Semaine du 28 avril au 2 mai

SEMAINE DU 28 AVRIL AU 2 MAI

La perspective d’une sérieuse défaite du Labour aux élections locales a alimenté tous les commentaires de politique intérieure : la presse s’interroge à la fois sur les capacités de Gordon Brown à diriger son parti et les chances de David Cameron de faire revenir les conservateurs au pouvoir. Au chapitre international, quelques journaux s’inquiètent de la politique étrangère américaine. La France a fait l’objet d’une couverture médiatique assez critique : mauvais accueil des propositions de M. Barnier pour la crise alimentaire, et bilan mitigé de la première année de présidence de M. Sarkozy.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Gordon Brown en mauvaise posture

Des sondages de plus en plus bas, et la perspective de très mauvais résultats aux élections locales : les choses ont continué d’aller mal pour Gordon Brown. Les inquiétudes s’accumulent sur la capacité du Premier Ministre à mener le Labour à la victoire lors des prochaines législatives.

Peter Riddell du TIMES engage M. Brown à éviter deux erreurs : prétendre que tout va bien, ou céder à la panique. Un peu d’humilité est souhaitable, mais un remaniement donnerait une impression de faiblesse. Le gouvernement doit éviter de nouveaux pièges, notamment présenter des projets qu’il n’est pas sûr de gagner (la détention préventive concernant les personnes soupçonnées de terrorisme). Pour le commentateur, l’économie reste la priorité : le seul espoir du Labour est de présider à la fin de la crise, en faisant remarquer que le Royaume-Uni s’en est mieux sorti que les autres.

Patrick Wintour du GUARDIAN souligne que, « malgré la perspective d’une sérieuse défaite aux élections locales, personne ne souhaite au Labour remettre en cause le leadership de Gordon Brown ». Les ministres pour la plupart estiment qu’il ne faut pas céder à la panique. Ils considèrent que la meilleure solution pour le Labour est de conserver son calme sous le feu des attaques, tout en restant à l’écoute des électeurs et de leurs inquiétudes sur l’économie. Il sera dans l’intérêt de M. Brown d’admettre que son erreur a été d’abolir le taux d’imposition de 10% et il devra tenir ses promesses concernant les compensations pour les perdants. Sur la détention préventive, le Premier Ministre n’est pas prêt au compromis car il pense avoir le soutien du public, à défaut de celui du parlement. Mais avant tout il doit trouver la façon d’expliquer ce qu’il est réellement.

Le NEW STATEMAN (pro-travailliste), sous la plume de Martin Bright, montre un pessimisme prononcé dans un article intitulé : « Et maintenant » ?. Pour le commentateur, peu importe le résultat des élections locales : la question fondamentale est de savoir si M. Brown peut convaincre les électeurs « sceptiques » que le Labour doit conserver le pouvoir. Le magazine relève que la perspective d’une victoire des Tories ne semble plus si « effrayante » aux classes moyennes qui avaient opté pour les travaillistes en 1997 et que certains déçus du Labour se tournent désormais vers les Libéraux-démocrates.

2. David Cameron monte en flèche

Si la position de Gordon Brown devient fragile, celle de David Cameron se renforce.

Soudain « une victoire des conservateurs aux prochaines élections ne semble plus impossible », écrit Philip Stephens du FINANCIAL TIMES. Pour le commentateur, c’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle pour les Tories, qui ne semblent pas en effet préparés à une telle éventualité. M. Cameron et son équipe se sont contentés de se positionner sur l’échiquier politique : le parti conservateur est « vert », partisan de la diversité, de la cohésion sociale. Il défend les pauvres. En gros, il cherche à se défaire de l’image du « vilain » parti des années 90, tout en défendant ses valeurs traditionnelles. Mais il lui manque un sens des priorités et, plus il présente de politiques, plus la confusion augmente. En politique étrangère, une des premières actions de M. Cameron, une fois élu, serait de se lancer dans une bataille impossible pour annuler le Traité de Lisbonne et faire sortir le Royaume-Uni du chapitre social européen. Ce serait complètement stupide. Les Tories doivent clarifier leur politique. Dès lors que les électeurs estiment possible la victoire d’un parti, ils deviennent moins tolérants à l’égard de ses confusions et de ses contradictions. Ainsi va le paradoxe pour David Cameron : mieux les choses vont pour lui, plus elles deviennent difficiles.

Peter Riddell fait une analyse similaire dans le TIMES : David Cameron bénéficie des malheurs de Gordon Brown, en particulier sur la politique fiscale. « Mais on en sait à peine plus sur ce que ferait un gouvernement sous sa direction ». Il n’est peut-être pas nécessaire pour les conservateurs de détailler leurs politiques à deux ans des élections, mais ils doivent convaincre les électeurs de voter pour eux.

« Cameron a-t-il un programme cohérent pour le cas où il devrait former un gouvernement ? Ce programme pourrait-il unir un parti qui réclame encore des réductions d’impôts et fait preuve d’un euroscepticisme extrême » ? s’interroge à son tour Steve Richards dans l’INDEPENDENT, en concluant que Gordon Brown « voit juste » en qualifiant M. Cameron de « petit représentant de commerce ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

La politique étrangère des Etats-Unis

La politique étrangère des Etats-Unis a fait l’objet de commentaires critiques.

Bronwen Maddox dénonce la « maladresse » de Washington dans ses révélations sur les ambitions nucléaires de la Syrie : après avoir crié au loup à propos des ADM en Irak pour reconnaître ensuite leur erreur, les Américains ne peuvent compter sur la bonne foi de la communauté internationale. Pourquoi avoir attendu 7 mois pour dévoiler le secret et donner ainsi l’impression d’utiliser le renseignement en fonction des besoins de la politique ?. Selon la journaliste, les Etats-Unis vont jouer un rôle essentiel dans la lutte contre la prolifération nucléaire, mais ils ne peuvent s’attendre à ce qu’on les « prenne au sérieux si c’est de cette façon qu’ils choisissent de sonner l’alarme ».

Simon Tisdall du GUARDIAN s’inquiète de voir s’agiter de nouveau les « faucons » de l’administration Bush : soudain ils évoquent l’influence maligne de l’Iran et ses activités nucléaires. Ils ont en cela recours à une approche familière, laissant planer des menaces terroristes plus ou moins justifiées, des Armes de destruction massive et la possibilité d’une action unilatérale. Pour le commentateur, en dépit des assurances données, les incidents qui se produisent dans le Golfe entre navires américains et iraniens pourraient facilement servir de détonateur à une « confrontation nettement plus mortelle ».

III.AFFAIRES FRANCAISES

1. M. Barnier et la crise alimentaire mondiale

Le FINANCIAL TIMES a vivement critiqué, dans un éditorial, les propositions du Ministre français de l’Agriculture pour répondre à la crise mondiale. Selon le quotidien, vouloir consolider l’autosuffisance de l’Union européenne en matière de produits alimentaires et encourager les pays en développement à faire la même chose est une « mauvaise idée, et elle est de taille ». La crise alimentaire devrait être plutôt l’occasion de réformer l’agriculture en libéralisant les marchés. Les barrières douanières découragent les pays en développement et ne les incitent pas à investir dans la production agricole : comment la France peut-elle vraiment prétendre se préoccuper du sort de ces pays ? L’autarcie alimentaire n’est pas la sécurité alimentaire. Pour l’Afrique, ce serait la famine garantie. « L’idée de M. Barnier n’est pas seulement mauvaise. Elle est potentiellement fatale, et il faut la rejeter ».

Un éditorial de THE ECONOMIST ne montre guère plus d’indulgence : M. Barnier demande une action européenne pour la sécurité alimentaire et il a le soutien de l’Allemagne. « C’est une mauvaise nouvelle pour le consommateur et le contribuable européen, à qui l’on avait promis un vrai débat sur la réforme de la PAC, et qui va continuer à payer pour ce système pernicieux ». C’est aussi une mauvaise nouvelle pour les pauvres de la planète. « Les défenseurs de la PAC ne peuvent jouer sur les deux tableaux » : demander davantage d’argent lorsque les prix sont bas ,et une protection supplémentaire lorsqu’ils montent. La hausse des prix alimentaires sape leurs arguments et « offre une occasion en or » pour démanteler le système. Ce serait folie de la part des gouvernements que de ne pas la saisir.

2. Une année de la présidence de M. Sarkozy

THE ECONOMIST de cette semaine fait le bilan de la première année de M. Sarkozy au pouvoir, et relève que « les Français ont de bonnes raisons d’être déçus » par un président qui leur avait fait tant de promesses « ambitieuses ». Pour l’hebdomadaire toutefois, M. Sarkozy a obtenu de bons résultats sur la scène internationale : la France joue de nouveau un rôle central en Europe et entretient de meilleures relations avec les Etats-Unis. Le président de la République a de grands projets pour la présidence française de l’Union, notamment en matière de défense. Il a été applaudi pour l’envoi de troupes françaises supplémentaires en Afghanistan et ses projets de réintégration de la structure militaire de l’OTAN.

THE ECONOMIST reconnaît que, pour les électeurs français, c’est ce qui se passe en France qui compte. Ils ont choisi M. Sarkozy pour le changement, et les réformes jusqu’à présent ont été limitées. Si le président a promis de faire mieux, « trois raisons nous en font douter » : sa perte de popularité, la situation économique, et sa philosophie contradictoire. En demandant la réforme et déclarant son admiration pour le système anglo-américain il semble défendre le libéralisme et la concurrence, mais il parle aussi de protection des entreprises et des champions nationaux. Le temps presse donc pour M. Sarkozy. Le succès n’est pas impossible, mais il ne doit pas perdre une nouvelle année./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028