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Semaine du 4 au 10 août

SEMAINE DU 4 AU 10 AOUT

Les spéculations se sont poursuivies durant quelques jours sur l’avenir de Gordon Brown et les ambitions de David Miliband. Mais l’ouverture des Jeux de Pékin a rapidement dominé l’actualité. Les journaux ont sonné l’alarme après l’intervention des Russes en Ossétie du sud. Ils se sont également interrogés sur la réponse de Téhéran aux propositions de Genève. Au chapitre de la France, deux dossiers ont été retenus par la presse : la publication du rapport de Kigali sur le génocide, et les prix (en forte hausse) pratiqués par EDF au Royaume-Uni comparés à ceux de l’électricité en France.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

Les attaques contre Gordon Brown

David Miliband représente-t-il une menace sérieuse pour Gordon Brown ? Les déclarations du Secrétaire au Foreign Office ont continué d’alimenter les commentaires et ont été appuyées par la publication d’un mémo confidentiel de l’ancien Premier ministre Tony Blair qui ne mâche pas ses mots à l’égard de son successeur.

La presse travailliste, à l’instar du GUARDIAN, se montre souvent séduite par M. Miliband. Jackie Ashley, longtemps proche de M. Brown, assure que le Premier Ministre « doit partir, bien qu’il soit un homme de principes et un honnête homme ». Pour la journaliste, « les situations désespérées requièrent des mesures désespérées », et c’est ce qu’expérimente actuellement le Labour. Le Secrétaire au Foreign Office est sorti « renforcé » de son intervention récente et « montre qu’il est prêt à tout affronter ».

Le DAILY TELEGRAPH, conservateur, estime en revanche que Downing Street doit « garder son calme » : ce sont les réactions maladroites du gouvernement qui font paraître « sérieuse » la menace que représente M. Miliband. Il donne une impression de désespoir, alors que Gordon Brown est assuré de conserver sa position jusqu’aux prochaines élections s’il le souhaite. « Le Premier ministre ferait mieux d’ignorer ces intrigues et user de l’autorité ( et du pouvoir) que lui confèrent ses fonctions pour surmonter ses difficultés ».

Le TIMES lance une mise en garde aux travaillistes : Il serait totalement inacceptable, cette fois-ci, qu’ils choisissent un nouveau Premier Ministre sans donner la parole aux électeurs. La situation était différente l’année dernière car il était entendu depuis l’élection de 2005 que M. Brown succèderait à M. Blair. L’objectif d’un remplacement du Premier ministre actuel serait pour le Labour de prendre un nouveau départ. Ce ne serait possible qu’avec le soutien des électeurs. Une élection instantanée ne serait peut- être pas nécessaire, mais le parti travailliste ne devrait néanmoins pas tarder. Le risque serait lourd en effet : les Britanniques ne considèrent pas, et c’est le moins que l’on puisse dire, que l’arrivée de Gordon Brown au pouvoir, sans élection, a conduit à une période de bon gouvernement. La prochaine fois, s’il y a une prochaine fois, le Labour trouvera les électeurs plus insistants.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. L’ouverture des Jeux Olympiques

Un grand moment pour la Chine. Il est sans doute dans l’intérêt de tous que les Jeux soient un succès, mais il ne faut pas fermer les yeux sur les Droits de l’Homme : tels sont les grands thèmes développés par la presse à l’ouverture des Jeux de Pékin.

Les journaux soulignent, à l’instar du DAILY TELEGRAPH, « l’importance des enjeux » : « Il ne s’agit pas seulement de sport. Les Jeux de Pékin ont une signification politique aussi grande que ceux de Berlin en 1936 et ceux de Moscou en 1980 ». Tout comme l’Allemagne d’alors, la Chine entend montrer sa force retrouvée après une période d’humiliation nationale. Les Chinois ne sont pas toujours convaincants : la libéralisation et la transparence s’avèrent difficiles. Mais ils ne manqueront pas de mettre en avant leur énergie et leur esprit d’entreprise. « Un échec des Jeux alimenterait le ressentiment. En revanche, il faut espérer qu’un succès accroîtra la confiance de la Chine et en fera un partenaire plus facile pour le monde extérieur ».

Le TIMES estime qu’il s’agit d’une « expérience sans précédent » pour les Chinois, une expérience qui devrait encourager l’ouverture et la liberté bien au-delà des Olympiades.

Toutefois, assure le GUARDIAN, derrière l’apparat il ne faut pas oublier le dédain qui a été infligé aux Chinois eux-mêmes : des milliers de travailleurs immigrés ont été chassés de la capitale. Les rues ont été débarrassées de tous les indésirables, et les défenseurs des libertés envoyés en prison. On ne peut certes pas nier les progrès accomplis ces trente dernières années, mais cela ne résout pas le problème fondamental : Pékin, pour obtenir les Jeux, avait pris des engagements en matière de Droits de l’Homme et de liberté d’expression ainsi que sur la pollution. Et dans les deux cas, les Chinois n’ont pas tenu parole. Le FINANCIAL TIMES rappelle lui aussi que « les dirigeants de Pékin n’ont pas tenu leurs promesses concernant les Droits de l’Homme » : ils ont au contraire accru la répression des dissidents pour faciliter le déroulement des opérations. « Il ne faut donc pas fermer les yeux sur les défauts du régime », mais ajoute le journal, « il faut aussi éviter d’aborder la Chine dans un esprit de rivalité ».

« Il ne faut pas oublier Tiananmen Square », renchérit dans la même ligne l’INDEPENDENT : la Chine est incontestablement une des économies les plus dynamiques du monde. « Mais elle n’est en aucune façon une démocratie. Nous devons dons rester sur nos gardes en dépit de l’euphorie olympique ».

2. L’opération militaire russe en Géorgie

« La Géorgie au bord du précipice » (TIMES), « La Russie marche au combat » (DAILY TELEGRAPH) : la presse a sonné l’alarme après l’intervention militaire russe en Géorgie.

La « vitesse alarmante » avec laquelle se sont déroulés les derniers événements peut avoir, selon le TIMES, des répercussions incalculables : la stabilité de la région, l’approvisionnement en énergie de l’Union européenne et les relations de la Russie avec les pays occidentaux sont en jeu. « Il faut de toute urgence déployer de part et d’autre des efforts diplomatiques pour éviter la catastrophe ».

Le FINANCIAL TIMES pointe le doigt sur la Russie, « le seul pays qui peut mettre fin à cette stupidité » : la Géorgie n’est instable qu’à cause de la politique de Moscou. Encourager les sécessionnistes envoie un terrible signal, en particulier au nord rebelle du Caucase. « C’est une politique machiste de la part du Kremlin et elle peut être auto-destructrice ». L’OBSERVER engage la Russie à montrer sa « maturité » et à faire preuve de modération face au « pari stupide » de la Géorgie.

« La Russie aurait-elle agi de la sorte si la Géorgie avait été réellement sur le point de rejoindre l’OTAN » ? s’interroge le DAILY TELEGRAPH, qui rappelle que M. Bush est le seul dirigeant mondial à avoir soutenu publiquement la demande de la Géorgie, précisément parce qu’il craignait une intervention russe. « Les événements lui ont donné malheureusement raison ».

Le GUARDIAN est plus nuancé : la Russie n’est pas sans défauts. Mais le président géorgien a tout fait pour internationaliser le conflit. Les Allemands et les Français ont eu raison de résister à ses demandes lors du sommet de Bucarest. « Il ne s’agit pas d’un combat entre les démocrates géorgiens et les tyrans russes. Les acteurs de ce drame sont plus retors que cela ». Dans la même ligne, l’INDEPENDENT on Sunday rappelle que l’entrée dans l’OTAN implique de « sérieuses responsabilités ». Il faut donc bien réfléchir avant d’admettre un pays qui « transporte un tel bagage séparatiste ».

3. La réponse iranienne

La presse dénonce une nouvelle fois les « tactiques dilatoires » de l’Iran face aux propositions de Genève.

« L’offre qui lui a été présentée le mois dernier est pourtant généreuse », estime l’éditorial du GUARDIAN : elle reconnaît en effet aux Iraniens le droit d’acquérir l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, et prévoit la réouverture des échanges commerciaux, le renouvellement de l’infrastructure, une aide à l’agriculture et un remplacement de la flotte aérienne du pays. Il ne s’agit en rien de propositions « humiliantes », surtout pour un pays « qui est sur les genoux » au plan économique. « Le régime iranien joue un jeu dangereux, alors que le temps presse et qu’il devrait commencer à négocier dès maintenant », conclut le journal.

Bronwen Maddox du TIMES accuse à son tour l’Iran de souffler le chaud et le froid et de paralyser la communauté internationale sur la question de son programme nucléaire, tout en évitant une confrontation directe avec les Etats-Unis et l’Europe. Pour la journaliste, la question de l’application de sanctions va se poser de nouveau dans l’espoir qu’elles suscitent, en Iran, un débat sur le coût du programme nucléaire. Mais une solution ne sera possible qu’avec l’introduction d’un nouvel élément radical, tel que l’offre par Washington de négociations directes avec Téhéran. Pour cela, il faudra attendre novembre prochain.

III. AFFAIRES FRANCAISES

1. Les accusations du Rwanda

« Le Rwanda accuse la France » (FINANCIAL TIMES, DAILY TELEGRAPH, THE INDEPENDENT) : tous les journaux ont relevé la publication du rapport de 500 pages de la commission d’enquête rwandaise sur le rôle supposé de la France dans le génocide de 1994. La couverture en est cependant restée principalement factuelle.

L’INDEPENDENT rappelle que la question du génocide « a déjà fortement ébranlé les relations diplomatiques entre les deux pays », tandis que le GUARDIAN note que ce rapport « est la dernière salve lancée dans l’amère bataille qui oppose le Rwanda à la France ».

Seul le FINANCIAL TIMES consacre un éditorial au rapport de Kigali, soulignant que certaines des accusations portées contre la France sont nouvelles, alors que d’autres sont connues depuis longtemps. Pour le journal, « il y a sûrement de la propagande et de l’exagération du côté rwandais. Mais dire que la France a laissé se développer les conditions ayant conduit au génocide n’est pas sans fondement ». Paris doit reconnaître ses erreurs et présenter des excuses au Rwanda. Il est temps pour les Français de « faire preuve d’honnêteté concernant leur propre conduite au Rwanda ».

2. Critiques contre EDF

Tandis que se poursuit l’incertitude sur le rachat de British Energy par EDF (alors que le gouvernement britannique est, selon la presse, favorable à l’opération), le groupe énergétique français s’est retrouvé sous le feu des accusations pour sa politique des prix au Royaume-Uni.

« Les Britanniques vont bientôt subventionner les foyers français », s’indigne le TIMES, rappelant qu’EDF a déjà dernièrement augmenté de 22% ses prix au Royaume-Uni. Selon le journal, la décision du gouvernement français de limiter à 2% la hausse du prix de l’électricité en France risque d’entraîner de nouvelles hausses sur un marché britannique complètement libéralisé.

Le DAILY TELEGRAPH qualifie de « pick-pockets » les compagnies étrangères qui « subventionnent » leurs clients nationaux au détriment des Britanniques. L’expression de « pick-pockets » est reprise par le DAILY MAIL. « C’est un scandale », assure le SUN tandis que le DAILY EXPRESS crie à « l’escroquerie »/.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028 La version texte est aussi accessible sur le site internet de l’ambassade à l’adresse suivante : HTTP ://AMBAFRANCE-UK.ORG dans la rubrique Newsroom