Semaine du 28 mai au 3 juin

SEMAINE DU 28 MAI AU 3 JUIN

A l’occasion de la tournée africaine de Tony Blair, la presse a dressé un bilan « mitigé » de son action à l’égard de ce continent. La prise d’otage de cinq Britanniques en Iraq a suscité une vive émotion dans les médias qui estiment ce développement de « mauvais augure ». Au chapitre international, les propositions de George Bush pour le réchauffement climatique sont le plus souvent critiquées, tandis que le choix de Robert Zoellick pour succéder à Paul Wolfowitz à la Banque Mondiale s’accompagne de réserves.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. La tournée africaine de Tony Blair

L’Afrique a été la priorité de Tony Blair mais quel bilan peut-on dresser de son action ? Alors que le Premier Ministre effectuait une dernière tournée sur ce continent, la presse a émis des jugements très tranchés.

Le groupe Murdoch (TIMES et SUN) n’a que des éloges pour un Premier Ministre britannique qui a fait plus qu’aucun autre pour l’Afrique. Les deux journaux défendent la politique interventionniste de M. Blair, qui a notamment donné de bons résultats au Sierra Leone. « L’histoire montre que les tyrans les plus dangereux ne réagissent qu’à la force », souligne le SUN.

Le GUARDIAN, en revanche, rappelle les engagements de la conférence du G8 de Gleneagles et estime que les résultats de l’action de M. Blair sont « mitigés » compte tenu des promesses qui avaient été faites. « M. Blair a voulu faire de l’Afrique une priorité, mais alors qu’il se prépare à quitter ses fonctions, sa tâche est loin d’être terminée », conclut le journal.

L’INDEPENDENT est également partagé : « les efforts de M. Blair concernant l’Afrique représentent indéniablement un des aspects les plus positifs de sa politique ». Il a changé le concept de développement international. Mais il n’a malheureusement pas permis de réduire le protectionnisme international « qui pénalise tant les agriculteurs africains ». Si le journal salue l’action menée au Sierra Leone, il regrette qu’elle ait conduit à l’intervention en Iraq au nom de l’interventionnisme libéral.

Le DAILY TELEGRAPH ironise sur un voyage « qui a moins à voir avec la politique étrangère britannique qu’avec la promotion de M. Blair » : le Premier Ministre a pris soin de choisir ses destinations (Libye, Sierra Leone, mais pas le Darfour, ni le Congo ou le Nigeria). Pour le journal, le Premier Ministre met fin à ses fonctions comme il les a commencées, « par du spectacle et de la manipulation ». « Il est grand temps que le chant du cygne s’arrête ».

2. Otages britanniques en Iraq

La presse a réagi avec inquiétude à la prise en otage de cinq Britanniques qui se trouvaient à l’intérieur du Ministère des finances iraquien.

Pour le GUARDIAN, l’opération est d’une « audace sans pareille » et montre à quel point les milices chiites ont infiltré la police iraquienne. Il est à craindre qu’elle ne soit le début d’une campagne visant à mettre fin à la présence britannique en Iraq. Mais c’est peut-être aussi une manœuvre politique plus complexe de la part des Chiites pour remettre en avant le radical Moqtada al-Sadr. Quelle que soit la raison de la capture des Britanniques – acte de vengeance ou ré-émergence de M. Sadr – cette affaire montre « la fracture profonde de l’Iraq. Elle montre aussi que l’objectif américain d’établir un gouvernement central avec une armée et une force de police nationales pourrait être condamné à l’échec ».

Le TIMES estime que l’affaire est « de mauvais augure, et que le gouvernement iraquien doit se préparer à des décisions difficiles et à leurs conséquences dangereuses ». Alors que la violence continue dans l’ensemble du pays, et que les ambassadeurs américain et iranien se sont rencontrés à Bagdad pour discuter de la situation, le journal appelle l’Iran à « montrer sa bonne foi » : Téhéran devrait user de son influence sur les Chiites pour tenter de retrouver le trace des kidnappeurs et les persuader de libérer leurs victimes. « L’Iran a tout autant à craindre que les gouvernements occidentaux d’une guerre civile généralisée en Iraq ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES 1. George Bush et le réchauffement climatique

A quelques jours du sommet du G8, les propositions de George Bush pour lutter contre le réchauffement climatique ont surpris les média qui les ont le plus souvent critiquées.

La presse travailliste, à l’instar de l’INDEPENDENT, accuse le Président américain de contrecarrer le programme de ses partenaires du G8. Le GUARDIAN, dans un éditorial sévère, assimile la proposition américaine à une « pilule empoisonnée » : George Bush veut fixer des objectifs sans précisions spécifiques. Il refuse tout plafond d’émission, sous prétexte que cela ferait du tort à l’économie. « Accepter sa démarche porterait atteinte aux efforts de l’ONU en vue de mettre sur pied un nouveau traité international pour remplacer le protocole de Kyoto qui vient à expiration en 2012 ».

Le FINANCIAL TIMES n’est guère davantage impressionné par une proposition insuffisante faite « avec un retard de dix ans » : pour encourager l’innovation, il faudrait fixer un prix pour le carbone, soit par des permis d’émission ou mieux par un impôt. M. Bush ne semble pas avoir compris cela. « L’attitude du gouvernement américain à l’égard du changement climatique a été tellement irresponsable que l’on peut être tenté de se féliciter de tout progrès. Mais, lors de la réunion du G8 la semaine prochaine, il ne faudra pas multiplier les louanges pour les tout premiers pas hésitants du Président américain ».

Le DAILY TELEGRAPH se félicite du changement de position de George Bush, mais regrette qu’il ne fasse pas mention des systèmes d’échange de droits d’émission : ces derniers pourtant ont l’attrait de mettre davantage l’accent sur les mécanisme du marché que sur les prescriptions officielles. « La meilleure solution consisterait pour les gouvernements à fixer des objectifs réalistes et laisser les entreprises échanger les droits d’émission à leur convenance ».

2. Robert Zoellick et la Banque Mondiale

Un candidat qui « a au moins une partie des qualités requises » : le choix de Robert Zoellick pour succéder à Paul Wolfowitz à la présidence de la Banque Mondiale est plutôt bien accueilli par la presse.

Le FINANCIAL TIMES, qui avait fait campagne pour le départ de M. Wolfowitz, exprime son soulagement tout en émettant des réserves : « Robert Zoellick est un diplomate confirmé et il a montré qu’il peut travailler efficacement avec les Européens. Il est davantage pragmatique qu’idéologue et réaliste plutôt que néo-conservateur. Mais on peut se poser des questions à son sujet » : comprend-t-il suffisamment les enjeux du développement ? Saura-t-il faire face à la bureaucratie, et surtout faire passer les intérêts mondiaux avant ceux des Etats-Unis ? Pour le journal, « Il aurait mieux valu que Washington propose plusieurs candidats et mieux encore que le nouveau président soit choisi après une recherche mondiale ». Il revient au conseil des gouverneurs de trancher et décider s’il est à « la hauteur de la tâche ».

James Harding du TIMES regrette lui aussi le système actuel de sélection « contraire au principe fondamental de la méritocratie » mais estime que ce n’est pas le moment de le réformer : la Banque Mondiale a besoin d’un nouveau leader pour regagner la confiance de l’opinion. Le conseil des gouverneurs « doit approuver rapidement cet internationaliste arrogant mais intelligent qui comprend le fonctionnement du commerce et de l’aide et que l’administration américaine a choisi un peu tardivement ».

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028