SEMAINE DU 29 MARS AU 5 AVRIL
Avec la trêve de Pâques et dans l’attente d’une annonce concernant la date des élections, l’actualité politique au Royaume-Uni a été assez limitée : les journaux ont cependant bien accueilli les propositions des conservateurs de limiter l’augmentation des cotisations sociales prévue par le gouvernement travailliste et le lancement d’un débat sur l’immigration à la suite d’un discours de Gordon Brown. Les attentats-suicide à Moscou ont dominé les affaires internationales. La résolution du parlement serbe sur le massacre de Srebrenica est qualifiée de « minimum, néanmoins bienvenu ». La visite du président de la République à Washington a fait l’objet d’une couverture surtout factuelle.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
1. Les propositions de George Osborne
La proposition de George Osborne de ne pas appliquer l’augmentation des cotisations sociales (National Insurance) prévue par le Labour a plutôt été bien accueillie par la presse et les dirigeants d’entreprise. Elle semble aussi avoir bénéficié aux Tories dans les sondages : celui de YouGov publié par le SUNDAY TIMES crédite les conservateurs de 39% des intentions de vote, contre 29% pour le Labour. Pour les commentateurs, la proposition de M. Osborne a au moins le mérite d’alimenter un débat qui reste encore très vague à quelques semaines des élections.
Pour la presse conservatrice, la cause est entendue : une hausse des cotisations sociales, comme le souhaite le Labour, va à l’encontre de la croissance dont le pays a pourtant besoin pour réduire sa dette. « M. Osborne montre qu’il a de bons instincts en ce qui concerne les impôts », écrit le DAILY TELEGRAPH, se félicitant de voir enfin une différence entre les conservateurs et les travaillistes à l’approche des élections.
L’INDEPENDENT assure lui aussi que l’idée de M. Osborne « mérite d’être examinée », car les cotisations sociales frappent les gens ordinaires et l’emploi en général. Elle est surtout bienvenue car nous avons besoin d’un débat sensé sur la réforme fiscale et le budget au cours des semaines à venir. Aucun des principaux partis n’a été honnête jusqu’à présent à propos de l’économie. Tous cherchent à repousser les mauvaises nouvelles après les élections. C’est une stratégie cynique qui fait du tort au processus démocratique. L’électorat a besoin de savoir à quoi s’attendre. « En mettant sur le tapis la question des cotisations sociales (National Insurance), M. Osborne a rendu service à la nation et offert aux Britanniques une piste à examiner. Espérons que ce sera le début d’une série car l’élection n’en sera que meilleure ».
Pour le TIMES, la proposition de M. Osborne a un mérite : les cotisations sociales (National Insurance) sont un impôt sur l’emploi et les entreprises, et ne sont donc pas une bonne chose en période de reprise fragile. Le journal précise cependant que M. Osborne doit trouver 5,6 milliards de livres pour financer son idée. Sans compter qu’il a promis – et à juste titre – d’emprunter moins que le Labour en 2011-2012. Cela veut dire qu’il devra sérieusement réduire les dépenses, et que la restructuration des services publics devra commencer immédiatement. Un point repris par le FINANCIAL TIMES : les propositions des Tories constituent un pas en avant, mais ils ne montrent pas encore – pas plus que le Labour – qu’ils prennent le déficit au sérieux.
2. Le problème de l’immigration
Longtemps évitée par le Labour, la question de l’immigration revient à l’ordre du jour, alors que Gordon Brown reconnaît la réalité des inquiétudes de l’électorat face à certains abus. La presse conservatrice estime que le moment est venu pour les principaux partis de mettre au point une politique crédible.
Le DAILY TELEGRAPH ironise sur le Labour : mieux vaut tard que jamais, car le silence des travaillistes durant ces dix dernières années est une honte. Selon le journal, le gouvernement a été contraint d’en venir là à cause de la montée du parti d’extrême-droite BNP (British National Party), mais ce devrait être pour les conservateurs l’occasion de mettre au point une politique claire et crédible en vue de réduire le niveau de l’immigration : au rythme actuel, notre population va augmenter de 4 millions au cours des dix prochaines années. Outre une limitation du nombre des immigrés en provenance d’autres pays que ceux de l’Union européenne, les Tories examinent d’autres possibilités. M. Cameron estime qu’il est important de réformer l’Etat-providence de manière à encourager les Britanniques à accepter des emplois peu rémunérés (avec le système actuel, ils n’y ont pas intérêt). « C’est le genre de réflexion dont nous avons besoin pour empêcher un changement irréversible dans la nature même de notre pays ».
L’INDEPENDENT appelle lui aussi les principaux partis à s’exprimer, car il ne faut pas laisser la parole aux seuls partis d’extrême-droite : M. Brown a adopté un discours logique et modéré. Il faut certes prendre en compte les inquiétudes des Britanniques, mais il faut rejeter le projet des conservateurs d’une limitation de l’immigration. Le journal appelle également à davantage de franchise et d’honnêteté. C’est aussi l’avis du GUARDIAN : la vérité est importante même si elle est inconfortable, écrit le journal, faisant allusion aux reproches qui ont été faits à M. Brown d’avoir mal interprété les statistiques pour faire croire à une baisse de l’immigration. Le GUARDIAN estime cependant que l’immigration ne doit pas devenir un des grands thèmes de la campagne.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
Les attentats-suicide à Moscou
La presse condamne unanimement les récents attentats-suicide à Moscou. Elle appelle le Kremlin à s’en prendre aux causes.
Le FINANCIAL TIMES se félicite de ce que M. Poutine se soit engagé à combattre le terrorisme, mais ajoute que « la répression à elle seule ne résoudra pas le problème » : il faut une réelle approche politique, le respect de la règle de droit et de la démocratie. Soutenir un homme fort en Tchétchénie et ignorer la résistance ne peut être qu’une solution à court terme et elle risque d’alimenter le ressentiment.
« La Tchétchénie n’est pas un repère du Djihad, ce n’est ni l’Afghanistan, ni l’Iraq », souligne de son côté le TIMES, estimant que la Russie a laissé passer une chance de négocier avec les Tchétchènes et de reconnaître leurs revendications justifiées.
Pour le GUARDIAN également, si le terrorisme est universel, ses causes sont différentes. Elles sont souvent locales et nécessitent des solutions locales : les derniers attentats à Moscou font suite à l’action menée le mois dernier contre les insurgés d’Ingouchétie qui avaient promis des représailles.
III. AFFAIRES EUROPEENNES
Les excuses de la Serbie
La presse a rendu compte de la résolution adoptée par le parlement serbe à propos des massacres de Srebrenica. Elle fait aussi état de la réaction de l’Union européenne ainsi que de la déception des Bosniaques.
Le TIMES assure que les Serbes ont fait un « minimum, néanmoins bienvenu », qui devrait faciliter leur entrée dans l’Union européenne. Toutefois, si cette motion est juste, les mots ne suffisent pas. Ratko Mladic court toujours. « Il a menti aux victimes et à l’ONU. Lorsque le gouvernement serbe reconnaîtra formellement la vérité sur Srebrenica, il devra aussi rechercher et arrêter Mladic. Même si cette démarche suscite une controverse interne, la Serbie ne doit pas avoir peur de la justice ».
IV. AFFAIRES FRANCAISES
La visite de M. Sarkozy à Washington
Les principaux journaux ont mentionné la visite du président de la République et sa rencontre avec le président Obama. Le TIMES a titré sur l’invitation à dîner à la Maison Blanche, « perçue à Paris comme la récompense des efforts du président français à nouer des liens » avec M. Obama. Selon le DAILY TELEGRAPH, il s’agissait pour les deux leaders « d’enterrer la hache de guerre » et de mettre un terme une fois pour toutes aux rumeurs concernant la difficulté des relations entre les deux dirigeants.
L’INDEPENDENT et le FINANCIAL TIMES relèvent la volonté des deux dirigeants de faire pression sur l’Iran : le président américain souhaite faire adopter de nouvelles sanctions à l’ONU dans les semaines qui viennent, tandis que le président français a réaffirmé que Téhéran doit mettre fin à sa « course folle » en vue d’acquérir l’arme nucléaire.
Outre la question de l’Iran, le FINANCIAL TIMES aborde celle des avions ravitailleurs : le président de la République a déclaré qu’EADS, qui avait renoncé à répondre à l’appel d’offre sous prétexte de favoritisme envers Boeing, a finalement décidé de se lancer car M. Obama a promis que la compétition serait juste et équitable. Le journal insiste, sous la plume de Paul Betts, sur le « front uni » présenté par les deux dirigeants.
Le GUARDIAN met l’accent principalement sur le discours du président de la République à l’université de Columbia à New York, dans lequel M. Sarkozy a demandé aux Etats-Unis de donner l’exemple dans la mise en place d’une nouvelle régulation financière mondiale et de prêter davantage d’attention au reste du monde. /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028