Semaine du 3 au 11 mai

SEMAINE DU 3 AU 11 MAI

Même s’ils ne font pas l’unanimité, certains commentateurs ont déjà signé l’arrêt de mort politique de Gordon Brown à la suite de la cuisante défaite électorale du 1er mai. L’appel à un référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, lancé par la dirigeante du Labour dans cette partie du Royaume-Uni, a contribué à amplifier les difficultés du Premier ministre. Celles de BAE Systems se sont poursuivies, la presse jugeant insuffisantes les promesses du groupe de défense sur la conduite de ses affaires à venir. Trois dossiers ont dominé les affaires internationales : l’intronisation du nouveau président russe, le cyclone en Birmanie et les affrontements au Liban. De nombreux articles factuels ont été consacrés au projet de rachat de British Energy par EDF.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. La stratégie de Gordon Brown

Le rebond promis par Gordon Brown après la défaite cuisante du Labour aux élections municipales et à la mairie de Londres laisse les commentateurs sceptiques. Plusieurs d’entre eux prédisent déjà la victoire des conservateurs aux prochaines législatives.

La presse travailliste sonne l’alarme. Le GUARDIAN accuse le Premier ministre de penser que « le gouvernement a raison et que le public a tort » et ajoute : « si c’est de cette façon qu’il entend faire campagne aux prochaines élections, il est assuré de perdre ». Martin Kettle, dans le même journal, a déjà émis son verdict : « A moins d’un événement extraordinaire dans les deux ans qui viennent, les élections de mai 2008 auront signalé la fin du Labour et annoncé l’arrivée d’un gouvernement conservateur. Mieux vaut s’y habituer ».

L’INDEPENDENT, moins sévère, s’interroge sur la « capacité » de M. Brown à changer le cours des événements, mais estime qu’il n’a « pas grand chose à perdre » à tenter de définir « sa vision de l’avenir » et à revenir aux valeurs fondamentales qui sont les siennes. Steve Richards renchérit sur ce thème, en appelant le Premier Ministre à « se fier à ses instincts » : il doit « clairement expliquer ce qui l’anime, mettre en place les politiques qui lui sont chères ». Plus qu’en 1997, les circonstances mettent l’accent sur la pauvreté et demandent une réaction de l’Etat, mais M. Brown doit s’adapter au monde d’aujourd’hui.

« Les augures ne sont pas bons pour M. Brown », renchérit Philip Stephens du FINANCIAL TIMES, qui souligne que « la démoralisation des municipalités se reflète nécessairement à l’échelon national. Privé de ses militants locaux, le gouvernement a du mal à mobiliser ses troupes, tandis que les partis d’opposition se renforcent. M. Blair avait 11.000 conseillers municipaux travaillistes en 1997, M. Brown n’en a plus que 5000. De plus, la longévité érode le pouvoir : lorsqu’un parti gouverne le pays depuis dix ans ou plus, son Premier Ministre voit son autorité faiblir. Même si pour le commentateur, « rien ne dit que le gouvernement est condamné - après tout, les Tories ont remporté les élections de 1992 qu’ils auraient dû perdre - M. Brown navigue dans des courants vraiment contraires ».

Pour Peter Riddell du TIMES, M. Brown « n’a plus que très peu d’options » : son sort dépend largement de facteurs qui échappent à son contrôle, notamment l’économie. Or, les premiers effets d’une éventuelle reprise ne se feront pas sentir avant l’année prochaine et, d’ici là, les pressions se feront de plus en plus urgentes. Le SUN, autre quotidien du groupe Murdoch, assure que « Gordon Brown doit mieux faire ».

2. La question écossaise

Plusieurs journaux ont titré sur la « colère » de Gordon Brown après la proposition de Wendy Alexander, dirigeante du Labour en Ecosse, de tenir un référendum sur l’indépendance de cette partie du Royaume-Uni.

« L’affaire met l’accent sur les divisions au sein du Labour et le manque d’autorité de Gordon Brown sur son propre territoire », écrit le FINANCIAL TIMES qui critique Wendy Alexander pour une initiative « sans aucun mérite » et qui porte atteinte à l’ensemble du parti travailliste.

Michael White du GUARDIAN s’interroge : « s’agit-il d’un coup de maître destiné à mettre le SNP (Scottish National Party) au pied du mur ou d’une erreur fatale pour l’Acte d’Union vieux de 301 ans » ? L’éditorial du journal répond en partie à la question, en estimant que le SNP pourrait être le vainqueur de l’affaire et renforcer sa position.

Les petits jeux électoraux du Labour mettent en danger l’Union », renchérit le DAILY TELEGRAPH qui doute du succès de la stratégie de Wendy Alexander : « mettre le SNP au pied du mur » et avancer le calendrier du vote que le dirigeant de ce parti, Alex Salmond, souhaite tenir en 2010, dans l’espoir de rallier d’ici là l’opinion à l’indépendance.

L’éditorial du TIMES assure que Wendy Alexander « a mal choisi son moment et mal calculé sou coup » : non seulement le Labour apparaît divisé, mais il est aussi « ridiculisé ». La meilleure solution, selon le journal, serait pour le parti travailliste de revenir à sa position initiale, ce qui enlèverait toute crédibilité à Mme Alexander, mais lui épargnerait de nouveaux dégâts.

Pour Steve Richards de l’INDEPENDENT, un référendum est la dernière chose dont Gordon Brown ait besoin : un échec pour M. Brown (c’est à dire un oui à l’indépendance) aurait des conséquences beaucoup plus « désastreuses » pour le Labour que la récente défaite aux municipales et à la mairie de Londres.

3. Le rapport sur BAE Systems

Un rapport de Lord Woolf sur la conduite de BAE Systems, et préparé à la demande même du fabricant d’armes, est jugé insuffisant par la majeure partie des médias.

Ce rapport contient quelques « bonnes propositions », mais il ne peut satisfaire la plupart des observateurs, écrit le FINANCIAL TIMES : Lord Woolf n’a pu en effet remonter jusqu’au contrat Al Yamamah de vente d’armes à l’Arabie Saoudite en 1989. BAE dément toutes formes de corruption dans cette affaire, et la décision du gouvernement de mettre fin à l’enquête du SFO (Serious Fraud Office) sur le sujet a empêché de tirer les choses au clair. Il est « louable » de la part de Lord Woolf d’appeler le gouvernement à encourager une conduite éthique dans l’industrie de la défense. Mais ses propositions n’auront de crédibilité qu’à trois conditions : il faut réformer au plus vite la législation sur la corruption ; le gouvernement doit abandonner son projet de donner pouvoir à l’Attorney-General de bloquer des poursuites au nom de la sécurité nationale ; il doit enfin mener une enquête publique sur les accusations concernant Al Yamamah. « C’est le minimum indispensable ».

« La promesse de faire mieux la prochaine fois ne permet pas d’absoudre les fautes passées », note à son tour le GUARDIAN, qui estime que la crédibilité de Lord Woolf est réduite du fait que ses services ont été demandés par BAE. Et de conclure : l’armateur britannique ne peut retrouver sa réputation que par le verdict d’un juge indépendant.

Dans la même ligne, l’INDEPENDENT estime que le SFO n’aurait jamais dû mettre fin à une enquête « qui doit être rouverte ». « BAE est à court d’excuses. Il est temps que la lumière soit faite sur un contrat douteux ».

Seul, Simon Heffer du DAILY TELEGRAPH défend le droit de l’industrie de l’armement à opérer selon des règles différentes : le Royaume-Uni n’aurait jamais obtenu le contrat Al Yamamah s’il ne s’était pas plié à la culture de son client. L’Arabie Saoudite est un excellent allié du gouvernement britannique pour le partage d’informations sur les réseaux terroristes. Quand en plus des milliers d’emplois sont en jeu, il ne ferait aucun sens de jouer la carte de la morale à l’excès.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Le nouveau président russe

L’arrivée au Kremlin d’un nouveau président, qui agira néanmoins en tandem avec son prédécesseur, suscite des commentaires prudents. Certains journaux y voient une occasion d’ouverture pour les pays occidentaux, d’autres restent méfiants à l’égard de M. Poutine.

Le TIMES, tout en rappelant que M. Poutine dans ses nouvelles fonctions de Premier Ministre conservera le contrôle de l’économie, estime qu’il faut prendre au sérieux M. Medvedev : ce dernier semble comprendre qu’il n’est pas dans l’intérêt de son pays d’alimenter l’antagonisme avec ses partenaires occidentaux. Et s’il ne faut pas s’attendre à un dégel immédiat des relations, le nouveau président dispose de pouvoirs réels. Il aura l’occasion de développer sa propre philosophie politique et, si l’on se rapporte à certains de ses propos, il cherchera à rapprocher la Russie de l’Europe et s’inspirera davantage des notions occidentales en matière de démocratie et de Droits de l’Homme. « Nous devons l’écouter avec respect et non avec condescendance ».

Dans la même ligne, le FINANCIAL TIMES estime que les pays occidentaux doivent « saisir l’occasion pour ouvrir le dialogue avec M. Medvedev ». Mais il ne s’agit pas pour eux de se montrer « naïfs » : en dépit de ses ouvertures, Moscou tient des discours « inquiétants » sur l’expansion de l’OTAN et à propos de la Georgie. Il faut donc rester « ferme » sur la souveraineté des Etats. En tant que juriste, M. Medvedev doit montrer son respect du droit.

La presse travailliste est méfiante. Sous le titre « Plus ça change », l’éditorial du GUARDIAN assure que M. Poutine gardera en fait les rênes du pouvoir. C’est à lui, et non au président, que les ministres rendront des comptes, et le nouveau Premier Ministre s’est constitué une base solide. Le journal lance une mise en garde au gouvernement britannique qui « semble fonder ses espoirs sur un président libéral » en soulignant que « ce ne serait pas sa première erreur de jugement sur la Russie ».

« Un nouveau leader, mais l’ombre de Poutine demeure », renchérit de son côté l’INDEPENDEN. Le journal déplore la « manière agressive » avec laquelle l’ancien président a mené sa politique étrangère, ses mesures « d’intimidation » envers ses voisins, son nationalisme, et doute des changements à attendre de la nouvelle répartition des pouvoirs : M. Poutine quitte le Kremlin mais il s’est constitué sa propre base et elle est de taille.

2. La catastrophe en Birmanie

La presse a rendu compte tout au long de la semaine de l’ampleur de la tragédie, critiquant de plus en plus fort le refus du régime birman d’ouvrir les portes du pays à l’aide internationale. Le GUARDIAN de vendredi a annoncé en une que la France et les Etats-Unis envisageaient l’acheminement de cette aide sans l’autorisation de la junte. Le TIMES a publié, pour sa part, la tribune commune de MM. Kouchner et Miliband sur la nécessité de « lever toutes les restrictions sur la distribution de l’aide ».

Les protestations sont unanimes dans les éditoriaux. Le FINANCIAL TIMES accuse le régime militaire de « cynisme », tandis que le GUARDIAN soupçonne les autorités d’accorder plus d’importance au référendum sur la constitution qui « institutionnalisera leur emprise » qu’à l’urgence nationale. Selon le journal, trois pays pourraient exercer une certaine influence sur Rangoon : la Chine, l’Inde et la Thaïlande. Mais Pékin peut difficilement exiger l’acheminement de l’aide internationale en Birmanie alors qu’il refuse l’accès au Tibet aux représentants des Droits de l’Homme. « Une fois de plus, la junte montre son total mépris pour le sort de son peuple ».

Le TIMES, contrairement au GUARDIAN, estime qu’il est possible de miser sur la Chine : Pékin peut chercher à exercer son influence pour contrer la mauvaise publicité que lui vaut le Tibet. « Si l’on peut distribuer l’aide via Pékin, les pays occidentaux ne doivent pas hésiter à emprunter cette voie ».

3. Les affrontements au Liban

Les commentateurs tirent la sonnette d’alarme à la suite des derniers affrontements au Liban.

Le FINANCIAL TIMES s’interroge sur une nation qui semble « courir au suicide » et estime que le gouvernement Siniora devra probablement « revenir sur sa position », ce qui « ne fera une fois de plus que repousser le problème ».

Le TIMES engage la communauté internationale, en particulier les pays occidentaux et les Etats-Unis à « apporter son soutien inconditionnel à M. Siniora », pour « désarmer le Hezbollah et réunifier Beyrouth » et éviter ce qui serait une catastrophe à long terme pour le Liban et toute la région. Le GUARDIAN pointe le doigt sur Washington : le gouvernement libanais est affaibli à cause d’une administration américaine qui a alterné les périodes de négligence et les appels à la confrontation, sans succès. « Le Liban est un échec de plus du président Bush au Proche Orient. /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028