SEMAINE DU 28 JUIN AU 4 JUILLET
Le premier discours de politique étrangère de William Hague, quoique jugé pragmatique, a souvent laissé les commentateurs sur leur faim. Ces derniers se sont montrés critiques à l’égard des nouvelles propositions pour la limitation de l’immigration. Au chapitre international, la presse a estimé décevant le dernier sommet du G20. Elle a continué de s’interroger sur la mission en Afghanistan après le renvoi du général McChrystal. Les difficultés d’Angela Merkel ont également donné lieu à une importante couverture médiatique. Concernant la France, deux dossiers ont retenu l’attention des rédactions : l’avenir du journal « Le Monde » et l’affaire Bettencourt.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
1. Discours de politique étrangère de William Hague
Si la presse salue le pragmatisme et le réalisme, y compris envers l’Europe, des aspirations de William Hague telles qu’il les a présentées dans son premier discours de politique étrangère, elle n’est pas convaincue que le chef de la diplomatie britannique passera à l’action.
Le FINANCIAL TIMES se félicite de l’approche plus positive de M. Hague envers l’Europe : ce sera une bonne façon pour les Britanniques de mieux se faire entendre au sein des institutions européennes. Selon le journal, il est justifié également de renforcer les liens avec les puissances émergentes, même si la relation spéciale avec les Etats-Unis reste centrale. Le FT reconnaît cependant que le programme du ministre est « modeste », probablement en grande partie à cause de moyens financiers plus réduits. Au moins, conclut-il, « il ne se fait pas d’illusions ».
Il est d’autant plus important de chercher à augmenter notre influence en Europe que nous restons méfiants à l’égard de la direction que cherchent à lui faire prendre bien de nos partenaires, souligne le DAILY TELEGRAPH qui approuve tout particulièrement le soutien de M. Hague à la candidature de la Turquie « malgré l’hostilité de Paris et de Berlin » : nous devons nous engager en Europe, mais sans nous comporter comme des valets.
L’INDEPENDENT se déclare agréablement surpris par la vision « libérale » que les conservateurs ont du monde : M. Hague recherche l’équilibre dans les relations avec les Etats-Unis et avec les autres pays. Il souhaite que le Royaume-Uni soit plus actif en Europe et est à la fois motivé par l’idéalisme et la realpolitik. Selon le journal, cela n’ira pas sans tensions, car la nouvelle politique en matière d’immigration ne facilitera pas toujours les choses avec des pays comme le Brésil, l’Inde et la Chine notamment. « C’est néanmoins un début prometteur », conclut l’INDEPENDENT.
Le TIMES est davantage sceptique : que signifie une politique étrangère fondée sur un intérêt national constructif ? S’agit-il d’un repli et d’un désaveu de la doctrine de l’interventionnisme libéral adoptée par Tony Blair et ses successeurs ? M. Blair avait son idée de l’intérêt national qu’il ne séparait pas des conflits hors de nos frontières. M. Hague a-t-il une conception plus étroite de cet intérêt national ? On peut défendre l’idée d’un Royaume-Uni moins engagé dans le monde, mais ce n’est pas sans risque. Ce n’est peut-être pas ce que souhaite le ministre des Affaires étrangères puisqu’il parle d’inspirer les autres et de les engager à suivre les valeurs britanniques, mais il n’a guère clarifié sa position. Ce premier discours de politique étrangère nous laisse sur des incertitudes, ajoute le journal.
Simon Tisdall du GUARDIAN déplore le manque de substance de cette intervention : M. Hague n’a offert que des « platitudes » sur le conflit israélo-palestinien, il a admis qu’il n’avait rien à ajouter sur l’Iran et, sur l’Afghanistan, il n’a donné aucune raison de changer la perception que c’est M. Obama qui prend les décisions.
2. La politique d’immigration
L’annonce d’un plafond pour le nombre d’immigrés hors d’Union européenne suscite des réactions mitigées : les journaux reconnaissent que l’immigration est un problème qui préoccupe la population, mais ils estiment que la solution proposée n’est pas la bonne.
Le FINANCIAL TIMES rappelle que la majorité des immigrés vient des pays de l’Union, le reste ne représente que 5% du total. De plus ces immigrés bénéficient à l’économie. En limiter le nombre contredit l’idée que le Royaume-Uni est ouvert à l’entreprise et souhaite établir des liens plus étroits avec des économies montantes comme le Brésil et l’Inde. L’immigration implique certes de sérieux coûts sociaux et fait peser de lourdes pressions sur les services publics, mais le gouvernement devrait calmer les inquiétudes en augmentant ses subventions dans les zones névralgiques. « Plutôt que de fixer des quotas, il devrait choisir les immigrés qui lui conviennent et appliquer des règles plus strictes concernant l’apprentissage de la langue anglaise. Si le gouvernement veut regagner la confiance des électeurs, il doit se concentrer sur ces points. Des limitations arbitraires ne sont pas la solution », conclut le FT.
Le DAILY TELEGRAPH n’est pas davantage convaincu : le débat se concentre aujourd’hui presque entièrement sur l’aspect économique alors qu’il existe une dimension culturelle et sociale. Le nouveau gouvernement doit engager une discussion « honnête » sur l’immigration, en faisant preuve de la même franchise qu’il l’a fait avec le problème du déficit.
Si le DAILY MAIL se félicite de « voir enfin le gouvernement commencer à penser dans les mêmes lignes que la majorité de la population », l’INDEPENDENT dénonce l’approche « populiste » des conservateurs : le journal considère que le silence des libéraux-démocrates est « honteux » car, en vérité, les immigrés bénéficient à l’économie. Selon les prévisions du nouvel Office for Budget Responsability, une baisse de l’immigration pourrait entraîner une réduction du PIB. La politique du gouvernement « ne rime à rien », conclut le journal.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. Le sommet du G20
La déception émane de la plupart des commentaires sur les réunions de Toronto. Sous le titre « Une occasion manquée », l’éditorialiste du GUARDIAN dresse un parallèle entre le sommet de Londres de 2009 qui avait fait apparaître « un nouveau consensus, une approche commune et même un nouvel ordre mondial » et celui de Toronto présenté par David Cameron comme un simple séminaire de travail où chacun a fait son rapport tout en sachant qu’il continuerait d’agir à sa guise. L’importance des réunions du G20 n’a pas besoin d’être exagérée, mais si ces sommets n’existaient pas, il faudrait les inventer : ils sont là pour permettre de partager les responsabilités en matière de décisions financières et pour remédier à l’effondrement du système bancaire et du commerce mondial. Rien de cela n’a été réglé. M. Cameron a tort lorsqu’il prétend que le G20 s’est contenté de donner sa bénédiction aux programmes de réduction des déficits budgétaires. Il a aussi appelé à des mesures pour relancer la croissance et stimuler la demande. Les divisions en matière de stratégie budgétaire restent aussi profondes que jamais. Certains pays ont des banques saines, d’autres non. Par le passé, les sommets du G20 visaient trop haut. Celui de 2010 a fait l’inverse, et a laissé passer une occasion.
« La bataille risque d’être perdue », souligne pour sa part l’éditorial de l’INDEPENDENT qui se déclare peu impressionné par l’apparence de progrès que peut donner l’annonce sur l’accroissement des fonds propres des banques. Selon le journal, cette démarche est certes « bienvenue », mais sans réforme structurelle du secteur elle sera incapable d’empêcher une nouvelle crise financière. « Le système bancaire international est encore trop faible pour fournir à l’économie le soutien nécessaire pour une saine reprise ».
Sur la question de l’accroissement des fonds propres, le FINANCIAL TIMES reproche aux dirigeants du G20 de ne pas avoir été assez énergiques : ils ont seulement fixé des objectifs, préférant avancer avec prudence. Ce n’est pas une approche satisfaisante, ajoute le journal, selon lequel plus vite les banques seront recapitalisées, plus vite elles pourront emprunter et prêter. « C’est peut-être un traitement de choc, mais cela vaut mieux que mourir lentement d’inanition ».
2. La mission en Afghanistan
Avec le remplacement du général McChrystal par le général Petraeus, la presse s’attend à une redéfinition de la stratégie en Afghanistan. Elle prévoit des « décisions difficiles », aussi bien pour le Royaume-Uni que pour les Etats-Unis. Outre l’aspect militaire, elle évoque l’ouverture de discussions avec les talibans ainsi que le rôle du Pakistan.
L’éditorial du TIMES appelle avant tout David Cameron à clarifier ses objectifs : la guerre et les stratégies mises au point pour en venir à bout ont changé au cours des années. L’approche du général McChrystal n’a pas réussi à limiter le nombre des victimes militaires. A Londres, comme à Washington, on évoque la possibilité de discussions avec les talibans. Le Pakistan, dont la stabilité est liée à celle de l’Afghanistan, complique et aide à la fois les choses. La pression à laquelle sont soumis les dirigeants politiques en particulier à propos de la date de retrait des troupes risque de saper le soutien des Pakistanais ainsi que celui d’éléments clés chez les Afghans. « M. Cameron doit être franc sur les objectifs réalisables. Cette guerre n’est pas seulement la guerre des Américains. Elle est aussi celle du Royaume-Uni », conclut le journal.
Pour le DAILY TELEGRAPH, il y a une certaine logique à ouvrir des négociations avec les talibans. Cependant, s’il est certain que la guerre ne peut être gagnée par la seule force militaire, le succès ne sera possible qu’à certaines conditions : les dirigeants politiques occidentaux doivent rassurer les Afghans sur leur engagement et ne pas donner l’impression de battre la retraite.
Richard Norton-Taylor du GUARDIAN assure qu’il ne peut pas y avoir de solution militaire et que la seule question aujourd’hui consiste à décider du moment de l’ouverture de discussions avec les talibans. Selon le journaliste, les troupes britanniques servent de palliatif jusqu’à ce que soit décidé le moment du retrait, en principe lorsque l’Afghanistan sera doté d’une force armée et de police suffisamment efficace pour sa sécurité. « Est-ce une raison suffisante pour continuer à se battre et à risquer la mort » ?
Pour l’éditorial du FINANCIAL TIMES, une révision de la stratégie militaire en Afghanistan ne viendrait pas trop tôt : la stratégie du général McChrystal, ambitieuse et théoriquement impeccable, n’a ni le soutien politique, ni les ressources militaires nécessaires et surtout aucun partenaire sur lequel compter à Kaboul. Le temps presse : et le général Petraeus doit pouvoir afficher de réels progrès dès décembre 2010. Or, l’offensive de Kandahar a déjà été repoussée, et Hamid Karzai ne semble pas disposé à mettre au point un gouvernement crédible sans lequel l’entreprise ne peut aboutir. Les talibans et leurs alliés feront tout pour y faire obstacle. C’est pourquoi le général Petraeus est déterminé à leur mener la vie dure sur le terrain avant l’ouverture de négociations. Chacun sait aussi que ces négociations doivent avoir lieu, mais M. Karzai semble être davantage intéressé pars des négociations qui assureront son avenir plutôt que celui du pays. Si le président afghan pense déjà à un avenir après l’OTAN et à une alliance avec le Pakistan, il est urgent de changer la perception de la communauté internationale vis-à-vis de l’establishment militaire pakistanais. Cela implique une détente entre l’Inde et le Pakistan, en particulier à propos du Cachemire.
3. Les difficultés d’Angela Merkel
Malgré l’élection de son favori, Christian Wulff, au poste de président, Angela Merkel se retrouve en position de faiblesse, estime à l’unanimité la presse britannique.
L’éditorial du GUARDIAN évoque « la dégringolade » d’Angela Merkel : la coalition avec le FDP mise sur pied il y a neuf mois a en effet tourné au « cauchemar ». Les deux partis se querellent. Un peu comme Gordon Brown, la chancelière allemande donne l’impression de ne plus avoir le contrôle de l’agenda politique. Mme Merkel a obtenu l’élection de Christian Wulff, mais seulement après des abstentions à gauche. Ce vote aurait dû être une formalité et permettre à la chancelière de réaffirmer son autorité sur la coalition. « En fait elle a survécu de justesse à ce qui peut être considéré comme un vote de confiance ».
« Mme Merkel est sans doute la personnalité politique la plus importante de l’Union européenne et une des voix les plus puissantes sur la scène internationale, mais elle se bat pour sa survie en Allemagne », renchérit le TIMES. Dans la même ligne, l’INDEPENDENT estime que la chancelière allemande a perdu de son autorité, « à un moment où elle en aurait particulièrement besoin du fait de la crise dans la zone euro ».
III. AFFAIRES FRANCAISES
1. L’affaire Bettencourt :
Les principaux journaux (DAILY TELEGRAPH, GUARDIAN, INDEPENDENT) ont continué de suivre une affaire qui « embarrasse » le président de la République et qui, selon l’INDEPENDENT, risque de ne pas retomber même si le procès a été ajourné probablement jusqu’à l’automne. Le DAILY TELEGRAPH titre sur « la baisse de popularité de M. Sarkozy » à la suite du scandale, tandis que THE ECONOMIST évoque les répercussions politiques d’une affaire qui intervient après tant d’autres ayant touché des membres du gouvernement (cigares cubains, avions privés, appartements de fonction multiples). Selon THE ECONOMIST, la gauche se réjouit d’un développement qui pourrait mettre en cause la réforme des retraites, mais c’est précisément pour cette raison que M. Sarkozy ne veut pas se séparer de M. Woerth. « Cette réforme constitue un test crucial sur sa capacité à moderniser la France ».
2. Le sort du journal « Le Monde »
Le FINANCIAL TIMES et le GUARDIAN annoncent l’accord conclu avec Matthieu Pigasse, Pierre Bergé et Xavier Niel pour le rachat du journal. Selon le FT, la victoire des trois hommes d’affaires sur le consortium rival constitue « un revers pour M. Sarkozy » qui était intervenu auprès du directeur du « Monde » pour empêcher justement cette solution.
Dans un éditorial, le GUARDIAN s’en déclare en revanche satisfait : le consortium auquel appartient M. Bergé a promis de redonner aux journalistes les actions qui leurs sont nécessaires pour avoir un contrôle minoritaire. Cela signifie que « les décisions vitales pour l’avenir de la voix la plus importante du journalisme français dépendront encore des journalistes de cette publication ». Le journal n’est pas encore tiré d’affaire, mais c’est un bon début, ajoute le GUARDIAN qui rappelle les difficultés de la presse française « bien pires encore » que celles de la presse britannique : outre Le Monde, Le Parisien est en vente, la Tribune cherche un investisseur et Libération a des problèmes d’argent../.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028