SEMAINE DU 29 AOUT AU 4 SEPTEMBRE
La réforme des banques, à quelques jours de la publication du rapport Vickers le 12 septembre, a de nouveau donné lieu à controverse et mis en lumière les divergences au sein de la coalition sur le sujet. La Libye a dominé les affaires internationales avec la conférence de Paris qui a été l’occasion de mettre en avant le bon fonctionnement du partenariat franco-britannique. L’appel de Christine Lagarde à une recapitalisation des banques européennes n’est pas passé inaperçu. Au chapitre de la France, plusieurs dossiers ont retenu l’attention des médias : le programme d’austérité, les accusations de la juge Prévost-Desprez et le « réveil » des socialistes.
I. ROYAUME-UNI
La controverse sur la réforme des banques
La « guerre » entre George Osborne et Vince Cable sur la réforme des banques a fait les grands titres de la presse et donné une idée des tensions qui risquent d’éclater au sein de la coalition. Le ministre libéral-démocrate est en effet partisan d’une mise en oeuvre immédiate de propositions qui pourraient être faites par la Commission Vickers et qui viseraient à séparer les banques de dépôt et les opérations d’investissement, tandis que le Chancelier de l’échiquier (et David Cameron) est davantage enclin à écouter les doléances des banquiers qui demandent une période de répit. Selon le FINANCIAL TIMES, ces derniers auront sûrement gain de cause et la réforme devrait être reportée après les élections prévues en 2015.
« Le ralentissement économique ne peut pas servir d’excuse à un report de la réforme », assure pourtant l’INDEPENDENT : alors que la crise financière a contraint les contribuables à venir en aide aux banques, il serait souhaitable de séparer les opérations d’investissement et les dépôts. Les grandes entreprises bancaires ne sont pas la seule solution au dynamisme économique. Des alternatives sont possibles, et notamment un accroissement de la concurrence dans le secteur bancaire lui-même. Selon l’INDEPENDENT, M. Vince Cable a raison de durcir sa position, quitte à susciter des remous dans la coalition si M. Osborne ne partage pas sa vision. Le gouvernement ne doit pas être l’otage des banques, et ces dernières ne doivent pas conserver toutes libertés, aux dépens du contribuable. Le secteur bancaire britannique a des défauts structurels et il doit être réformé sans plus tarder.
Le FINANCIAL TIMES se montre un peu plus prudent et appelle à peser les risques : même si la situation économique met en lumière la fragilité des banques, ce n’est pas une excuse pour laisser les choses en l’état. Une séparation des activités des banques devra se faire progressivement et demandera une préparation mais il ne faut pas y faire obstacle. C’est aussi l’avis du GUARDIAN : la solution, ce n’est pas de repousser la législation, mais de la mettre progressivement en œuvre.
Une partie de la presse conservatrice – DAILY TELEGRAPH, DAILY MAIL - accuse les libéraux-démocrates de créer la zizanie en s’opposant aux politiques des conservateurs. Le DAILY MAIL en conclut qu’il « est temps de rappeler aux premiers qui est le chef ».
II. INTERNATIONAL
La conférence internationale sur la Libye
La conférence internationale pour le soutien à la Libye nouvelle a donné lieu à une importante couverture de presse, les journaux soulignant le succès du partenariat franco-britannique. La presse a aussi évoqué la question du partage des ressources pétrolières.
Sous le titre « Les puissances mondiales mettent leurs divergences de côté pour saluer la Libye nouvelle », l’INDEPENDENT explique que ce bref sommet fut « davantage l’occasion de célébrer et de prendre des photos que de négocier » et qu’il a débouché sur la promesse d’un rapide dégel des actifs libyens. « David Cameron et le président Nicolas Sarkozy ont salué l’ouverture d’un nouveau chapitre pour une Libye démocratique lors d’une conférence historique, tandis que les grandes puissances se bousculent en coulisses pour obtenir leur part dans le régime post-Kadhafi », écrit pour sa part le DAILY TELEGRAPH.
L’éditorialiste du DT estime que « David Cameron et Nicolas Sarkozy ont de bonnes raisons d’être satisfaits d’un travail bien fait », mais relève que que la mission en Libye a mis en lumière « les faiblesses fondamentales au sein de l’OTAN » : trop d’Etats européens ont montré leur réticence et le plus riche, l’Allemagne, a refusé d’y participer. Peu d’entre eux consacrent suffisamment de ressources à leurs budgets de défense. « A moins d’un changement, le Libye risque d’être perçue comme une des interventions les plus impressionnantes de l’Alliance, mais aussi comme la dernière ».
Sous le titre « Transition à Tripoli », l’éditorialiste du TIMES rend hommage à David Cameron, Nicolas Sarkozy et Barack Obama pour avoir lancé une « opération militaire juste et nécessaire ». Selon le journal, « la fermeté » du président de la République à l’égard de cette mission a marqué un net contraste avec « l’obstructionnisme » de Jacques Chirac à propos de l’Irak. Le TIMES pointe le doigt sur Angela Merkel et estime que les pays qui n’ont pas soutenu la révolution libyenne doivent maintenant « aider à la reconstruction » du pays.
L’éditorialiste de l’INDEPENDENT se félicite d’une « entente de nouveau cordiale » et qui montre à quel point le gouvernement britannique a voulu tirer les leçons de l’Irak. Les relations entre Paris et Londres s’étaient dégradées il y a huit ans à cause des attaques injustifiées portées par les Britanniques contre M. Chirac. Le journal espère que les deux pays ont reconnu que, face à la mondialisation et aux difficultés économiques, ils ont des intérêts mutuels, en matière de sécurité et dans bien d’autres domaines, qu’il vaut mieux défendre ensemble. « S’il a fallu deux dirigeants politiques de centre-droit ayant des idées fermes sur la souveraineté nationales, pourquoi pas », conclut-il.
Le FINANCIAL TIMES considère que le moment est venu pour l’OTAN de se préparer à la fin de sa mission militaire, une mission qui a eu ses succès mais qui a aussi montré que l’Europe a des moyens limités. Pour le journal, les Libyens doivent commencer à reconstruire leur pays. La Libye dispose de moyens notamment financiers considérables – ce n’est pas l’Afghanistan – mais il ne faut pas laisser une situation politique précaire dérailler. Les puissances extérieures peuvent encourager le processus et offrir une aide technique, mais il revient désormais aux Libyens – et ce pour la première fois – de forger leur avenir. Un thème repris par THE ECONOMIST : « Laissons les faire la suite. Le processus de libération doit être le fait des Libyens. C’est leur grand moment, non pas celui des pays occidentaux ». L’hebdomadaire estime que la France et l’ONU ont raison de vouloir désormais passer le bâton à l’ONU.
On relèvera à la une de l’INDEPENDENT, mais aussi dans les pages du DAILY MAIL et du DAILY MIRROR, une couverture photographique mettant en miroir les images de la visite de Kadhafi à Paris en 2007 et l’accueil par le Président de la République de MM. Abdel Jalil et Jibril.
Enfin la presse, évoquant l’accord qui aurait été passé pour réserver un tiers des ressources pétrolières libyennes à la France, pose la question des opportunités qui s’offrent aux entreprises britanniques (BP aurait déjà entamé des pourparlers). Les déclarations de William Hague sur le fait que les entreprises britanniques ne seront pas à la traine de leurs homologues sont largement reprises.
III. EUROPE
La crise financière européenne
L’appel lancé par Christine Lagarde à une recapitalisation des banques européennes a suscité quelques remous. Plusieurs journaux ont relevé la réaction négative de Jean-Claude Trichet à cette proposition, l’essentiel étant pour lui la mise en œuvre au plus vite de l’accord du 21 juillet.
L’éditorialiste du FINANCIAL TIMES salue néanmoins l’initiative de la nouvelle directrice-générale du FMI « qui a déclaré publiquement ce que la plupart des politiques ont évité d’évoquer depuis le début de la crise ». Si le journal estime que Mme Lagarde a tort d’attendre du contribuable qu’il vienne à l’aide du système financier et sauve les banques si les investisseurs privés ne sont pas disposés à le faire, il lui donne raison de vouloir appliquer des mesures radicales face aux deux grands risques pour la reprise : la fragilité des banques européennes et la poursuite de la chute de l’immobilier aux Etats-Unis. « La directrice-générale du FMI n’a pas toutes les bonnes réponses, mais elle a au moins lancé un débat. Les dirigeants politiques doivent faire preuve à leur tour du même courage et regarder la réalité en face ».
Le DAILY TELEGRAPH prévoit de nouveaux remous sur les marchés après l’accalmie de l’été : l’intervention de M. Trichet et celle de Mme Lagarde ne vont pas apaiser les inquiétudes. Elles ne font que confirmer les craintes d’une difficulté de l’application de l’accord du 21 juillet à cause de l’opposition des Allemands. La balle est donc dans le camp de Berlin qui a mal géré le problème pour des raisons de politique interne faciles à comprendre : toute initiative visant à une plus grande intégration budgétaire sera financée par le contribuable allemand. Il est cependant important que la direction prise soit clarifiée au plus vite car les marchés sont, par nature, impatients. « Par suite des hésitations de l’été, des décisions politiques qui auraient dû être prises dans le calme risquent de déboucher sur une action de panique face à une nouvelle crise d’automne », conclut le DT.
IV. FRANCE
1. Les mesures d’austérité
Le FINANCIAL TIMES salue dans un éditorial le programme d’austérité « utile, quoique limité » présenté par le gouvernement de M. Sarkozy. Pour le journal, M. Fillon mérite d’être félicité pour avoir révisé à la baisse les prévisions de croissance économique. Toutefois le nouveau chiffre de 1,75% pour 2011 et 2012, s’il semble raisonnable pour cette année, est sans doute trop optimiste pour l’année prochaine. Après les élections, le nouveau Président de la République devra faire des efforts nettement plus vigoureux pour couper les dépenses publiques, notamment en matière de santé. « Alors qu’il vole de toute évidence les vêtements de la gauche, M. Sarkozy ne peut échapper à l’observation que les considérations électorales ont influencé le contenu du programme d’austérité plus qu’il ne veut l’admettre. Globalement ces mesures sont à la limite de ce qui était politiquement réalisable, mais il reste beaucoup à faire », conclut le FT.
2. Les accusations de la juge Prévost-Desprez
« Sarkozy accusé de corruption » (TIMES), « Sarkozy a accepté de l’argent illégal, selon un juge » (DAILY TELEGRAPH, INDEPENDENT), « Sarkozy nie les accusations » (FINANCIAL TIMES) : les principaux journaux évoquent les accusations portées par Isabelle Prévost-Desprez reprises dans le livre « Sarko M’a Tuer » et estiment que ce dernier développement va relancer « l’affaire Bettencourt ». Pour le TIMES, la « menace d’une crise politique » pèse sur Nicolas Sarkozy.
Toujours dans le TIMES, Adam Sage se livre à ce commentaire : cette semaine était supposée être un grand moment pour Nicolas Sarkozy qui espérait se servir de la conférence sur la Libye pour relancer son avenir politique. Il n’est pas difficile d’imaginer sa réaction en voyant ses plans chamboulés par des accusations de corruption. Le scandale Bettencourt est particulièrement dangereux pour M. Sarkozy car il vient rappeler ses liens avec les riches. Cela, aux yeux des Français, est plus grave encore que la corruption.
Pour Anne-Elizabeth Moutet du SUNDAY TELEGRAPH, « il ne semble pas que ces accusation aient atteint un stade dangereux, même si l’opposition ne manque pas de s’en servir ». M. Sarkozy ne manque pas d’atouts : le rôle de la France en Libye, une naissance prochaine et la disparition de son grand rival politique pour les présidentielles, Dominique Strauss-Kahn. « La dernière chose qu’il ait à l’esprit est de présenter des excuses ».
3. Le « réveil » des socialistes
Selon l’éditorialiste du GUARDIAN, les Français découragés par l’inégalité croissante pourraient bien se tourner vers la gauche aux prochaines élections. Il faut pour cela que le parti socialiste trouve un candidat qui saura rallier l’opinion. Les signes commencent à être encourageants : l’université d’été de La Rochelle s’est déroulée de manière satisfaisante ; l’ombre de DSK ne devrait pas se faire trop peser car sa candidature est terminée ; enfin et surtout l’ouverture du vote à tous ceux qui le souhaitent, s’il attire plus d’un million de personnes, « commencera à persuader la France que les socialistes sont de retour ». /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028