du 6 octobre a fait sa une sur « la mort du dollar », annonçant la fin du monopole de la monnaie américaine dans le commerce du pétrole : à la place, les Etats du Golfe, la Chine, la Russie, le Japon et la France utiliseraient un panier de monnaies, incluant le yen, le yuan chinois, l’euro, l’or et la future monnaie commune du Golfe. Le journal parle de « réunions secrètes » entre ministres des finances et gouverneurs des banques centrales. L’information n’a pas été relayée par les autres journaux qui tous néanmoins relèvent la chute du dollar et la flambée de l’or le lendemain sur les marchés.
En dépit des démentis, Robert Fisk (INDEPENDENT) estime que ce projet, « en discussion depuis au moins deux ans, reflète un ressentiment croissant au Proche Orient, en Europe et en Chine à propos de la domination économique et politique des Etats-Unis ». Dans un éditorial, le journal admet qu’un recul progressif du dollar est « sensé » compte tenu de l’évolution du monde, mais engage les pays riches comme les pays émergents à réduire avant tout les déséquilibres qui déstabilisent l’ensemble du commerce mondial.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028