SEMAINE DU 5 AU 11 JUILLET
Si l’actualité intérieure a été particulièrement calme, l’annonce du retrait des forces britanniques de Sangin, dans la province d’Helmand, a relancé les commentaires sur la mission en Afghanistan. La presse accueille avec scepticisme le réchauffement des relations entres Israël et Washington, mais elle se félicite de l’élection de M. Komorowski en Pologne qui devrait, selon elle, être mieux à même de mettre en place les réformes nécessaires. Au chapitre de la France, toute l’attention se concentre sur l’affaire Bettencourt.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
Le chômage des jeunes
« 70 candidatures pour un seul emploi » : ce titre a fait la une du GUARDIAN et de l’INDEPENDENT. Les deux journaux s’inquiètent du sort des jeunes récemment diplômés de l’université, qui sont parmi les plus touchés par la crise.
Pour l’éditorial de l’INDEPENDENT, même si le Royaume-Uni est techniquement sorti de la récession, l’économie n’est guère en expansion, et les entreprises n’embauchent pas comme elles le devraient. Pour 69 demandes d’emploi chez les jeunes diplômés, il n’y a qu’un poste vacant. Selon les estimations, le taux de chômage pour ces derniers pourrait atteindre 20%. Les conséquences économiques et sociales d’une telle situation ne doivent pas être ignorées : nous sommes en danger de créer une « génération perdue ». Et ce qui est déprimant c’est que les jeunes ont été encouragés à faire des études - et à s’endetter pour les payer - par leurs aînés et par les dirigeants politiques. Il n’existe pas de solution facile : la poursuite des études n’en est pas une compte tenu de la réduction du budget des universités. Le gouvernement doit reconnaître la gravité du problème et admettre aussi que ce sont les jeunes qui risquent le plus de souffrir de sa décision risquée de relancer l’économie par l’austérité budgétaire.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. La mission en Afghanistan
Le retrait des forces britanniques de Sangin, dans la province d’Helmand est controversé : présenté comme une réorganisation, il peut aussi apparaître comme l’aveu d’un échec.
« La décision de retirer les soldats britanniques et de les remplacer par des soldats américains est sans doute sensée d’un point de vue militaire et tactique. D’aucuns y verront néanmoins la confirmation de l’incapacité de notre armée sous-équipée à accomplir le travail », écrit Simon Tisdall dans le GUARDIAN.
Pour l’éditorialiste de l’INDEPENDENT, ce retrait est dans une certaine mesure une bonne nouvelle, car les Britanniques ont subi de lourdes pertes dans cette région. Mais d’un point de vue militaire, c’est une autre affaire : si nos soldats sont transférés, « ce n’est pas parce qu’ils ont accompli leur mission, mais parce qu’ils ont échoué ». Ce transfert signifie que seuls les Américains avec leurs moyens plus puissants sont capables de mener la tâche à bien, ce qui rappelle de manière gênante le retrait de Bassora. Le Ministre de la défense et le chef des forces armées britanniques peuvent parler de réorganisation et de rationalisation, il n’en reste pas moins que l’on assiste à une « américanisation de la mission en Afghanistan ». Et cette nouvelle répartition des troupes ne manquera pas d’être interprétée par les talibans comme une victoire pour les insurgés.
L’éditorialiste du TIMES rend hommage au courage des forces britanniques mais pointe une fois de plus le doigt sur le gouvernement Brown, qui ne leur a pas donné les moyens nécessaires pour accomplir leur action, et également sur les généraux du MOD qui n’ont pas montré « le même cran » que leurs troupes. Les Américains ont l’impression d’avoir en face d’eux une force militaire sans ressources et peu soutenue par leurs dirigeants politiques, et il est difficile de prétendre qu’ils se trompent, conclut en substance le journal.
2. Le Proche Orient
« Les Etats-Unis et Israël retrouvent l’harmonie » (FINANCIAL TIMES), « Obama et Netanyahou acceptent la nécessité de rouvrir les négociations de paix » (DAILY TELEGRAPH) : la presse prend note du réchauffement perceptible à l’issue de la rencontre entre le président américain et le Premier ministre israélien.
« Cette fois, les photographes étaient au rendez-vous : le président Obama et M. Netanyahou ont pu apporter la preuve visible de l’amélioration de leurs relations », souligne Bronwen Maddox du TIMES, tout en précisant qu’une nouvelle dégradation aurait porté atteinte à l’alliance entre les deux pays. « Ce réchauffement a été inspiré par la prise de conscience de part et d’autre qu’il faudrait prendre rapidement des décisions difficiles : comment réagir si le Premier ministre palestinien décidait de déclarer unilatéralement un Etat ? Comment empêcher le Hamas de renforcer son emprise grâce au blocus israélien ? ». Selon la journaliste, la rencontre de Washington n’a pas débouché sur des accords pratiques : les deux dirigeants ont décidé de ne plus s’affronter mais, en dépit de toutes les protestations d’amitié, il est évident qu’ils n’ont pas éliminé les obstacles qui empêchent la reprise de négociations directes entre Israéliens et Palestiniens.
Pour l’éditorialiste de l’INDEPENDENT, c’est au président américain qu’il revient d’agir : il est tard pour la solution de deux Etats. Les colons israéliens occupent déjà 45% de la Cisjordanie et la destruction des logements arabes dans la partie est de Jérusalem installe progressivement une majorité juive dans ce secteur aussi. « M. Obama s’est concentré sur ses problèmes internes. Il est temps pour lui de s’occuper d’un dossier trop négligé par son prédécesseur et que seul un président américain peur faire progresser ».
Le FINANCIAL TIMES reprend les mêmes arguments : la rencontre de Washington a débouché sur un « armistice politique », mais rien n’a vraiment changé. M. Netanyahou ne semble toujours pas décidé à renoncer à la colonisation, et Israël va finir par diriger un Etat de quasi apartheid qui, inévitablement, perdra de sa légitimité. Le journal rappelle que M. Obama avait promis de faire de la paix au Proche Orient une de ses priorités : il est temps aujourd’hui qu’il passe à l’action.
Si, pour le GUARDIAN, la situation actuelle ne peut plus durer, la balle est dans le camp de M. Netanyahou : tant que le Premier ministre israélien ne cessera pas la colonisation et n’acceptera pas un retour aux frontières de 1967, « l’avenir sera dominé par la guerre ».
3. La victoire de Bronislaw Komorowski
La victoire de M. Komorowski, même si elle n’est que d’une courte tête, offre à la Pologne l’occasion de mettre en œuvre les réformes dont elle a besoin, estime l’ensemble de la presse britannique.
Puisque le Président et le Premier ministre appartiennent à la même formation politique, le gouvernement pourra plus aisément réformer les systèmes de santé et de retraites, souligne le GUARDIAN qui ajoute : « il sera aussi instinctivement plus europhile ».
Le FINANCIAL TIMES relève également « l’avantage » que représente pour Bronislaw Komorowski et Donald Tusk l’appartenance au parti Plate-Forme civique : le président Kaczynski n’hésitait pas à user de son veto pour bloquer certaines décisions. Malgré la perspective d’élections législatives l’année prochaine, le gouvernement ne doit pas hésiter à mettre en œuvre les mesures d’austérité nécessaires pour réduire le déficit. La Pologne peut être fière de sa croissance économique (1,7% l’année dernière), mais son déficit est trop élevé pour un pays émergent. Le grand défi pour M. Komorowski et M. Tusk est de réussir la consolidation budgétaire tout en poursuivant le programme de modernisation que leur parti a promis en 2007. Toute cela doit se produire alors que la Pologne se prépare à prendre, l’année prochaine et pour la première fois, la présidence de l’Union européenne, une occasion de montrer le leadership auquel Varsovie aspire au sein de l’Union. Ces défis sont considérables, mais il vaut mieux pour le gouvernement avoir un bilan à présenter – aussi douloureux soit-il – plutôt que de jouer l’attentisme dans l’espoir que l’environnement soit plus favorable dans un an.
Pour le TIMES, « les problèmes sont considérables », mais le résultat de l’élection est « le meilleur possible » pour la Pologne : M. Kaczynski risquait de faire se replier le pays sur lui-même et de l’éloigner de l’Union européenne. M. Komorowski en revanche va soutenir les instincts modernisateurs de M. Tusk.
III. AFFAIRES FRANCAISES
L’affaire Bettencourt
« Sarkozy se bat pour retrouver son autorité » (FINANCIAL TIMES), « l’héritière aurait donné des enveloppes à Sarkozy » (DAILY TELEGRAPH), « l’enquête sur le financement illégal se rapproche de Sarkozy » (INDEPENDENT) : les grands journaux suivent désormais de très près l’affaire Bettencourt et assurent que si la position du président de la République n’est pas immédiatement menacée, ce dernier n’a jamais semblé « aussi faible ou à ce point à la merci des événements ».
Le FINANCIAL TIMES consacre un éditorial à l’affaire. Pour le journal, M. Sarkozy n’a fourni pour le moment qu’une « réponse incertaine » face à ce scandale politique majeur : les accusations portées contre le gouvernement sont graves. Elles n’ont pas été prouvées, mais la réaction de ce dernier invite au cynisme. C’est particulièrement gênant pour le président de la République qui est déjà en difficulté. S’il est avéré que la campagne présidentielle a été financée de manière illégale, tout membre du gouvernement impliqué dans l’affaire devrait quitter ses fonctions, y compris M. Sarkozy. Quant à M. Woerth, devenu un handicap politique, il serait préférable qu’il parte maintenant. « Les trois premières années du mandat présidentiel ont montré que l’agitation ne donne pas nécessairement des résultats. En période difficile, l’électorat veut de la modestie et de la sobriété au gouvernement. Il n’est pas sûr que M. Sarkozy en soit capable », conclut le FT.
Concernant le sort de M. Woerth, le GUARDIAN estime que le président de la République est « isolé » lorsqu’il pense pouvoir conserver son ministre, tandis que le TIMES relève le « vent de panique » au sein de l’UMP. Dans le même journal, Charles Bremner explique que le président de la République n’est pas en danger : « tous ses prédécesseurs depuis le début des années 70 ont survécu aux scandales…Les temps ont certes changé, mais M. Sarkozy peut encore compter sur les traditions françaises. Il n’a pas grand-chose à craindre jusqu’aux prochaines élections… Il en paiera cependant le prix. Aux yeux de ses adversaires, l’affaire Bettencourt symbolise son échec à insuffler de nouvelles valeurs à la France. L’impression d’une complicité avec les super-riches est catastrophique et contribue à la chute de sa popularité, actuellement au plus bas ».
Sous le titre « une couronne ternie », Peter Allen évoque dans le DAILY TELEGRAPH « le ressentiment croissant des Français face à une présidence bling bling » : le gouvernement est associé aux milliardaires et à la grande vie. « Les promesses de M. Sarkozy de construire une « République irréprochable » commencent à apparaître de plus en plus vaines ».
L’INDEPENDENT estime que « le scandale menace d’engloutir le président Sarkozy » : « toute cette saga risque de se transformer en en affaire d’état ». Toutefois, souligne le journal, « contrairement à la plupart des autres hommes politiques du centre-droit, M. Sarkozy a, du moins jusqu’à présent, échappé aux accusations de financement illégal de sa carrière politique ».
L’éditorialiste de THE ECONOMIST s’interroge : Nicolas Sarkozy avait promis une République « irréprochable », il a donné aux Français un gouvernement « incroyable ». Le 4 juillet, deux de ses ministres démissionnaient en raison de dépenses abusives. Son Ministre du travail est pris dans une affaire de fraude fiscale, et une enquête sur le financement illégal de la campagne présidentielle touche le président de la République lui-même. Nous ne devons pas tirer de conclusions trop rapides. Il n’empêche que le financement illégal des partis est un délit grave en France. Même si l’affaire retombe, le vent de scandale qui touche le gouvernement signifie que M. Sarkozy a déjà été jugé et condamné par l’opinion publique pour un autre crime : il n’a pas tenu sa promesse de changer la culture politique du pays. Le président de la République a la tâche urgente de réformer l’économie. Au mieux de sa forme, il peut être un dirigeant politique charismatique, mais il est capricieux et il ne sait pas communiquer avec l’électorat. Le secteur public est contre lui. Sa popularité est au plus bas. Et maintenant son gouvernement est paralysé par les scandales. Ces derniers jours, M. Sarkozy a enfin commencé à s’en prendre aux avantages des ministres. Pour le bien de la France, il faut espérer que ce n’est pas trop tard./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028