Semaine du 30 juin au 6 juillet

SEMAINE DU 30 JUIN AU 6 JUILLET

L’actualité britannique a été plutôt calme, sans événement majeur mais sur fond de morosité : difficultés économiques, insécurité et violence dans les rues, avec le gouvernement le plus impopulaire de l’histoire. Trois dossiers ont dominé la politique internationale : le Zimbabwe, l’Iran et la Turquie. Au chapitre européen, l’ouverture de la présidence française de l’Union a donné lieu à une très importante couverture de presse.

I. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Le Zimbabwe

La majeure partie de la presse est déçue par l’issue du sommet de Charm el-Cheikh : l’appel des dirigeants africains en faveur d’un gouvernement d’unité nationale au Zimbabwe ne résout pas vraiment la crise et ne remet pas en cause le pouvoir de M. Mugabe.

Les journaux soulignent, à l’instar du FINANCIAL TIMES, les « divergences » de l’Union africaine sur le régime de Robert Mugabe. « C’est un revers pour les espoirs présidentiels de M. Tsvangirai », relève pour sa part l’INDEPENDENT. L’éditorialiste du journal estime toutefois que le résultat du sommet de l’UA est moins favorable qu’il y paraît au président du Zimbabwe (il a été vivement critiqué en privé par un grand nombre de dirigeants et les proches de M. Mugabe savent que « la catastrophe est imminente »). Pour l’INDEPENDENT, la solution ne peut venir que de la négociation, mais le leader de l’opposition, Morgan Tsvangirai, « a raison de poser ses conditions » : un accord avec le gouvernement actuel ne peut qu’être transitoire et doit mener à de nouvelles élections ; M. Mbeki ne peut plus être le seul médiateur, il faut lui adjoindre quelqu’un de poids, comme les anciens présidents du Mozambique, du Nigeria, ou Kofi Annan.

2. Les négociations avec l’Iran

Après l’assouplissement de la position des pays occidentaux à l’égard de l’Iran, la presse s’interroge sur la réaction de Téhéran, notamment sur la lettre adressée à M. Solana.

Cette réponse sera déterminante pour la nouvelle phase de la négociation, écrit le FINANCIAL TIMES en soulignant que « si l’Iran accepte l’offre qui lui est faite, cela pourrait signifier le gel de toutes nouvelles opérations d’enrichissement à la centrale de Natanz ».

Malgré une réponse déjà qualifiée de « constructive », l’INDEPENDENT reste néanmoins sceptique : le journal estime peu encourageant le ton employé par l’un des responsables de l’armée iranienne (« les responsables de toute intervention contre l’Iran regretteront leur action »).

L’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH est franchement inquiet : malgré les ouvertures de Washington, les Iraniens ne font rien en contrepartie. Une solution diplomatique serait évidemment préférable à une action militaire, mais pas à n’importe quel prix. Tant que l’Iran n’accepte pas l’existence d’Israël et ne suspend pas son programme d’enrichissement de l’uranium, tout gouvernement israélien responsable doit considérer ce pays comme une menace pour l’Etat juif. Ce qui convient à Téhéran et Washington pourrait conduire à l’isolement d’Israël et l’amener à une action unilatérale catastrophique. Si l’on en juge par les divisions à propos de l’Irak en 2003, il est essentiel que les six pays qui négocient avec l’Iran insistent sur la nécessité de la sécurité d’Israël. D’une manière générale, Téhéran reste hostile aux intérêts occidentaux. Nous ne devons jamais l’oublier dans nos négociations avec un régime qui a constamment menti sur son programme nucléaire.

3. La crise en Turquie

La crise menaçant le parti au pouvoir AKP suscite des inquiétudes dans l’ensemble de la presse qui craint des répercussions, non seulement en Turquie mais aussi dans le reste du monde.

Le FINANCIAL TIMES rappelle que la raison de ce conflit peut paraître futile : elle tient à l’autorisation donnée aux femmes par le gouvernement de porter le foulard dans les universités. Il souligne aussi que dans un pays de culture laïque, une telle décision ne pouvait manquer de créer des remous. Pour le journal, il faut espérer que la tentative de renversement de l’AKP échouera : « ce parti est populaire, libéral et représente la face modérée de l’Islam. Il a développé considérablement l’économie de la Turquie ». Cette crise devrait servir d’avertissement à l’Union européenne : si les Etats membres avaient offert à ce pays un calendrier ferme et optimiste en vue d’une adhésion, au lieu d’émettre constamment des réserves, l’armée et l’AKP se seraient concentrés essentiellement sur la destination européenne. C’est parce que peu de Turcs gardent désormais l’espoir dans ce processus que le pays se trouve au bord d’un « coup ». « L’Union européenne doit abandonner son ambiguïté et ses divisions sur la Turquie. Mais c’est bien tard ».

Bronwen Maddox du TIMES qualifie de « désastreuse » la démarche des magistrats de la Cour constitutionnelle, car « elle mène à une confrontation qu’il sera difficile de faire retomber et éloigne la Turquie de l’Europe ». La journaliste souligne, elle aussi, l’approche « libérale et respectueuse des Droits de l’Homme » de l’AKP au cours des six dernières années, et ajoute que l’on ne peut prêter à ce parti l’intention de promouvoir des réformes islamistes, même si cette affaire de foulard est malencontreuse.

II. AFFAIRES EUROPEENNES

L’ouverture de la PFUE

« Le citoyen Sarkozy commence sa mission pour sauver l’Europe » (TIMES), « Sarkozy promet de restaurer la confiance dans l’Union européenne » (GUARDIAN) : toute la presse a rendu compte de l’intervention télévisée du président de la République à la veille de l’ouverture officielle de la PFUE. Les commentateurs soulignent l’ampleur des ambitions françaises. Si les journaux eurosceptiques en espèrent l’échec, les grands quotidiens estiment que la France a une « chance à saisir ».

C’est l’opinion que défend THE INDEPENDENT. Si le journal reconnaît que le « non » des Irlandais n’a pas permis à la France « de se débarrasser de toutes les questions techniques exaspérantes », il estime aussi que M. Sarkozy n’a pas pour autant à renoncer à tous ses projets : une de ses priorités est la défense et le renforcement des capacités militaires européennes. L’absence de Traité ne devrait pas y faire entrave. De même, la France n’a pas à abandonner ses idées de coordination de la politique en matière d’immigration et de plus grande coopération en matière de sécurité. Ces projets sont dans l’intérêt de tous les pays de l’Union. Le Traité concerne surtout le fonctionnement de l’Europe. Si la France peut persuader ses partenaires de cesser de faire du nombrilisme, elle pourra faire du bon travail au cours des six prochains mois.

La présidence française de l’Union européenne représente un grand moment pour M. Sarkozy, écrit à son tour le FINANCIAL TIMES. Le journal appelle le président de la République à tenter de forger un consensus sur le Traité de Lisbonne au cours des mois à venir. Il souligne les qualités de négociateur du président français - il aime résoudre les problèmes et refuse la défaite – et estime qu’elles permettent d’espérer un accord. Pour le FT, il est également un autre domaine où M. Sarkozy devra exercer sa magie : celui du réchauffement climatique. L’Europe a en effet besoin d’un accord sur les réductions d’émissions et les énergies renouvelables pour être en bonne position lors de la conférence de Copenhague en décembre 2009. « Le président de la République a une tâche difficile, mais il pourra crier victoire s’il réussit à la fois à propos du Traité et du climat », conclut le journal.

Dans le camp adverse, le très eurosceptique DAILY TELEGRAPH ironise sur le « grand menu » de M. Sarkozy : en plat principal, le Traité de Lisbonne avec pour hors d’œuvre l’Union pour la Méditerranée. Selon le journal, les « pauvres européens » qui ont été privés de référendum n’ont toutefois probablement pas à craindre une « alimentation forcée » : lors de son arrivée au pouvoir, le président de la République avait promis force réformes. Les Français attendent encore. Il ne devrait pas y avoir trop à craindre de six mois de PFUE. Le journal se félicite également de « la résistance de la Pologne à l’autoritarisme de Bruxelles » et conclut : « les peuples veulent une Europe plus souple et plus libre, qui se concentre sur les problèmes quotidiens, et non sur la poursuite d’ambitions fédéralistes complètement dépassées ».

Le TIMES se montre méfiant à l’égard des « projets grandioses » de M. Sarkozy. « La plupart des Etats membres de l’Union feraient plutôt bon accueil à l’enthousiasme et à l’énergie de M. Sarkozy, mais ils craignent ses instincts bonapartistes, en particulier sa détermination à défendre les intérêts nationaux de la France », souligne le journal. Concernant les projets de défense, s’il n’y a pas a priori d’objection majeure, ils ne doivent pas « viser avant tout à saper l’OTAN ». Pour le TIMES, il ne pourra y avoir de résultats tangibles sans solution au Traité de Lisbonne : M. Sarkozy ne peut ignorer le vote des Irlandais. Il doit comprendre que « non » veut dire « non » et que l’on ne peut pas, par des intimidations, le transformer en « oui ».

Les désaccords entre M. Sarkozy et M. Mandelson ont fait les titres de bon nombre de journaux qui y voient un affrontement entre « protectionnisme et libre-échange ». Généralement peu partisans du commissaire européen, les commentateurs espèrent, à l’exemple du DAILY TELEGRAPH, que « dans cette confrontation que c’est M. Mandelson qui l’emportera ».

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028