SEMAINE DU 31 MARS AU 6 AVRIL
Le gouvernement a de nouveau été critiqué pour sa politique en matière d’immigration à la suite de la publication d’un rapport des Lords. Au chapitre international, le sommet de l’OTAN à Bucarest et les élections au Zimbabwe ont suscité une importante couverture de presse.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
Le débat sur l’immigration
Le rapport d’une Commission de la Chambre des Lords a relancé la controverse sur l’immigration : remettant en cause la politique du gouvernement travailliste, les pairs britanniques rejettent l’argument selon lequel l’immigration est bonne pour l’économie, et appellent à une limitation du nombre des immigrés non ressortissants de l’Union européenne. Seule la presse conservatrice et eurosceptique soutient ces conclusions.
« Enfin la vérité sur l’immigration », titre le DAILY MAIL, tandis que le DAILY EXPRESS affirme avoir « la preuve que l’immigration n’est d’aucun bénéfice » ». Le DAILY TELEGRAPH parle de « tournant » pour la politique en matière d’immigration : « l’échec du Labour est désormais en évidence » et est le résultat d’un manque de volonté politique et de compétence.
Mais la grande majorité de la presse reproche aux Lords de se baser sur des arguments peu convaincants. Pour le TIMES, le rapport se concentre uniquement sur l’aspect économique, ignorant le plan moral, social et politique, aussi important. Il évalue l’effet de l’immigration sur le revenu national par habitant. Il s’agit avant tout d’un jeu de devinettes qui ne constitue certainement pas une base de référence solide. Les seuls défenseurs de l’immigration se trouvent chez les chefs d’entreprises, en particulier au CBI (patronat britannique). La classe politique, par contraste, garde le silence ou se montre incohérente. « Gordon Brown donne l’impression de cautionner une marche arrière en matière de politique d’immigration. Si cela continue, le Royaume-Uni va finir par abandonner une approche libérale à laquelle elle doit un dynamisme certain. Ce serait épouvantable à tous points de vue ». « Le rapport des Lords ne met pas assez l’accent sur la richesse sociale et culturelle de l’immigration », renchérit le FINANCIAL TIMES, estimant « défectueuse » l’idée d’une limitation du nombre des immigrés.
L’INDEPENDENT et le GUARDIAN protestent véhémentement contre un rapport « mal informé et malveillant ». Pour les deux journaux, l’immigration est bonne pour l’économie. Les immigrés sont essentiels dans de nombreux secteurs des services publics, dans l’industrie du bâtiment et dans l’agriculture. Les propositions des Lords sont insensées. « Il ne faut pas encourager le populisme au détriment de la prospérité », conclut le GUARDIAN.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. Le sommet de l’OTAN
La presse annonçait un sommet « crucial » pour la crédibilité de l’OTAN, mais prévoyait aussi des divisions à propos de la candidature de la Georgie et de l’Ukraine. Elle n’est pas enthousiasmée par les résultats de Bucarest.
Le compromis sur la Georgie et l’Ukraine inquiète plusieurs journaux. Le TIMES y voit une « rebuffade » pour George Bush : il était sans doute « raisonnable » de repousser la décision, mais « il n’est pas acceptable » que cela se soit fait par peur de la Russie. Pour le journal, Gordon Brown s’est montré en la circonstance un peu trop silencieux. Il a donné l’impression de se mettre en marge et de laisser les autres décider de la stratégie.
Bronwen Maddox, dans le même journal, assure que « le grand vainqueur de Bucarest a été Vladimir Poutine », et que le sommet a mis en lumière les « divisions » sur le rôle de l’OTAN : d’un côté, les Etats-Unis et les pays d’Europe de l’Est veulent repousser les frontières de l’Alliance sans ménager la Russie, de l’autre l’Allemagne (avec le soutien de la France) veut prendre des précautions.
Le DAILY TELEGRAPH reconnaît que le compromis sur la Georgie et l’Ukraine est « sensé » à court terme, mais représente des dangers à long terme : si la Russie réussit à empêcher l’adhésion de ces deux pays, elle se sentira encouragée à exercer ses pressions plus avant, notamment sur les Etats Baltes, qui étaient autrefois dans sa zone d’influence. Pour le journal, la solution décidée à Bucarest est « temporaire » et ne fait que repousser un problème qu’il faudra régler par la suite.
Pour le FINANCIAL TIMES, la sagesse consistait à reculer la décision : « dans son propre intérêt, l’OTAN doit éviter de se faire un ennemi de Moscou et, à cette fin, préparer le terrain avant de prendre des décisions importantes ». L’Alliance doit avoir des discussions avec la Russie sur ses projets d’expansion, tout en faisant clairement savoir aux deux pays candidats que leur entrée dans l’organisation sera possible à l’avenir. La balle est dans le camp de Moscou : soit les Russes souhaitent un engagement constructif, soit ils préfèrent semer la zizanie dans les pays voisins.
Plusieurs journaux, dont le TIMES, se sont félicités de la proposition de M. Sarkozy d’intensifier l’engagement de la France en Afghanistan. Le GUARDIAN y voit un « geste de bonne volonté » de la part du président Sarkozy, mais estime qu’il ne résout pas le problème du rôle de l’OTAN. Quant au FINANCIAL TIMES, il considère que c’est la perspective d’un retour de la France dans les structures militaires de l’OTAN qui a amené le président Bush à soutenir le renforcement de la capacité militaire de l’Union.
2. Les élections au Zimbabwe
Même s’il refuse de se rendre à l’évidence et espère, par la fraude, conserver ses fonctions, Robert Mugabe a été mis en échec, et la communauté internationale ne doit pas avoir peur de protester : la presse à l’unanimité demande le départ du dictateur.
« Le Zimbabwe a franchi un tournant, et il était temps. Quoi qu’il advienne, il n’y a pas de marche arrière possible. M. Mugabe doit écouter ce que dit la population », écrit l’INDEPENDENT.
« M. Mugabe n’a plus le soutien de personne, à l’exception des membres de son clan et de ceux qui ont profité de la confiscation des terres », renchérit le DAILY TELEGRAPH, appelant la communauté internationale à défendre la démocratie : la Chine, dont dépend largement l’économie du Zimbabwe, mais aussi l’Afrique du Sud doivent faire entendre leur voix. C’est la volte-face des dirigeants blancs d’Afrique du Sud qui avait imposé la démocratie en Rhodésie. Leurs successeurs noirs ont aujourd’hui l’occasion de faire preuve de la même magnanimité.
Le GUARDIAN s’interroge : « Comment les Etats voisins du Zimbabwe, et en particulier l’Afrique du Sud, pourraient-ils être prêts à laisser M. Mugabe continuer comme avant alors qu’ils savent qu’il agit contre la volonté de son peuple et entraîne toute la région dans sa chute » ?
Bronwen Maddox du TIMES engage le gouvernement britannique à faire entendre sa voix de façon plus énergique : le Foreign Office a toujours adopté une approche prudente à l’égard de M. Mugabe, préférant agir par l’intermédiaire des Nations Unies ou rechercher l’appui de l’Afrique du Sud. Mais le Royaume-Uni aurait pu s’exprimer avec davantage de fermeté ces dernières années depuis l’accélération de la crise économique au Zimbabwe. Lorsque la situation devient catastrophique, il ne faut plus avoir peur de la critique : les élections représentent un tournant. Les partisans de M. Mugabe, y compris M. Mbeki, doivent admettre la réalité. « S’il y a eu fraude électorale, le Royaume-Uni ne doit plus se laisser inhiber par son passé colonial et il doit appeler haut et fort le reste de la communauté internationale à s’allier contre le régime de M. Mugabe ».
Pour l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES, le départ de M. Mugabe est désormais inévitable. La victoire de l’opposition est « convaincante », mais M. Tsvangirai, s’il prend la tête de l’Etat, aura besoin de tout le soutien possible. Le Zimbabwe est un pays brisé et la priorité devra être la stabilisation de l’économie. Selon le journal, le pays a encore « un énorme potentiel » : des ressources importantes, une diaspora qualifiée et la bonne volonté de la communauté internationale. « Et une fois son avenir assuré, il pourra rembourser ses dettes »./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028