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Semaine du 5 au 11 décembre

SEMAINE DU 5 AU 11 DECEMBRE

La semaine a été presque entièrement dominée par l’Europe : après s’être longuement interrogés sur le positionnement de David Cameron, les commentateurs estiment que l’accord conclu à Bruxelles au Conseil européen confirme « l’isolement » du Royaume-Uni. Les journaux eurosceptiques appuient la position du Premier ministre qui « a fait ce qu’il fallait ». Le reste de la presse s’interroge sur la portée du nouveau traité intergouvernemental envisagé, et estime que « M. Sarkozy est le grand vainqueur » des négociations. Deux dossiers dominent les affaires internationales : les élections en Russie dont les irrégularités font l’objet d’une condamnation unanime, et la conférence de Durban. Le FINANCIAL TIMES consacre un article au président de la République « qui se sort plutôt bien » des difficultés actuelles.

I. EUROPE

David Cameron et le Conseil européen

« Cameron l’homme seul de l’Europe » (DAILY TELEGRAPH), « Cameron isole le Royaume-Uni » (GUARDIAN), « L’Union européenne laisse le Royaume-Uni » (INDEPENDENT) : au lendemain du Conseil européen, tous les titres se sont concentrés sur David Cameron, lequel s’était toute la semaine trouvé pris entre les demandes de l’Europe et la rébellion montante au sein du parti conservateur. Ayant refusé catégoriquement le référendum que réclamaient les eurosceptiques sur le nouveau traité en préparation, le Premier ministre (tribune publiée par le TIMES et déclarations à la BBC) avait promis de s’opposer à tout changement des traités qui serait contraire aux intérêts du Royaume-Uni. Le « veto » opposé par M. Cameron à l’accord de vendredi au Conseil européen satisfait les journaux favorables à un rapatriement des pouvoirs cédés à Bruxelles, mais est critiqué par toute la presse européenne qui craint une marginalisation du Royaume-Uni en Europe.

« M. Cameron sort profondément blessé (du Conseil européen), ayant provoqué la colère de ses partenaires européens et sans avoir obtenu de concessions pour les intérêts britanniques », écrit le FINANCIAL TIMES, tandis que le GUARDIAN souligne que « c’est la première fois depuis l’entrée du Royaume-Uni dans l’Europe qu’un traité qui touche au cœur du fonctionnement de l’Union sera conclu sans la signature des Britanniques ».

Pour le TIMES, « le Royaume-Uni se retrouve dans un groupe croupion » face aux autres membres de l’Union. Cela peut lui faciliter la vie auprès des eurosceptiques, encore que ces derniers risquent de renouveler leur demande d’un référendum. Et « c’est M. Sarkozy qui est le grand vainqueur » de ce Conseil européen, ajoute le journal. Le DAILY TELEGRAPH assure pour sa part que le Royaume-Uni est « mieux là où il a choisi de se positionner ».

Les éditoriaux sont évidemment très tranchés. Celui du TIMES assure que M. Cameron « a pris la bonne direction : il ne pouvait faire autrement que d’opposer son veto. Maintenant il doit définir sa vision de la place que doit occuper le Royaume-Uni dans le monde ». Un thème que reprend le SUNDAY TELEGRAPH en affirmant que « le Premier ministre a la chance de choisir le genre de relation avec l’Europe qui convient aux intérêts britanniques. Nous le suivrons s’il nous explique où il nous mène ».

Le DAILY TELEGRAPH salue « la décision courageuse et audacieuse » de M. Cameron qui devrait « renforcer sa position au Royaume-Uni, unir son parti et clarifier la nature de notre relation avec l’Europe ». Le journal est plus pessimiste sur le résultat du sommet qui, selon lui, n’a pas réussi à résoudre à court terme a crise de la zone euro et à redonner confiance aux marchés. Le journal accuse l’Europe « et avant tout les Français » d’avoir contraint M. Cameron à adopter la décision qu’il a prise. C’est, affirme-t-il « la revanche de l’Europe sur le Royaume-Uni ».

Le FINANCIAL TIMES doute de l’efficacité de « la politique de la chaise vide » adoptée par M. Cameron car ce n’est pas en contraignant la zone euro à créer une union parallèle qu’il protégera la City.

Pour l’INDEPENDENT, il n’y a aucun doute, « cet isolement nuit au Royaume-Uni autant qu’à l’Europe » : M. Cameron a créé les conditions de l’Europe à deux vitesses dont il se méfiait tant. Il a eu son « heure Thatcher » en s’opposant à Bruxelles, mais « il paiera cher ce bénéfice à court terme ». « Le Royaume-Uni apporte la confirmation qu’il n’a jamais voulu appartenir à l’Europe qu’à ses propres conditions ».

Le GUARDIAN est plus sévère encore car il voit dans la décision de M. Cameron l’illustration de « l’échec britannique ». le Premier ministre a laissé une chaise vide qui pourrait définir la place du Royaume-Uni dans le monde pour les années à venir. L’éditorial du journal fait également le point sur le Conseil européen et il n’est guère positif : les dirigeants européens ont reconnu – mais c’est trop peu et trop tard – que l’Union monétaire exige une coordination budgétaire, mais « rien ne garantit que les plans auxquels s’est opposé M. Cameron pour l’Europe à 27 soient efficaces pour l’Europe à 17 ».

Les journaux relèvent « la victoire de M. Sarkozy » qui semble avoir obtenu ce qu’il désirait, à l’inverse de Mme Merkel qui est présentée comme une perdante du Conseil européen.

II. INTERNATIONAL

1. Les élections en Russie

Ce n’est peut-être pas « l’humiliation » clamée par certains commentateurs, mais le recul du parti Russie Unie de Vladimir Poutine est considéré comme un sérieux revers pour celui qui brigue à nouveau la présidence de son pays. La presse dénonce le truquage et manipulations diverses qui n’ont pas empêché Russie Unie de passer de 64,30% des voix en 2007 à 49,54% cette fois-ci, ainsi que la répression des manifestations.

Pour Roger Boyes du TIMES, M. Poutine est « blessé » : il conserve incontestablement le contrôle des forces de sécurité et n’a pas vraiment à craindre de mouvement national de protestation. Il n’est cependant « plus invincible » et les protestataires peuvent « accélérer le changement ».

L’INDEPENDENT voit dans le résultat des élections « un avertissement » pour M. Poutine : soudain la scène politique devient « plus compliqué, plus intéressante et plus porteuse d’espoir ». Même avec toutes les ressources à sa disposition, le parti au pouvoir n’a pas pu empêcher le recul de sa popularité. « La Russie a besoin d’une opposition véritable et il viendra peut-être un temps où la politique ne sera plus l’affaire d’un seul homme ».

Pour le GUARDIAN, M. Poutine n’a peut-être pas de « rivaux sérieux », mais le résultat des élections « n’est pas un bon signe » : même après les intimidations, les électeurs n’ont pas voulu jouer le jeu. Un éclatement du parti Russie Unie n’est pas impossible, et la Douma pourrait y gagner en animation.

Le FINANCIAL TIMES relève lui aussi que « le charme exercé par M. Poutine depuis 11 ans a été rompu » : l’opposition se fait entendre et la Russie montre qu’elle a changé. La meilleure réponse ne consiste pas à resserrer l’étau, mais à mettre en œuvre des « réformes authentiques » : supprimer le copinage et la corruption, permettre la mise en place de nouveaux partis. Si en revanche M. Poutine se contente de mesures populistes et multiplie ses discours antioccidentaux, le pays en sortira fortement endommagé. Même son de cloche dans l’éditorial du TIMES : « il faut répondre aux protestations par la réforme, non la répression ».

« La Russie n’est pas stable. Elle est rigide. A moins que son tsar ne réforme pas le royaume, elle deviendra de plus en plus dangereuse, pour ses voisins comme pour M. Poutine lui-même », renchérit THE ECONOMIST qui appelle avant tout à un « nettoyage du Kremlin et à la modernisation de l’économie ».

2. La conférence de Durban

Les commentaires de la presse ont soufflé le chaud et le froid tout au long de la semaine. Après avoir estimé que « le monde se rapproche d’un accord sur le réchauffement climatique » (DAILY TELEGRAPH), et que « la proposition européenne augmente les chances d’un accord » (GUARDIAN), les journaux du dimanche se montraient plus pessimistes et annonçaient même l’effondrement des discussions. L’accord de Durban est intervenu trop tard pour être commenté dans la presse du week-end.

Tous les journaux avaient souligné l’importance d’une décision de la Chine et misé sur le rôle de l’Union européenne.

Si l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES estimait en début de semaine qu’il ne fallait s’attendre à aucun accord contraignant mais plutôt à des engagements « sur une base volontaire », celui de l’INDEPENDENT affirmait qu’une simple déclaration d’intention ne suffirait pas : il faut un traité mondial contraignant, obligeant tous les pays à réduire leurs émissions. En l’absence d’accord, « nous nous retrouverons avec encore dix ans de retard, et le changement climatique n’attend pas ».

III. FRANCE

La popularité de M. Sarkozy

Pour Hugh Carnegy du FINANCIAL TIMES, le président de la République se tire fort bien de ses difficultés politiques actuelles : malgré la menace pour le triple A de la France, l’accord franco-allemand sur le renforcement de la discipline budgétaire dans les pays de la zone euro lui a valu de bons titres de la presse. A quatre mois du premier tour des présidentielles, ses partisans n’ont pas perdu espoir d’une victoire.

Certes, souligne le journaliste, M. Sarkozy est toujours derrière François Hollande dans les sondages, mais il remonte peu à peu. N’ayant pas beaucoup d’autres options, il se sert de la crise pour faire campagne et se présenter comme « le capitaine indispensable du navire de l’Etat s’activant aux côtés de Mme Merkel pour sortir l’Europe de la tempête ».

M. Sarkozy n’a pas peur de dire la vérité aux Français et demande des réformes radicales du système de protection sociale. Sa victoire au printemps n’est cependant pas assurée. Il va devoir affronter l’extrême-droite de Marine Le Pen et chercher à regagner ceux des électeurs qui se sont tournés vers les socialistes depuis 2007. « Si la crise s’aggrave, la campagne sera difficile jusqu’au 22 avril surtout si la France perd son triple A, conclut le FT.

Quelques journaux reviennent par ailleurs sur la possible dégradation d’ici Noël de la note de la France. /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028