SEMAINE DU 28 NOVEMBRE AU 4 DECEMBRE
Les annonces de George Osborne sur l’économie et l’état prévisionnel des dépenses publiques (« Autumn Statement »), dont bien des points avaient été « fuités » dans les journaux les jours précédents, n’ont pas enthousiasmé les commentateurs. Quant au mouvement de grève du secteur public, en protestation contre la réforme du système de retraite, il a été généralement critiqué. Les attaques contre l’ambassade du Royaume-Uni en Iran ont suscité une vive émotion, et la presse a bien accueilli la décision britannique d’expulser les diplomates iraniens en poste à Londres ainsi que les sanctions annoncées par les Ministres des Affaires étrangères européens. Nos prises de position ainsi que l’aide que nous avons apportée sont bien mentionnées. Les journaux ont exprimé leur déception face au peu d’intérêt manifesté à l’ouverture de la conférence de Durban sur le changement climatique. Ils ont relevé l’avancée des islamistes aux élections égyptiennes. Le FINANCIAL TIMES a bien repris les déclarations de M. Juppé sur une intervention humanitaire en Syrie. Les discussions menées en prévision du Conseil européen du 9 décembre pour résoudre les difficultés de la zone euro ont donné lieu à une importante couverture de presse (réunion des Ministres des finances, rencontre à Paris de M. Cameron et M. Sarkozy, réunion du 5 décembre entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, la couverture se révélant relativement optimiste).
I. ROYAUME-UNI
1. L’économie britannique et l’état des finances publiques
Titrant sur « les cinq (ou six) années d’austérité » à venir, tous les journaux ont fait leurs UNES le 30 novembre sur les déclarations de George Osborne (« Autumn Statement ») qui a fait le point devant le parlement le 29 novembre sur l’économie et l’état prévisionnel des dépenses publiques.
Le Chancelier de l’échiquier n’a pas caché la gravité de la situation, mais il n’a pas enthousiasmé les commentateurs.
« M. Osborne s’est sorti habilement d’une situation difficile », écrit l’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH qui ajoute : « sa tâche la plus importante était de convaincre les marchés qu’il maintient sa stratégie en vue de réduire le déficit. Il y est parvenu ». Le TIMES salue « la détermination » du Chancelier de l’échiquier mais regrette son manque d’ambition et d’imagination (aucun grand projet). « Il y a du mérite à se montrer honnête » et à annoncer des temps difficiles, mais « ce n’est guère inspirant en l’absence d’un programme plus radical », conclut le journal.
Sous le titre « pas de grandes idées », le SUN se montre plus sévère en qualifiant le Chancelier de l’échiquier « d’homme de fer-blanc plutôt que d’homme de fer » : M. Osborne aurait dû faire preuve d’audace face à la gravité de la situation. « Au lieu de courage et de vision, il nous a offert du bricolage à la manière de Gordon Brown ».
Pour Philip Stephens du FINANCIAL TIMES, M. Osborne, même s’il s’en défend, en est réduit à se tourner vers un plan B, lequel comporte trois parties : tout d’abord, il fait porter le blâme aux autres (la mauvaise gestion du Labour, puis la crise de la zone euro). C’est un argument dont les électeurs vont se lasser tôt ou tard. Ensuite, cette nouvelle stratégie vise à montrer que le gouvernement fait tout son possible pour améliorer la situation (projets d’infrastructures, aide aux entreprises et emploi des jeunes). Le troisième pilier de ce plan B rappelle l’argument favori de Margaret Thatcher : il n’y a pas d’autre solution. Les marchés ne pardonneraient pas un relâchement de la politique budgétaire.
Les journaux de gauche voient dans les déclarations de M. Osborne l’admission de l’échec du plan A. C’est la première conclusion du GUARDIAN qui en répertorie deux autres : les mesures annoncées seront financées par des réductions dans d’autres domaines ce qui n’est pas exactement une stimulation et n’aidera pas à la relance de l’économie. Enfin, la coalition a choisi de donner davantage de ressources aux entreprises aux dépens des employés du secteur public qui vont être condamnés à quatre années de gel des salaires ou de salaires très bas. « Préparons-nous à davantage de turbulences », souligne le GUARDIAN.
2. Le mouvement de grève du secteur public
Un succès comme le prétendent les organisateurs ou un « flop » de l’avis de David Cameron ? Le mouvement de grève du secteur public en protestation contre la réforme du régime de retraite le 30 novembre a été largement suivi (il aurait mobilisé deux millions de personnes), mais il n’a pas perturbé excessivement l’activité du pays et il reste critiqué par la presse.
Sous le titre « Une grève qui justifie la réforme », le DAILY TELEGRAPH dénonce une action qu’il juge « indéfendable » alors que le gouvernement a fait au secteur public une offre « généreuse », comparée à ce qu’obtient le secteur privé. Face à la gravité de la crise économique actuelle, « les syndicats montent qu’ils sont déconnectés de la réalité ».
Le TIMES reprend la même ligne : la grève « n’a rien changé ». Les arguments en faveur d’une réforme des retraites restent toujours aussi valables. « Il est regrettable que les fonctionnaires, comme beaucoup d’autres, aient à faire des sacrifices, mais ils ne semblent pas comprendre la gravité de la situation ».
« Cette grève a été un flop », renchérit le SUN tandis que le DAILY EXPRESS pointe les grévistes du doigt alors qu’ils « sont moins à plaindre » que la majorité des Britanniques.
La presse de gauche avait, comme l’INDEPENDENT, dénoncé le timing de cette action : si la colère du secteur public est « compréhensible », « le moment est mal choisi » : l’économie britannique est au bord de la récession. La crise de la zone euro menace de s’étendre au Royaume-Uni. Nous sommes tous dans le même bateau. Ce n’est pas le moment de lancer un nouveau « Winter of discontent » (référence aux grèves qui vers la fin des années 70 ont précipité l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher).
II. INTERNATIONAL
1. Les attaques contre l’ambassade du Royaume-Uni en Iran
Les attaques lancées contre l’ambassade du Royaume-Uni en Iran ont suscité bien des remous et fait l’objet d’une vive condamnation. La presse soutient la décision du gouvernement britannique de fermer l’ambassade d’Iran à Londres et appelle les Etats de l’Union européenne et la communauté internationale à une action concertée. Elle fait bon accueil aux sanctions annoncées par les Ministres des Affaires étrangères européens le 1er décembre.
« L’Iran est-il en train de devenir plus dangereux et plus imprévisible » ? s’interroge le DAILY TELEGRAPH qui estime justifiée la décision britannique de fermer l’ambassade iranienne et d’expulser ses diplomates. Le journal appelle le Royaume-Uni à se préparer à toutes éventualités et ajoute que ses alliés européens doivent s’aligner sur les sanctions financières imposées par Londres au régime de Téhéran.
Le FINANCIAL TIMES défend les mêmes arguments : les expulsions sont « justifiées ». Le droit international exige des Etats qu’ils protègent les représentations diplomatiques des pays étrangers. Le gouvernement iranien ne peut échapper à cette responsabilité. Le Royaume-Uni paie le prix des sanctions qu’il a imposées après la publication du rapport de l’AIEA. La communauté internationale doit à son tour accroître ses pressions, mais il faut éviter à tout prix qu’Israël décide « de prendre seul les choses en mains ». Les pays occidentaux seraient inévitablement pris dans le conflit qui suivrait, et ce serait un cauchemar.
« Téhéran doit comprendre que l’isolement n’a aucun avantage », souligne pour sa part le TIMES qui estime qu’il faut persuader l’Iran de renoncer à ses ambitions nucléaires par le moyen de sanctions, de pressions et de condamnation de la communauté internationale, et de l’amener au dialogue de manière à acquérir le statut qu’il estime lui revenir.
Pour Ian Black du GUARDIAN, il est essentiel de « ne pas couper tous les liens » : le fait que le Royaume-Uni ne soit pas allé jusqu’à arrêter les relations diplomatiques montre que le gouvernement britannique a estimé important de rester en contact dans les institutions multilatérales comme l’ONU ou par l’intermédiaire d’un tiers. Le Royaume-Uni ne va vraisemblablement pas changer sa position car il est en tête de la campagne visant à l’isolement économique de l’Iran par des sanctions unilatérales et le soutien des mesures multilatérales prises par l’Union européenne et l’ONU. Ce serait de toute évidence une grave erreur que de couper tous les liens à un moment où les discussions internationales sont dans l’impasse. L’Iran est un pays difficile, mais il reste extrêmement important.
M. Hague a eu raison de ne pas fermer « irrévocablement » la porte, renchérit l’INDEPENDENT qui estime essentiel de « garder la tête froide et ne pas provoquer une escalade des tensions ».
Les déclarations que nous avons faites (Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Bernard Valéro) sont bien reprises de même que les actions que nous avons lancées.
2. L’ouverture de la conférence de Durban
C’est en titrant sur « les profondes discordes » concernant la réduction des émissions de carbone que la presse a rendu compte de l’ouverture de la conférence de Durban sur le réchauffement climatique. Les commentateurs déplorent le manque d’enthousiasme des participants à ce rendez-vous annuel organisé par l’ONU.
Le GUARDIAN s’inquiète du revirement du gouvernement britannique : au moment de la formation de la coalition, David Cameron « avait déclaré sa foi dans la protection de l’environnement ». Aujourd’hui, la question du réchauffement climatique est devenue un sérieux embarras. Il n’est pas question de « mettre en danger les affaires du pays pour sauver la planète ». Pourtant, selon le journal, la crise d’aujourd’hui ne tient pas au coût de la mise au point de nouvelles formes d’énergie mais à la volatilité des prix des énergies fossiles. « Même les sceptiques doivent admettre qu’investir dans des technologies à faible niveau de carbone est une affaire de bon sens ».
L’éditorialiste du TIMES déplore que l’environnement ne fasse plus les grands titres de la presse du fait de la mauvaise situation de l’économie. Depuis le sommet de Rio organisé par l’ONU en 1992, les attentes n’ont jamais été aussi basses. Il n’y aura pas de remplacement du Protocole de Kyoto et le mieux que les 190 nations qui participent au sommet de Durban puissent espérer, c’est de se mettre d’accord sur une « feuille de route » en vue de trouver une alternative. Selon le journal, des progrès restent cependant possibles : les forêts tropicales ont un rôle important à jouer et les précédents sommets ont permis de ralentir la déforestation. Il faut continuer dans cette voie. Quelques nations et entreprises ont pris des décisions courageuses mais pas suffisamment pour réduire les émissions mondiales. Cette année, les gouvernements ont réagi trop lentement face aux marchés financiers et, à long terme, ils semblent incapables de décider d’une action pour protéger les générations futures des conséquences du réchauffement. C’est tragique, car le changement climatique n’attend pas l’homme. « Nous paierons cher un échec à Durban », lance l’éditorialiste de l’INDEPENDENT qui estime « les enjeux plus élevés que jamais » : même s’il ne peut pas y avoir d’accord sur un traité qui prendra en compte les réalités économiques actuelles (incluant la Chine), la conférence de Durban serait quand même un succès avec au moins un accord de principe. « Si tout le monde rentre chez soi et qu’il n’y a aucun accord, le compte à rebours va commencer et ce sera catastrophique ».
III. EUROPE
Zone euro
La presse s’est concentrée tout au long de la semaine sur la préparation du Conseil européen du 9 décembre. Après la réunion des Ministres de finances, elle a pris bonne note du discours du président de la République à Toulon et des déclarations d’Angela Merkel devant le Bundestag en faveur d’une « union budgétaire ». Tout en revenant sur les « divergences » franco-allemandes, les journaux de dimanche estimaient que « Merkel et Sarkozy sont proches d’un accord » et se déclaraient de ce fait plus optimistes que d’habitude sur les chances d’un accord satisfaisant au Conseil européen.
Le déjeuner de travail entre le Premier ministre britannique et le président de la République a donné lieu à une bonne couverture, le FINANCIAL TIMES laissant entendre dès avant la rencontre que « M. Cameron n’entend pas mettre en péril les négociations » et serait prêt à accepter un changement des traités en échange de garanties pour la protection des intérêts de la City. Un point qu’il confirmait samedi matin tout comme le GUARDIAN qui évoquait « le soutien qualifié » de M. Cameron.
Pour l’éditorialiste de l’INDEPENDENT, M. Cameron doit joindre ses efforts à ceux des dirigeants européens pour sauver l’euro. Il doit cesser de demander un rapatriement des pouvoirs cédés à Bruxelles et « se comporter en véritable homme d’Etat ». L’éditorialiste du SUNDAY TIMES s’interroge en revanche sur le « dilemme difficile » du Premier ministre : Mme Merkel et M. Sarkozy ont l’avenir de l’euro entre leurs mains, et l’économie britannique en dépend. Il est dans l’intérêt de M. Cameron de soutenir les efforts devant aider la zone euro, mais le Royaume-Uni risque de perdre de son influence en Europe.
L’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH appelle l’Allemagne à agir : quoi qu’en dise M. Sarkozy, « c’est la paralysie à Berlin qui est la cause réelle de la contagion dans la zone euro ». Si les Allemands pour des raisons historiques ne veulent pas avoir à jouer un rôle central au cœur de l’Europe, les circonstances conspirent contre eux : la BCE a le pouvoir de maîtriser la situation mais il faut que Mme Merkel donne son accord.
Philip Stephens du FINANCIAL TIMES estime que cette fois il « peut être possible de sauver l’euro » : le remplacement de M. Berlusconi par M. Monti, l’intervention de M. Draghi en faveur d’une « compact budgétaire » sont des signes positifs. Et il est intéressant que la BCE évoque une action en échange d’engagements politiques contraignants sur la dette et les déficits publics.
« Les dirigeants européens peuvent encore éviter l’apocalypse, mais ils doivent agir vite et faire preuve d’audace », écrit THE ECONOMIST selon lequel « un compromis sensé imposerait une plus grande discipline maintenant en échange de l’introduction ultérieure d’euro-obligations ». /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028 La version texte est aussi accessible sur le site internet de l’ambassade à l’adresse suivante : HTTP ://AMBAFRANCE-UK.ORG dans la rubrique Newsroom