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Semaine du 30 janvier au 5 février 2012

SEMAINE DU 30 JANVIER AU 5 FEVRIER

La controverse sur les bonus des banquiers a dominé la politique intérieure et placé David Cameron dans une position difficile : le premier ministre est critiqué de toutes parts pour en avoir trop fait (par populisme) ou pas assez (car c’est toute la culture qu’il faut changer). Un vote aux Communes est prévu ce mardi 7 février sur le sujet à la demande de l’opposition travailliste. Sur la scène internationale, deux thèmes ont retenu l’attention des rédactions : la Syrie et l’Afghanistan. Concernant l’Europe, le Conseil du 30 janvier a été couvert surtout sous l’angle de ce que les eurosceptiques ont perçu comme le « revirement » de David Cameron avec le veto qui n’est pas un veto. L’annonce de la décision indienne sur les avions Rafale a suscité beaucoup de remous, principalement dans les tabloïds, qui y voient un revers pour le Royaume-Uni, qui fournit pourtant une aide au développement importante à Delhi, et un triomphe pour la France. La campagne pour les élections présidentielles continue à faire l’objet d’une couverture régulière.

I. ROYAUME-UNI

La controverse sur les bonus

La controverse sur les bonus n’est pas retombée après la décision du PDG de la RBS de renoncer à son bonus de 1 million de livres. David Cameron s’est retrouvé dans une position inconfortable, car attaqué de toutes parts aussi bien pour avoir laissé peu de choix à M. Hester que pour n’avoir rien résolu au problème. Le retrait de sa dignité de chevalier à Fred Goodwin, l’ancien patron de RBS, pour son rôle dans la crise financière n’a pas été jugé convaincant non plus et là encore le Premier ministre est accusé de céder au populisme.

La presse conservatrice, le TIMES et le DAILY TELEGRAPH en tête, estime que le gouvernement n’a pas à se mêler du fonctionnement des banques et qu’il a agi « à la limite de la lâcheté » en ne venant pas à la défense du directeur de la RBS. Si ce dernier et son équipe peuvent redresser cette banque, ils méritent tout l’argent qu’ils gagnent. « Face aux réalités économiques, le populisme facile ne rend pas service au pays. M. Cameron risque fort de regretter ce triste épisode », souligne le DAILY TELEGRAPH, tandis que le TIMES ajoute : « si les hommes politiques avaient réellement à cœur les intérêts nationaux, ils auraient laissé en paix M. Hester car il a un travail important à faire ». Cette campagne s’est renforcée dans la presse dominicale (SUNDAY TIMES, SUNDAY TELEGRAPH) très critique à l’égard du gouvernement.

Les journaux de centre-gauche se félicitent de la décision de M. Hester : compte tenu de la pression de l’opinion, de l’opposition travailliste, il n’était pas possible qu’il conserve son bonus. Mais pour le GUARDIAN, « c’est une décision qui ne résout rien si ce n’est le problème immédiat auquel était confronté le gouvernement ».

C’est toute une culture qu’il faut changer, et ce n’est pas un seul gouvernement qui y parviendra, renchérit l’INDEPENDENT qui met en cause les actionnaires institutionnels et les régulateurs de l’industrie et appelle les hommes politiques à « cesser de jouer pour la galerie » en dirigeant leur colère contre ceux qui peuvent réellement faire la différence. Ed Miliband a demandé un vote mardi aux Communes pour mettre fin à la culture des bonus.

II. INTERNATIONAL

1. L’impasse sur la Syrie

Toute la presse a titré sur la « colère » provoquée par le veto de la Russie et de la Chine à la résolution du Conseil de sécurité. Elle avait auparavant relevé les efforts français, britanniques et américains en vue d’une solution et déjà dénoncé le blocage de Moscou.

Sous le titre « le double jeu de la Russie », l’INDEPENDENT reconnaît la complexité du problème : même sans l’intransigeance de Moscou, le régime d’Assad ne tomberait pas si facilement. Toutefois rien ne devrait empêcher la condamnation d’un gouvernement « qui envoie les chars contre son peuple ». Il est « honteux » que les Russes continuent de lui apporter leur soutien. « Si la Russie ne peut pas soutenir le plan de paix de la Ligue arabe, elle devrait au moins se garder d’exercer son veto ».

Pour le GUARDIAN, Moscou a tort de déclarer qu’une résolution de l’ONU encouragerait la guerre civile : « plus tôt Assad comprendra qu’il n’a pas d’avenir – et une résolution de l’ONU même diluée peut l’en persuader – plus tôt les membres de son régime chercheront à préserver quelque chose du naufrage ».

2. La mission en Afghanistan

Le rapport « fuité » de l’OTAN sur la mission en Afghanistan, et qui met en lumière le rôle des services de renseignement pakistanais et le rapprochement des soldats afghans avec les Talibans, a fait couler beaucoup d’encre et suscité des commentaires divergents.

Le TIMES qui pointe du doigt le Pakistan « pour faire obstacle à la réconciliation entre les Talibans et Kaboul » assure toutefois que l’OTAN a presque réussi sa mission, qui est d’empêcher Al Qaïda de trouver un refuge en Afghanistan d’où lancer des attaques contre l’occident. C’est en effet l’objectif depuis 11 ans, souligne pour sa part le DAILY TELEGRAPH tout en s’inquiétant des risques de « désintégration » : les Français ont décidé de retirer leurs soldats d’Afghanistan 12 mois plus tôt que prévu. Barack Obama sera tenté d’en faire autant dans la perspective des présidentielles. « De sérieuses questions se poseront sur la crédibilité de l’OTAN et sur le bien-fondé du maintien des troupes britanniques pendant encore trois ans, avec les risques et les coûts que cela implique ».

Pour le GUARDIAN, sceptique depuis longtemps sur la mission menée en Afghanistan, cette guerre ne produit pas d’effets, et le rapport de l’OTAN pourrait avoir des conséquences catastrophiques (« c’est comme une grenade jetée dans une salle bondée ») : ce rapport prend acte d’un fort degré de confiance chez les Talibans persuadés qu’ils remporteront la victoire, ce qui justifie a contrario la décision du président Sarkozy de retirer ses troupes plus tôt que prévu.

Le FINANCIAL TIMES estime lui aussi que la politique envers l’Afghanistan n’a pas porté ses fruits : il n’y a guère eu d’efforts pour utiliser la pression militaire comme moyen d’aboutir à un règlement politique à l’exemple de la Bosnie. L’annonce de retrait anticipé de la France et des Etats-Unis risque d’encourager la ligne dure des Talibans qui voient les forces internationales se ruer vers la porte de sortie. « Le calendrier est loin d’être idéal. Ce n’est pas une coïncidence s’il correspond à une période d’élections présidentielles dans les deux pays ». La « tragédie », c’est que ces considérations politiques n’ont rien à voir avec la stabilité de l’Afghanistan, conclut le FT.

La décision des ministres de l’OTAN réunis jeudi et vendredi a fait l’objet d’une bonne couverture de presse, avec la reprise des déclarations de Phil Hammond sur le calendrier pour les forces britanniques.

III. EUROPE

Le Conseil européen

A l’exception du FINANCIAL TIMES qui annonçait « la victoire de Merkel » sur le pacte budgétaire, la plupart des journaux s’est surtout concentrée sur la « colère » des eurosceptiques et les risques d’une nouvelle rébellion face au « revirement » de David Cameron. Les explications du Premier ministre devant les Communes n’ont rien arrangé, lui valant de nombreuses critiques, dont celle d’Ed Miliband qui a eu beaucoup de succès : « Avec David Cameron, le veto, ce n’est pas pour la vie, c’est juste pour Noël ». La presse eurosceptique et tabloïde passe à l’attaque contre un Premier ministre qui semble s’être incliné devant Nick Clegg.

Le DAILY MAIL n’hésite pas à comparer David Cameron à John Major pour avoir laissé passer un traité auquel il avait opposé son veto en décembre. Le SUN s’inquiète des « hésitations » du Premier ministre : les électeurs aiment que l’on défende le Royaume-Uni surtout face à l’Europe. David Cameron avait vu sa popularité monter lorsqu’il a dit non à Bruxelles. Tout cela sera perdu s’il laisse Nick Clegg « dicter ses conditions ».

« Ce serait une grave erreur de s’incliner devant Bruxelles », renchérit le DAILY EXPRESS qui rappelle que les Britanniques veulent regagner leur souveraineté, « et c’est ce qu’ils pensaient avoir obtenu avant Noël ».

Le GUARDIAN reproche à David Cameron de « pratiquer la marche-arrêt » sur l’Europe : ayant attisé la flamme eurosceptique en décembre, il est revenu du dernier Conseil européen en ayant du mal à expliquer ce que son veto a réussi exactement à empêcher. L’Europe est affaiblie, et « la marginalisation du Royaume-Uni contribue en partie à cet affaiblissement » : le veto de décembre a réduit l’influence du Royaume-Uni pour la suite. Qu’il ait été réel ou non M. Cameron et son parti en ont bénéficié dans les sondages. Mais il a semé une confusion qui risque d’avoir un effet plus durable. Le Premier ministre a perdu une bonne partie de la confiance des libéraux-démocrates et des conservateurs sur l’Europe. « Il n’aura que lui-même à blâmer si les sondages se retournent maintenant contre lui ».

Sur le Conseil européen proprement dit, la couverture a été limitée. L’INDEPENDENT estime que la nouvelle architecture européenne ne correspond pas à l’union budgétaire que voudraient les marchés. « C’est le bâton sans la carotte » et elle manque de crédibilité. Il n’y a pas de promesse d’aide aux pays en difficulté et déjà la contagion a commencé. THE ECONOMIST s’inquiète du déficit démocratique que posent l’approche allemande et le pacte budgétaire.

IV. FRANCE

1. Inde/ Rafale

La décision de l’Inde d’entrer en négociations exclusives avec Dassault pour l’achat d’avions de combat a donné lieu à une importante couverture de presse. Si elle est factuelle dans le FINANCIAL TIMES, elle suscite de vives protestations dans les tabloïds qui y voient un revers pour David Cameron et une victoire pour Nicolas Sarkozy.

Sous le titre « la France attaque en piqué le Royaume-Uni et le prive d’un contrat de 13 milliards de livres », le DAILY MAIL assure que l’Inde « a snobé » l’industrie britannique et qu’il s’agit d’un « revers » pour M. Cameron (lequel s’était rendu en Inde en 2010 avec six ministres et une soixante d’hommes d’affaires pour faire du Royaume-Uni « le partenaire de choix » de ce pays. C’est « un bon coup de propagande » pour M. Sarkozy qui s’est moqué, il y a quelques jours, du fait que le Royaume-Uni n’a pas d’industrie », ajoute le journal.

Le DAILY MAIL rappelle le montant de l’aide au développement accordée par le Royaume-Uni à l’Inde, qui n’a pas joué en sa faveur, comme le prétendait le gouvernement. Le SUN en est furieux et appelle à l’arrêt de cette aide au développement : « la France n’accorde pas d’aide régulière à l’Inde, mais les Français sont suffisamment astucieux pour remporter des contrats lucratifs en matière d’énergie nucléaire et d’armement ». Le DAILY MAIL soulignait qu’avec cette décision, « les Indiens avait décidé de faire leurs courses chez Monoprix plutôt que chez Aldi », mettant en avant la meilleure qualité à ses yeux du Typhoon.

« L’offre de partenariat renforcé » proposée par M. Cameron à l’Inde était une bonne idée », mais elle a été mal mise à exécution et elle ressemble à « un bouquet de fleurs fanées » sur la table, renchérit le TIMES qui, comme le DAILY TELEGRAPH met en doute l’efficacité du lobbying du Premier ministre.

Les déclarations du Premier ministre mercredi aux Communes (tout faire pour amener l’Inde à reconsidérer sa position) ont été bien reprises. La presse dominicale est revenue sur le sujet, le SUNDAY TIMES pour évoquer les « manœuvres » françaises, le SUNDAY TELEGRAPH pour marquer que les coupes dans le budget de la défense britannique et ses conséquences sur le développement du Typhoon (moins bien doté à ce stade que le Rafale) ont joué sur la décision indienne.

2. Les présidentielles

Après avoir repris dans des articles factuels les annonces du Président de la République le dimanche 29 janvier lors de son interview télévisée, les journaux ont poursuivi leurs commentaires sur les deux principaux candidats.

Dans un éditorial, THE ECONOMIST revient sur la situation économique de la France qu’il estime être un Etat « très dépensier » : il faut des réformes spectaculaires. L’économie est probablement rentrée de nouveau en récession, et le chômage est élevé. Les deux principaux candidats, M. Sarkozy et M. Hollande ont déjà commencé la bataille devant leur donner de la crédibilité en matière de politique économique, mais aucun d’eux ne semble avoir jusqu’à présent compris la gravité de la situation. Certes les deux candidats se sont engagés à réduire le déficit, mais tous deux semblent vouloir le faire en augmentant les impôts plutôt qu’en réduisant les dépenses. Or, la France a besoin de croissance et pour cela une réduction des dépenses est nécessaire. L’hebdomadaire considère cependant que M. Sarkozy est moins irréaliste que M. Hollande, mais s’interroge sur sa crédibilité : « après cinq années décevantes, qui peut le croire ? ». Il est encore moins convaincu par M. Hollande qui « au lieu de s’attaquer au monstre veut le nourrir ». En conclusion, il appelle les deux candidats à expliquer clairement aux Français ce qui les attend.

Hugh Carnegy estime dans le FINANCIAL TIMES que la décision de François Hollande d’accélérer le rythme de sa campagne « semble avoir payé » : en quelques semaines, il est devenu le favori, alors que « M. Sarkozy a commencé l’année de façon moins égale »./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028