SEMAINE DU 4 AU 10 JANVIER
Les premières salves de la campagne électorale ont été tirées sans qu’aucun parti n’ait réellement marqué des points : si les propositions de David Cameron sont jugées peu enthousiasmantes, Gordon Brown a été affaibli par une tentative de complot. La lutte contre le terrorisme (mesures dans les aéroports britanniques et annonce d’une conférence sur le Yémen) a continué d’alimenter les colonnes éditoriales. Deux dossiers ont retenu l’attention des rédactions au chapitre européen : la situation de la zone euro et celle de l’Islande.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
1. Le lancement de la campagne électorale
Bien qu’aucune date n’ait été annoncée - celle du 6 mai est cependant évoquée – la campagne pour les prochaines élections a déjà commencé : David Cameron a présenté une ébauche du manifeste conservateur, tandis que les travaillistes accusaient leurs rivaux de faire des promesses qu’ils ne pourront pas tenir, faute de ressources. Dans l’ensemble, les commentateurs ne sont impressionnés par aucun des deux grands partis, et l’INDEPENDENT donne le ton en affirmant que la campagne commence « sous les insultes et dans la manipulation ».
Le FINANCIAL TIMES reproche à David Cameron de « ne donner aucune raison de voter conservateur » : pour le journal, la frénésie commence un peu trop tôt. Les conservateurs cherchent à exploiter leurs avantages et adoptent un style qui rappelle celui des présidentielles aux Etats-Unis. Leur stratégie n’est pas le signe de leur confiance ou de leur force. Même maintenant, avec une avance de 11 points dans les sondages, ils sont sur la défensive et cherchent surtout à éviter les attaques du Labour. Ils n’ont aucune vision globale cohérente.
L’INDEPENDENT déclare de son côté que le début de la campagne est « déprimant » et déplore « l’étroitesse » du débat. Selon lui, M. Darling a peut-être quelques bonnes raisons d’accuser les Tories (ils n’ont pas expliqué clairement comment ils financeraient leurs engagements politiques). Mais il n’en a rien fait lui-même. Ni les travaillistes, ni les conservateurs n’ont de plan plausible pour la réduction du déficit. Le Labour et les Tories ne semblent guère enclins non plus à aborder la question de notre dépendance à l’égard des services financiers ou celle du rôle du Royaume-Uni dans le monde (Afghanistan, lutte contre le terrorisme islamiste). Le vainqueur aux élections devra affronter ces problèmes. Or les deux principaux partis ne semblent pas vouloir en débattre au cours des prochains mois. Il faut que cela change. Les campagnes électorales sont des moments vitaux dans notre démocratie. Lorsqu’elles se présentent, nous devons parler de ce qui compte.
« Plus qu’une vraie bataille, c’est une drôle de guerre », renchérit le GUARDIAN qui estime que, pour le moment, ni les travaillistes, ni les conservateurs n’ont de « message convaincant ». « Nick Clegg (leader du parti libéral), soudain courtisé par les deux camps après avoir été dédaigné pendant des années, a raison de garder ses distances », conclut le journal.
Dans la presse conservatrice, le manque d’enthousiasme est tout aussi évident. Le DAILY TELEGRAPH reproche à M. Cameron de promettre de conserver intact le système de santé - territoire traditionnel du Labour – alors qu’il faudrait envisager de sérieuses réformes : les sommes investies depuis la dernière décennie n’ont guère amélioré la situation. S’il est sans pitié pour les « manœuvres » d’Alistair Darling (qui a demandé à ses fonctionnaires de compiler un dossier sur les inexactitudes des chiffres des conservateurs), le journal critique aussi le nouveau slogan de M. Cameron - « nous ne pouvons pas continuer comme ça » - qui pourrait finir par lasser les électeurs.
2. Tentative de complot contre Gordon Brown
La mise en cause du leadership de Gordon Brown par deux anciens ministres appelant à son remplacement a été condamnée par la presse qui y voit une manœuvre opportuniste ne pouvant que faire du tort au Labour.
Le DAILY TELEGRAPH dénonce « un complot miteux et inutile » dont les responsables ont agi pour « sauver leur peau aux élections » non pour l’intérêt du pays : le Labour se choisira un nouveau leader lorsqu’il se retrouvera dans l’opposition. Le seul vote que souhaite maintenant le pays ce sont les élections législatives.
« Les électeurs ne pardonneront pas à un parti qui fait passer ses petits intérêts avant ceux de la nation », renchérit le SUN qui estime que « le gouvernement dans ses derniers jours a pour responsabilité de consacrer toute son énergie à la lutte contre la récession. S’il ne s’en soucie pas, il ne mérite pas d’être en place ». Dans la même ligne, le DAILY MAIL et le DAILY EXPRESS assurent qu’il revient aux seuls électeurs de « déterminer le sort du Premier ministre ».
L’INDEPENDENT pointe le doigt sur les « rebelles » et les enjoint de mettre fin à leurs manœuvres qui risquent de s’avérer « un poison électoral pour le Labour » : M. Brown a ses défauts, mais rien ne prouve qu’un autre leader améliorerait les chances du parti. Une mise en cause de son leadership fera surtout ressortir les divisions. Un point que développe à son tour Peter Riddell dans le TIMES : « Rien ne fait davantage de tort à un parti que le manque d’unité à sa tête. Cette affaire, même si elle ne dure que quelques jours, aura des répercussions durables, car elle rappellera aux Britanniques les doutes que suscite M. Brown chez les travaillistes. Si les électeurs sentent des divisions internes, ils hésitent invariablement à soutenir un parti lors des législatives ».
Pour le GUARDIAN, ces dernières manœuvres illustrent la déception engendrée par M. Brown et les inquiétudes du parti pour les élections. « Elles ont touché et affaibli une fois de plus le Premier ministre alors que le dirigeant travailliste et le Labour auraient besoin de rassembler toutes leurs forces pour combattre l’ennemi en face ».
3. La lutte contre le terrorisme
Après l’attentat déjoué sur le vol Amsterdam-Detroit, la presse est généralement peu convaincue par l’annonce de nouvelles mesures de sécurité dans les aéroports britanniques, en particulier l’usage de scanners corporels.
Pour le FINANCIAL TIMES, il ne s’agit pas d’introduire de nouvelles mesures dans la précipitation : il faut d’abord chercher à comprendre ce qui n’a pas marché. L’introduction de scanners coûterait cher et allongerait les temps de voyage. L’amélioration du renseignement est en revanche une solution, selon le journal. Un meilleur ciblage en est une autre : mieux vaudrait concentrer l’attention sur certains groupes plutôt que sur les grands-mères et leurs petits-enfants.
« Le renseignement dans la lutte contre le terrorisme reste l’élément essentiel, non les scanners », souligne l’INDEPENDENT tandis que le GUARDIAN assure que le ciblage « n’est pas la réponse » : resserrer le contrôle des passagers musulmans et non-blancs ne ferait qu’attiser les colères et renforcer le djihadisme. Le journal rappelle que le père d’Abdulmutallabab avait prévenu la CIA des dangers de son fils et conclut lui aussi à l’importance du partage de l’information.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
La conférence sur le Yémen
L’initiative de Gordon Brown d’une conférence sur le Yémen et la lutte contre le terrorisme, en parallèle avec celle sur l’Afghanistan, fin janvier à Londres n’est guère perçue comme une nouvelle positive.
Adrian Hamilton de l’INDEPENDENT y voit la démarche « désespérée » d’un gouvernement cherchant de la « crédibilité » sur la scène internationale pour compenser ses déboires au plan national.
« Gordon Brown montre trop qu’il cherche à en tirer un avantage politique », renchérit Bronwen Maddox dans le TIMES. Pour la journaliste, les raisons pour lesquelles le Premier ministre britannique a pris ces initiatives sont évidentes. Après le sommet de Copenhague et les difficultés du Royaume-Uni en Afghanistan et en Irak, il peut difficilement prétendre au statut de dirigeant mondial. La conférence sur le Yémen a cependant l’avantage d’être la première, et elle donne à la région un rôle central dès le départ, contrairement à ce qui s’est passé en Afghanistan et en Irak, conclut-elle.
Le FINANCIAL TIMES analyse la situation du Yémen, un Etat « qui s’effondre » et que l’on ne peut pas considérer que par le prisme de la lutte contre le terrorisme : ce dont ce pays a le plus besoin, c’est d’une stratégie de développement. Et c’est ce que doit chercher le sommet de Londres, en impliquant aussi les Etats voisins, dont le Qatar et Abu Dhabi, qui ont d’importantes populations yéménites. Une erreur de doigté serait catastrophique.
III. AFFAIRES EUROPEENNES
1. Les turbulences dans la zone euro
La presse s’interroge sur les difficultés des Etats périphériques qui mettent, selon elle, la zone euro à l’épreuve.
Si l’euro n’avait pas existé, les monnaies grecque, irlandaise, italienne, portugaise et espagnole auraient sûrement perdu beaucoup de terrain face au D-mark, écrit Martin Wolf du FINANCIAL TIMES qui estime que sur ce point les créateurs de la zone euro ont remporté un succès. Toutefois, ajoute-t-il, les économies des Etats périphériques, qui sont en récession structurelle, doivent être ajustées. Elles devront à un moment ou à un autre réduire leurs déficits budgétaires, au risque d’aggraver la récession. Ces économies ne peuvent pas générer facilement un excédent extérieur pas plus qu’elles ne peuvent relancer l’emprunt du secteur privé. Selon le commentateur, la crise dans les Etats périphériques n’est pas un accident : elle est inhérente au système. Les Etats les plus fragiles doivent trouver une solution mais ils ne recevront pas beaucoup d’aide. Lorsque la zone euro a été créée, elle a été présentée comme une union monétaire optimale. Nous savons maintenant que ce n’est pas le cas et nous saurons bientôt si cela a de l’importance.
Pour l’éditorialiste du GUARDIAN, une chose est certaine : le problème de l’un est le problème de toute la zone euro. Trois quarts des obligations grecques sont détenues à l’étranger. Or, pour le moment, la confusion règne sur l’attitude qu’adopteront les autres Etats membres si les marchés financiers se tournent contre la Grèce. La BCE exclut une aide de l’Europe, mais Mme Merkel avait affirmé le mois dernier que « ce qui se passe chez l’un affecte les autres ». Quel est son plan de sauvetage ? En dehors de quelques déclarations de soutien, les pays de la zone euro semblent attendre de la Grèce qu’elle fasse comme l’Irlande (réduire ses dépenses en espérant que les marchés seront satisfaits). « C’est une stratégie risquée : la zone euro a besoin d’un plan B et doit se souvenir que les clubs ne perdurent qu’en restant unis ».
2. La dette de l’Islande
La décision du gouvernement islandais de bloquer le remboursement de sa dette au Royaume-Uni et aux Pays-Bas et de soumettre la question à référendum divise la presse.
« Cela ne coûterait presque rien à Amsterdam et à Londres de faire preuve de générosité », estime le FINANCIAL TIMES. Pour le journal, les banques britanniques et hollandaises ne sont pas « des victimes innocentes ». Elles ont profité des mêmes mauvaises règles qui doivent être aujourd’hui réformées pour établir des normes plus sûres. Ce n’est pas en mettant l’Islande en prison que cela se fera. L’INDEPENDENT accuse de gouvernement britannique de « manœuvres d’intimidation » et d’user de son influence auprès de l’Union européenne et du FMI pour bloquer des aides qui seraient utiles à ce petit pays en difficulté. Pour le journal, « tout cela aurait pu être évité si le Royaume-Uni avait pris des mesures préventives avant la crise ».
Le TIMES en revanche assure que l’Islande doit payer ce qu’elle doit : la population a bénéficié de l’illusion de prospérité que son secteur bancaire a donnée. Il est inévitable de rendre des comptes, d’autant que les conditions imposées ne sont pas si ardues.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028