SEMAINE DU 28 JANVIER AU 3 FEVRIER
Après la controverse sur Peter Hain et le financement du Labour, un député conservateur a été mis en cause et suspendu de son parti pour une affaire d’emplois fictifs, que la presse juge plus grave. Quatre dossiers ont dominé la scène internationale : le Kenya, l’Afghanistan, Israël et le Pakistan. Au chapitre européen, la réunion de Londres organisée par Gordon Brown a fait l’objet d’une couverture strictement factuelle.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
Les emplois fictifs d’un député conservateur
Après la controverse sur le financement des partis qui a fortement embarrassé le Labour ces dernières semaines et a conduit à la démission du ministre Peter Hain, c’est un député conservateur qui s’est retrouvé sur la ligne de mire pour abus de biens publics. Derek Conway rémunérait un de ses fils pour un emploi fictif à partir de ses indemnités parlementaires. La presse approuve la décision de David Cameron qui a suspendu le coupable, mais s’interroge sur le manque de transparence du système. « Ces accusations sont graves. Elles représentent un détournement honteux des fonds publics », écrit l’INDEPENDENT, estimant que non seulement le député conservateur doit rembourser l’argent utilisé, mais qu’une enquête de police et une poursuite judiciaire ne « doivent pas être exclues ». Le TIMES approuve la décision de David Cameron, mais estime qu’il aurait dû la prendre plus tôt, car « il n’y a aucune place pour le népotisme à Westminster ».
Le DAILY TELEGRAPH reprend le même argument. Le journal s’inquiète aussi des « ramifications sérieuses » de cette affaire. Elle est plus grave que les divers épisodes concernant le financement du Labour : il s’agit en fait du détournement de fonds publics. Le problème de base est celui de la transparence et de la confiance. Les députés n’ont pas le droit de partir du principe que le montant de leurs indemnités et de leurs frais généraux est leur affaire et qu’il est impertinent de la part du contribuable de demander des comptes. Ils doivent accepter l’introduction de contrôles. « S’ils refusent, ils finiront tous pas être soupçonnés de corruption, ce qui serait regrettable et totalement faux ». Le GUARDIAN souligne la gravité de l’affaire, tout en appelant les travaillistes à ne pas « se réjouir prématurément » des déboires de leurs adversaires : « comme pour le financement des partis, il y a davantage à gagner de la coopération et de la transparence que des luttes partisanes ». Les députés doivent comprendre que, face aux électeurs, « ils sont logés à la même enseigne ».
« Les partis doivent s’unir » et « accepter de nouvelles règles pour un maximum de transparence », renchérit l’OBSERVER.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. La situation au Kenya
Le Kenya « au bord le l’abîme » : face à la spirale de la violence, la presse appelle à une action d’urgence.
Pour l’ensemble des commentateurs, la priorité doit être à la conciliation. « MM. Kibaki et Odinga doivent mettre de côté leurs divergences », demander l’arrêt du bain de sang et chercher à former un gouvernement d’unité nationale, écrit l’INDEPENDENT. Un point que reprend le FINANCIAL TIMES, en affirmant qu’il « ne reste plus beaucoup de temps ».
Le TIMES engage pour sa part la communauté internationale à réagir plus énergiquement qu’elle ne l’a fait jusqu’à présent : « il est temps que George Bush, Gordon Brown et les dirigeants européens se montrent plus directs dans leurs exigences, déploient une diplomatie plus robuste et dénoncent plus franchement les terribles événements qui menacent de détruire le Kenya et de remettre en cause la démocratie et la prospérité dans une bonne partie de l’Afrique ». Il est impératif de tenir de nouvelles élections, mais ce n’est pas la priorité immédiate. Il faut d’abord que les dirigeants politiques du Kenya s’unissent pour arrêter la violence en formant un gouvernement d’unité nationale. Ils doivent faire tout leur possible pour ramener l’ordre avec les troupes nationales ou des troupes de l’extérieur. Les Nations Unies et l’Union européenne doivent être prêtes à soutenir la paix avec force, même si la question de la légitimité politique ne peut se régler qu’au Kenya.
2. La situation en Afghanistan
Les commentateurs se montrent de plus en plus pessimistes sur les chances de succès de l’OTAN en Afghanistan. Le refus du président Karzai de soutenir la candidature de Paddy Ashdown comme super-envoyé de l’ONU renforce leur opinion.
« La stratégie actuelle ne marche pas, alors qu’elle coûte cher en argent et en vies humaines », assure le GUARDIAN, mettant l’accent sur « le gaspillage de l’aide au développement » et l’incapacité du président Karzai à contrôler son pays. Le journal critique tout particulièrement le dirigeant afghan à propos de sa décision sur M. Ashdown : ce dernier n’aurait certes pas pu résoudre tous les problèmes, mais sa nomination montrait que les pays occidentaux avaient compris qu’il fallait une nouvelle stratégie.
L’INDEPENDENT exprime des regrets similaires : M. Ashdown « a la réputation d’être compétent et efficace, précisément le genre de qualités requises pour l’Afghanistan ». Il aurait pu aussi persuader un public britannique de plus en plus sceptique que la mission du Royaume-Uni dans ce pays était justifiée. « En changeant d’avis à propos de cette nomination, M. Karzai a peut-être rejeté la seule personne qui ait eu une chance réelle de sauver son pays », conclut le journal. C’est également l’avis de Richard Beeston du TIMES : « le président afghan risque de regretter sa décision. Il aura en effet du mal à trouver un meilleur candidat pour résoudre les problèmes énormes qui l’attendent.
Dans un éditorial, le TIMES rend compte des critiques « justifiées » adressées à l’Europe par le Secrétaire à la Défense américain Robert Gates. Pour le journal, trop de contingents de l’OTAN ont été envoyés en Afghanistan pour des raisons symboliques, mais ne sont guère utiles sur le terrain. Le fardeau est laissé aux Britanniques, aux Américains et aux Canadiens. Il faut changer d’approche sur trois fronts : tout d’abord chercher un plus grand engagement politique en défendant, aussi bien en Afghanistan qu’auprès des opinions politiques nationales, l’action militaire. L’engagement militaire lui-même doit être renforcé : tous les membres de l’OTAN doivent donner à leurs troupes les mêmes pouvoirs que celles du Royaume-Uni, des Etats-Unis et du Canada. Il faut également envisager l’envoi de troupes supplémentaires. Les propositions de M. Sarkozy sont à cet égard bienvenues. Enfin, une politique économique cohérente doit être mise sur pied. Si les membres de l’OTAN agissent de concert, ils peuvent écraser les Taliban et lancer un programme de reconstruction valable, même modeste.
3. La position d’Ehoud Olmert
La commission Winograd, tout en dénonçant les « graves erreurs » de la guerre du Liban, a permis à M. Olmert de se tirer d’affaire mais, de l’avis de la presse, le Premier Ministre israélien est définitivement affaibli.
« La raison pour laquelle un Premier Ministre impopulaire, à la tête d’une coalition affaiblie, continue de survivre est presque entièrement négative » : il n’a pas pour le moment de rivaux vraiment sérieux, souligne le GUARDIAN. Pour le journal, une élection prochaine bénéficierait vraisemblablement au dirigeant du Likoud, Binyamin Netanyahou, et il est dans l’intérêt de la coalition de se maintenir en l’état. Mais d’autres conclusions s’imposent : un pays a certes le droit de se défendre des attaques de missiles lancées contre lui. Mais il doit aussi rechercher des solutions politiques lorsque la méthode militaire mène constamment à l’échec. M. Olmert se replie dans ses tranchées, s’engageant dans des discussions dont il sait qu’elles ne changeront rien. « Israël a besoin d’un dirigeant d’une stature et d’une audace plus grandes. Il a besoin d’un vrai leader qui fasse surgir la paix des cendres de la guerre ».
L’INDEPENDENT est tout aussi pessimiste : « M. Olmert s’accroche à son poste, mais un Premier Ministre israélien affaibli offre peu d’espoir de parvenir à un accord de paix dans la région ». Quant au FINANCIAL TIMES, il ne voit dans M. Olmert qu’un Premier Ministre « boiteux » qui reste au pouvoir « parce que la classe politique dans son ensemble a perdu la confiance des électeurs israéliens ».
4. La tournée européenne du président Musharraf
S’il avait pour objectif de rassurer les dirigeants européens, le président pakistanais n’y est parvenu qu’à moitié, estime la presse britannique.
« Il a déployé son charme, et s’est montré parfois offensif », écrit Bronwen Maddox du TIMES : le Président pakistanais a cherché à rassurer les dirigeants occidentaux et à réparer les dommages d’une année de crise constitutionnelle. Il a promis le maintien des élections du 18 février, la protection de l’arsenal nucléaire pakistanais et confirmé sa volonté de coopérer avec un gouvernement élu, ainsi que sa foi dans la liberté d’expression. Mais il n’a pas la même conception des libertés : pour lui, les juges sont libres de s’exprimer tant qu’ils ne cherchent pas l’agitation. Et dans la lutte contre le terrorisme, il ne tient guère compte de l’élément politique.
Le GUARDIAN estime que M. Musharraf est probablement sincère lorsqu’il pense être le seul à pouvoir sauver le Pakistan. Mais ajoute-t-il « la question est de savoir s’il n’est pas coupé de la réalité » : comment parler de la liberté de la presse quand il accuse les journalistes qui lui posent des questions embarrassantes ? Comment prétendre à des élections équitables quand son propre parti reçoit une aide importante du gouvernement et augmente ainsi ses chances de gagner ? « En manoeuvrant constamment pour rester au pouvoir, le président a perdu la confiance de son peuple ». S’il veut vraiment préparer le Pakistan à la démocratie, il devrait démissionner.
III. AFFAIRES EUROPEENNES
La réunion de Londres
« Pas de panique » (TIMES), « Nos économies sont fortes » (INDEPENDENT), « Avertissement aux agences de notation de crédit » (FINANCIAL TIMES) : la presse a rendu compte, mais de façon largement factuelle, de la réunion de Londres organisée par Gordon Brown et à laquelle participaient M. Sarkozy, Mme Merkel, M. Prodi et M. Barroso.
Les journaux ont repris pour la plupart les déclarations du communiqué de presse. « Les dirigeants européens ont cherché à présenter un front uni et souligné que les marchés doivent avoir davantage de transparence ou être davantage réglementés », précise le TIMES. Dans le même journal, Bronwen Maddox relève que cette rencontre a permis à M. Brown de mettre en valeur le thème qui lui est cher, à savoir le besoin de réforme du FMI et des autres institutions d’après-guerre.
Il fallait « redonner confiance dans les marchés », poursuit le FINANCIAL TIMES, citant longuement M. Sarkozy : il faut « un capitalisme qui encourage l’esprit d’entreprise, et non la spéculation ». « Nous ne voulons pas le protectionnisme, nous voulons la transparence ». Selon le journal, la rencontre a ouvert la voie à un travail plus détaillé lors de la réunion du Groupe des 7 la semaine prochaine à Tokyo et dont le but est de préparer une réponse globale à l’instabilité de ces derniers mois. Elle a été aussi l’occasion pour les quatre dirigeants européens de replacer leurs problèmes économiques nationaux dans un contexte international et de montrer qu’ils s’en préoccupent. M. Brown, pour sa part, y a vu l’occasion d’améliorer son image sur la scène européenne après sa manœuvre maladroite lors du sommet de Lisbonne le mois dernier. /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028