SEMAINE DU 31 MAI AU 6 JUIN
La démission du nouveau ministre du budget libéral-démocrate, victime du scandale des notes de frais de Westminster, a de l’avis de la presse porté un sérieux coup à la coalition qui perd en effet un de ses éléments les plus compétents. Les journaux s’interrogent sur la politique de David Cameron envers l’Afghanistan et s’inquiètent des répercussions financières pour BP de la marée noire dans le Golfe du Mexique. L’assaut israélien contre la flottille pour Gaza a dominé le chapitre international.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
1. La démission de David Laws
Premier revers sérieux pour le nouveau gouvernement de coalition britannique : David Law, ministre du budget libéral-démocrate, a été contraint de démissionner pour avoir versé ses indemnités de logement à quelqu’un avec qui il entretenait des relations intimes. Tout en estimant que cette démission était inévitable, la presse regrette le départ d’un ministre compétent et espère que M. Laws reviendra vite à des fonctions publiques.
« Cette démission est une triste affaire qui coûte une de ses étoiles au nouveau gouvernement », écrit l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES. Philip Stephens renchérit dans le même journal, soulignant que M. Laws « méritait sans doute des remontrances, mais non des accusations de fraude ». Selon le commentateur, après le scandale des dépenses des députés, les médias ont pris le parti de considérer que les hommes politiques sont des voleurs et des charlatans et de jeter la pierre aux représentants élus avant de chercher des explications. « M. Laws a choisi de démissionner mais il aurait mieux valu qu’il défende sa position et que le Premier Ministre lui apporte davantage son soutien. A certains moments, les hommes politiques doivent affronter la foule. M. Laws a perdu son poste et le pays n’a pas à s’en réjouir ».
Le TIMES regrette lui aussi l’action des médias et leurs révélations destinées à toucher « un membre talentueux et vital de la coalition ». Pour le journal « assez, c’est assez. Si le parlement veut se mettre au travail, il est temps de tirer un trait sur l’affaire du scandale des dépenses des députés et juger ces derniers en fonction du nouveau régime en place, sauf cas avéré de fraude grave ». « Un retour avant longtemps de M. Laws au gouvernement est clairement dans l’intérêt de la coalition et du pays ».
Pour l’INDEPENDENT, le départ de M. Laws est à la fois une « tragédie personnelle » (le secrétaire au Trésor a voulu cacher la relation homosexuelle qu’il entretenait avec la personne qui le logeait) et une perte pour la nation : il possède l’expérience, l’intelligence et la détermination nécessaire pour régler la question du déficit budgétaire. Il a aussi la conscience sociale et les principes lui permettant de le faire en respectant les intérêts des plus vulnérables. Le journal souhaite son retour au plus vite dans le gouvernement. « Les Tories lui faisaient confiance pour la réduction du déficit, et les libéraux-démocrates pour une action aussi équitable que possible. Les deux partis auront une tâche plus difficile sans lui », renchérit le GUARDIAN.
2. David Cameron et l’Afghanistan
Que va être la politique de David Cameron en Afghanistan ? Le Premier ministre conservateur a discuté de sa stratégie avec son Conseil de la Sécurité Nationale, alors que les Britanniques se préparent à une offensive autour de Kandahar après avoir cédé à un général américain le commandement des forces dans la province d’Helmand.
Le DAILY TELEGRAPH estime que la prise de commandement des Américains ne doit pas conduire à la conclusion d’un échec des Britanniques : ces derniers ont accompli un travail « héroïque » au cours des quatre dernières années et préparé le terrain à la nouvelle stratégie américaine. Pour le journal cependant, « il faut maintenant des résultats tangibles pour rassurer une opinion de plus en plus sceptique… David Cameron doit commencer par apporter un soutien clair et sans équivoque aux efforts de l’armée ».
Dans un registre opposé, Simon Jenkins appelle David Cameron à « hâter la fin d’une guerre absurde » : il n’a jamais été prouvé que les Talibans posent une menace au Royaume-Uni, et les bombardements de l’OTAN sur les villages pachtounes n’ont pas réduit le terrorisme. Le gouvernement britannique ferait preuve de bon sens en annonçant, comme M. Obama l’a fait, un retrait plus rapide de ses troupes.
L’éditorial du FINANCIAL TIMES se félicite de voir M. Cameron « concentrer son attention à la mission en Afghanistan contrairement à son prédécesseur » : le Premier ministre doit cependant bien expliquer sa stratégie. Il ne doit pas chercher à fixer de date pour le retrait, « une mauvaise habitude prise par M. Brown ». « Il n’est pas question de vouloir transformer l’Afghanistan en démocratie occidentale, mais le Royaume-Uni ne doit se retirer qu’une fois que le gouvernement afghan aura des chances raisonnables de pouvoir assurer sa propre sécurité ».
3. BP et la facture de la marée noire
L’impact financier pour le groupe britannique de la marée noire du Golfe du Mexique inquiète les médias. La chute des actions BP va se répercuter sur la plupart des fonds de pensions, et quelques commentateurs s’interrogent sur l’approche des grandes entreprises face au risque.
« Ce sont des millions de Britanniques » qui vont être touchés, souligne l’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH qui, tout en estimant que BP pouvait difficilement faire davantage pour arrêter la marée noire, met en cause le manque de sécurité de la plate-forme de forage et la mauvaise politique de communication du groupe.
L’éditorialiste du GUARDIAN va plus loin : « On dit que le premier pas vers la réforme est d’accepter ce qui ne va pas. Le fait que Tony Hayward ait admis que BP n’était pas préparé à la catastrophe est à ce titre encourageant. C’est un changement de ton important de la part d’un PDG qui jusqu’à présent a fait la sourde oreille ». Toutefois, selon le journal, même le départ de ce grand patron ne réglerait pas le problème : ce n’est pas seulement un homme et son conseil d’administration qui sont en cause, mais plus généralement la matière dont opère l’entreprise. Depuis sa privatisation, BP s’est lancée tête la première dans les affaires, se préoccupant peu de la technique et de l’ingénierie, préférant les gros contrats et le commerce, en bref se comportant comme une banque imprudente. Les résultats ont souvent été terribles, comme l’explosion dans une raffinerie au Texas en 2005. Les forages dans le Golfe du Mexique n’ont guère été soumis à des contrôles et nous en payons le prix. Des questions se posent sur la façon dont les entreprises britanniques abordent le risque : que ce soit BP, Prudential, RBS, on a l’impression que le mot d’ordre consiste à agir d’abord et à réfléchir ensuite. C’est une approche qui a en partie pour origine l’envie de l’Amérique (les deals de Wall Street son toujours plus gros) mais aussi un asservissement à la City qui exige croissance rapide et dividendes pour les actionnaires. C’est une approche qui manque de consistance.
Le FINANCIAL TIMES se place sous l’angle américain et lance un appel au calme dans son éditorial : il faudrait certes envisager de nouvelles réglementations en matière de plates-formes de forage. BP a commis une erreur et en paie le prix. Ce n’est cependant pas une entreprise incompétente, et ce n’est pas le moment de jeter de l’huile sur le feu : la Maison Blanche doit éviter de céder aux pressions politiques et d’aggraver encore plus la situation.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
L’assaut israélien
L’assaut israélien contre la flottille à destination de Gaza a fait la une des principaux journaux qui ont relayé l’ensemble des critiques portées contre l’Etat hébreu. Les commentateurs condamnent vivement cette action. Le TIMES considère cependant que les militants pour la paix ne sont pas sans reproches, tandis que le DAILY TELEGRAPH s’inquiète de la réaction de la Turquie.
« Israël a porté atteinte à la légitimité de son combat », assure l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES qui estime que rien ne peut justifier la capture illégale de navires civils transportant de l’aide humanitaire et encore moins l’usage de la force. Selon le journal, pire encore reste le blocus de Gaza qui a montré la détermination d’Israël à détruire le Hamas quel qu’en soit le coût en vies humaines d’innocents Palestiniens. Le FT ajoute que ce dernier assaut expose « le mépris » de l’Etat hébreu pour le droit international et son intolérance de la dissidence. Et de conclure : « Israël a toujours su qu’il était important que sa conduite soit jugée légale par les grandes puissances du monde. Ces puissances – au sein du Quartet et du Conseil de Sécurité de l’ONU – doivent clairement lui signifier qu’il est allé trop loin ».
Le GUARDIAN est tout aussi sévère : « rien ne peut davantage présenter Israël comme un Etat paria aux yeux de ses voisins que l’action de son armée… Rien à bord de la flottille ne menaçait sa sécurité…En une seule opération, l’Etat hébreu a détruit le peu d’ascendant qu’il avait sur la communauté internationale à propos de Gaza ». Pour le journal, il est urgent de mettre fin non seulement à l’isolement physique de cette région, mais aussi à son isolement politique : peu à peu, les différents pays ouvrent le dialogue avec le Hamas et, d’une certaine manière, c’est l’action d’Israël qui y contribue. L’INDEPENDENT insiste également sur « le besoin urgent de mettre fin à l’isolement de Gaza » et reproche à Israël de répondre par les armes aux manifestations pacifiques : « l’Etat hébreu n’a donc pas à être surpris si le reste de la communauté internationale juge ses réactions excessives et disproportionnées ». Pour le journal aussi, la solution au problème de Gaza passe par l’ouverture du dialogue avec le Hamas.
« Israël a le droit de se protéger de ses ennemis et d’empêcher l’introduction d’armes à Gaza », souligne de son côté le TIMES, qui regrette néanmoins la tactique employée et estime que l’incident aurait pu être évité si le blocus de Gaza avait été levé. Il ne fait, selon le journal, que renforcer l’emprise du Hamas. Le TIMES met en cause la politique de M. Nétanyahou qui fait du tort à son pays (notamment en poursuivant les colonisations). Il est temps que le gouvernement israélien prenne l’initiative et se fixe pour objectif la paix. Le journal critique également certains des passagers de la flottille, « étranges militants de la paix » qui ont eu recours à la loi du lynch. Affronter l’armée israélienne avec une flottille est sans doute une bonne stratégie pour mettre en lumière les injustices du blocus de Gaza, mais elle n’est guère efficace pour apporter réellement de l’aide. Les militants authentiques pour la paix peuvent être accusés de naïveté pour s’être joints à une organisation humanitaire turque bien connue pour ses liens avec le Hamas. « Il ne s’agit pas d’excuser Israël, mais la grande erreur de l’Etat hébreu, en se conduisant en coupable de la pièce, a été de créer un environnement qui permet à ses ennemis d’échapper au reproche. La vérité est bien différente ».
Le DAILY TELEGRAPH s’inquiète de la réaction de la Turquie qui, depuis 2008-2009, tourne le dos à Israël et renforce ses liens avec la Syrie et l’Iran. Le journal assure que ce revirement devrait faire réfléchir l’Union européenne qui, du fait de l’opposition de la France et de l’Allemagne, ralentit le processus d’adhésion de la Turquie. Or, ce pays, laïc et non arabe, est dans une position unique pour servir de médiateur entre Israël et les Palestiniens. « Son Premier ministre semble malheureusement avoir choisi un rôle plus tendancieux afin de plaire à son électorat islamique », conclut le DT.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028 La version texte est aussi accessible sur le site internet de l’ambassade à l’adresse suivante : HTTP ://AMBAFRANCE-UK.ORG dans la rubrique Newsroom