SEMAINE DU 3 AU 9 MARS
Le vote des Communes rejetant la demande d’un référendum sur le Traité de Lisbonne donne gain de cause à Gordon Brown, mais le Premier Ministre britannique n’échappe pas pour autant aux attaques de la presse. A quelques jours de la présentation du budget, les commentateurs multiplient les mises en garde au Chancelier de l’Echiquier, Alistair Darling. Trois dossiers dominent les affaires internationales : l’élection présidentielle en Russie, la violence à Gaza et les primaires américaines. Concernant la France, quelques journaux s’interrogent sur la politique européenne de M. Sarkozy.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
1. Le vote des Communes sur le Traité de Lisbonne
Gordon Brown a obtenu gain de cause : les Communes ont en effet rejeté la demande des conservateurs d’un référendum sur le Traité de Lisbonne. La presse eurosceptique se déchaîne contre un gouvernement qui ne tient pas ses promesses. Les autres journaux, s’ils se félicitent du vote, regrettent l’absence de débat positif sur l’Europe.
« Le gouvernement a trahi notre confiance, exigeant de ses propres députés qu’ils votent à l’encontre d’une promesse faite au moment des élections », lance, accusateur, le DAILY TELEGRAPH, soulignant « qu’une fois de plus, nos législateurs montrent qu’ils font peu de cas de l’électorat qu’ils représentent ». Mais, pour le journal, la bataille n’est pas terminée : les traîtres risquent de payer le prix fort dans les urnes.
Le SUN, aussi virulent, dénonce la « lâcheté » de M. Brown : « il prend les électeurs pour des imbéciles », mais devra rendre des comptes le moment venu. LE DAILY EXPRESS titre sur « la duperie et la lâcheté » du Premier Ministre, et affirme qu’il n’est « pas apte à diriger le pays ». Quant au DAILY MAIL, il parle de « jour le plus noir pour la démocratie » : le gouvernement a renoncé à ce qui lui restait de souveraineté, et « placé l’avenir de la nation aux mains d’un super-Etat européen ».
A l’inverse, la presse pro-européenne se félicite de la « défaite écrasante » des ennemis de l’Europe, affirmant que le vote des Communes était la seule solution. L’INDEPENDENT regrette néanmoins qu’il ait fallu un débat « stérile et inutile » pour en arriver là. Le journal estime que le gouvernement s’est fait du tort dans l’affaire, et que les autres partis (conservateurs comme libéraux-démocrates) ne se sont pas couverts de gloire non plus : il est temps que les hommes politiques de tous bords qui souhaitent un plus grand engagement du Royaume-Uni en Europe « défendent haut et fort, et sans honte, leurs arguments ». « Il est temps de montrer que l’Europe est une chance pour le Royaume-Uni », renchérit le FINANCIAL TIMES.
Gordon Brown aurait-il déjà commencé une telle démarche ? Peter Riddell du TIMES souligne en tous cas que le Premier Ministre semble se présenter désormais en défenseur enthousiaste de l’Europe. Si ce changement d’approche vise en partie à dépeindre les conservateurs comme des saboteurs, qui mettent en péril l’adhésion britannique, il montre aussi le désir de M. Brown d’adhérer au nouveau Labour, au Blairisme sans Blair. « Le Premier Ministre souhaite, une fois le traité ratifié, pouvoir débattre de l’Europe de façon positive, mais il faudra pour cela qu’il parvienne à faire oublier le manque de confiance qu’a pu inspirer son gouvernement ».
2. Le débat sur le budget
A quelques jours de la présentation du budget, les journaux multiplient les mises en garde au Chancelier de l’Echiquier, Alistair Darling.
« Le Royaume-Uni a besoin de discipline », assure l’éditorial du FINANCIAL TIMES, rappelant que les finances de l’Etat sont déficitaires : « si le Royaume-Uni était un club sportif local, personne ne voudrait en assurer la trésorerie ». M. Darling doit opter pour un budget serré. Le gouvernement ne peut se permettre une nouvelle atteinte à sa crédibilité : la livre a beaucoup baissé ces derniers mois et l’inflation est élevée. Si les investisseurs commencent à perdre confiance, le Royaume-Uni pourrait se trouver en sérieuses difficultés. « Le Chancelier de l’Echiquier doit trouver une façon de restaurer la confiance et donc résister à toute tentation d’augmenter les impôts », note à son tour le Sunday TELEGRAPH.
Pour Sean O’Grady de l’INDEPENDENT, le Chancelier de l’Echiquier va avoir l’occasion de mettre en application ses idées. Le moment est venu pour lui de montrer de « l’imagination et du jugement » : une bonne solution pour regagner de la crédibilité et détourner l’attention des électeurs – aussi bien de l’impôt sur les plus values que de Northern Rock – serait de lancer une initiative sur l’environnement. L’OBSERVER, dans la même ligne, appelle M. Darling à « faire preuve d’audace », en matière d’environnement, de lutte contre la pauvreté des enfants et de modernisation de l’infrastructure.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. L’élection présidentielle russe
La victoire de Dmitry Medvedev était totalement prévisible, mais l’élection n’a été ni équitable, ni démocratique : la presse britannique est unanime sur ce point, mais elle est plus nuancée sur les conséquences du scrutin et les réactions de la communauté internationale.
« C’est une élection qui n’en est une que de nom », titre l’éditorial de l’INDEPENDENT, (« si elle avait eu lieu en Afrique, tous les gouvernements occidentaux l’auraient condamnée »). Le journal souligne que M. Poutine est « déterminé à conserver le contrôle de la situation » et qu’il ne faut s’attendre à aucun assouplissement du « nationalisme » pas plus qu’à un accroissement des libertés. Dans la même ligne, le GUARDIAN rappelle que « M. Poutine est toujours là, que c’est lui qui a écrit la pièce et qu’il a donc tout intérêt à exiger des acteurs qu’ils respectent le script ».
Pour le DAILY TELEGRAPH, « cette élection n’a été qu’une comédie », et ses conséquences toucheront le reste du monde. « Pourquoi soutenons-nous ce régime ? Pourquoi acceptons-nous la Russie dans le G8 ? Pourquoi gardons-nous le silence sur la Tchétchénie ? Pourquoi accordons-nous à M. Poutine l’honneur d’un dîner avec la Reine ? Certes la Russie est le plus grand fournisseur d’énergie de l’Europe. Mais l’Europe est le plus gros client de la Russie, et cela nous donne une marge de manœuvre ».
L’éditorial du FINANCIAL TIMES appelle les pays occidentaux à « saisir cette modeste occasion », pour « améliorer leurs relations » avec Moscou. Pour le journal, « les augures ne sont pas bons », car M. Poutine conserve apparemment son pouvoir, mais maintenant que les élections sont passées, peut-être la Russie reculera-t-elle devant la confrontation et recherchera-t-elle plus volontiers la coopération, que ce soit en matière de politique énergétique, d’investissement et lutte contre le terrorisme. Les gouvernements occidentaux doivent rester néanmoins prudents et ne pas perdre de vue leurs principes. Ils doivent notamment empêcher toutes tentatives de Moscou visant à diviser l’Europe et les Etats-Unis, ou les différents partenaires européens. Il est particulièrement important pour l’Union européenne de présenter un front uni en matière de politique énergétique.
2. La violence à Gaza
La presse condamne la dernière vague de violence entre Israéliens et Palestiniens, et s’interroge sur le processus de paix relancé à Annapolis.
Dans un éditorial particulièrement pessimiste, le TIMES assure que le plan de paix soutenu par les Etats-Unis est « en pièces » et que la solution des deux Etats paraît désormais « peu viable » : il faudrait pour cela des compromis de part et d’autre, et personne ne semble prêt à faire cette démarche. Le Hamas ne renoncera pas à un programme islamiste qui est sa raison d’être, le président Abbas ne voudra pas partager le pouvoir à Gaza, et M. Olmert est trop affaibli pour envisager le démantèlement des colonies qui unirait tous ses adversaires contre lui.
Pour le GUARDIAN, seule l’ouverture d’un dialogue entre Israël et le Hamas peut apporter une solution, mais « c’est une occasion qu’il faut saisir avant qu’il ne soit trop tard » : l’option militaire à elle seule est un échec, et c’est désormais le Hamas qui mène la résistance palestinienne. Le journal se dit inquiet aussi pour la solution des deux Etats : une partie de la diaspora n’y croit plus, et parmi les Palestiniens la jeune génération commence à aspirer à un Etat unique. « Si l’idée fait son chemin, le conflit se transformera en guerre civile ».
L’INDEPENDENT pointe du doigt l’administration américaine : quelques mois après Annapolis, le président Bush ne prend plus la moindre initiative. Il descendra dans l’histoire comme celui qui a aggravé la situation, et il le mérite. Le FINANCIAL TIMES met lui aussi en cause Washington : demander au président Abbas de reprendre les négociations avec Israël, sans appeler à un cessez-le-feu à Gaza, a sans doute sa logique, mais c’est une logique qui n’aboutira jamais à la paix. Israël ne peut espérer pouvoir faire la guerre à la moitié des Palestiniens et conclure un accord avec l’autre moitié. Pour qu’il y ait une solution au conflit, il faut mettre fin à l’isolement du Hamas. Ce dernier doit chercher la réconciliation avec le Fatah pour rétablir un gouvernement d’unité nationale dans la perspective de nouvelles élections. Il faudra évidemment qu’il accepte la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza, avec Jérusalem est comme capitale. Mais ce n’est qu’après la création de cet Etat qu’il lui faudra reconnaître Israël.
3. Les primaires américaines
La presse a continué de suivre avec beaucoup d’attention le déroulement des primaires américaines. Si elle reconnaît qu’Hillary Clinton a sauvé sa candidature, elle estime aussi que les Républicains sont les grands vainqueurs des derniers développements.
Jonathan Freedland du GUARDIAN est sans hésitation : le succès de Mme Clinton représente « le pire résultat possible pour les démocrates, et pour tous les Américains qui aspiraient au changement ». Seuls les Républicains sont gagnants. L’éditorial du FINANCIAL TIMES tire la même conclusion : John McCain est désormais le seul candidat républicain et il pourra se concentrer entièrement sur sa campagne, tandis que les Démocrates vont se quereller « amèrement » pendant des mois.
Le TIMES se félicite de la poursuite du suspense, car « c’est une bonne chose pour la démocratie ». Un point que reprend l’INDEPENDENT : la victoire d’Hillary Clinton est un bon point pour tous les Démocrates. Il vaut mieux en effet que ces derniers choisissent un candidat dont ils auront pu évaluer en profondeur les forces et les faiblesses.
III. AFFAIRES FRANCAISES
La France et l’Europe
Quelques commentateurs s’interrogent, d’un ton plutôt négatif, sur la politique européenne de la France.
Dans un éditorial, le FINANCIAL TIMES reproche à M. Sarkozy de ne pas savoir ménager la chancelière allemande, « que ce soit en matière de politique monétaire, de politique fiscale ou à propos de l’Union pour la Méditerranée ». Or, selon le journal, « la relation entre la France et l’Allemagne reste de la plus haute importance pour le fonctionnement de l’Europe ». « M. Sarkozy ne semble pas avoir très bien compris le fonctionnement de l’Union. Il faut espérer qu’il ne tardera pas à se rendre compte qu’une relance de l’axe franco-allemand est dans l’intérêt de la France, de l’Europe et dans le sien propre ».
THE ECONOMIST critique pour sa part l’approche de la France envers l’euro : quiconque serait tenté de se laisser séduire par les demandes d’une dépréciation de l’euro devrait se reporter à la situation catastrophique de l’Allemagne après 1945 (il coûtait alors moins cher de brûler des billets de banque que d’acheter du fuel). Les motivations de la France ne « semblent pas très claires ». Il n’y a pas de cohérence à vouloir déprécier l’euro, ce qui risque d’augmenter l’inflation, tout en se préoccupant du pouvoir d’achat. Les hommes politiques français cherchent-ils à défendre des intérêts spécifiques ? Ou bien n’ont-ils en fait pas de stratégie réelle, si ce n’est s’acquérir les bonnes grâces des électeurs ? De toutes façons, les traités garantissant l’indépendance de la BCE ne peuvent être changés qu’à l’unanimité, et bien des Etats membres, l’Allemagne en tête, ne donneront pas leur accord.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028