Semaine du 29 octobre au 4 novembre

SEMAINE DU 29 OCTOBRE AU 4 NOVEMBRE

La scène politique britannique a connu des remous : Gordon Brown a été contraint à la défensive à propos de l’immigration ; le chef de la police, Sir Ian Blair, a été pressé de donner sa démission pour sa mauvaise gestion de l’affaire Jean Charles de Menezes ; et la visite d’état du Roi d’Arabie Saoudite a suscité une vive controverse. Au chapitre européen, une contribution de M. Giscard d’Estaing dans un grand quotidien a relancé le débat sur le Traité de Lisbonne. Les projets de réforme de la constitution française ont donné lieu à quelques articles et commentaires.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. L’immigration

L’immigration a fait de nouveau la une des journaux : d’un côté, le Labour s’est retrouvé sur la sellette pour s’être trompé dans ses statistiques (le nombre des immigrés a augmenté de 1,1 million en dix ans et non de 800.000 comme il l’avait annoncé) ; de l’autre David Cameron a proposé de fixer une limite annuelle à l’immigration. Les erreurs du gouvernement suscitent les critiques de la presse, qui se déclare peu convaincue par le maintien des restrictions concernant les Bulgares et les Roumains ou par l’introduction d’un système de points à l’australienne. Les propositions du dirigeant conservateur n’enthousiasment que les tabloïds.

Le FINANCIAL TIMES reproche au Labour comme à l’opposition de ne rien apporter de « constructif au débat » : l’immigration est dans l’ensemble une bonne chose pour l’économie, même si elle accroît les pressions sur les infrastructures. Elle présente des défis qui sont gérables et des avantages considérables. « C’est une honte » que personne ne l’admette. Le GUARDIAN reprend le même raisonnement : d’une manière générale, « les bienfaits de l’immigration l’emportent sur ses inconvénients ». Mais le gouvernement semble pour le moment « incapable de mesurer ou de gérer » ce phénomène ; c’est une recette pour l’explosion politique ».

Le débat sur l’immigration « sent l’hypocrisie », renchérit l’INDEPENDENT qui accuse Gordon Brown comme David Cameron de faire le jeu du lobby anti-immigration. L’immigration a joué un rôle crucial dans le développement de l’économie. Et s’il existe une crise du logement et des problèmes de transport, c’est parce que le gouvernement a négligé l’infrastructure. Ce dernier devrait « concentrer ses efforts sur la meilleure façon d’absorber le flot d’immigrés plutôt que de chercher à en limiter le nombre ».

Seuls les tabloïds conservateurs applaudissent la démarche de M. Cameron : « c’est la première fois que le dirigeant d’un parti politique parle de façon aussi ouverte et constructive de l’immigration », écrit le SUN, tandis que le DAILY MAIL met en avant la « maturité » du dirigeant conservateur face à « une gauche qui a maintenu le silence pendant plus de 40 ans » sur un problème majeur en criant au « racisme ».

« Enfin, David Cameron a rompu son silence », renchérit le DAILY EXPRESS : le journal estime « impressionnant » le langage du dirigeant conservateur, mais déclare qu’il doit aller plus loin en s’opposant à l’adhésion de la Turquie dans l’Union européenne.

2. Les difficultés du chef de la police

La position du chef suprême de la police britannique, Sir Ian Blair, n’est plus « tenable » : c’est la conclusion quasi unanime de la presse après un jugement sur l’affaire Jean Charles de Menezes, le Brésilien innocent qui a été tué par balles par la police le 22 juillet 2005 parce qu’on le soupçonnait d’être un terroriste, quelques jours apès les attentats du 7 juillet qui avaient causé la mort de 52 personnes.

Pour l’INDEPENDENT, l’échec de la police dans cette affaire a été « désastreux ». De plus, ajoute le journal, ce n’est pas la première fois que le leadership de Sir Ian Blair est mis en cause : on l’a souvent accusé de faiblesse et d’être enclin à la politique politicienne. « C’est lui le responsable. Sa position est intenable ». Dans la même ligne, le TIMES relève que « l’affaire de Menezes n’est pas un incident unique depuis la prise de fonctions de M. Blair : il n’est pas l’homme qu’il faut pour mettre en oeuvre une nouvelle stratégie antiterroriste. Il est dans l’intérêt de la police qu’il se conduise honorablement » et donne sa démission.

« La famille de M. de Menezes a toutes les raisons de s’interroger sur un système qui, après plus de deux ans et de gaspillage des fonds publics, ne trouve pas le coupable du meurtre d’un innocent », écrit le DAILY TELEGRAPH dans un éditorial intitulé « Mais qui est donc responsable » ?.

Le GUARDIAN reconnaît pour sa part les qualités de Sir Ian Blair : « il a apporté des valeurs progressistes et donné une approche moderne » à ses fonctions. C’est peut-être « noble de sa part » de vouloir poursuivre sa mission. Mais il risque de ne plus être en mesure de le faire. Il a perdu la « confiance » populaire et ne pourra probablement jamais la retrouver. Le FINANCIAL TIMES va plus loin : « comment le public pourrait-il avoir confiance dans un fonctionnaire aussi coupé de la réalité ? M. Blair doit partir ».

Les tabloïds sont unanimes : pour le DAILY MAIL, ultra-conservateur, « Sir Ian Blair ne doit pas attendre qu’on lui donne l’ordre de partir. C’est une affaire de décence ». Pour le DAILY MIRROR, pro-travailliste, « le chef de la police doit démissionner ou être renvoyé pour laisser la place à quelqu’un qui saura mieux assurer la sécurité de Londres ».

3. La visite d’état du Roi d’Arabie Saoudite

La première visite d’état en 20 ans d’un Roi saoudien au Royaume-Uni s’est effectuée sous le signe de la controverse. La presse est divisée sur le bien-fondé de la relation bilatérale : les intérêts commerciaux (le pétrole et les contrats de vente d’armes) doivent-ils passer avant les considérations éthiques ( Droits de l’homme) ?

Le DAILY TELEGRAPH répond par l’affirmative : « les relations bilatérales entre le Royaume-Uni et l’Arabie saoudite sont complexes mais cruciales, et elles ne sont pas pour les cœurs sensibles ». Nos intérêts ne tiennent pas seulement aux contrats de vente d’armes (et aux milliers d’emplois qui en dépendent), ils reposent aussi sur une coopération étroite en matière de renseignement et de lutte contre le terrorisme. « Dans le monde réel, nous devons mener une politique étrangère conforme à nos intérêts. Et cela signifie une relation constructive avec l’Arabie Saoudite ». Dans la même ligne, le TIMES assure que « l’Arabie saoudite est de loin le partenaire politique et économique le plus important du Royaume-Uni au Proche Orient » : il joue un rôle essentiel dans le règlement de la question israélo-palestinienne, la crise irakienne et la menace iranienne. Les liens commerciaux entre les deux pays sont considérables. L’Arabie saoudite a sans doute encore beaucoup à faire en matière de réforme démocratique, mais « ce n’est pas au Royaume-Uni de dicter le rythme » de cette démarche. « Le Roi Abdullah est un vieil homme courtois et prudent. Il mérite d’être reçu et écouté avec courtoisie ».

A l’inverse, l’INDEPENDENT proteste contre le « caractère inapproprié » de cette visite : le régime saoudien est une autocratie qui refuse les libertés, défend les terroristes. Il est non seulement « immoral » de le soutenir, c’est aussi faire preuve de myopie : cette monarchie ne durera pas éternellement. Le GUARDIAN met lui aussi en cause le traitement spécial réservé à l’Arabie Saoudite depuis les années 80, un traitement « douteux » qui vise à ne rien faire qui puisse déplaire à ce régime : « il n’a en rien aidé le peuple saoudien ou empêché le développement du terrorisme. La Realpolitik est censée apporter des bénéfices. Mais dans ce cas précis on peut se demander ce qu’ils sont ».

II. AFFAIRES EUROPEENNES

Le Traité de Lisbonne

« Le Traité de Lisbonne est la même chose que la constitution » : la presse britannique n’a pas manqué de tirer cette conclusion après la parution d’une tribune de M. Giscard d’Estaing dans le quotidien THE INDEPENDENT. L’ancien Président de la République y expliquait que le nouveau traité est, sur le fond, proche de la constitution et que l’on ne peut seulement parler que d’une différence d’approche.

Les journaux eurosceptiques y voient une confirmation de leurs pires craintes. Le SUN parle « d’escroquerie », tandis que le DAILY EXPRESS assure : « maintenant vous êtes prévenus ».

Pro-européen, l’INDEPENDENT admet que les propos de M. Giscard d’Estaing sont « la dernière chose que M. Brown et son gouvernement souhaitaient entendre ». Le journal déclare éprouver les mêmes « frustrations » que l’ancien Président de la République à propos des « opt-outs » britanniques : « Il n’est pas nécessaire de partager sa vision de l’Europe dans tous ses détails pour estimer qu’il est grand temps que le Royaume-Uni cesse d’être l’exception dans l’Union ».

III . AFFAIRES FRANCAISES

La réforme de la Constitution

La presse a pris bonne note des projets de réforme de la Constitution, une démarche qu’elle qualifie souvent de nécessaire.

Pour le DAILY TELEGRAPH, il s’agit de la « première grande réforme constitutionnelle en un demi-siècle » : elle renforcera les pouvoirs du parlement et réduira ceux du Président. Le journal relève, comme ses confrères, que la plupart des dirigeants politiques français, M. Sarkozy inclus, reconnaissent que le système actuel est « dépassé ».

C’est l’avis du FINANCIAL TIMES : la constitution de la Vème République avait donné au général de Gaulle des pouvoirs qui convenaient à son époque. Au 21ème siècle, elle ne répond plus aux besoins d’une démocratie moderne. Elle crée une situation absurde : un Président tout puissant qui ne rend des comptes qu’à son peuple, tandis que le gouvernement qu’il nomme et dirige doit rendre des comptes au parlement. Pour le journal, « les propositions avancées par M. Balladur vont dans la bonne direction. Elles sont sensées, mais un peu trop modestes ». « M. Sarkozy doit avoir le courage de ses convictions et aller de l’avant malgré les protestations d’une partie de l’UMP »./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028