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Semaine du 3 au 9 octobre 2011

SEMAINE DU 3 AU 9 OCTOBRE

Le congrès conservateur – le dernier de la saison – s’est clôturé sur fond de mauvaises nouvelles économiques mais la presse salue généralement le leadership montré par David Cameron L’intervention de George Osborne est jugée plus décevante, car dénuée d’idées pour la croissance. Les commentateurs accueillent avec prudence l’assouplissement quantitatif de la politique monétaire décidé le 6 octobre par la Banque d’Angleterre et estiment de manière générale que cette décision traduit la gravité de la crise économique. Deux sujets ont retenu l’attention sur la scène internationale : la Syrie et l’Afghanistan avec le dixième anniversaire du début de l’intervention alliée. Mais c’est une nouvelle fois sur l’Europe, et la question de la recapitalisation des banques européennes qui se sont focalisés les journaux, qui ont tous mentionné la rencontre de dimanche à Berlin entre M. Sarkozy et Mme Merkel. Sur la France, la primaire socialiste et la mise en cause des services de renseignement (« espionnage » de la partenaire de François Hollande) ont donné lieu à quelques articles.

I. ROYAUME-UNI

1. Le congrès conservateur

1. Le leadership de David Cameron

David Cameron a marqué des points lors de son discours de clôture du congrès conservateur : en appelant à « l’esprit combatif » des Britanniques, le Premier ministre a trouvé les mots justes, estiment les commentateurs qui saluent son leadership même si, pour certains, la personnalité ne fait pas tout surtout en période de crise.

David Cameron a été « convaincant » en donnant confiance dans son leadership et en rassurant les Britanniques sur l’avenir, écrit l’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH qui salue l’attaque du Premier ministre contre les « forces du pessimisme » et conclut que « son optimisme sera une denrée précieuse dans les mois difficiles à venir ».

Pour le TIMES, « le Premier ministre conservateur a prononcé un bon discours qui a capturé le centre et défini son mandat ». Deux points ont contribué au succès de ce discours : l’engagement du Premier ministre concernant le mariage des homosexuels et sa promesse d’améliorer le système des adoptions. Evidemment, il y a eu des lacunes : M. Cameron n’a pas évoqué l’environnement, et son passage sur l’avenir de l’Europe n’a guère été adéquat. Il offre aux Britanniques l’espoir d’un avenir meilleur et ensoleillé. Mais dehors, les conditions ne sont guère encourageantes : les prix augmentent, la confiance baisse, il y a la crise de la zone euro et le sentiment d’un déclin du Royaume-Uni. « Nul doute que M. Cameron s’est fixé une tâche difficile » Le SUN assure que M. Cameron a montré son leadership et qu’il est « le meilleur capitaine pour la tempête actuelle ». Le tabloïd regrette lui aussi les allusions trop évasives à l’Europe qui laissent l’impression que sur ce sujet « Nick Clegg a encore trop d’influence ».

« David Cameron devait trouver les mots correspondant à l’humeur nationale : il ne pouvait pas se permettre de minimiser l’ampleur des difficultés économiques mais ne devait pas non plus céder au pessimisme ». Pour le FINANCIAL TIMES, le Premier ministre y est parvenu « tout en ignorant le fait que le Royaume-Uni reste à la merci des événements dans la zone euro ».

L’éditorialiste du GUARDIAN ne met pas en doute les qualités d’orateur et le leadership de David Cameron. Il estime aussi qu’il y avait de bons éléments dans son discours (mariage des homosexuels, santé, Libye). Le journal relève également des lacunes : l’Ecosse, le « Human Rights Act » et surtout l’économie. Alors que le FMI brandit le risque d’une deuxième récession, les propos de M. Cameron « sonnent creux » : s’il reste la figure politique la plus marquante sur la scène britannique, la personnalité risque de ne pas suffire dans une période aussi difficile.

2. George Osborne et la croissance

Autre intervention importante lors du congrès : celle du Chancelier de l’Echiquier qui, tout en reconnaissant la gravité de la situation économique et justifiant ainsi la politique d’austérité, s’est voulu rassurant pour l’avenir et a promis d’aider les petites et moyennes entreprises en leur facilitant l’accès au crédit. Les commentateurs estiment que George Osborne n’a pas présenté d’idées nouvelles pour la croissance.

C’est l’avis de l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES qui assure que le Chancelier de l’Echiquier a été « convaincant » lorsqu’il a réaffirmé l’engagement du gouvernement concernant la réduction du déficit, mais qu’il a échoué dans l’autre volet de sa tâche : relever l’humeur du parti en lançant de nouvelles initiatives en vue de stimuler la croissance.

L’éditorial du TIMES reprend les mêmes arguments, estimant que M. Osborne a fait preuve d’une « détermination admirable » pour éliminer le déficit budgétaire mais qu’il est « moins convaincant » sur la question de la croissance . Le Chancelier de l’Echiquier n’a pas de « vision » pour l’avenir économique du pays. L’INDEPENDENT salue « l’habileté politique » de George Osborne, mais regrette lui aussi « l’absence de plan crédible pour ressusciter l’économie de plus en plus moribonde du pays ». Le Chancelier de l’Echiquier « aura besoin d’un plan B » pour freiner la réduction des dépenses. Sous le titre « Même script, nouvelles réalités », l’éditorialiste du GUARDIAN considère que malgré un discours inchangé, M. Osborne comprend qu’il lui faudra ce plan B : le Chancelier de l’Echiquier ne veut pas être accusé de revirement mais il prépare le terrain à un changement de la politique du crédit. « Cette ambiguïté n’inspire peut-être pas confiance, mais elle indique que M. Osborne a commencé à comprendre qu’il lui faudra désormais davantage de souplesse qu’il ne veut l’admettre ».

2. Nouvel assouplissement quantitatif de la politique monétaire

La crise financière actuelle est probablement « la pire qui ait jamais été vue » : c’est l’avertissement lancé par le gouverneur de la Banque d’Angleterre lorsqu’il a annoncé l’injection de 75 milliards de livres sterling pour stimuler l’économie. C’est une mesure qui, pour la presse, présente de sérieux risques et qui est le signe d’une situation inquiéante.

Sous le titre « Une mesure désespérée pour des temps désespérés », l’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH estime que la décision de la Banque d’Angleterre d’actionner la planche à billets est sans doute la confirmation que le Royaume-Uni risque de replonger dans la récession. De toute évidence, le comité de politique monétaire considère que la récession pose une plus grande menace que l’inflation. Ce nouvel assouplissement quantitatif de la politique monétaire comporte néanmoins des risques qui valent la peine d’être pris, mais il ne faut pas qu’il agisse comme une drogue, un stimulant qui deviendrait une addiction et ferait de moins en moins d’effet. « Cette injection de fonds dans l’économie devrait permettre de maintenir bas les taux d’intérêt à long terme, ce qui devrait rassurer les consommateurs et les entreprises qui cherchent à investir. C’est cependant une mauvaise nouvelle pour les épargnants et les retraités surtout si l’inflation augmente », conclut le DT.

L’éditorialiste du TIMES s’inquiète lui aussi des risques d’inflation, mais assure cependant que le Royaume-Uni « n’est pas l’Allemagne de Weimar ni le Zimbabwe ». « Oui, cet assouplissement quantitatif peut accroître l’inflation, mais il devrait aider le Royaume-Uni à éviter la récession », souligne pour sa part Hamish McRae dans L’INDEPENDENT.

Pour le FINANCIAL TIMES, la Banque d’Angleterre a en fait été un peu trop timide. L’annonce de l’injection de 75 milliards de livres dans l’économie britannique ne doit pas susciter un enthousiasme excessif : c’est mieux que rien, mais cela ne devrait au mieux faire progresser la production que de 0,75%, écrit l’éditorialiste du journal.

« C’est peut-être trop peu, trop tard, mais c’est un pas dans la bonne direction et cela vaut mieux que le défaitisme précédent », souligne pour sa part l’éditorialiste du GUARDIAN.

II. INTERNATIONAL

1. La Syrie

« Divisions sur la Syrie à l’ONU alors que la Russie et la Chine bloquent une résolution » (DAILY TELEGRAPH), « Les pays occidentaux condamnent la Russie et la Chine » (TIMES, INDEPENDENT) : toute la presse a mentionné la réaction de la communauté internationale après le veto de Moscou et de Pékin sur une résolution du Conseil de sécurité contre le régime syrien.

L’INDEPENDENT souligne « la colère inhabituelle » exprimée dans les déclarations de M. Juppé, tandis que le GUARDIAN, citant des opposants au président Assad craint que la situation sur le terrain n’évolue vers l’insurrection armée. Selon le journal, le Royaume-Uni, la France et les Etats-Unis devraient préparer un nouveau projet de résolution.

Dans un commentaire plutôt pessimiste, Adrian Hamilton assure dans l’INDEPENDENT qu’il n’y a rien à faire : les grands discours du moment servent à masquer le fait que les pays occidentaux ne peuvent pas intervenir militairement en Syrie. Des sanctions semblent une bonne idée, mais dans la pratique elles tendent à renforcer le régime en place aux dépens de la population. Il ne fait aucun doute que le régime d’Assad est fini, mais le changement risque désormais de n’être possible que par la force des armes et les désertions de l’armée. La communauté internationale ne peut guère faire grand-chose de plus que de regarder et d’espérer que les opprimés renverseront leurs oppresseurs avec le moins de sang possible.

2. Le 10e anniversaire de l’intervention en Afghanistan

C’est avec beaucoup de discrétion que la presse évoque le 10e anniversaire de l’intervention en Afghanistan.

C’est une opération qui n’a gère eu de résultats « encourageants », écrit l’éditorialiste de l’INDEPENDENT : certes assure le journal, Ben Laden a été annihilé et Al Qaïda démantelé. Quelques progrès ont été réalisés, mais « la transformation de l’Afghanistan en démocratie stable a à peine commencé ». L’OTAN n’a pas pu empêcher l’escalade de la violence et le statut des femmes ne s’est pas beaucoup amélioré, mais selon l’INDEPENDENT la communauté internationale ne doit pas abandonner ce pays mais au contraire chercher à l’aider à réaliser son potentiel.

Le GUARDIAN est plus pessimiste à propos de cette courte guerre « devenue une longue guerre que nous ne savons pas comment terminer ». L’ambition de transformer l’Afghanistan sur le modèle occidental a été abandonnée. Nous sommes dans une « impasse ». Les Talibans ne peuvent pas être mis en échec, mais ils ne domineront probablement pas le pays. Il y aurait un intérêt commun à un partage du pouvoir moyennant le départ des troupes étrangères et un accord avec les Etats voisins. « C’est un objectif qui ne sera peut-être pas réalisable mais, après dix années de confusion et de chaos, il est de notre devoir, le dernier, de chercher à l’atteindre ». Dans son édition de samedi, le GUARDIAN souligne le risque de guerre civile que craignent les diplomates britanniques.

III. EUROPE

Les banques

La question de la recapitalisation des banques européennes a dominé l’actualité. La perspective de la rencontre entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy a fait l’objet d’une bonne couverture.

Tous les journaux ont souligné « les divergences de vue entre la France et l’Allemagne », le FINANCIAL TIMES évoquant « des directions totalement opposées » sur la question de la recapitalisation des banques. « Alors qu’Angela Merkel a déclaré que le gouvernement allemand était prêt, si nécessaire, à recapitaliser les banques du pays, le président français et son gouvernement s’en tiennent à la ligne que les banques françaises n’ont pas besoin de nouveaux capitaux malgré les attaques des marchés et leur exposition à la dette souveraine. Paris accepte que la zone euro doit mettre au point un programme de recapitalisation de ses banques qui devront probablement absorber une plus grande part de la dette grecque, mais s’oppose à des recapitalisations au niveau national, estimant qu’elles doivent être organisées à travers le FESF », écrivait vendredi le journal.

Le recours possible au FESF pour financer la recapitalisation des banques est évoqué dans un éditorial par THE ECONOMIST : « il faut un plan pour la recapitalisation des banques de la zone euro. Toutefois une approche fragmentée au niveau national ne peut pas marcher cette fois-ci. La France et la Belgique peuvent être capables d’aider Dexia mais soutenir des systèmes bancaires entiers dépasse la capacité de bien des Etats souverains ». Les autres médias sont divisés sur le sujet

IV. FRANCE

1. La primaire socialiste

« Les Français choisissent un socialiste pour battre Sarkozy » : le titre du FINANCIAL TIMES faisait écho samedi à ceux des autres journaux qui avaient annoncé « l’expérience nouvelle » tentée par les socialistes avec la tenue d’une primaire. Pour certains il s’agissait d’un « pari risqué » de la part d’un parti « peu réputé pour son audace modernisatrice ».

Le GUARDIAN assure cependant que la campagne pour la sélection du candidat a surpris les Français, elle a été sereine, polie sans « guerre de vengeance » et sans « pactes secrets » : la gauche « jubile » car après avoir pris le contrôle du Sénat, elle a de bonnes chances de mettre M. Sarkozy en échec.

Le SUNDAY TIMES a publié sur une pleine page une interview de François Hollande, « le premier candidat à la présidence à se faire une vertu d’être terne, ou plutôt « normal » comme il aime à le souligner ».

2. Les services de renseignement en cause

Les services de renseignement français ont-ils espionné la journaliste Valérie Trierweiler, compagne de François Hollande, « le socialiste qui pourrait battre Nicolas Sarkozy aux prochaines élections » ? C’est ce qu’affirment le TIMES et le DAILY TLEGRAPH, ce dernier précisant que le Ministre de l’Intérieur Claude Guéant indique qu’il n’y a pas de preuve tandis que le magazine « L’Express » déclare le contraire. Le journal cite les réactions de « stupéfaction » de Mme Trierweiler, celles de M. Hollande qui demande « la plus grande transparence » sur l’information qui, si elle s’avère juste, « serait une nouvelle aberration de la présidence de M. Sarkozy ». Le DT revient sur l’affaire des écoutes téléphoniques au journal « Le Monde », mais aussi sur les carnets secrets d’Yves Bertrand fuités il y a trois ans et les informations que M. Sarkozy serait censé avoir en réserve sur ses rivaux../.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028