SEMAINE DU 3 AU 9 DECEMBRE
Après les remous des semaines passées, la scène politique britannique a été plutôt calme, mais les journaux ont continué de s’interrroger sur l’état du Labour et du parti conservateur. Les affaires internationales ont été en revanche très animées : publication du rapport des services de renseignement américains sur l’Iran, conférence de Bali sur l’environnement et victoire écrasante de Vladimir Poutine. Au chapitre européen, la presse a généralement approuvé la décision de Gordon Brown de boycotter le sommet Europe/Afrique du fait de la présence du président Mugabe.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
L’état des partis
Les malheurs de Gordon Brown font peut-être le bonheur de David Cameron mais, de l’avis de la presse, les Tories doivent mieux faire s’ils veulent remporter les prochaines élections.
Les déboires du Labour ont profité aux conservateurs qui sont désormais en tête dans les sondages. Toutefois, comme le montre le « sondage des sondages » mensuel de l’INDEPENDENT, leur avance se limite à 7 points (39% des intentions de vote, contre 32% pour les travaillistes). Un tel score ne leur donnerait pas la majorité lors d’élections. Il leur faudrait, pour une victoire, largement dépasser le niveau de 40%.
« Le spectacle de Gordon Brown aux abois est peut-être bon pour le moral des conservateurs, mais il ne suffira pas pour gagner l’électorat », écrit l’éditorial du FINANCIAL TIMES qui appelle David Cameron à « saisir l’occasion pour définir sa position », notamment sur la réforme des services publics que n’a pas osé entreprendre le Labour.
Dans la même ligne, Peter Riddell du TIMES assure que « Gordon Brown est touché mais n’est pas hors de combat » : sa situation n’est en rien comparable à celle de John Major en 1992, car son parti reste uni et il a une majorité efficace aux Communes. Le manque de confiance des électeurs à l’égard du Labour ne signifie pas pour attend qu’ils accueillent avec enthousiasme les Tories. Ces derniers doivent nettement dépasser les 40% d’intentions de vote et, si les travaillistes ont perdu quelques batailles ces dernières semaines, « il est beaucoup trop tôt pour parler de tournant dans ce qui sera une longue campagne ».
C’est également l’avis d’Andrew Rawnsley dans l’OBSERVER : « il est encore trop tôt pour annoncer la fin de Gordon Brown ». La situation actuelle n’a rien à voir avec la catastrophe du Mercredi Noir qui a mené à la chute de John Major. Si la popularité du Premier Ministre a chuté dans les sondages, David Cameron est loin d’apparaître comme un Premier Ministre inévitable. Mais M. Brown ne doit pas répéter l’erreur de M. Major : il doit présenter une vision convaincante pour le Royaume-Uni.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. Le rapport sur l’Iran
Méfiance pour les uns, optimisme mesuré pour les autres : le rapport des services secrets américains, qui conclut que Téhéran a gelé en 2003 son programme pour la mise au point de l’arme nucléaire, a suscité des réactions diverses dans la presse.
Plusieurs journaux, reprenant les propos de George Bush, titrent sur la persistance de la « menace iranienne ». C’est le cas du DAILY TELEGRAPH, peu convaincu par les conclusions du National Intelligence Estimate (NIE) « qui avait affirmé tout le contraire il y a deux ans ». Pour le journal, « le gouvernement britannique a raison de garder ses distances vis-à-vis du rapport » et d’insister sur le fait que l’Iran reste un danger. Une telle prudence est parfaitement sensée : il serait stupide, sur la base d’un simple rapport, de relâcher notre vigilance. En surface, le monde peut paraître plus sûr. En réalité, on en est bien loin ». Le TIMES, dans la même ligne, assure qu’il ne faut pas « faire mauvais usage » d’un rapport qui, en fait, suggère que l’Iran « n’a pas abandonné » son programme : « ce n’est pas le moment de relâcher la pression », d’autant que les partisans de la ligne dure à Téhéran risquent de « s’enhardir » devant l’éloignement d’une intervention militaire.
Le FINANCIAL TIMES se félicite en revanche d’un « nouveau réalisme » à propos de l’Iran, et estime que le moment est venu de « lancer une offensive diplomatique robuste » dans le but d’amener Téhéran à prendre lui-même la décision de renoncer à l’arme nucléaire : une intervention militaire ne permettrait pas d’atteindre cet objectif. La carotte et le bâton peuvent y parvenir. Pour le journal, des sanctions ciblées de l’ONU sont une option. Mais il est temps surtout pour les Etats-Unis de faire des concessions (garanties en matière de sécurité et relations économiques) pour encourager l’Iran (en échange de l’abandon de son programme). « C’est une occasion à saisir ». Un point que reprend le GUARDIAN : « le NIE devrait ouvrir la voie à des négociations bilatérales entre Téhéran et Washington ». Les Américains devraient s’inspirer de leur politique d’engagement envers la Corée du Nord. Les Iraniens doivent évidemment adopter la même approche. La question est de savoir si les extrêmes dans les deux camps seront d’accord ».
2. La conférence de Bali sur l’environnement
La presse est extrêmement divisée sur les chances de succès à Bali.
Une pointe d’optimisme se décèle dans les journaux pro-travaillistes. Pour le GUARDIAN, « Bali doit être un commencement ». « Comme pour Kyoto, le processus est imparfait, mais c’est ce que le monde a de mieux ». Il faudra du temps, attendre l’arrivée d’un nouveau Président américain, mais les signes sont encourageants : le Royaume-Uni a fixé un certain nombre d’objectifs (sur les réductions d’émissions, l’expansion du marché des droits à polluer et l’inclusion des émissions provenant des transports). « Il ne sera pas possible de les atteindre tous, mais il ne s’agit plus aujourd’hui de savoir s’il faut faire quelque chose, comme lors de Kyoto, mais qui doit faire le plus. C’est un progrès, même s’il est lent ».
Dans la même ligne, l’INDEPENDENT assure que « Bali est une des plus importantes réunions internationales de l’année » : plus personne ne discute la nécessité d’un nouveau traité et d’une action concertée à l’échelon internationale. Evidemment, reconnaît le journal, certains gouvernements se comportent de « façon cavalière » (l’administration Bush par exemple) et d’autres prennent des mesures peu adéquates. Mais il y a eu aussi des progrès. L’Union européenne fait de la lutte contre le réchauffement une de ses priorités et, aux Etats-Unis, certains Etats passent à l’action. « La conférence de Bali devrait se mettre d’accord sur les grandes lignes d’un nouveau traité et un calendrier qui permettrait la ratification en 2012. Avec de la bonne volonté, on ne voit pas pourquoi on n’y parviendrait pas ».
Le FINANCIAL TIMES rappelle pour sa part que « le principal obstacle à un accord reste Washington » : si les Américains n’acceptent pas des réductions d’émissions, il est inconcevable que la Chine et l’Inde ne les acceptent. « Bali doit donc fixer des principes qui laissent une marge de manœuvre aux Etats-Unis ». Pour le journal, les Européens ont des ambitions excessives. « La priorité doit être le consensus. Si cela signifie des options limitées qui satisfassent les Américains, qu’il en soit ainsi. Un succès modeste vaut mieux que rien du tout ».
Le DAILY TELEGRAPH n’est que railleries pour une rencontre qui « va accroître la pollution ». Cette conférence représente tous les défauts du mouvement écologique : « elle place les intentions au-dessus des résultats. Il ne s’agit pas de faire quelque chose mais de se donner bonne conscience, et de se faire payer pour cela ».
3. La victoire de Vladimir Poutine
Une victoire sans surprise, mais qui fait fi des règles de la démocratie : la presse n’est guère impressionnée par le ras de marée du parti United Russia et s’interroge sur les intentions du président Poutine.
« C’est une farce, une parodie de la démocratie », écrit l’éditorial du TIMES qui y voit « un danger immédiat » pour le reste du monde : M. Poutine est devenu l’objet d’un culte de la personnalité « malheureusement très soviétique ». Plus il reste au pouvoir, plus il va s’isoler et se faire mal conseiller, atrophiant ce qui reste de la culture politique de la Russie et rendant plus difficile les changements futurs. Le DAILY TELEGRAPH estime que cette victoire « est de mauvais augure pour la Russie » et montre que ce pays n’a que des liens très fragiles avec la démocratie.
Le FINANCIAL TIMES admet lui aussi que les pays occidentaux doivent accepter, pour le moment l’idée de traiter avec un régime autoritaire. Mais les Etats-Unis, comme l’Union européenne, doivent continuer le dialogue avec Moscou, sur des questions comme l’énergie, l’Iran et le terrorisme. Pour le journal, l’important dans l’immédiat est de mettre fin à l’incertitude : M. Poutine veut-il rester au pouvoir, comme Premier ministre ou comme une sorte d’éminence grise qui tirera les ficelles, ou veut-il se retirer avec grâce ? Son rôle devrait être d’assurer une transition stable avant de quitter dignement la scène. Mais c’est peut-être trop demander.
Pour le GUARDIAN, M. Poutine cherchera à garder le pouvoir, d’une manière ou d’une autre, au-delà de mai prochain. La question est de savoir s’il réussira à résoudre les problèmes économiques et sociaux de la Russie. Ce n’est pas sur ses « manœuvres habiles » que sera jugé le président russe, mais sur ses actions pour stimuler l’industrie, gagner la confiance du public et créer des institutions indépendantes.
III.AFFAIRES EUROPEENNES
Le sommet Europe/Afrique
La presse a approuvé quasi unanimement la décision de Gordon Brown de boycotter la rencontre de Lisbonne entre l’Union européenne et les dirigeants africains du fait de la présence du président Mugabe.
Sous le titre « le paria », le TIMES reproche à l’Union européenne de « flatter » le dirigeant du Zimbabwe et de « tourner en dérision » ses prétentions d’un « nouveau départ » dans ses relations avec l’Afrique. Dans le même journal, Bronwen Maddox donne entièrement raison à Gordon Brown : « il y a des moments où la révulsion constitue une justification suffisante. Le président Mugabe a ravagé son pays ». La solidarité des dirigeants africains à son égard est « honteuse ». Sans leur soutien, M. Mugabe ne serait pas venu à Lisbonne. L’Union européenne sait bien que son influence en Afrique, sur les questions de gouvernance et de Droits de l’Homme, est en baisse parce que la Chine ne demande qu’à faire des investissements sans se soucier du reste. Mais il est des circonstances où de tels calculs ne doivent pas entrer en jeu.
C’est également l’avis de THE ECONOMIST : dans cette affaire, c’est Gordon Brown qui « a raison ». L’Europe cherche à défendre ses intérêts en Afrique. Mais comment ses dirigeants peuvent-ils s’asseoir à la même table que le président Mugabe, qui a ruiné son pays, et celui du Soudan qui a présidé à la catastrophe du Darfour ?
Tout en soutenant lui aussi M. Brown, l’INDEPENDENT craint que la guerre d’usure entre Londres et Harare ne fasse passer au second plan la question plus importante de la relation, productive et bénéfique à tous, entre l’Union européenne et l’Union africaine. Selon le journal, l’Union européenne pourrait faire beaucoup plus en matière d’ouverture de ses marchés, d’opérations de maintien de la paix et pour le développement démocratique.
L’importance de la relation entre l’Afrique et l’Europe amène le GUARDIAN à s’interroger sur « la politique de la chaise vide » de M. Brown : pourquoi un Premier Ministre qui s’intéresse tant à l’Afrique a-t-il tourné le dos à une réunion de cette ampleur, laissant un vieux dictateur de 83 ans dicter ses mouvements ? /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028