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Semaine du 5 au 11 avril

SEMAINE 5 AU 11 AVRIL

Le scrutin du 6 mai monopolise désormais toute la presse qui estime que ces élections sont les plus ouvertes depuis celles de 1992. Elle appelle les principaux partis à lancer un débat sérieux sur les questions primordiales. Deux dossiers ont dominé les affaires internationales : la nouvelle doctrine nucléaire du président Obama qui s’est en outre rendu à Prague pour la signature de START II, et les relations de Washington avec le président afghan Hamid Karzai.

I.AFFAIRES BRITANNIQUES

Le lancement de la campagne électorale

L’annonce du scrutin pour le 6 mai a donné le coup d’envoi officiel à la campagne pour les élections législatives. Alors que les Tories disposent d’une avance de 8 à 9 points sur le Labour, les prévisions restent incertaines. A l’exception des quelques tabloïds conservateurs qui ont déjà accordé leur plein soutien à David Cameron, la presse attend de voir et appelle tous les partis à expliquer clairement leurs positions.

Le FINANCIAL TIMES estime que les hommes politiques doivent se tourner vers l’avenir et penser au-delà de la crise. Le journal se déclare favorable à un programme libéral : un rôle moins grand pour l’Etat, la justice sociale et l’ouverture des marchés. La réforme des services publics devrait impliquer le recours au secteur privé et la décentralisation. Selon le FT, les partis politiques doivent également engager la réforme de Westminster (les pairs héréditaires à la Chambre des Lords sont un anachronisme) et veiller à défendre les libertés car, pour répondre à la menace terroriste, l’Etat est allé trop loin. Les partis doivent enfin articuler une vision claire de la place du Royaume-Uni dans le monde : décider de ce qu’ils attendent des forces armées et des moyens qu’ils veulent mettre à leur disposition. Il ne peut pas être question pour le pays de se retirer de la scène mondiale. « Nous devons nous attendre à des années difficiles quel que soit le vainqueur aux élections, mais nos problèmes ne sont pas insolubles », conclut le journal.

Une remise en ordre des finances de l’Etat, la réforme des services publics et la place du Royaume-Uni dans le monde devraient dominer la campagne électorale, assure THE ECONOMIST soulignant que le résultat du scrutin paraît aujourd’hui moins évident qu’il y a quelques semaines : l’amélioration de la situation économique a redonné confiance au Labour et David Cameron n’a pas encore convaincu les électeurs. Dans tous les cas de figure, l’histoire se fera le 6 mai prochain : Downing Street aura peut-être son plus jeune Premier ministre depuis le 19ème siècle ; Gordon Brown pourrait faire un retour en force épique ; ou bien l’élection d’un parlement sans parti majoritaire bouleverserait toute la vie politique britannique. « Une chose est sûre, les différents partis doivent faire preuve de davantage d’audace et d’ambition », conclut l’hebdomadaire.

Dans le même esprit, l’INDEPENDENT souligne que ces élections doivent offrir « l’occasion d’un réel changement » et lancer un débat honnête sur les grandes questions : cohésion sociale, éducation, santé, économie, réforme politique et place du Royaume-Uni dans le monde. Cette thèse est notamment développée par le TIMES, qui relève par ailleurs l’importance qu’auront les circonscriptions dites « marginales » dans le résultat du scrutin.

S’il énumère les principaux sujets à débattre, le DAILY TELEGRAPH doute que l’électorat obtienne satisfaction : à une époque où l’image est tout, et le slogan est roi, les Britanniques risquent de n’avoir que des petites phrases toute faites et non de grandes idées. Plus sévère encore, le DAILY MAIL reproche à tous les partis « d’ignorer les électeurs » : pour ne pas effrayer les électeurs, personne n’ose dire la vérité, encore moins défendre une philosophie politique cohérente de gauche et de droite. Comment se fait-il que 70% des régulations imposées aux entreprises britanniques soient élaborées à Bruxelles ? Des millions de Britanniques sont ignorés par l’ensemble de la classe politique. Gordon Brown est sûrement plus à gauche qu’il ne le prétend et David Cameron davantage à droite. Tous deux cependant se gardent bien d’exprimer le fond de leur pensée afin de séduire le centre. La politique est ainsi réduite à un dénominateur commun qui masque les convictions et les différences. Les hommes politiques ont 30 jours pour changer tout cela et se reconnecter avec l’opinion.

Deux tabloïds font déjà campagne pour David Cameron. Pour le DAILY EXPRESS, il s’agit de « la dernière chance pour sauver le Royaume-Uni » : « encore cinq ans de Brown, et nous sommes finis », titre en une le journal, ajoutant que le leader conservateur a acquis la stature d’un chef d’Etat capable d’assurer au pays le changement nécessaire.

Le SUN engage les électeurs à secouer leur apathie et à se rendre aux urnes pour soutenir David Cameron « qui ferait un excellent Premier Ministre » : les Tories nous promettent un meilleur avenir que le gouvernement travailliste « malhonnête et incompétent de Gordon Brown ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. La doctrinee nucléaire de Barack Obama

La nouvelle doctrine nucléaire annoncée par l’administration Obama est jugée peu audacieuse après les grandes ambitions d’un monde dénucléarisé évoquées l’an dernier par le président américain. Les commentateurs estiment cependant qu’il s’agit d’un progrès bienvenu, tout comme la signature, à Prague, du nouveau traité START par le président américain et son homologue russe.

S’il ne voit rien de « radical » dans les promesses de M. Obama, le GUARDIAN les préfère à l’approche « ambiguë » des Britanniques sur le Trident, « une approche qui rappelle davantage l’ère Bush ». Le journal estime que le président américain a sans doute dû faire des concessions à l’armée, mais conclut que « pour la première fois, un document concernant la politique nucléaire commence à prendre la bonne direction ».

L’OBSERVER parle de « triomphe de politique étrangère » pour M. Obama qui a fortement investi dans l’amélioration de ses relations avec la Russie. Selon le journal toutefois, « il faudra aller plus loin, compte tenu de la nouvelle génération de menaces nucléaires ».

« C’est un petit pas dans la bonne direction », renchérit Rupert Cornwell dans l’INDEPENDENT. Pour le commentateur, les promesses de M. Obama « ne font guère de différence en termes militaires, mais elles sont extrêmement importantes en termes politiques » : elles montrent que si les Etats-Unis prêchent la non-prolifération, ils sont prêts eux aussi à réduire leurs stocks. Et contrairement à M. Bush, M. Obama a fermé la porte au développement d’une nouvelle génération d’armes plus destructrices.

Pour Bronwen Maddox du TIMES, M. Obama a fait « un petit pas en avant sur une route auparavant impénétrable » : il peut même avoir mis fin à la dérive vers la prolifération qui semblait inéluctable. Ce serait de bon augure pour le renouvellement du TNP. « L’effondrement du Traité de Non Prolifération ne paraît plus aussi inévitable », renchérit Philip Stephens du FINANCIAL TIMES qui salue le progrès enregistrés par M. Obama, « un leader qui donne l’impression de savoir ce qu’il veut » : « même si nous sommes à des années lumière d’un monde dénucléarisé, nous n’avançons plus dans la mauvaise direction ».

Tout en soulignant les réticences des Républicains qui craignent que le président américain ne porte atteinte à la puissance militaire de son pays, le DAILY TELEGRAPH estime que M. Obama a raison de faire de la non-prolifération la pièce maîtresse de sa politique étrangère : depuis la fin de la guerre froide, la crédibilité du TNP avait été mise à mal avec l’acquisition de la bombe par l’Inde et le Pakistan. Il est important aujourd’hui que Washington ait la supériorité morale s’il veut persuader l’Iran et la Corée du nord de renoncer à leurs ambitions.

2. Les Etats-Unis et Hamid Karzai

Même s’ils ne cachent pas l’ampleur des frictions entre le président américain et son homologue afghan, les principaux journaux estiment que pour le moment les deux dirigeants ont besoin l’un de l’autre.

L’éditorialiste du FINANCIAL TIMES trouve « contestables » les reproches des Américains : ils ont soutenu M. Karzai parce qu’il pouvait discuter avec de nombreuses factions, y compris certains talibans. Ils ont laissé faire l’élection malgré la fraude. Pourquoi humilier en public le président afghan ? Il est de toutes les façons leur seul interlocuteur. Plutôt que de l’attaquer, ils devraient promouvoir la décentralisation. Ils doivent se montrer fermes en privé, mais le soutenir en public. Les dernières remontrances de Washington donnent aux Afghans l’impression que leur leader est sous le contrôle des Américains. C’est une approche périlleuse.

« Si une relation a jamais été définie par une interdépendance mutuelle, c’est bien celle-là », relève le GUARDIAN de son côté. Pour le journal, M. Obama a besoin de M. Karzai pour le moment jusqu’à ce qu’il puisse déclarer « une sorte de victoire en Afghanistan », comme cela a été le cas pour l’Irak. « Cependant, la seule solution à long terme est de laisser les Afghans décider qui les gouverne ».

Le TIMES en revanche n’exclut pas une rupture : « par ses propos grossiers contre les Etats-Unis, M. Karzai a insulté les 44 nations qui risquent la vie de leurs soldats pour apporter la stabilité à son pays ». Les Américains ne peuvent pas le contraindre à démissionner mais ils peuvent lui rendre la vie impossible. Ils ont acquis désormais une bonne connaissance de la politique tribale et comptent sur des changements après les élections législatives de septembre. Le président afghan, pris entre les talibans et l’OTAN, pourrait vite se rendre compte qu’il n’est plus indispensable. /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028