SEMAINE DU 3 AU 9 SEPTEMBRE
Tandis que Gordon Brown promet « une nouvelle façon de faire de la politique » et fait l’éloge des dirigeants « de conviction », comme Margaret Thatcher, David Cameron se voit reprocher ses louvoiements. Sur la scène internationale, le retrait des forces britanniques de Bassora est souvent perçu comme l’expression de la défaite. Au chapitre européen, le débat continue sur le nouveau Traité et la question d’un référendum. Concernant la France, l’accord de fusion Suez/GDF a été suivi avec beaucoup d’attention par la presse.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
1. Gordon Brown et une « nouvelle façon de faire de la politique »
Même si le Labour commence à perdre son avance dans les sondages, le Premier Ministre travailliste cherche à reprendre l’avantage sur son adversaire conservateur. Multipliant les déclarations, Gordon Brown a notamment confirmé son intention de former un gouvernement de « tous les talents ». Il a confié des postes de conseillers à deux conservateurs et un Libéral-démocrate, proposé la création de jurys citoyens et promis d’une manière générale « une nouvelle façon de faire de la politique ». Il s’est même comparé à Margaret Thatcher, « un dirigeant politique de conviction qui avait compris la nécessité du changement ». Les réactions de la presse sont prudentes.
Le FINANCIAL TIMES, comme le TIMES, estime qu’il y a de « bonnes idées » chez M. Brown : il donne l’impression de vouloir le changement plutôt que la continuité. Il s’inspire peut-être aussi de son « nouvel ami Nicolas Sarkozy ». Toutefois, conclut le journal, tant que l’on ne voit pas les résultats, on peut soupçonner le Premier Ministre d’adopter simplement « une tactique pour occuper définitivement le centre et contraindre David Cameron à virer vers la droite ».
Pour l’éditorialiste du GUARDIAN, c’est M. Brown « qui mène la barque » en cette période de rentrée politique : il a redonné un sens de la direction au Labour, alors que les conservateurs ne sont pas encore crédibles, et il a l’avantage de pouvoir décider de la date des prochaines élections. Mais cela ne lui garantit pas pour autant la victoire : il lui faut de nouvelles idées, ce qui n’est pas facile après dix ans de pouvoir.
Peter Riddell du TIMES estime lui aussi que la victoire électorale n’est pas assurée : « M. Brown a encore beaucoup à prouver aux électeurs, et l’hypothèse d’un parlement sans majorité absolue ne peut être exclue ».
2. Les difficultés de David Cameron
Si rien n’est gagné pour Gordon Brown, la presse estime que David Cameron n’est pas dans une position favorable. Déjà accusé de virage à droite, le dirigeant conservateur a été attaqué par un ancien responsable du parti qui lui reproche de se présenter « héritier de Blair », alors qu’il devrait redécouvrir « l’âme » conservatrice et revenir aux valeurs traditionnelles.
Les Tories ne peuvent se permettre de tels tiraillements, estime l’éditorialiste du TIMES qui ne voit qu’une solution pour David Cameron : montrer des « convictions fermes » et présenter une « vision claire » du genre de société qu’il souhaite mettre en place.
Le GUARDIAN reproche à David Cameron de se battre sur trop de fronts, alors qu’il devrait s’aligner sur « les forces de l’avenir », lesquelles ne font pas de place à l’arrière-garde. « Le parti reste encore en bonne place dans les sondages, mais cela ne durera pas s’il se tourne vers le passé ». M. Cameron doit clarifier sa position. Un point que reprend Philip Stephens dans le FINANCIAL TIMES, déclarant « avoir l’impression d’un dirigeant conservateur qui zigzague sur le terrain politique » : « or les électeurs veulent des certitudes ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
Le retrait de Bassora
Echec ou nouvelle étape dans la mission du Royaume-Uni en Iraq ? Le retrait des troupes britanniques du palais présidentiel de Bassora alimente la controverse dans les médias, d’autant que les militaires britanniques multiplient les critiques contre la politique américaine.
Une partie de la presse assure néanmoins qu’il faut « accomplir la mission ». Pour le TIMES, le rôle du Royaume-Uni est « plus que symbolique » : le retrait de Bassora suit un calendrier établi et est déterminé par les besoins des Iraquiens. L’objectif de la coalition a toujours été de confier à ces derniers la responsabilité de leur sécurité.
Le DAILY TELEGRAPH reconnaît que « la coalition a commis une série d’erreurs catastrophiques ». Il estime aussi que « quels que soient les torts passés, le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont l’obligation morale d’aider les Iraquiens à reconstruire leur pays avant d’envisager un retrait total de leurs troupes ».
Cependant pour un plus grand nombre de journaux, à l’instar du GUARDIAN, « les Britanniques battent en retraite ». Pour le journal, « il est difficile de masquer nos quatre années d’échec » : en fait aucun des arguments du gouvernement n’est « crédible » et nos troupes devraient être retirées maintenant. L’INDEPENDENT estime que « ni le Royaume-Uni ni les Etats-Unis ne se sortent de la crise avec le moindre crédit » : la seule question importante est de savoir ce qu’il faut faire pour aider les iraquiens. « Nous pourrions au moins avoir la décence de leur fournir une date exacte pour notre retrait du sud de l’Iraq ».
A l’exception du SUN, toute la presse populaire titre sur l’échec. Le DAILY MAIL parle de « défaite honteuse et de triste jour pour notre histoire militaire ». S’il salue le courage de l’armée britannique, le DAILY MIRROR évoque de nouveau la « grave erreur » de Tony Blair et ajoute « l’Iraq n’aura pas été notre heure de gloire ». Quant au DAILY EXPRESS, il appelle Gordon Brown à faire preuve de « courage », à retirer au plus vite nos troupes d’Iraq et à bien réfléchir avant d’envisager une nouvelle mésaventure « humiliante » en Afghanistan.
III. AFFAIRES EUROPEENNES
Le débat britannique sur le nouveau Traité
« Je veux un référendum » : un groupe de députés de tous partis vient de lancer sous cette étiquette une campagne demandant aux dirigeants politiques de tenir leurs promesses. Gordon Brown refuse en faisant valoir que le nouveau Traité n’est pas la constitution. Mais, selon les commentateurs, les pressions commencent à devenir intenables, d’autant que les syndicats menacent de se joindre au mouvement.
Le GUARDIAN publie un éditorial sous forme d’avertissement : « les référendums sont prisonniers des intentions de ceux qui les demandent. Si celles des europhiles sont honorables, l’objectif des eurosceptiques est de mettre définitivement fin à l’intégration européenne ». Ils en sont encore au débat sur la souveraineté du siècle dernier. Or, le monde change, et la relation spéciale entre Londres et Washington va se distendre. Le Royaume-Uni a de multiples raisons de faire cause commune avec les autres Etats européens : résurgence du nationalisme russe, sécurité de l’énergie, réchauffement de l’atmosphère, immigration. « Ceux qui font campagne contre un traité destiné à rendre l’Union plus efficace ont le devoir de nous expliquer en quoi ils servent les intérêts britanniques ».
Pour John Kampfner, rédacteur en chef du NewStatesman, il faudra attendre la CIG de la mi-octobre au Portugal : Gordon Brown pourrait en effet annoncer un référendum si le Royaume-Uni n’obtient pas entière satisfaction sur les « lignes rouges ». M. Brown entend certes ménager de bonnes relations avec Mme Merkel et M. Sarkozy, mais, contrairement à Tony Blair, il n’a pas l’intention de mesurer le succès ou l’échec de son gouvernement sur la question de l’Europe. Ses priorités sont différentes.
IV. AFFAIRES FRANCAISES
La fusion Suez/GDF
L’accord de fusion entre Suez et GDF amène une fois de plus la presse à s’interroger sur l’art de la France à créer des champions nationaux.
Paul Betts du FINANCIAL TIMES met en avant les « ambitions » de M. Sarkozy : non seulement le Président de la République peut se féliciter d’avoir donné à la France deux des cinq plus grands groupes mondiaux en matière d’énergie, il prépare aussi l’avenir d’Areva, en tirant parti du renouveau d’intérêt pour l’énergie nucléaire. Dans tous les cas de figure, la l’Etat français maintient son contrôle. « Cela risque de déplaire aux partisans du libéralisme, mais M. Sarkozy n’a jamais caché qu’il était partisan du protectionnisme éclairé », conclut le commentateur.
« Le capitalisme d’état demeure une des caractéristiques de la France », note à son tour le GUARDIAN, estimant que la fusion GDF Suez « est un triomphe pour le nationalisme français et une défaite pour la Commission européenne ». Toutefois, pour le journal, « M. Sarkozy fait ce que les autres aimeraient bien faire, en créant un autre champion national » : le Royaume-Uni, fervent défenseur de la libre concurrence, ne possède aucun groupe qui soit à la hauteur. Il pourrait en tirer les leçons, maintenant que la sécurité des approvisionnements devient de plus en plus source d’inquiétude. /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028