Semaine du 4 au 10 juin

SEMAINE DU 4 AU 10 JUIN

L’affaire des ventes d’armes de BAE a l’Arabie Saoudite a connu un nouveau rebondissement. La presse a continué de s’interroger sur ce que fera un Premier Ministre Gordon Brown, notamment en matière de lutte contre le terrorisme. Les journaux ont accueilli avec une relative satisfaction l’accord sur le réchauffement climatique lors du sommet du G8, mais ont vivement déploré les dernières « menaces » de Vladimir Poutine. Le 40ème anniversaire de la Guerre des Six jours a reçu une couverture négative.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. BAE et les ventes d’armes à l’Arabie Saoudite

BAE Systems et le gouvernement britannique se sont retrouvés une nouvelle fois sur la sellette après une autre série de révélations dans l’affaire des ventes d’armes à l’Arabie Saoudite. La presse est divisée dans ses commentaires.

Une partie des journaux réclame une enquête, bien que le Premier Ministre en ait exclu l’éventualité. Le FINANCIAL TIMES n’hésite pas à qualifier de « spécieux » les arguments de M. Blair, aussi bien ceux avancés pour l’arrêt de l’enquête du SFO (Serious Fraud Office) l’année dernière que ceux de cette semaine. Pour le journal, toute cette affaire a des « relents d’hypocrisie » et enlève toute autorité au gouvernement en matière de lutte contre la corruption. Seule une « enquête judiciaire approfondie » règlera la situation et « Gordon Brown devrait saisir l’occasion pour prendre ses distances vis-à-vis de Tony Blair et redonner une apparence d’éthique au gouvernement ».

La réputation du Royaume-Uni est en jeu, renchérit le GUARDIAN appelant lui aussi à une enquête : quelle autorité pourrait en effet avoir le gouvernement britannique lorsqu’il demande à l’Afrique de lutter contre la corruption ? L’INDEPENDENTdéfend la même ligne lorsqu’il met en avant « le devoir du gouvernement de faire la clarté sur l’affaire ».

Plusieurs journaux conservateurs défendent en revanche la position de Tony Blair au nom de la sauvegarde des intérêts de la nation. « Le Premier Ministre a eu raison de clore l’enquête du SFO l’année dernière et d’en exclure une nouvelle », écrit le DAILY EXPRESS qui s’en prend à ces « idiots » de l’élite politique prêts à poursuivre en justice une entreprise nationale qui fournit tant d’emplois au pays : « imaginent-ils que la France ou les Etats-Unis n’auraient pas été prêts à tout » pour obtenir ce contrat ?

Même son de cloche dans le DAILY MAIL au nom de « l’intérêt britannique ». Le journal s’interroge lui aussi sur ce qu’auraient fait les Français, les Chinois ou les Américains et assure que le contrat Al Yamamah est précieux pour le pays : « si nous le perdons, les responsables devront en répondre ».

2. Gordon Brown et la lutte contre le terrorisme

Gordon Brown promet d’être ferme contre le terrorisme : si l’on en croit les média, le futur Premier Ministre entend renforcer la législation, notamment accroître la durée de détention des suspects non inculpés. Cette perspective suscite de nouveau une controverse aussi bien dans les milieux politiques que dans la presse.

Les journaux conservateurs soutiennent M. Brown, y compris le DAILY TELEGRAPH. Pour le journal en effet, « le terrorisme, dans sa forme actuelle, est un phénomène récent ». Il faut donc réviser les stratégies de défense. « Les propositions de M. Brown sont proportionnées à la menace. Elles sont mesurées et raisonnables, et méritent notre soutien ».

« Cela réchauffe le cœur » de voir Gordon Brown préparer de nouvelles lois, renchérit le SUN qui reproche aux Tories et aux autres partis d’avoir refusé de voter en 2005 pour une extension à 90 jours de la détention sans chef d’accusation.

La presse travailliste se montre en revanche inquiète pour les libertés publiques. L’INDEPENDENT soupçonne Gordon Brown de « jouer la carte de la sécurité en utilisant les mêmes techniques rebattues qu’utilisait son prédécesseur pour faire passer son message à ses conditions ». Le GUARDIAN met en garde M. Brown de ne pas faire de la peur le thème de sa campagne et l’appelle plutôt à « saisir l’occasion pour présenter de nouvelles idées pour un avenir meilleur ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1.Le sommet du G8

Les conclusions du G8, notamment l’accord sur le réchauffement climatique ont été accueilli avec une relative satisfaction - on attendait moins de la part de George Bush – mais les commentateurs estiment toutefois que les progrès sont trop lents.

« Le G8 va dans la bonne direction », assure le TIMES qui en attribue le crédit à Tony Blair et Angela Merkel. Même s’il s’agit d’un « compromis », « ce qui compte c’est le changement d’approche de M. Bush » : « l’accord de Heiligendamm est une victoire pour la science et pour la planète ». Pour le FINANCIAL TIMES également, on a fait « un grand pas en avant en matière de réchauffement ».

Le DAILY TELEGRAPH accueille cette victoire avec « une pincée de sel » : il n’y a pas de réconciliation entre les deux principaux camps. Mais le changement de position des Américains donne de l’espoir.

On a quelques raisons d’espérer à cause du changement d’approche des Etats-Unis, estime à son tour le GUARDIAN : M. Bush a non seulement accepté la nécessité d’un traité après Kyoto, mais il a admis qu’il fallait un accord d’ici 2009 et dans le cadre des Nations Unies. Le journal regrette toutefois « l’absence de détails » : les Etats-Unis ne proposent pas d’objectifs et ils envisagent seulement une réduction de 50% d’ici 2050, un chiffre trop faible selon les experts. Il reste aussi la possibilité que les Etats-Unis se retirent si l’Inde et la Chine n’acceptent pas d’apporter leur contribution. C’est pourquoi on ne peut pas parle de commencement de la fin dans la lutte contre le réchauffement climatique.

L’INDEPENDENT est plus négatif : le sommet « a réussi seulement à éviter l’échec ». Mme Merkel avait habilement préparé l’opinion à la déception de sorte que le moindre progrès a permis de crier victoire, écrit le journal qui regrette par ailleurs que la demande d’accroissement de l’aide à l’Afrique « soit tombée dans l’oreille de sourds ».

2. Les menaces de Vladimir Poutine

« Le début d’une nouvelle guerre froide » ? La question a été posée par quelques journaux, notamment le DAILY MAIL, après les menaces de M. Poutine de pointer des missiles russes sur des « cibles en Europe ». Dans l’ensemble la presse estime que le Président russe « va trop loin » mais elle prône le dialogue. Quelques journaux se montrent plus sévères.

Pour le FINANCIAL TIMES, « les menaces de M. Poutine sont non seulement disproportionnées, elles sont aussi contre-productives ». Son approche n’est pas celle d’un chef d’Etat, alors que son objectif devrait être de « montrer que la Russie peut être un partenaire sérieux et non un vieil ennemi chagrin ».

Le TIMES perçoit « de vilains relents de Weimar dans la Russie d’aujourd’hui » mais se félicite de voir que les dirigeants occidentaux ne se laissent pas intimider. Il considère toutefois que l’on a besoin d’un partenariat avec Moscou : l’Iran, l’Iraq, l’approvisionnement énergétique, l’équilibre nucléaire et la lutte contre le terrorisme nécessitent une réponse du Kremlin. Il n’est dans l’intérêt de personne d’expulser la Russie du G8.

Le GUARDIAN montre de la compréhension pour certaines des revendications de Vladimir Poutine : sur plusieurs des questions qui opposent la Russie aux pays occidentaux, il a raison. L’élargissement de l’OTAN à l’est est contraire à l’esprit, sinon à la lettre, des traités sur la sécurité après l’effondrement du Pacte de Varsovie. Les projets américains de défense antimissiles déstabilisent l’équilibre stratégique de l’Europe. Mais, pour le journal, « les remèdes préconisés par le Président russe risqueraient de faire davantage de mal que de bien ». « Ce qu’il faut c’est une période de calme et amener les dirigeants du monde moderne à discuter ensemble et de façon intelligente des questions d’intérêt mutuel ».

Plus sévère, l’INDEPENDENT reproche à M. Poutine de « faire marche arrière » en matière de démocratie, Droits de l’Homme, liberté de la presse. « La Russie doit choisir : se conformer aux valeurs des pays du G8 ou renoncer à son adhésion ». Le DAILY TELEGRAPH a déjà tranché pour sa part : « La Russie n’appartient pas au G8. Elle montre tous les signes d’une dictature naissante. Il est temps de revenir au G7 ».

3. Le 40 ème anniversaire de la Guerre des Six jours

La presse a consacré une importante couverture au 40ème anniversaire de la Guerre de 1967 mais sa conclusion est unanime : elle a été un désastre pour les Israéliens comme pour les Palestiniens.

Pour les commentateurs, les perspectives de paix « n’ont jamais paru aussi éloignées ». le FINANCIAL TIMES accuse Washington d’avoir mené une « politique de soutien inconditionnel » à Israël et, au lieu d’avoir appuyé M. Abbas en 2004, d’avoir donné le feu vert à une annexion des territoires autour de Jérusalem. Il assure que les excuses d’Israël, notamment celle de ne pas avoir d’interlocuteur valable, ne sont « pas convaincantes » et conclut en dénonçant « une abdication de responsabilité et une trahison de la majorité des Israéliens et des Palestiniens qui veulent la paix ».

Adam LeBor, auteur et journaliste au TIMES, déplore lui aussi « quarante années d’occasions manquées de part et d’autre ». Le prix en est lourd, mais il y a pourtant des solutions si l’on prend pour base l’initiative de paix arabe (qui est dans ligne des propositions de Camp David de 2000) : Israël aura pour cela besoin d’un gouvernement qui ait « le courage » d’abandonner la Cisjordanie, d’évacuer les colonies, de partager Jérusalem et de laisser un certain nombre de Palestiniens rentrer chez eux. Il faudra aux Palestiniens un gouvernement qui reconnaisse à Israël le droit de vivre en paix et en sécurité. « Pour le moment on ne va nulle part. La seule solution est d’avancer ensemble ». /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028