SEMAINE DU 31 OCTOBRE AU 6 NOVEMBRE
L’Europe, avec les divers épisodes de la saga grecque, puis le sommet du G 20 de Cannes, souvent qualifié d’échec, ont largement dominé l’actualité. La presse eurosceptique a de nouveau dénoncé le manque de démocratie de « l’élite européenne », en particulier les pressions de M. Sarkozy et Mme Merkel sur M. Papandréou. Elle s’est inquiétée aussi de la contribution britannique à la solution de la crise et des implications que cela pourrait avoir pour le contribuable. Trois dossiers ont retenu l’attention des médias en politique internationale : le vote de l’UNESCO sur la Palestine, la menace iranienne et la proposition de la Ligue Arabe concernant la Syrie.
I. EUROPE ET LE SOMMET G 20
1. Les coups de théâtre de M. Papandréou
L’annonce surprise du Premier ministre grec concernant la tenue d’un référendum sur l’accord conclu une semaine auparavant à Bruxelles a immédiatement mis la presse en émoi. Pour la plupart des commentateurs, M. Papandréou en venait à détruire le travail de plusieurs semaines de négociations et mettre de nouveau la zone euro en danger.
Les journaux ont ensuite relayé « l’ultimatum » lancé par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ainsi que les conditions imposées pour le référendum et son résultat : « C’est oui ou la sortie », titrait ainsi le TIMES. Ce fut enfin le revirement de la Grèce et l’abandon du projet après les pressions du président de la République et de la chancelière allemande.
Même si M. Papandréou ne s’était guère attiré de sympathie dans les commentaires, la presse conservatrice eurosceptique s’est montrée critique face à la manière « brutale » de M. Sarkozy et Mme Merkel qui, selon le DAILY TELEGRAPH, n’ont guère « cherché à respecter les subtilités diplomatiques » et ont finalement empêché les Grecs de voter. Le journal craint que ce genre d’intimidation (« bullying ») ne devienne la norme en Europe. Une idée reprise par le DAILY MAIL qui dénonce les « bullies de Bruxelles…qui ont abandonné toute prétention à la démocratie ».
Ces mêmes journaux s’inquiètent du niveau de la contribution britannique au FMI dont les ressources devraient être selon eux doublées pour lui permettre de venir en aide aux pays en difficulté, notamment en Europe. « David Cameron va devoir affronter l’opposition d’un grand nombre de députés conservateurs s’il faut faire appel à l’argent du contribuable britannique malgré toutes les assurances données jusqu’à présent par le gouvernement », souligne le DAILY TELEGRAPH.
Le SUN voit pour sa part dans le « SOS » lancé au FMI une « humiliation » pour la France et l’Allemagne : « c’est un sérieux revers pour le président Sarkozy et Angela Merkel. Ces deux fanatiques de l’Union européenne veulent désespérément que la zone euro résolve elle-même ses problèmes ».
2. Le sommet du G20
« Le G 20 ne convainc pas les marchés « (DAILY TELEGRAPH), « La récession mondiale s’aggrave alors que le sommet échoue » (GUARDIAN), « Les dirigeants européens ne parviennent pas à se mettre d’accord sur le sauvetage de l’euro » (INDEPENDENT), « De grandes ambitions qui n’ont donné que de maigres résultats » (FINANCIAL TIMES) : les commentaires de presse ont été généralement négatifs à l’issue d’un sommet « qui a fini dans la discorde ». « M. Sarkozy a dû faire contre mauvaise fortune bon cœur face à l’impasse », souligne le FINANCIAL TIMES.
Les journaux ont repris largement les déclarations de David Cameron sur l’état de l’économie britannique « qui empire de jour en jour avec la crise de la zone euro ».
Sous le titre « Ils ne se sont pas montrés à la hauteur », l’éditorialiste du GUARDIAN, qui avait pourtant suggéré quelques jours plus tôt « Yes, they cannes », conclut à l’échec et regrette l’occasion manquée : le communiqué reflète le compromis mais reste le plus souvent au stade des généralités. Il parle d’un plan d’action pour la croissance et l’emploi, « mais où est-il » ? Il est certes important d’avoir des ambitions réalistes, « mais Cannes n’a apporté que peu de réponses, et tous les grands problèmes demeurent ».
Pour Alan Beattie du FINANCIAL TIMES, le G 20 avait fait bien des promesses et n’a donné que de « maigres résultats », au point que se pose la question de l’utilité de ces grandes rencontres. Le TIMES évoque une atmosphère d’échec et de discorde et dresse un parallèle peu favorable avec le G 20 de Londres en 2009 au cours duquel tous les leaders s’étaient ralliés face à la crise bancaire. C’est un « revers politique » pour M. Sarkozy qui avait compté sur ce sommet pour rehausser sa réputation, ajoute le journal.
« Le seul pouvoir des dirigeants mondiaux est de pouvoir se frustrer mutuellement », conclut de façon bien négative Andrew Rawnsley de l’OBSERVER : « La Chine a dit non à la demande de la France. L’Allemagne a refusé le renforcement des pouvoirs de la BCE. Les Etats-Unis ont été réticents à la demande britannique de faire du FMI le sauveur de la situation. Le résultat nous rapproche de la catastrophe ».
II. INTERNATIONAL
1. Le vote de l’UNESCO sur la Palestine
La décision de l’UNESCO d’accueillir la Palestine comme membre à part entière a été annoncée par l’ensemble des journaux qui saluent la victoire de M. Abbas, mais relèvent « l’action punitive » des Etats-Unis – qui suspendent leurs versements à l’organisation - et celle d’Israël qui accélère les colonisations.
Pour l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES, il s’agit en effet d’une « importante victoire » : c’est une décision « courageuse » et pas seulement parce qu’elle a mis au défi les Américains. Elle l’a été aussi parce que l’entrée de la Palestine dans l’UNESCO montre que le processus lancé en septembre par M. Abbas devant le Conseil de sécurité de l’ONU ne pourra pas éternellement être stoppé par la menace d’un veto des Etats-Unis. Etant donné l’impasse à New York, M. Abbas a eu raison de se tourner vers l’UNESCO. Après des années d’échec du processus de paix, une nouvelle approche s’impose. Washington doit soigneusement peser les conséquences de son opposition systématique aux initiatives de la Palestine. Le financement de l’UNESCO est d’une importance critique pour la politique étrangère américaine, notamment en Afghanistan. Dans l’immédiat, Washington doit se montrer moins obstiné vis-à-vis de M. Abbas : le dirigeant palestinien cherche à obtenir la reconnaissance d’un Etat en utilisant des moyens non violents. Il a été affaibli par l’échange de prisonniers négocié par le Hamas – partisan de la ligne dure – et Israël. Le vote de l’UNESCO donne un coup de pouce à M. Abbas et à sa campagne. Il pourrait finalement aider à la recherche d’une solution pacifique à la question palestinienne.
Si la presse n’a pas commenté l’abstention du Royaume-Uni, elle relève comme le GUARDIAN que la France a été un des pays à voter en faveur des Palestiniens, ce qui « pourrait donner des indications sur sa position lors du vote prochain au Conseil de sécurité ».
2. La menace iranienne
L’Iran a fait de nouveau la Une des journaux en particulier celle du GUARDIAN (le jeudi 3 novembre) qui annonce que le Royaume-Uni se préparerait à prendre part à une intervention militaire contre l’Iran aux côtés des Etats-Unis. Le DAILY TELEGRAPH évoque la publication prochaine du rapport de l’AIEA qui devrait mettre en avant la dimension militaire et l’importance du programme nucléaire iranien. L’INDEPENDENT fait état de tests de missiles effectués par Israël qui suggèreraient selon lui la possibilité d’une action de l’Etat hébreu contre le régime de Téhéran.
Les commentaires sont plutôt alarmistes. Dans un éditorial, le GUARDIAN assure que les conséquences d’une attaque aérienne contre les installations iraniennes seraient « terribles et imprévisibles » : il y aurait d’abord des victimes civiles et probablement un rapprochement de l’ensemble du pays autour de son leader. « Ce serait la guerre, et en fait pas seulement une car les missiles pleuvraient sur Israël en provenance du Liban et de Gaza et l’Iran réagirait en bombardant l’Irak ». De plus si l’Iran cache pour le moment ses intentions de construire la bombe, il le fera probablement ouvertement par la suite. « Il est important de relancer les négociations avant que ce cauchemar ne devienne réalité », conclut le journal.
Sous le titre « les tambours de guerre se font entendre avec davantage de force maintenant que se révèlent les ambitions atomiques de Téhéran », Con Coughlin du DAILY TELEGRAPH considère lui aussi que les informations contenues dans le rapport de l’AIEA devraient « intensifier les pressions sur le président Obama pour l’amener à adopter une ligne plus dure, alors qu’il s’est beaucoup battu pour faire revenir les Iraniens à la table de négociation ».
L’INDEPENDENT pointe Israël du doigt : « le fait qu’une attaque contre l’Iran soit de nouveau dans l’air reflète la vulnérabilité de l’Etat hébreu. Il est regrettable que les dirigeants israéliens aient été incapables jusqu’à présent de répondre de manière positive aux changements historiques qui se produisent dans la région… L’avance de la démocratie dans le monde arabe offre de nouvelles chances de dialogue. Et à un tel moment, parler de guerre –réelle ou hypothétique – est plus dangereux que jamais ».
THE OBSERVER défend la même ligne : M. Nétanyahou « joue un jeu risqué » en laissant entendre qu’Israël pourrait passer à l’attaque. L’éditorialiste du journal rappelle que l’Etat hébreu n’a pas pu mettre en échec le Hezbollah au Liban en 2006, pas plus que le Hamas à Gaza en 2009 et qu’il s’est dans le processus attiré « l’opprobre de la communauté internationale ».
3. L’offre de la Ligue arabe à la Syrie
L’offre de la Ligue Arabe à la Syrie en vue de mettre fin à la violence est accueillie avec scepticisme par la presse.
Ce pourrait être une couverture facile, un simulacre de paix, souligne Simon Tisdall du GUARDIAN, tout en estimant que cette solution « peu satisfaisante » pourrait bien se concrétiser pour trois raisons : tout d’abord, Assad entend bien s’accrocher au pouvoir ; il a lancé ces derniers jours une contre-offensive qui ne manque pas d’habileté en accordant diverses interviews à la presse étrangère (y compris britannique) ; un troisième facteur crucial joue enfin en faveur du président syrien et c’est la division de l’opposition.
L’éditorialiste du FINANCIAL TIMES considère qu’en dépit des efforts de la Ligue Arabe, la communauté internationale doit maintenir la pression sur le président Assad : une intervention militaire n’est pas possible. Des sanctions en revanche le sont. Si l’Union européenne et les Etats-Unis ont récemment durci leur position, d’autres pays ont été moins actifs. La Turquie doit notamment mettre en œuvre les sanctions ciblées dont elle accepte l’idée. Selon le journal, le président syrien ne fait qu’exacerber les tensions dans son régime ouvrant ainsi la voie à la guerre civile. « Ce serait une bonne chose pour la Syrie et toute la région s’il était contraint de partir avant de mettre le feu aux poudres ». /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028