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Semaine du 28 décembre au 3 janvier

SEMAINE DU 28 DECEMBRE AU 3 JANVIER

Le message du nouvel an de Gordon Brown, qui promet « dix années de prospérité partagée », a été éclipsé par le reste de l’actualité : l’attentat déjoué sur le vol Amsterdam-détroit a en effet relancé le débat sur la menace islamiste, tandis que la presse s’est inquiétée des tensions entre Londres et Pékin après l’exécution en Chine d’un citoyen britannique. Les remous en Iran ont dominé les affaires internationales. Concernant la France, les journaux ont relevé la décision du Conseil constitutionnel sur la taxe carbone.

I.AFFAIRES BRITANNIQUES

1. La menace islamiste

Après l’attentat manqué sur le vol transatlantique Amsterdam-Détroit, la presse britannique appelle le gouvernement à réviser sa politique à l’égard de la menace islamiste : les journaux soulignent que beaucoup de fondamentalistes sont radicalisés en Grande-Bretagne, et ceux du week-end annoncent l’initiative prise par Gordon Brown d’une conférence à Londres sur le Yémen et le terrorisme (le 28 janvier parallèlement à la conférence sur l’Afghanistan).

Ainsi du DAILY TELEGRAPH qui accuse le Royaume-Uni d’avoir « trop longtemps toléré une idéologie meurtrière comparable au nazisme » : le gouvernement investit de vastes sommes d’argent dans la communauté musulmane afin de permettre aux modérés de remporter la bataille avec les extrémistes. Or, c’est une approche qui semble ne donner aucun résultat. Les dirigeants fondamentalistes ne sont pas stupides et profitent du système pour endoctriner des jeunes sous le nez des autorités qui ont peur de se faire qualifier d’islamophobes ou de racistes. Ce faisant, elles n’assurent pas la protection des musulmans et des non-musulmans. Si cette protection implique moins de « consultation » et davantage d’arrestations, il ne faut pas hésiter.

« Le Royaume-Uni grouille de partisans d’al-Qaïda qui endoctrinent des jeunes impressionnables. Il est depuis longtemps le creuset de l’extrémisme islamiste », renchérit le SUN qui dénonce « la politique suicidaire du Labour en matière d’immigration ». Le DAILY MAIL reprend cet argument mais allonge la liste des critiques : n’est-ce pas le gouvernement travailliste qui a introduit la législation sur les Droits de l’Homme qui rend presque impossible l’expulsion des terroristes ? N’est-ce pas lui qui, au nom du multiculturalisme, permet de prêcher la violence dans les mosquées britanniques ? « Après dix ans de complaisance, il est temps de redevenir sérieux », conclut le journal.

Le SUNDAY TIMES estime pour sa part qu’il ne faut pas ignorer ce rappel à l’ordre d’Al Qaïda et qu’il faut en tirer les leçons : les agences de renseignement doivent mieux coopérer entre elles à l’avenir. La sécurité doit être prise davantage au sérieux dans les aéroports même si cela signifie des retards et l’emploi de nouveaux équipements. « Aussi déplaisant cela soit-il, c’est une nécessité ».

2. Tensions entre Londres et Pékin

L’exécution en Chine d’un Britannique condamné pour trafic de drogue a tendu les relations diplomatiques entre Londres et Pékin, et les protestations de Gordon Brown sont restées sans effet. Plusieurs journaux condamnent la barbarie d’un régime qui applique encore, et sans retenue, la peine capitale. D’autres se montrent plus nuancés et estiment que le gouvernement britannique a mal choisi son combat.

Le GUARDIAN et le TIMES dénoncent sans appel la décision de Pékin. Pour le premier, « le Royaume-Uni a le devoir d’exprimer son horreur face à l’exécution d’un de ses citoyens…Les protestations ne visent pas à affaiblir la Chine ou à l’humilier mais à protéger ses citoyens. Ce pays serait davantage respecté dans le monde s’il n’exécutait pas aussi sommairement son peuple ». Le TIMES se demande pour sa part comment une telle exécution peut être « compatible avec les ambitions de la Chine de s’assoir à la table des grandes puissances mondiales ». Pour le journal, le fait que les autorités chinoises n’aient pas pris en compte la santé mentale d’Akmal Shaikh est particulièrement condamnable. Cette affaire est une illustration de la « barbarie » du code pénal de la Chine qui n’a pas sa place dans le monde civilisé, conclut le TIMES.

L’INDEPENDENT est plus nuancé : le monde extérieur est en droit de dénoncer la peine capitale, mais il ne doit pas céder à des conclusions trop faciles. Il ne sera pas possible de contraindre la Chine à changer ses politiques à notre convenance, et il serait hypocrite d’attendre de ce pays qu’il renonce à la peine de mort alors qu’elle est tolérée dans certains Etats américains. Il ne faut pas non plus voir dans l’exécution d’Akmal Shaikh le signe d’une arrogance croissante du régime de Pékin. « La Chine est jalouse de sa souveraineté, et elle cherche encore à prendre ses marques sur la scène internationale ».

Le DAILY TELEGRAPH met en cause la tactique de Gordon Brown : en diplomatie, il faut savoir bien choisir ses querelles avec les puissances rivales. Le Royaume-Uni aurait pu attaquer Pékin sur la lutte contre le réchauffement climatique ou sur son déficit commercial. Or, en dénonçant l’exécution d’un citoyen britannique accusé de trafic de drogue, le Premier ministre britannique lance une bataille qu’il ne peut pas gagner, et donne l’impression de chercher à plaire surtout aux militants pour les Droits de l’Homme plutôt qu’à défendre les intérêts nationaux. Etant donné l’intransigeance de la Chine à l’égard du trafic de drogue, le gouvernement britannique aurait dû se contenter d’implorer la clémence pour un individu fragile mentalement. « Au lieu d’agir avec tact, le Premier ministre britannique a déclenché un incident diplomatique majeur qui menace de porter gravement atteinte à nos relations avec Pékin, un développement qui est de mauvais augure pour nos intérêts à long terme dans la région ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

Les manifestations en Iran

La presse relève l’ampleur de protestations qui pourraient, selon elle, déboucher sur une seconde révolution. Elle condamne la conduite des forces de sécurité iraniennes à l’égard des manifestants, mais reconnaît que les pays occidentaux sont confrontés à des choix difficiles.

« L’intensité des manifestations en Iran est sans précédent depuis la révolution il y a 30 ans : les Iraniens montrent qu’ils n’acceptent pas l’élection frauduleuse qui a permis le maintien du président Ahmadinejad dans ses fonctions » souligne l’éditorial du TIMES. Simon Tisdall du GUARDIAN se demande à son tour si « trente ans après la chute du shah, l’Iran ne se prépare pas à une seconde révolution » : même si le commentateur, se référant aux « tactiques précédentes », n’exclut pas que le régime accroisse la répression et dénonce plus encore l’interférence étrangère, en particulier celle des Etats-Unis et du Royaume-Uni, il assure aussi que « les grands discours paranoïaques et la politique fantasque ne peuvent masquer les divisions croissantes de la société iranienne ». « La légitimité de la république de Khomeini est terminée », conclut-il.

Alors que l’éditorialiste du TIMES invite les gouvernements occidentaux à « condamner la conduite inadmissible des forces de sécurité iraniennes », ses confrères se montrent plus prudents.

Pour l’ INDEPENDENT, même si les sympathies occidentales vont à l’opposition, il n’y a rien que l’on puisse faire physiquement pour lui venir en aide. « Il ne faut pas laisser à Téhéran la possibilité de proclamer que les pays occidentaux soutiennent les mouvements de protestation ». « Pour le moment, le silence est peut-être la meilleure solution ».

Le DAILY TELEGRAPH estime lui aussi qu’il n’y a pas de « réponses faciles » : la condamnation des dernières mesures de répression est justifiée, mais les critiques vont renforcer les partisans de la ligne dure décidés à accélérer le programme nucléaire et à blâmer les pays étrangers.

Le FINANCIAL TIMES évoque quant à lui une solution - des sanctions ciblées - tandis que « l’épreuve de force avec l’Iran semble inévitable » : les tentatives de dialogue du président Obama ont contribué à déstabiliser le régime. En cette période d’agitation politique, la dernière chose que doit faire la communauté internationale c’est d’imposer des sanctions brutales qui ramèneraient la cohésion du régime et contraindraient les Iraniens à se resserrer autour de lui. Le président américain a réagi de façon équilibrée en accordant son soutien à ceux qui défendent leurs droits universels, tandis que son entourage prépare des sanctions visant ceux qui s’opposent à ces droits : principalement les Gardiens de la révolution et les grandes entreprises qui canalisent leurs richesses. « Les puissances extérieures ne peuvent pas libérer les Iraniens de la dictature. Ils sont seuls à en avoir les moyens. Mais ce que les Etats-Unis et l’Europe peuvent faire, en espérant que d’autres suivront, c’est viser ceux que cette nouvelle rébellion courageuse attaque », conclut le FT.

III. AFFAIRES FRANCAISES

La taxe carbone

Le TIMES et le FINANCIAL TIMES annoncent en quelques lignes la décision du Conseil constitutionnel sur la taxe carbone. Dans un article un peu plus long, Lizzy Davies du GUARDIAN assure qu’il s’agit d’un « revers inattendu et embarrassant » pour le président de la République : « les rêves de M. Sarkozy de placer la France au premier rang de la lutte contre le réchauffement climatique sont en plein désarroi…Le gouvernement ne peut pas faire grand-chose après cette humiliation »./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028