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Semaine du 3 au 9 mai

SEMAINE DU 3 AU 9 MAI

De la campagne électorale au lendemain du vote lui-même, c’est l’incertitude qui plus que jamais a caractérisé le scrutin du 6 mai au Royaume-Uni. La formation tardive d’un gouvernement en est la conséquence directe. Au chapitre international, c’est la crise grecque qui a dominé l’actualité. La presse a relevé également l’ouverture à New York de la conférence d’examen du TNP.

I.AFFAIRES BRITANNIQUES

Résultat des élections : un « hung parliament »

Les conservateurs ont remporté le plus grand nombre de sièges – 306 - mais il leur en manque 20 pour avoir la majorité absolue. Le Royaume-Uni va donc avoir un « hung parliament » (parlement sans parti majoritaire) pour la première fois depuis 1974. La presse souligne le rôle central que les libéraux-démocrates vont jouer dans la formation du prochain gouvernement. Les journaux conservateurs estiment que M. Cameron peut légitimement revendiquer la succession de M. Brown et que M. Clegg devrait accepter son offre de participer à un « gouvernement stable dans l’intérêt national ». Pour la presse de gauche en revanche, seul un accord entre travaillistes et libéraux-démocrates permettrait de réformer durablement le système politique britannique.

Le FINANCIAL TIMES admet que le résultat de l’élection est « déroutant » : les Britanniques ont décidé de ne pas décider. Il est cependant essentiel de former un gouvernement et un accord entre les conservateurs et les libéraux-démocrates offre le « meilleur espoir ». M. Cameron prend « un risque calculé », mais fait preuve de pragmatisme. Avec de la bonne volonté des deux côtés, un accord est certainement possible, mais il faut faire vite.

« David Cameron a remporté le droit de gouverner. Nick Clegg doit prendre son offre au sérieux et Gordon Brown s’écarter du chemin », renchérit le TIMES qui voit dans l’alliance entre les conservateur et les libéraux-démocrates l’annonce d’un vrai changement. Le SUNDAY TIMES estime que c’est « la meilleure solution pour le Royaume-Uni », mais il appelle le dirigeant libéral-démocrate à ne pas se montrer trop exigeant.

Le DAILY TELEGRAPH et le SUNDAY TELEGRAPH font contre mauvaise fortune bon cœur : un nouveau gouvernement doit être mis en place au plus tôt pour éviter les turbulences des marchés. M. Cameron et M. Clegg ont décidé de faire passer l’intérêt national avant tout et, dans ces conditions, un accord de coalition formelle serait probablement sensé.

Dans la presse de gauche, le GUARDIAN appelle Nick Clegg à saisir « l’occasion » qu’offre la confusion actuelle : un accord avec le Labour qui leur permettrait de mettre en place un mode de scrutin qui reflète les aspirations de la population. Pour l’OBSERVER également, « le moment est historique » et pourrait déboucher sur l’ouverture d’une « nouvelle ère dans la gouvernance du Royaume-Uni. M. Brown doit cependant offrir un renouveau véritable et faire une concession vitale : annoncer son départ.

Grand partisan de l’introduction de la représentation proportionnelle, l’INDEPENDENT relève que le résultat du scrutin du 6 mai confirme que le système électoral britannique ne tient plus la route. M. Clegg a la possibilité historique d’imposer un changement. S’il s’allie avec M. Cameron, ce dernier organisera des élections anticipées dès que les sondages lui seront favorables. De ce fait, pour l’INDEPENDENT, il ne fait aucun doute que c’est vers les travaillistes que les libéraux-démocrates doivent se tourner, et non vers les conservateurs, car l’offre du Labour est plus attrayante.

Tous les médias reviennent largement sur les nombreux incidents qui ont marqué ces élections. Dans plusieurs villes, les portes des bureaux de vote ont fermé sans que les électeurs aient pu accomplir leur devoir électoral. Cette situation est décriée par tous les journaux comme un vrai scandale digne d’une république bananière. La presse du week-end estime que, compte tenu du scrutin serré dans certaines circonscriptions, il fallait s’attendre à l’invalidation de plusieurs résultats, ce qui ouvrirait la voie à des élections partielles.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

La conférence d’examen du TNP

L’attaque du président iranien contre les Etats-Unis lors de l’ouverture de la conférence d’examen du TNP a été largement relayée par la presse qui estime cependant Téhéran en position de faiblesse.

Le TIMES souligne que l’objectif de M. Ahmadinejad est d’empêcher l’ONU d’adopter une nouvelle série de sanctions contre Téhéran, d’attiser les ressentiments et de paralyser la conférence. Toutefois, estime le journal, « ses manœuvres de diversion pourraient ne pas marcher cette fois-ci », surtout en raison de « l’enthousiasme de M. Obama pour le désarmement nucléaire ». C’est de bon augure pour la conférence de New York qui réunit pendant trois semaines 189 pays signataires, ajoute le journal selon lequel les priorités doivent être la non-prolifération, mais aussi le désarmement et l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. Cette dernière, en particulier, devient plus importante et attrayante que jamais. Mais il faut trouver un meilleur régime pour empêcher les pays de convertir leur industrie civile et l’utiliser à des fins militaires. « L’Iran cherche à freiner tout progrès. La communauté internationale doit s’unir pour mettre M. Ahmadinejad au pied du mur et le punir pour ses mensonges ».

S’il s’interroge sur les raisons d’être du TNP, une « relique de la guerre froide », qui n’a pas empêché certains pays d’acquérir la bombe, l’INDEPENDENT estime qu’il lui reste néanmoins une fonction : renforcer la sécurité des matériaux nucléaires en resserrant les régimes d’inspection imposés à ses Etats membres. Dans cette perspective, il serait donc mal avisé de pousser l’Iran hors du club.

III. AFFAIRES EUROPEENNES

La crise grecque

La crise grecque et ses répercussions au niveau national (les violentes manifestations d’Athènes) aussi bien que sur les marchés et l’ensemble de la zone euro a occupé une large place dans les journaux qui craignent la contagion.

Dans un éditorial intitulé « le traumatisme de la Grèce, le malaise de l’Europe », le TIMES estime que Mme Merkel a raison d’affirmer que l’avenir de l’Europe est en danger mais il ajoute aussi que la faute en revient à de mauvaises décisions européennes et à l’union monétaire : la crise de la Grèce n’a pas été causée par l’euro. La faute en revient à une mauvaise gestion économique et à une dette excessive. Ces erreurs ont néanmoins été encouragées par l’appartenance à l’union monétaire qui rend aujourd’hui plus difficile la solution de cette crise. La Grèce n’a plus l’option d’ajuster son taux de change. Elle doit compter sur l’aide de ses partenaires, en particulier l’Allemagne. Même si les difficultés de la Grèce sont exceptionnelles, la gestion économique de la zone euro n’a pas été satisfaisante durant cette crise qui a en fait révélé toutes les faiblesses du projet européen. Une zone avec une politique monétaire unique ne peut bien fonctionner qu’avec une politique budgétaire unique, ce qui signifie que les contribuables des pays prudents doivent aider les pays dépensiers. Ce n’est ni équitable, ni démocratique. Cela conduit à la prise de décisions par un gouvernement central qui ne tient pas compte des électorats nationaux. Le Royaume-Uni échappe heureusement à tout cela : il ne doit jamais entrer dans l’euro.

L’éditorial du DAILY TELEGRAPH revient lui aussi sur les « défauts fondamentaux » de l’union monétaire : la Grèce ne remplissait pas les critères, mais l’Allemagne, la France et les autres ont fermé les yeux pour des raisons politiques et en subissent aujourd’hui les conséquences. Pour le moment cependant, l’Allemagne n’a pas d’autre choix que de « payer ». Par la suite, il faudra réviser les mécanismes de l’union monétaire pour éviter de nouvelles crises.

A en croire le GUARDIAN, l’Europe est en pleine « crise existentielle » et les partisans de la monnaie unique doivent en tirer les leçons : le club n’est certes pas en danger immédiat, mais il pourrait bien finir par s’effondrer. A cela s’ajoute la question de savoir ce que sont les objectifs de l’euro. La Grèce est en réelle difficulté mais si le problème avait été traité plus vite – une aide rapide en euros de l’Allemagne et des autres Etats membres en échange de mesures d’austérité réalistes par le gouvernement grec – les choses auraient pu s’arranger plus facilement. Au lieu de quoi, il a fallu faire appel au FMI et imposer des conditions drastiques à M. Papandréou qu’il pourra difficilement respecter. La Grèce risque de plonger dans une récession terrible. Le projet de monnaie unique était animé par l’idée qu’un grand bloc économique pouvait offrir une protection face aux forces volatiles du capitalisme libéral. Cette idée n’a guère été mise en pratique. La crise financière en a donné la preuve, et les problèmes de la Grèce aggravent encore la situation. Le développement de l’Europe est en jeu. Ce n’est pas seulement un problème pour la zone euro ; le Royaume-Uni est également concerné.

L’INDEPENDENT reprend certains de ces arguments. Selon le journal, les dirigeants européens n’en font pas assez. Ils devraient préparer un programme de restructuration de la dette grecque. Et si la zone euro veut survivre, elle aura besoin d’une réforme structurelle fondamentale : plus grand contrôle des déficits et des banques européennes, correction des déséquilibres internes au sein de la zone euro. C’est selon le journal dans l’intérêt du Royaume-Uni aussi, car l’Europe est son principal partenaire. Il faut avant tout résoudre la crise, sinon il risque de ne plus y avoir de zone euro à réformer, conclut l’INDEPENDENT.

L’analyse de Martin Wolf dans le FINANCIAL TIMES est plutôt sceptique : même avec l’intervention du FMI, qui est plus sensée que le programme précédent, les résultats positifs ne sont garantis ni pour la Grèce ni pour la zone euro. La Grèce risque de se trouver plongée dans une longue récession et il est difficile de croire qu’elle pourra échapper à une restructuration de sa dette. Pour les pays de la zone euro ce programme empêche un choc immédiat, mais il n’est pas sûr qu’il aidera d’autres Etats en difficulté. A dire vrai, l’affaire n’est pas terminée. La zone euro doit en tirer les leçons : soit elle accepte les défauts de paiement, soit elle crée une véritable union fiscale avec une ferme discipline. Elle doit aussi faire des ajustements. La crise confirme la sagesse de ceux qui ont vu dans l’euro une entreprise risquée, ajoute le journaliste. /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028