Semaine du 4 au 10 février

SEMAINE DU 4 AU 10 FEVRIER

Des propos de l’archevêque de Canterbury sur l’adoption de certains aspects de la Sharia au Royaume-Uni ont été largement repris et unanimement condamnés par les médias. Le rôle de l’OTAN en Afghanistan et les primaires américaines ont dominé les affaires internationales. Les commentateurs ont également été nombreux à se féliciter du résultat de l’élection présidentielle en Serbie. Concernant le choix du futur Président du Conseil européen, la possibilité d’une candidature de Tony Blair a été accueillie avec scepticisme.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

L’archevêque de Canterbury et la Sharia

En déclarant « inévitable » l’application de certains aspects de la Sharia au Royaume-Uni, l’archevêque de Canterbury, Dr Rowan Williams, a suscité un tollé général, tant dans les milieux politiques que dans la presse.

Le DAILY TELEGRAPH dénonce une « intervention déplacée », surtout à un moment où le multiculturalisme est remis en cause. Pour le journal, ce n’est pas tant l’idée qui compte que la façon dont elle sera interprétée. Les extrémistes musulmans verront dans les propos de l’archevêque de Canterbury l’expression d’un fléchissement de l’Establishment britannique face aux pressions des fondamentalistes. Cela ne favorisera guère la cohésion sociale que recherche précisément le Dr Rowan Williams. Les arrangements informels qui existent pour le moment valent nettement mieux dans le contexte actuel. « Sur un des sujets les plus explosifs de notre temps, il aurait mieux fait de se taire ». Pour le TIMES, il s’agit d’une « grave erreur » de la part d’un représentant de l’Eglise d’Angleterre, qui « a pourtant fait des efforts admirables pour ouvrir un dialogue constructif avec l’Islam ».

« L’archevêque de Canterbury a l’art de créer des problèmes là où il n’en existe pas encore », note à son tour le GUARDIAN, soulignant lui aussi que Rowan Williams aboutit à un résultat contraire à ce qu’il souhaitait : il veut que l’on tolère un rôle pour la religion dans les affaires publiques, mais réussit en fait à démontrer qu’il faut entièrement l’exclure. Dans la même ligne, l’INDEPENDENT qualifie de « bourde naïve » une intervention qui n’a fait que « raviver l’hostilité envers les musulmans, au lieu de promouvoir la tolérance ».

La presse tabloïde se déchaîne, le SUN accusant l’archevêque de représenter « une menace dangereuse pour le pays », tandis que le DAILY EXPRESS estime qu’il « ne mérite pas d’être à la tête de l’Eglise ». Le DAILY MAIL souligne que Rowan Williams « ferait mieux de s’occuper de ses ouailles ».

L’OBSERVER nuance son jugement : l’ouverture d’un débat pour une meilleure compréhension de la Sharia, afin d’aider à l’intégration des musulmans,est une bonne chose, mais l’archevêque de Canterbury s’y est mal pris. Il aurait dû s’exprimer plus clairement.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. L’OTAN et la question afghane

A l’occasion de la réunion des Ministres de la défense de l’OTAN à Vilnius et de l’annonce de l’envoi de nouvelles forces britanniques en Afghanistan, les commentateurs se sont interrogés sur le rôle de l’Alliance dans cette mission. Les appels en faveur d’un retrait deviennent monnaie courante, ce qui représente un élément nouveau.

Pour Matthew Parris du TIMES, « les Britanniques, en Afghanistan, sont à la limite de ce qu’ils peuvent faire » : nos hommes meurent sans avoir rien apporté d’utile. Notre seule option est celle d’un retrait, même si les autres ne le pensent pas. M. Miliband ne doit pas avoir peur de dire la vérité.

Seumas Milne partage cet avis dans le GUARDIAN : « la guerre en Afghanistan ne peut pas être gagnée. Elle ne peut apporter ni la paix, ni le développement, ni la liberté. Au lieu d’éradiquer les réseaux terroristes, elle les a développés. La seule chance réelle dépend d’un retrait des troupes étrangères et d’un accord politique élargi aux Taliban et aux pays voisins comme l’Iran et le Pakistan ».

Pour Adrian Hamilton de l’INDEPENDENT, l’OTAN n’est plus, en Afghanistan, engagée dans une « opération militaire pour détruire un ennemi bien défini ». « Elle est une armée d’occupation dont la tâche est de remodeler le pays. Et ce n’est absolument pas son rôle ».

Si l’éditorial du FINANCIAL TIMES estime que l’envoi de troupes supplémentaires peut être une solution, « une plus grande coordination » lui paraît tout aussi importante, en particulier pour l’aide et le développement : « la priorité doit être la reconstruction d’une nation en guerre depuis près de 30 ans ». Pour le journal, le succès de la mission est loin d’être assuré, et tout le monde a sa part de responsabilités. Il est notamment regrettable que M. Karzai se soit opposé à la nomination de Paddy Ashdown, un des rares hommes politiques capables de ramener tout le monde à la raison.

Le DAILY TELEGRAPH appelle l’OTAN à se donner les moyens de gagner la guerre contre les Taliban et donc à accroître son engagement en Afghanistan. : « rester au statu quo aurait de graves répercussions non seulement pour la guerre contre le terrorisme, mais pour l’Alliance elle-même ». Le journal estime que « le refus obstiné » de certains membres de l’Alliance à participer pleinement impose des « contraintes débilitantes » aux autres, principalement les Etats-Unis, le Canada et le Royaume-Uni. « Si l’Alliance échoue en Afghanistan, les Etats-Unis risquent de se poser des questions sur sa raison d’être. Est-ce vraiment ce que souhaite l’Europe ? ».

2. Les primaires américaines

La presse a continué de suivre avec beaucoup d’attention le déroulement des primaires, plus particulièrement le « super-mardi » dont les résultats ne vont, selon elle, qu’accroître le « suspense ».

Si les commentateurs se félicitent du bon fonctionnement de la démocratie américaine, ils estiment, à l’instar du FINANCIAL TIMES, que le « super-mardi » a surtout été favorable aux Républicains : M. McCain va pouvoir se concentrer sur sa campagne contre les démocrates. Ces derniers en revanche vont s’affronter mutuellement au risque de faire du tort à leur parti.

La campagne va se durcir et « se concentrer davantage sur la personnalité et l’image », note de son côté l’INDEPENDENT, regrettant qu’en termes de politique économique, diplomatie internationale et priorités nationales il soit difficile de déterminer exactement les différences entre les divers candidats. Pour le TIMES, « le show continue : la politique est un art et non une science. Trop de forces imprévisibles sont en jeu » pour tirer déjà des conclusions.

3. L’élection présidentielle en Serbie

La victoire du « pro-européen » Boris Tadic a été accueillie avec beaucoup de soulagement par la presse, qui engage Bruxelles à soutenir le nouveau président.

Le DAILY TELEGRAPH se félicite de voir les Serbes « se tourner vers l’ouest, à l’exemple du reste de l’Europe centrale , même au prix de concessions pénibles ». C’est la seule solution, s’ils veulent aller de l’avant, souligne le journal.

Pour les commentateurs, évidemment, il reste de nombreux obstacles, le premier étant le Kosovo. Ainsi que le souligne le FINANCIAL TIMES, celui-ci est déterminé à déclarer son indépendance, alors que Belgrade s’y oppose. Cette solution est pourtant « inévitable » et « les Serbes sont dans cette affaire leurs propres ennemis ». Bruxelles voulait la victoire de M. Tadic et l’Union européenne doit reconnaître les progrès réalisés par la Serbie depuis l’époque de Milosevic. Il faudrait signer au plus vite l’accord d’association que bloquent actuellement les Pays-Bas parce que Ratko Mladic n’a pas été capturé et remis au tribunal international. Ce dernier devra être nécessairement arrêté avant que la Serbie puisse espérer rejoindre l’Union. Il faudra également une reconnaissance du Kosovo. Tout cela prendra du temps. « Mais Bruxelles doit aider Belgrade ».

C’est également l’avis du TIMES : L’Europe doit agir rapidement pour aider M. Tadic : dans une première étape, elle devrait lever les restrictions sur les visas et les barrières douanières. Elle devrait aller plus loin et se montrer prête à commencer les négociations pour une éventuelle entrée de la Serbie dans l’Union. Cela ne signifie pas qu’il faille pour autant renoncer à la capture de MM. Mladic et Karadic : la justice internationale l’exige. Mais après les difficultés de l’élection présidentielle, la Serbie a besoin de stabilité, d’investissements et de l’encouragement de la communauté internationale. La Russie a accepté de bonne grâce la défaite de son favori. David Miliband, un partisan de l’élargissement, devrait se rendre au plus vite à Belgrade pour soutenir M. Tadic et l’assurer de l’appui des pays occidentaux.

III. AFFAIRES EUROPEENNES

Le prochain Président

Tony Blair, premier Président du Conseil de l’Union européenne ? Selon la presse britannique, l’ancien Premier Ministre n’exclut pas de se porter candidat. Il attend, selon le TIMES, de voir comment seront définies les fonctions. Il pourrait apparemment compter sur le soutien de Gordon Brown.

Les commentateurs estiment, à l’instar de Quentin Peel du FINANCIAL TIMES, qu’il est « prématuré et inutile » de se lancer dans ce genre de spéculations alors que la définition du nouveau poste reste encore incertaine. S’agira-t-il avant tout d’apparat ou au contraire cette fonction disposera-t-elle d’un poids réel ? Dans l’idéal, il faudrait en décider avant de faire le choix. Mais malheureusement, c’est l’inverse qui risque de se produire à la suite d’un « compromis une fois de plus embrouillé ».

Peter Riddell du TIMES exprime ses réserves : « le temps n’est plus où Tony Blair pouvait avoir tout ce qu’il désire. L’obtention du poste de président du Conseil européen ne dépend pas de ses seules ambitions ou du soutien de Gordon Brown ». Plusieurs obstacles sont à franchir (ratification du Traité de Lisbonne, élections du parlement européen et formation d’une nouvelle Commission) ; d’autres candidats se porteront en avant, notamment M. Juncker, peut-être aussi M. Barroso ; enfin, si M. Blair a ses partisans, il a aussi ses critiques, à cause de la guerre en Irak et de ses liens avec M. Bush, mais aussi parce que le Royaume-Uni s’est exclu de la zone euro et de Schengen. « Préparons-nous à des mois de tractations ». /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028